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Eléments d'une philosophie de l'espace chez Ernest Cassirer

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par Marcellin Tibérius KALOMBO MBUYAMBA
Université catholique du Congo - Diplôme d'études approfondies  2012
  

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II.3.4. Eléments d'innovation Cassirerienne de la théorie de l'espace

Le contexte dans lequel Cassirer élabore sa philosophie de l'espace est tout à fait différent de ce que nous avions parcouru tout au long de l'histoire des sciences. Cassirer voulait concilier les sciences de la nature et les sciences de la culture, en établissant des procédés logiques spécifiques pour les sciences de la culture. Sa théorie de l'espace se veut une approche plurielle.

II.3.4.1. Essence d'une pluralité d'espaces

L'on serait peut être étonné de constater que, Cassirer élabore sa théorie de l'espace loin des présuppositions kantiennes de l'espace apriorique. Le fait que Cassirer adopte une attitude pluraliste de l'espace, il ne lui conviendrait plus d'adopter la méthode de Kant. Ses références sont les théories de Leibniz et de Klein.

Pour Cassirer, « l'espace est une catégorie logique invariante ou une fonction des relations ».86(*) Cette conception de considérer l'espace comme une détermination des relations, lui est venu de Leibniz. A sa suite, il définit l'espace comme un ordre, un système de relations entre des choses existantes ou possible. L'espace « est un ordre des coexistences, comme le temps ordre des successions»87(*). L'espace n'est pas une substance, il est relatif au sens logique. C'est la conception substantielle que Cassirer réfutait avec véhémence et proposa par la suite une conception fonctionnelle. Cassirer, on l'a déjà souligné, s'interrogeait sur le problème des conditions de possibilité des sciences. Mais, il le faisait en laissant de coté la critique des principes pour la critique des faits en affirmant l'exigence d'une « approche fonctionnaliste »88(*).

En sus, pour Cassirer, l'espace est une pure forme, c'est un schéma d'organisation, une théorie de relation. Dans le cadre de l'étude sur l'espace géométrique, notre auteur ne s'est pas intéressé à la définition et à la classification des différents types de géométrie, mais il adopte l'étude leibnizienne de l'analysis situs et de Félix Klein sur la théorie de groupe de transformation, en étudiant essentiellement les propriétés d'invariants des différentes figures géométriques. Concernant son point de vue, Cassirer pense que la théorie de l'espace peut quitter sa structure des sciences de la nature, pour être appliquée aux sciences la culture. Une telle orientation contribue pour résoudre la problématique de l'espace. C'est pourquoi, nous affirmons que le savant de l'école de Marbourg a innové à partir de son point de vue que nous trouvons pluraliste et unitaire.

En effet, pour éviter le malentendu, Cassirer a proposé de classifier chaque orientation spatiale à un domaine particulier. A partir de cette classification, Cassirer sort la notion de l'espace de sa structure des sciences de la nature, pour l'appliquer aux domaines de la culture. D'où, il y a :

1. L'espace mythique, qui correspond aux représentations spontanées.

2. L'espace esthétique, qui prévaut dans les figures artistiques.

3. L'espace théorique, qui correspond aux nécessités scientifiques : c'est ici qu'il y a l'espace mathématique. Cette distinction nous parait acceptable et nous pensons qu'il a résolu quasiment la préoccupation sur la question spatiale en commençant par les grecs anciens jusqu' à nos jours. Au de-là ce triple classification, Cassirer ajoute d'autres orientations spatiales que nous brossons succinctement les caractéristiques.

4. L'espace anthropologique

D'après Cassirer, décrire et analyser le caractère spécifique de l'espace et du temps dans l'expérience humaine est l'une des tâches les plus intéressantes et les plus importantes qui s'offrent à l'anthropologie philosophique. Cependant, il est étonnant d'affirmer que tous les êtres organiques ont la même perception d'espace. La question de l'essence de l'espace n'est pas identique chez les êtres, qu'ils soient supérieurs ou inférieurs. Dans le cadre de l'étude de l'espace humain, nous devons aussi suivre une autre voie, celle de l'analyse des formes de la culture humaine. Dans cette analyse, il existe plusieurs types d'expérience spatiale ou temporelle qui soient aussi différents.

