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Le regard porté sur les femmes par le franciscain Jean Benedicti à  travers son manuel de confession "la somme des pechez et le remede d'icevx" (1595, réédition )

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par Lucie HUMEAU
Lyon  - Master 1 2013
  

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Le bébé en nourrice.

Après avoir été baptisé, le bébé entre dans la « première enfance », période qui s'étend jusqu'à son sevrage. L'importante mortalité des enfants à cet âge montre que cette étape est un passage difficile. La mère a un rôle vital dans la survie du nourrisson. C'est en effet elle qui « l'emmaillote, veille à son sommeil et à son hygiène, et surtout l'allaite »640. L'allaitement est perçu comme une étape cruciale dans le développement de l'enfant, dans le façonnage de son caractère futur. C'est pourquoi de nombreux auteurs du XVIe siècle ont écrit sur les bienfaits de l'allaitement mais surtout de l'allaitement maternel. Benedicti prend part au débat et donne des conseils tant aux mères qu'aux inévitables nourrices. Ces dernières, femmes d'artisan puis presque exclusivement paysannes, sont louées par les soins des parents afin de nourrir et de prendre soin de leur enfant. Choisies à l'aveuglette sur les marchés ou grâce à un intermédiaire par les parents les plus pauvres, elles font néanmoins l'objet d'un discours moralisateur important au XVIe siècle.

Le paragraphe dédié à l'allaitement est un des premiers mais surtout un des plus développés du chapitre « Les pechez des Peres & meres enuers leurs enfans, contre ce quatriesme Commandement ». Benedicti commence son propos ainsi : « Les meres qui n'ont cure de nourrir leurs enfans, ou à tout le moins de leur pourueoir de bo[n]nes nourrices, iusques à l'aage de trois ans, apres lesquels les peres sont tenus par droit naturel, de les aua[n]cer & leur bailler ce qui est necessaire, peche »641. La durée d'allaitement peut aller jusqu'à l'âge de deux ou trois ans au XVIe siècle, même si la diversification alimentaire intervient assez tôt. Catherine Rollet souligne qu'au fur et « à mesure que l'enfant grandit, la fonction alimentaire du sein décline : il est de plus en plus nourri de nourritures solides, mais le sein reste nécessaire pour apaiser les peurs et les tensions »642. Ainsi, jusqu'à quatre ans, certains enfants peuvent téter leur mère de temps à autre. Benedicti dénonce le fait que toutes les femmes ne souhaitent pas allaiter : « Pourquoy est-ce que nature leur a baillé deux mammelles co[m]me deux petites bouteilles, sino[n] pour cest effect ; mais cruelles marastres qu'elles sont, ce leur est assez d'auoir tiré leurs enfans hors de leurs entrailles & mis sur terre, & puis les enuoyer aux tristes villages, pour les faire nourrir par femmes estrangeres, mal saines, &

640François LEBRUN, Marc VENARD, Jean QUENIART, Histoire de l'enseignement..., op. cit. [note n°598], p.59.

641Jean BENEDICTI, La somme des pechez, et le remede d'icevx..., op. cit. [note n°170], p.95.

642Catherine ROLLET, « Histoire de l'allaitement en France : pratiques et représentations », mai 2006 (rééd.) [disponible en ligne sur < http://www.co-naitre.net/articles/histoireallaitementCRmai2006.pdf>] (consulté le 19 mars 2013).

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Femmes et société dans le manuel de confession du père Jean Benedicti.

