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Le développement de l'industrie musicale en Grande-Bretagne de l'entre-deux-guerres aux années Beatles : une trajectoire d'innovation globale?

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par Matthieu MARCHAND
Université Michel de Montaigne - Bordeaux III - Master Histoire 2012
  

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III/ Le disque, support représentatif d'une identité culturelle ?

Dans notre approche globale du sujet, il a été mis en évidence que l'innovation ne partait pas nécessairement de l'élite entrepreneuriale mais qu'elle subissait également le poids de l'influence socioculturelle, plus ou moins concernée selon les zones géographiques. En partant de la considération qu'avec l'emprise internationale des industries musicales, les disques circulent de plus en plus et influencent ceux qui les achètent, qu'ils soient auditeurs ou musiciens, comme circulaient auparavant les partitions fournissant des modèles aux compositeurs, alors un « patrimoine cumulatif d'interprétations » se constitue comme s'était rassemblé celui de la musique écrite255. Parmi ces catégories d'interprètes, les jeunes, et plus précisément la jeunesse du baby boom, constituent réellement dès les années cinquante, mais surtout de 1963 à 1966 où ils profitent le plus des bienfaits de l'affluent society, une force sociale et économique qui n'est pas étrangère à la croissance des industries du disque.

A/ Une autre catégorie motrice de l'innovation musicale : la jeunesse, force de consommation

Non contente de constituer une part croissante de la population, de n'avoir connu ni les années de crise ni la guerre, ayant grandi en même temps que le Welfare State, elle possède en outre ce que n'avait pas la génération de ses parents, de l'argent de poche256, sous l'effet conjugué de la croissance économique et démographique en hausse depuis la Seconde guerre mondiale (reconnaissance du temps libre en général, l'otium : loisirs, vacances, temps

253 TSCHMUCK, Peter, op. cit., p. 131.

254 Idem, p. 130.

255 DELALANDE, François, op. cit., p. 548.

256 En 1959, les adolescents disposaient d'un budget global de 830 millions de livres. MOUGEL, François-
Charles, Histoire culturelle du Royaume-Uni 1919-1959, Paris, SEDES, coll. « Regards sur l'histoire », 1989, p. ?

consacré à la consommation, etc.). Entre 1945 et 1975, la population de l'Europe passe de 380 à 460 millions d'habitants, en grande partie grâce à l'accroissement naturel, tandis qu'en Grande-Bretagne, on passe de 49 à 56 millions sur cette même période257. Mark Abrams258, qui étudia la figure du jeune ouvrier anglais, montra en parallèle en 1959 comment les gains réels des adolescents en Angleterre s'accrurent de 50% sur la période 1938-1958, alors que les gains réels des adultes ne s'accroissaient que de 25%. Ces chiffres traduisent certes une tertiarisation de l'économie mais, plus spécifiquement, une augmentation du taux d'équipement en appareils de toutes sortes : télévisions, radios mais aussi tourne-disques. Toujours selon Abrams, les achats des jeunes représentent en 1959 42% de la consommation britannique de disques.

Or, dès les années soixante, le disque est l'un des éléments les plus importants d'une forme de consommation juvénile en voie d'affirmation, et dans laquelle la musique joue un rôle central qui ne se démentira pas jusqu'à nos jours. Cette logique sociale de la différenciation juvénile à travers l'objet-disque représente également un premier pas qui annonce l'essor de la consommation et des subcultures à partir des années soixante (v. fin du Chapitre 6). L'arrivée du rock and roll des États-Unis, genre à fortes connotations sociales autant pas ses influences que par son rôle symbolique, trouve qui plus est une formidable caisse de résonnance auprès des jeunes et des Teddy Boys anglais, très sensibles à l'apport de la culture américaine : par exemple, la chanson générique du film de Richard Brooks Blackboard Jungle (1955), « Rock Around the Clock » interprété par Bill Haley, marque le début d'un vent de folie en Angleterre puisqu'elle devient Numéro 1 au hit-parade en décembre 1955, tandis que les Comets font l'année suivante une tournée triomphale259. Les Teddy Boys, sous-culture britannique essentiellement londonienne des années 1954-1959 incarnée par des jeunes hommes portant des vêtements d'inspiration édouardienne et souvent considérés comme violents et durs, font également un triomphe à Elvis Presley dont le groupe EMI distribue les disques que l'on trouve aussi importés d'Amérique dans les grands ports internationaux.

Cette démocratisation du disque auprès des jeunes est avant tout la conséquence d'une nouvelle configuration qui unie à la fois l'impact des industries américaines du divertissement sur le marché de la classe ouvrière britannique, avec l'émancipation générale des jeunes vers

257 Cf. BARDET, Jean-Pierre, DUPAQUIER, Jacques, Histoire des populations de l'Europe (1999).

258 Cf. ABRAMS, Mark, The teenage consumer (1959).

259 LEMONNIER, Bertrand, L'Angleterre des Beatles : une histoire culturelle des années soixante, Paris, Éditions Kimé, 1995, p. 74.

la découverte de nouvelles musiques et de nouveaux territoires. Ainsi, « teenage culture is a contradictory of the authentic and the manufactured : it is an area of self-expression for the young and a lush grazing pasture for the commercial providers »260.

Ces disques qu'elle achète de plus en plus, la jeunesse les écoute de plusieurs manières ; cette rencontre entre le rock et les adolescents-es fut d'autant plus marquante que le bouleversement esthétique s'accompagne d'innovations techniques qui facilitèrent l'appropriation du rock auprès des jeunes Anglais.

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.



BOSKELYWOOD from Ona Luambo on Vimeo.