5. L'espace organique ou espace d'action :

Pour Cassirer, cet espace, est le niveau le plus bas ou la couche inférieur des êtres. Il poursuivait en affirmant que, la plupart d'organisme vit dans un certain milieu particulier. Pour y survivre, ils sont obligés de s'adapter aux conditions données par ce milieu. Cette exigence va de soi aux organismes inférieurs. Qui, leur adaptation doit nécessiter un système de réactions compliqué et une différenciation entre les stimuli physique et une réponse adéquate à ces stimuli. A titre illustratif, « les animaux nouveau-nés semblent avoir un sens très juste et aigu de la distance et de la direction spatiale : un jeune poussin à peine sorti de sa coquille se repère et picore les grains répondus sur son chemin »89(*).

Il s'ensuit que, les biologistes et les psychologues ont entrepris les investigations sur les conditions particulières du processus d'orientations spatiales chez les animaux. Souvent, l'on se pose des questions concernant la faculté d'orientation des abeilles, des fourmis et des oiseaux de passage...selon Cassirer, les animaux suivent dans leurs réactions très complexes, un « processus idéationnel »90(*). Les animaux sont guidés par des impulsions corporelles, d'un genre particulier, ils n'ont pas aussi l'image mentale ou carrément, les animaux n'ont pas l'idée de l'espace. Il n'y a pas de représentation des relations. Sur ce, Cassirer cite Hans Volkelt, sur les représentations des animaux, « l'expérience de l'araignée ».91(*)

6. L'espace perceptif 

Pour Cassirer, l'espace perceptif concerne les animaux supérieurs. Cet espace n'est pas juste une donnée simple des sens. Il est complexe et dans cette complexité, il y a plusieurs éléments qui appartiennent à l'expérience sensible : il y a l'optique, le tactile, l'acoustique et le kinesthésique. Dans l'espace perceptif, tous les éléments coopèrent afin de le construire. Celui qui a pensé à une telle étude s'appelle Hermann Von Helmholtz, à partir de son Optique physiologique, il résolvait les problèmes liés à la physiologie et à l'expérience sensible. Ne perdons pas de vue que, dans l'histoire de la psychologie, il y a eu une lutte acharnée entre le nativisme et l'empirisme sur la question de l'origine de la perception spatiale. La solution à ce problème sera étudiée dans l'approche symbolique.

7. L'espace symbolique ou abstrait 

Le fil conducteur de cette étude nous amène à la distinction entre l'espace purement humain et l'espace animal. Nous avons vu que dans l'espace organique, l'espace de l'action, l'homme est très inférieur à l'animal. Par exemple, un enfant doit acquérir pour toutes sortes d'actions une habileté que l'animal possède à la naissance. Par ailleurs, l'homme compense cette insuffisance par un processus intellectuel de conception, c'est la notion d'espace abstrait ou symbolique. C'est l'espace théorique de la géométrie. Avant cela, voyons comment se présente l'espace dans le langage.

8. L'espace langagier

L'espace dans la structure du langage, parait étonnant pour toute personne qui est néophyte des écrits de Cassirer. Comment le langage peut-il acquérir une vision spatiale ? Par quel mécanisme ? Voilà les interrogations qui nous ont préoccupé quant nous nos sommes mis à lire l'ouvrage de Cassirer, qui contient la perspective spatiale dans le langage. Le langage suit une voie tout à fait autre que le mythe. Selon Cassirer, « ce qui caractérise déjà les premiers mots d'espace qu'on y rencontre, c'est qu'ils impliquent une certaine fonction déictique ».92(*) La forme fondamentale de tout acte de langage se ramène à celle de « montrer » et cette fonction ne peut naître et se fortifier que là où la conscience a élaboré cette déictique en elle-même.