mal complexionnees : chose si co[n]tagieuse aux pauures petits enfans, qu'il leur seroit meilleur d'estre nourris de quelque beste brute, comme vn Cyrus & Romulus643, que d'estre commis à la misericorde de telles nourrices »644. Il semble en effet que si l'allaitement « par la mère est de règle dans les campagnes, c'est-à-dire dans l'immense majorité des familles »645, « le recours à une nourrice est une pratique courante dans les villes, petites ou grandes »646. Cette demande est le fait de trois raisons selon le père franciscain Pierre des Gros, religieux du XVIe siècle : « La première, pour ce que ce n'est pas la coutume de nourrir. La seconde, pour plus garder leur beauté et frescheté. La tierce pour plus prendre esbatement à leurs maris, et c'est incontinence »647. Dans les milieux aisés, la femme a une fonction de représentation qui s'accorde mal avec le système de tétée à la demande qui est la règle au XVIe siècle. Le docteur Laurent Joubert (1529-1583) souligne avec aigreur que certains maris « ne veulent permettre à leur femme de nourrir, afin que leurs tétins demeurent plus jolys, qu'ils se plaisent à manier, non pas des tétins mols »648. La fonction esthétique des seins est mise en avant pour éviter l'allaitement aux femmes des milieux aisés. Enfin, les contraintes dues à l'allaitement sont mises en valeur par les couples pour placer leurs enfants en nourrice. Ceci vaut surtout pour les hautes classes de la société car, pour une partie des mères, le placement en nourrice est la seule solution afin de pouvoir poursuivre une activité professionnelle vitale pour l'ensemble du groupe familial.

Nous allons tout d'abord voir quels conseils étaient donnés aux femmes allaitantes. Benedicti rappelle que le mari doit « s'abst[enir] de sa femme iusques à tant qu'elle ait seuré l'enfant de la mammelle »649. Plusieurs raisons expliquent ces recommandations : on pense qu'une nouvelle grossesse priverait le nouveau-né de lait, que « l'acte vénérien excite les passions et trouble toutes les humeurs, dont le lait est la plus fragile »650 et que « l'incontinence & copulation charnelle fait bie[n] souuent perdre le laict aux nourrices, non sans le dommage des enfans »651. Le temps de l'allaitement étant très long à l'époque, « de nombreux maris préfèrent reporter le tabou sexuel sur une nourrice et reprendre sans tarder avec leur épouse des relations trop longtemps

643Cyrus le Grand, fondateur de l'Empire perse, fut, selon une légende, nourri par une chienne. Romulus, fondateur de Rome avec

son frère Remus, aurait été allaité par une louve.

644Jean BENEDICTI, La somme des pechez, et le remede d'icevx..., op. cit. [note n°170], p.95.

645François LEBRUN, Marc VENARD, Jean QUENIART, Histoire de l'enseignement..., op. cit. [note n°598], p.63.

646François LEBRUN, La vie conjugale..., op. cit. [note n°346], p.126.

647Pierre DES GROS, cité dans Nourrices et nounous : une histoire des « femmes allaitantes », Bernadette de CASTELBAJAC,

Paris, Cosmopole, 2007, p.8.

648Laurent JOUBERT, cité dans Ibid., p.13-14.

649Jean BENEDICTI, La somme des pechez, et le remede d'icevx..., op. cit. [note n°170], p.154.

650Didier LETT, Marie-France MOREL, Une histoire de l'allaitement, Paris, Éditions de la Martinière, 2006, p.85.

651Jean BENEDICTI, La somme des pechez, et le remede d'icevx..., op. cit. [note n°170], p.154.

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interrompues du fait de la grossesse »652. En effet, en ajoutant les neuf mois de la grossesse aux deux ans d'allaitement, c'est une longue période d'abstinence sexuelle que seraient censés s'imposer les couples. La femme qui allaite doit aussi surveiller son alimentation afin que son lait soit assez abondant pour l'enfant, et de bonne qualité. Elle doit, tout comme la femme enceinte, ne pas « éprouver d'émotions trop violentes, ni travailler trop dur, car cela pourrait faire tourner son lait et empoisonner l'enfant »653. Une des légendes entourant une grotte miraculeuse où Marie se cacha dit que cette dernière « ayant dû se séparer un instant de son nouveau-né le confia à Joseph. Quand elle le reprit, son trouble fut si grand qu'avant de lui présenter le sein, elle fit comme les femmes du pays, convaincues qu'une émotion trop forte nuisait à la qualité du lait : elle exprima à terre un peu de lait de ses seins avant de faire téter à nouveau l'enfant »654. Benedicti pense quant à lui que Marie eut « une si grande abondance de laict en [ses] sacrees mammelles », qu'elle en répandit sur le sol de la grotte, « à cause dequoy la terre d'icelle porte medecine [...] de sorte que si les nourrices, voire mesme les brebis & autres animaux qui n'ont point de laict, prennent de ceste terre detrempee en eau, le laict leur vient en abondance »655. Le commerce de cette pierre qui aurait reçu le lait de Marie était extrêmement développé au XVIe siècle : réduite en poudre, elle était mélangée à de l'eau et bue par les femmes qui craignaient de manquer de lait. La Vierge Marie est le symbole par excellence de la mère allaitante. Yvonne Knibiehler souligne que « les relations de Marie avec son divin enfant ont contribué à la structuration de la conscience maternelle en Occident »656. Le dévouement de la mère se lit dans l'allaitement et le lait de la Vierge devient le symbole du pouvoir d'intercession de Marie auprès de Dieu657.

