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Eléments d'une philosophie de l'espace chez Ernest Cassirer

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par Marcellin Tibérius KALOMBO MBUYAMBA
Université catholique du Congo - Diplôme d'études approfondies  2012
  

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I.1.5. Débat sur l'espace absolu : Newton et Leibniz

La problématique de l'espace absolu a donné un désaccord complet entre la conception de Newton et celle de Leibniz. Ils ont eu des correspondances sérieuses jusqu'à la mort de Leibniz. Dans cette correspondance, tous s'adressaient à la princesse de Galles, amie à Leibniz. Rappelons aussi que, Newton avait son porte-parole, Samuel Clarke qui était le chapelain de la cour royale. L'ensemble de ces discussions, a constitué le livre intitulé : la correspondance Leibniz-Clarke.18(*)

En effet, pour Newton, l'espace est absolu et réel, vide et infini. Absolu signifie que tout objet est relatif à l'espace dont il occupe un lieu. En plus, le fait de considérer l'espace comme absolu, on a l'impression qu'il ne joue aucune fonction positive. L'espace newtonien a des propriétés axiomatiques, comme par exemple sa rigidité par rapport au mouvement, qui lui confère aussi un rôle conservateur de la rectiligne. En tant que métaphysicien, Newton pense que l'espace et le temps constituent le sensorium Dei, c'est-à-dire que Dieu agit sur toute chose par l'intermédiaire de l'espace, qui peut se présenter comme un organe de sens de Dieu : « L'espace est comme le toucher de Dieu, puisqu'il touche bord à bord tous les corps comme immédiate extériorité».19(*)

De son coté, Leibniz n'accepte pas la conception de Newton ainsi que ses caractéristiques de l'espace. Il y a eu un désaccord sur l'idée de sensorium Dei. Selon Leibniz, comme si Dieu avait besoin d'organes pour agir. Leibniz pense que, « il n'y a pas d'expression moins convenable sur ce sujet, que celle qui donne à Dieu un sensorium. Il semble que cette expression fait de Dieu l'âme du monde».20(*)

Pour Leibniz, l'espace est idéal, parce qu'il représente la façon dont nous mettons un ordre de juxtaposition entre les choses lorsque nous découvrons le monde. A cet effet, l'espace ne peut pas se séparer de cette opération de connaissance intellectuelle du monde. En plus, Leibniz s'insurge contre la conception de l'espace absolu et propose sa conception de l'espace idéal et relatif. En sus, l'espace est dû aux relations qui existent entre des objets matériels coexistant, d'ou le terme relation caractérise la conception leibnizienne pour désigner l'espace. Contre les newtoniens il conteste avec véhémence et dit : « Ces messieurs (Newton et ses disciples) soutiennent donc que l'espace est un être réel absolu, mais cela les mène à des grandes difficultés. Car, il parait que cet être doit être éternel et infini. C'est pourquoi, il y en a qui ont crut que c'était Dieu lui-même, ou bien son attribut, son immensité. Mais, comme il a des parties, ce n'est pas une chose qui puisse convenir à Dieu »21(*).

Au demeurant, Leibniz a déployé contre la conception newtonienne de l'espace et du temps, une critique double : logique et métaphysique. Concernant la critique logique, « rapporté à l'espace, on peut dire que : tout objet A doit nécessairement se trouver devant, derrière, à gauche, à droite, au-dessus, en dessous de certains autres objets B,C,D... pourqu'un objet Z soit placé au même endroit que A, il faut et il suffit que Z soit placé de façon qu'il ait exactement les mêmes rapports aux autres choses B,C,D... que A »22(*). Il se dégage qu'à la même place étant équivalent à des mêmes rapports. Pour signifier, que l'espace n'est rien d'autre que l'ensemble des relations de juxtaposition des choses. Selon Leibniz, l'espace « est un ordre des coexistences, comme le temps ordre des successions»23(*).

Concernant la critique métaphysique, Leibniz avance les arguments suivants : si l'espace était un vide infini dans lequel Dieu aurait déposé l'univers, on ne voit pas pour quelle raison, Dieu aurait déposé le monde là où il est, plutôt un peu plus loin à gauche ou à droite. De ce fait, la rationalité de Dieu implique qu'on ne puisse l'imaginer créant un monde dont les caractéristiques n'auraient pas de raison suffisante. Ainsi, Dieu en choisissant un lieu plutôt qu'un autre dans une infinité des possibles, aurait fait un choix sans raison suffisante. D'où son axiome de la raison suffisante qui s'énonce comme suit : « Il est vrai, dit-on, qu'il n'y a rien sans une raison suffisante pourquoi il est et pourquoi il est ainsi plutôt qu'autrement. Donc, rien n'arrive sans qu'il y ait une raison suffisante. »24(*). Il complète ce principe par un autre principe d'identité des indiscernables qui est la conséquence de la raison suffisante et s'énonce comme suit : « Il ne peut exister deux êtres indiscernables l'un de l'autre ». Au reste, Leibniz pense : mieux vaut dire qu'il n'y a pas de réalité d'un espace vide infini, ce qui fera disparaitre le débat. Par ailleurs, c'est Kant qui avait arbitré le débat. Mais pour Descartes, il est question d'une conception purement intellectuelle.

* 18 A. ROBINET, Correspondance Leibniz-Clarke, Paris, PUF, 1957,223p.

* 19 B. BACHELET, O.c., p.106.

* 20 A. ROBINET, Correspondance Leibniz-Clarke (4 eme Lettre, remarque 27), Paris, P.U.F, 1957, p.93.

* 21 Ib., p.52.

* 22 B. BACHELET, O.c., p.107.

* 23 Ib., p.53.

* 24 Ib., p.54.

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