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Platon, l'Egypte et la question de l'à¢me

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par Frédéric Mathieu
Université Montpellier III - Paul Valéry - Master I de philosophie 2013
  

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b. Sechnouphis

Un second prétendant à cette candidature nous est proposé par Clément d'Alexandrie dans un passage de ses Stromates : « on rapporte, écrit-il, que Pythagore fut l'élève de Sonchis, grand prophète égyptien, Platon de Sechnouphis l'Héliopolitain, et Eudoxe de Cnide de Chonouphis, lui aussi Égyptien »215. Il apparaît ici que les maîtres de Platon et d'Eudoxe de Cnide sont clairement distingués. Notre embarras consiste ici en ce que le nom de Sechnouphis n'apparaît, à notre connaissance, nulle part ailleurs que chez Clément d'Alexandrie. Clément d'Alexandrie est donc le

214 Plutarque, De Iside et Osiride, Traité d'Isis et d'Osiris, L. X, 354d-e.

215 Clément d'Alexandrie, op. cit, ibid

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seul à assigner une identité crédible au maître de Platon ; mais, précisément, il est le seul à le faire. Nous ignorons par conséquent quelles pourraient avoir été ses sources, et aucun recoupement n'est praticable avec un autre texte grec ou égyptien. Est-ce à dire que nous n'aurions aucune raison de croire (ou de ne pas croire) en ces informations ? Ce serait verser dans l'hypercriticisme, et l'attitude n'est pas toujours de bon aloi. S'il serait maladroit de prendre ce renseignement pour argent comptant, celui-ci n'en est pas moins étayé par un certain nombre de détails précis en mesure de lui garantir une certaine valeur historique. Nous n'en relevons pas moins de quatre. Le premier ne concerne pas directement Sechnouphis, mais l'assignation de la fonction de « grand prophète » à Sonchis, mentor de Pythagore. Ce titre, traduction de l'égyptien hm-ntr tpy (« premier prophète »), correspond bien à une fonction sacerdotale égyptienne. Plutarque désigne par ailleurs Sonchis comme ayant été l'officiant qui conversa avec Solon tandis que ce dernier séjournait à Saïs216. Un deuxième élément consiste en ce que la mention de Chonouphis comme maître d'Eudoxe de Cnide s'inscrit, comme nous avons pu le constater d'après la confusion de Plutarque, à la suite d'une tradition solide. Un troisième argument fera valoir que l'origine héliopolitaine de Sechnouphis s'accorde tout à fait avec le séjour prolongé dont nous avons quelque raison de croire qu'il fut effectivement celui de Platon dans cette ville217. Le dernier élément concerne l'historicité de ce même personnage. De même que l'onomastique venait au renfort de la croyance en celle de Chonouphis, l'analyse étymologique rapproche le nom de Sechnouphis d'un anthroponyme égyptien, Sbk-nfr, signifiant « le bon Sobek », ou « Sobek est parfait ». Sauf à considérer que Clément d'Alexandrie fut suffisamment bon locuteur égyptien, on ne peut suit aisément lui en attribuer la paternité ; d'autant, rappelons-le, il s'agit d'un hapax.

En sorte que si, d'entre les deux noms avancés par les historiographes, il nous fallait choisir lequel aurait été le plus susceptible d'avoir été celui du maître de Platon, nous opterions sans doute, en fin des fins, pour Sechnouphis. Ce choix pour toutes les raisons, mais également avec toutes les réserves que nous avons dites. L'on peut songer que le voyage de Platon étant déjà une chose controversée, lui assigner des maîtres le serait d'autant plus. Mais il existe une autre voie. Rien n'interdit de prendre, tout à l'inverse, l'indication et même l'évocation de maîtres de Platon comme un indice supplémentaire de l'authenticité de son voyage.

216 Plutarque, Vies parallèles des hommes illustres, t. I : Vie de Solon, 2, 26, 1 et idem, De Iside et Osiride, Traité d'Isis et d'Osiris, L. X, 354d-e.

217 Cf. infra. : « L'itinéraire du voyage de Platon ».

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