L'allaitement par la mère de l'enfant n'est toutefois pas toujours possible comme nous l'avons vu plus haut. Aussi, si Benedicti s'outrage que les mères puissent confier leurs enfants à ces « femmes estrangeres, mal saines, & mal complexionnees », il ne s'oppose par à ce que les parents leur pourvoient « de bon[n]es nourrices ». Quelle est la nourrice idéale selon les critères du XVIe siècle ? Il faut tout d'abord souligner que, d'après les théories de l'époque, le caractère de l'enfant dépend de la qualité du lait et de la femme avec qui ce dernier est en contact physique. Benedicti décrie les mauvaises nourrices car, selon lui, « non seulement les corps en demeurent interessez658 & gastez,

652François LEBRUN, Marc VENARD, Jean QUENIART, Histoire de l'enseignement..., op. cit. [note n°598], p.65-66. 653Didier LETT, Marie-France MOREL, op. cit. [note n°650], p.81.

654Marie-Claude DELAHAYE, Bébés au biberon, Paris, Éditions Hoëbeke, 2003, p.20.

655Jean BENEDICTI, La somme des pechez, et le remede d'icevx..., op. cit. [note n°170], « Epistre Dedicatoire ». 656Yvonne KNIBIEHLER, Histoire des mères et de la maternité en Occident, Paris, PUF, 2000 (coll. Que sais-je ?), p.30. 657Didier LETT, Marie-France MOREL, op. cit. [note n°650], p.27. 658« Intéresser » s'entend ici dans le sens de « faire tort à quelqu'un ; causer du dommage à quelqu'un ».

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Femmes et société dans le manuel de confession du père Jean Benedicti.

[...] ains aussi qui est bien le pis, il demeure quelque impression & charactere du vice des nourrices aux esprits des enfans »659. Le choix de la nourrice devrait donc être extrêmement attentif, même si cela est difficile pour certaines familles. Dans les faits, seules les familles aisées peuvent se permettre de choisir la femme qui allaitera leur enfant. Les qualités de la bonne nourrice sont diverses. Elle doit avoir entre vingt-cinq et trente-cinq ans et être en bonne santé c'est-à-dire n'être « ni trop grasse, ni trop maigre »660. Les jeunes femmes brunes ou châtains sont plus appréciées. En effet, les blondes auraient une odeur désagréable661 tandis que « les rousses passent pour aimer trop les hommes »662. Ses seins sont examinés : ils ne doivent être « ni trop gros, ni trop petits, ses mamelons en forme de noisette, son lait ni trop épais, ni trop séreux »663. Son caractère importe aussi, comme nous l'avons vu. Elle ne doit pas être bavarde et avoir des moeurs irréprochables. Les parents aisés peuvent payer les gages d'une telle nourrice qui s'installe parfois au domicile du nouveau-né. François Lebrun souligne que le « bourgeois propriétaire place son enfant dans la paroisse où il a ses terres, chez la femme de son fermier ou chez quelques voisines qu'il connaît »664. Pour les familles pauvres, qui placent leurs enfants par nécessité, le hasard est la règle. Les enfants sont souvent emmenés dès les premières heures de la vie loin du domicile des parents « par tous les temps, à pied ou dans de mauvaises voitures »665. Benedicti qualifie ces nourrices de « femmes estrangeres » car elles habitent parfois très loin des centres urbains qui leur envoient des enfants. La mortalité pendant le transport est importante. Puis, le manque d'hygiène des maisons paysannes voire le manque de lait des nourrices « sèches » effectue un nouveau tri parmi les nouveaux-nés. Quand la nourrice a du lait, celui-ci est mal adapté à l'enfant qui vient de naître car il est trop épais pour lui. En effet, la plupart ont attendu quelques semaines avant de se louer comme nourrice, le temps de sevrer leur propre nourrisson. Durant cette période, le lait s'épaissit naturellement et est donc moins assimilable pour les nouveaux-nés qui n'ont souvent que quelques jours voire quelques heures à leur arrivée chez la nourrice. De plus, les « nourrices mercenaires666 » ont souvent plusieurs enfants ou ont d'autres travaux à effectuer. Peu d'enfants revoient leurs parents, qui ignorent en grande partie les risques de la mise en nourrice.

