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Eléments d'une philosophie de l'espace chez Ernest Cassirer

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par Marcellin Tibérius KALOMBO MBUYAMBA
Université catholique du Congo - Diplôme d'études approfondies  2012
  

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I.4. L'espace dans la tradition empirique

La tradition empirique a critiqué avec véhémence la théorie de l'espace absolu. Parmi les philosophes qui l'ont fait avec rigueur, figurent les noms de Georges Berkeley et de Helmholtz. Hering, est un nativiste qui pense que les dispositions spatiales sont innées en l'homme.

I.4.1. Georges Berkeley: approche empirico-sensualiste

Selon Cassirer, G. Berkeley est considéré comme le philosophe qui a critiqué le point de vue de Newton sur l'espace absolu. Dans ce sens, Cassirer affirme que, pour Berkeley, l'espace absolu « n'était qu'un espace imaginaire, une fiction de l'esprit »32(*). Dans son ouvrage sur « La nouvelle théorie de la vision », cet empiriste offre une structure sur la question de l'espace qui est un pur renversement de la théorie absolu de l'espace et surtout du rationalisme cartésien. Bien que Berkeley réfute le point de vue de Descartes, possède en quelque sorte le même point de départ que lui.

D'après Cassirer, toute notre réalité primitive est enfermée dans l'impression simple des sens chez Berkeley. Un tel point de vue est insuffisant et que la perception ultime sensible, ne suffit pas, en tant que telle à expliquer la conscience spécifique de l'espace, ainsi que l'organisation et l'ordonnancement des espaces dans lesquels nous sont donnés les objets de l'expérience. Comme Descartes refusait les data individuels qui constituent une détermination spatiale, Berkeley lui aussi pense que, « les données sensibles prises individuellement, ne sont pas de nature à comporter de déterminations immédiatement spatiales, qui ne se réalisent là encore que grâce à un processus compliqué d'interprétation de ces données par l'âme »33(*).

Ainsi, notre image de l'espace ne se construit pas selon Berkeley, par l'adjonction d'une perception particulière et qualitativement nouvelle à celles qui nous viennent de l'entremise des organes des sens : de la vue et du toucher en particulier. Il n'y a pas un rapport unitaire entre une perception extérieure et une perception intérieure par le biais de nos organes des sens.

Face à une telle problématique, Cassirer pense que, Berkeley trouve une issu pour sortir de la crise : « ce qui est requis pour éveiller et fixer en nous cette image, c'est une relation déterminée qui, intervenant entre les données des diverses sens, nous permettent de passer des unes aux autres d'après les règles constantes et de les coordonner entre elles »34(*). Alors que, chez Descartes, cette coordination des divers data individuels est expliquée en se référent à une fonction primitive de l'intellect et à ses idées innées. Par contre, Berkeley emprunt une voie tout à fait opposée. Pour ce sensualiste, l'espace pur de Descartes et l'espace absolu de Newton sont considérés à ses yeux « comme bien moins une idée qu'une idole »35(*).

De ce fait, les espaces cartésiens et newtoniens, ne tiennent pas devant une critique psychologique qui est tournée vers la découverte des faits naïfs de la conscience. En plus, l'observation et l'analyse phénoménologique sans prévention ignorent également l'espace abstrait avec lequel les mathématiques et les physiciens opèrent.

Ainsi, l'observation et l'analyse phénoménologique de la question de l'espace ne connaissent pas l'extension homogène parfaite, illimitée et pure de toute qualité sensible. Dans ce contexte, ce qui est plus important, « c'est autre faculté maitresse de l'âme ; irréductible à la perception simple, comme à l'activité logique et discursive de l'entendement et qu'on ne peut qualifier ni de purement sensible ni de rationnelle ».36(*) Il est question donc d'une activité originale de l'esprit, d'une synthèse de l'esprit, c'est-à-dire une synthèse qui est fondée sur « les règles de l'imagination »37(*) que sur les règles d'une logique abstraite et d'une mathématique formelle comme l'a fait Descartes. En plus, ce qui distingue les règles de l'imagination Berkeleyenne de celles de mathématiques et logiques cartésiennes, c'est le fait que les règles de l'imagination dans l'approche sensualiste, ne peuvent pas fonder « d'association universelles et nécessaires mais seulement empirique et fortuites»38(*).

Encore, ce n'est pas une nécessité objective, intérieure à la chose même, mais l'habitude et l'usage qui relient ensemble les différents domaines des sens et les font enfin chevaucher si étroitement qu'ils peuvent se substituer les uns aux autres. Donc, pour Berkeley, « le développement de l'intuition de l'espace est solidaire de cette substituabilité et suppose que les impressions sensibles acquièrent peu à peu une fonction de représentation par delà leur teneur initiale simplement présentative »39(*).

Par ailleurs, la représentation dont parle Berkeley, ne se fait pas par d'autre moyen que par la reproduction. Ainsi, pour rendre possible la constitution de notre expérience de l'espace, Berkeley demande d'ajouter à part la faculté de la perception, une autre faculté médiate, mais non pas moins importante pour autant : la faculté de la suggestion. Il s'ensuit que, le concept de la suggestion en tant qu'une nouvelle faculté ajoutée à la perception rend plus clairement la détermination de l'espace ou des choses dans l'espace. Au fur et à mesure que ce pouvoir de suggestion se fortifie, la sensation qui était isolée devient apte à annoncer une autre sensation qui est différente, à la représentation dans la conscience de la personne, que va se forger en nous la chaine grâce à laquelle les éléments de la réalité s'assemblent en un tout pour former un monde de l'espace. Une telle tendance était approfondie dans une approche physiologique de Helmholtz.

* 32 E. CASSIRER, Essai sur l'homme, p.70.

* 33 E. CASSIRER, Philosophie des formes symboliques t3, p.169.

* 34 E. CASSIRER, Philosophie des formes symbolique t3, p.169.

* 35 Ib.

* 36 Ib., p.170.

* 37 Ib.

* 38 Ib.

* 39 E. CASSIRER, Philosophie des formes symboliques t3, p.169.

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