Le geste démonstratif, constitue le moment crucial de ce développement. Cassirer évoque à cet effet, Hans Freyer qui soutient l'importance décisive des gestes démonstratifs et leur différence de principe avec tous les simples mouvements d'expression, en tant qu'une détermination spatiale. Ce qui a rendu possible l'idée sur les gestes démonstratifs, c'est le langage « qui la guide dans ses voies propres et qui crée avec ses particules déictiques les premiers moyens d'exprimer la proximité et l'éloignement ainsi que certaines différences cardinales de direction ».93(*)

A cet effet, bien que l'espace langagier opère dans la teinture du sentiment et de la sensation, comme se fait dans le mythe, il a aussi un tournant décisif. Car, il passe de l'espace de l'expression à l'espace de la représentation. Dès lors, les divers lieux ne paraissent plus seulement séparés entre eux par certains caractères qualitatifs et affectifs mais font intervenir des relations précises d'interposition, d'ordre spatial.

Alors, une question mérite d'être posée : qu'est-ce qui fait l'unité de ces espaces énumérés dans le contexte cassirerien ? Ce qui relie tous les espaces, qui ont un caractère et une provenance différente de sens, « c'est une détermination purement formelle qui trouve son expression la plus précise et la plus prégnante dans la définition leibnizienne de l'espace comme possibilité de la coexistence et comme ordre des coexistences possibles »94(*). Cette possibilité est vécue d'une manière différente dans les différents modes de formation spatiales.

* 86 G. IBONGU, Cassirer's structural Realism, Berlin, Logos Verlag, 2011, p.31.

* 87 E.CASSIRER, Espace mythique, Espace esthétique, Espace théorique, O.c., p.109.

* 88 E. CASSIRER, Le problème de la connaissance, t4, p.V (préface).

* 89 E.CASSIRER, Essai sur l'homme, p.68.

* 90 Ib.

* 91 Hans Volkelt, dans son ouvrage sur les représentations des animaux, nous brosse du mode d'orientation de l'araignée dans l'espace. Quand un objet était tombé sur la toile, l'araignée, après une première réaction, ne se précipitait sur lu que s'il bougeait ; mais lorsque l'objet restait tout d'abord suspendu en repos, elle ne courait pas depuis sa tanière jusqu'à lui sans faire une halte : elle marquait un temps d'arrêt au centre de la toile, afin d'établir s'il est permis de parler ce langage humain à partir de là et par attouchement des fils disposés en rayons, la direction dans laquelle se trouvait l'objet volant qui s'était pris à la toile... une mouche s'était-elle jetée sur la toile que l'araignée laissait parfois sa victime lui échapper de cette manière ; car il arrivait que la mouche, à compter du moment où elle avait touché la toile, demeurât parfaitement immobile dans quelque position désespérée. L'araignée, attirée au centre par la première et unique secousse, palpait alors circulairement, depuis le centre, les rayons les uns à la suite des autres ; parfois elle trouvait la direction où la mouche pendait dans une immobilité complète ; parfois aussi elle y échouait et rentrait alors bredouille...Il ressort sans conteste de tous ces faits que l'araignée ne reçoit pas par le biais de qualités optiques ( qu'il s'agisse d'une image ou même seulement d'une vision de mouvement), y compris depuis le centre de la toile, d'information suffisante sur ce qui se passe à la périphérie de celle-ci, et que c'est le tact qui conditionne pour l'essentiel son comportement...même quand l'objet pend sur la toile à la très courte distance de 2-3cm de l'araignée en train de palper, il arrive qu'elle ne le trouve pas. Cfr Philosophie des formes symboliques t3, p.177.

* 92 E.CASSIRER, Philosophie des formes symboliques, t3, p.175.

* 93 E. CASSIRER, O.c., p.176.

* 94 E.CASSIRER, Espace mythique, espace esthétique et espace théorique, dans, O.c., p.109.

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