659Jean BENEDICTI, La somme des pechez, et le remede d'icevx..., op. cit. [note n°170], p.95.

660Didier LETT, Marie-France MOREL, op. cit. [note n°650], p.100.

661François LEBRUN, Marc VENARD, Jean QUENIART, Histoire de l'enseignement..., op. cit. [note n°598], p.66.

662Didier LETT, Marie-France MOREL, op. cit. [note n°650], p.100.

663François LEBRUN, Marc VENARD, Jean QUENIART, Histoire de l'enseignement..., op. cit. [note n°598], p.66.

664François LEBRUN, La vie conjugale..., op. cit. [note n°346], p.127.

665Didier LETT, Marie-France MOREL, op. cit. [note n°650], p.116.

666Le mot « mercenaire » signifie exclusivement qu'elle reçoit un salaire en échange d'un service rendu.

Selon Benedicti, « iamais l'enfant n'est si bien nourry d'vn laict estra[n]ger, co[m]me de celuy de la propre mere, lequel n'est autre chose (si nous croyo[n]s aux Physiciens) que le sang duquel l'enfant a esté formé au ventre de sa mere qui est cuict par la chaleur naturelle & conuerti en laict, pour donner alime[n]t au fruict »667. Les médecins du XVIe siècle, qui ont remarqué l'absence de règles chez les femmes enceintes, l'ont interprétée comme étant la preuve que l'enfant était façonné de ce sang et nourri par lui. Il y aurait « une continuité totale entre le sang du placenta, dont l'enfant est nourri dans la matrice pendant la grossesse, et le lait qui est produit après la naissance. Les traités anciens d'anatomie expliquent qu'après l'accouchement, on assiste au procédé de déalbation : le sang, qui allait au cordon, remonte jusqu'aux mamelles par une veine spéciale qui relie l'utérus aux seins »668. C'est cette théorie du sang « blanchi » qui réglemente les temps de l'accouchement. En effet, « les mères ne peuvent fabriquer en même temps du sang et du bon lait »669. Il est donc recommandé à la mère de ne pas allaiter de suite après l'accouchement. Les relevailles sont la « cérémonie religieuse de purification »670 qui permet aux mères de pouvoir réintégrer la société normale après avoir « garder la couche quelque espace de temps sans habiter auec leurs maris »671. Cette cérémonie avait lieu, dans la tradition juive, quarante jours après l'accouchement. La durée d'« impureté » est réduite à vingt jours par les médecins du XVIe siècle. En attendant de pouvoir allaiter, et pour éviter les douleurs dues à l'engorgement des seins, les mères « se font dégorger les seins par des servantes ou des petits chiens »672 tandis que les enfants sont allaités par une autre femme ou nourris de « vin sucré, d'huile d'amandes douces, de sirop de chicorée ou encore d'eau miellée »673. Ces pratiques peuvent expliquer pourquoi Benedicti affirme qu'il « seroit donc bien meilleur & plus sea[n]t, à ces ieunes dames, ta[n]t poupines, de tenir vn enfant entre les bras, fruit de leur mariage, que non pas vn petit chie[n] »674.

Afin d'inciter les mères à allaiter, Benedicti allie le nom de grandes figures de la Bible à un traitement de faveur pour ce qui est de certaines obligations religieuses. Il conseille ainsi de « se mirer à l'exe[m]ple de Sarra, Rebecca, Rachel, Anne, & autres matrones de l'ancien testament, & mesme du Paganisme, comme à Hecuba, Royne de

667Jean BENEDICTI, La somme des pechez, et le remede d'icevx..., op. cit. [note n°170], p.96.

668Didier LETT, Marie-France MOREL, op. cit. [note n°650], p.65.

669Ibid., p.66.

670François LEBRUN, La vie conjugale..., op. cit. [note n°346], p.123.

671Jean BENEDICTI, La somme des pechez, et le remede d'icevx..., op. cit. [note n°170], p.154.

672Didier LETT, Marie-France MOREL, op. cit. [note n°650], p.66.

673Marie-Claude DELAHAYE, op. cit. [note n°654], p.24.

674Jean BENEDICTI, La somme des pechez, et le remede d'icevx..., op. cit. [note n°170], p.96.

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Femmes et société dans le manuel de confession du père Jean Benedicti.

Troye, lesquelles ont mieux aimé nourrir leurs enfans, que les bailler à nourrices mercenaires »675. Il est encore une fois visible que le franciscain utilise de grands noms afin d'appuyer son propos : Sara, femme d'Abraham et Anne, femme d'Elqana, sont effectivement présentées dans la Bible en train d'allaiter leurs enfants Isaac676 et Samuel677. Nous n'avons cependant trouvé aucune mention d'allaitement pour Rébecca ou Rachel. Benedicti mêle les noms de femmes célèbres pour leur descendance. Il place, intentionnellement ou non, les noms de Rébecca et de Rachel, dont l'allaitement n'est pas mentionné, entre les noms de Sara et d'Anne : le lecteur peut ainsi se persuader de la véracité de tous les exemples. Le cas d'Hécube est plus surprenant. Reine de Troie et femme de Priam, elle aurait eu dix-neuf enfants de son mari. Tout comme Rébecca et Rachel, nous n'avons pas pu trouver la preuve qu'elle aurait allaité ses enfants. Néanmoins, une légende connue dit que Pâris, son cadet, fut allaité par une ourse après avoir été abandonné par ses parents dans la montagne. Les modèles donnés aux femmes semblent donc être des figures d'autorité. Ils ne devraient pas être remis en cause. Leur utilisation montre cependant que la vérité biblique ou historique est parfois forcée pour justifier le propos. Benedicti complète l'exemple de ces modèles par la présentation de certains droits qui devraient encourager les femmes à allaiter. En effet, il excuse « les nourrices qui ne peuuent laisser leurs nourrissons »678 si ces dernières manquent la messe. De même les nourrices n'ont pas obligation de jeûner679. Il est remarquable ici que le franciscain emploie le mot de « nourrice » tandis qu'il cherche par ailleurs à encourager les femmes à accepter leurs responsabilités maternelles. Cela est peut-être dû au fait qu'il connaisse bien les usages de la société de son temps. Il existe une interdiction qui est néanmoins faite aux mères comme aux nourrices : mettre son enfant à dormir à côté d'elles pour ne pas être réveillées par ses cris ou pour ne pas avoir froid au moment de l'allaiter. Benedicti rappelle que les femmes risquent par cette pratique de « suffoquer » leur enfant680. François Lebrun explique que « [l]'insistance avec laquelle les autorités civiles et ecclésiastiques rappellent cette interdiction, du XVIe à la fin du XVIIIe, prouve qu'il s'agit d'une habitude très enracinée, en dépit des risques évidents qu'elle fait courir aux nourrissons »681. Si cette pratique est vue par certains historiens comme une forme d'infanticide acceptée, d'autres y décèlent la preuve de l'amour de la mère, qui préfère garder son enfant au chaud contre elle plutôt que de le laisser dans un

675Ibid., p.96.

676Bible de Jérusalem, op. cit. [note n°6], Genèse, 21, 7.

677Ibid., 1 Samuel, 1, 23.

678Jean BENEDICTI, La somme des pechez, et le remede d'icevx..., op. cit. [note n°170], p.196.

679Ibid., p.201.

680Ibid., p.109.

681François LEBRUN, Marc VENARD, Jean QUENIART, Histoire de l'enseignement..., op. cit. [note n°598], p.60.

berceau que bien des familles ne possèdent d'ailleurs pas. De plus, lorsque l'enfant pleure, sa mère le prend tout de suite dans ses bras. En effet, les parents redoutent les convulsions qu'on ne sait pas soigner. Les enfants sont donc toujours proches de la femme, de jour comme de nuit.

Après le temps de l'allaitement vient celui de l'éducation du jeune enfant.

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"Il faut répondre au mal par la rectitude, au bien par le bien."   Confucius