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Frantz Fanon et l'intégration régionale en Afrique Centrale: défis et perspectives de la CEEACpar Vinny-Toussaint Dark Nkouma Emane ISM Dakar - Master sciences politiques et relations internationales: option diplomatie et geostrategie 2024 |
B- Valorisation des mémoires et cultures régionalesLa valorisation des mémoires et cultures régionales est aujourd'hui un enjeu crucial pour consolider l'unité en Afrique centrale, région marquée par une grande diversité ethnique et culturelle. Cette diversité, loin de constituer un facteur de division irréconciliable, est désormais perçue comme une richesse à préserver et à promouvoir, pour bâtir une identité régionale forte et partagée. Dans cette optique, la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), en partenariat avec plusieurs organisations internationales, mène des initiatives visant à sauvegarder et à mettre en valeur les patrimoines culturels et mémoriels. Ces actions participent à la construction d'un sentiment commun, base indispensable à la cohésion régionale. En collaboration avec l'UNESCO, l'organisation internationale reconnait l'importance de préserver le patrimoine immatériel africain, notamment les langues, les traditions orales et les pratiques culturelles qui portent la mémoire des peuples. Ces initiatives se traduisent par des programmes de formation, d'archivage et de transmission des savoirs locaux qui transcendent les frontières nationales pour créer un espace culturel régional partagé430. Par exemple, l'UNESCO enjoint les pays d'Afrique centrale à intensifier leurs efforts pour protéger les sites historiques et culturels ainsi que pour valoriser les pratiques traditionnelles qui participent au développement durable.431 La CEEAC travaille avec plusieurs partenaires internationaux, telles que la Commission de l'Union africaine, la Banque africaine de développement, et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), à la promotion des industries culturelles et créatives. Ces partenariats visent à renforcer les capacités locales en matière de gestion culturelle, de droits de propriété intellectuelle, et de commercialisation des oeuvres d'art et savoir-faire traditionnels. Ce secteur culturel se présente ainsi comme un levier économique tout en étant un vecteur de 430. Rapport biennium 2022-2023: UNESCO Afrique centrale. https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000391664fre 431 https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000391664fre 148 l'identité régionale. Une attention particulière est portée aux jeunes artistes qui portent une vision innovante intégrant modernité et racines culturelles. La valorisation des langues nationales constitue un autre axe majeur de cette politique. En partenariat avec l'Institut pour la promotion des langues africaines (IPLA) et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la CEEAC encourage la pédagogie bilingue et multilingue dans les systèmes scolaires régionaux, avec l'objectif de renforcer l'accès à l'éducation tout en enracinant les jeunes générations dans leurs cultures propres. Cette démarche contribue à la lutte contre l'exclusion sociale et à la reconquête de l'identité, en vue d'une meilleure intégration régionale. Les mémoires régionales portent aussi sur les récits historiques, souvent occultés ou déformés par les anciennes dominations coloniales. Ces archives participent à un apprentissage commun qui nourrit la construction d'une histoire régionale partagée, condition sine qua non à la cohésion sociale et politique. En effet, l'intégration culturelle proposée par la CEEAC repose aussi sur la reconnaissance du rôle apaisant et fédérateur des cultures régionales dans un contexte longtemps marqué par des guerres civiles et des violences ethniques. Les forums régionaux sur le dialogue interculturel qui réunissent États, société civile et organisations internationales témoignent de cette volonté d'utiliser la culture comme outil de paix. Cependant, malgré ces avancées, les défis restent nombreux. Le financement des projets culturels reste insuffisant, souvent marginalisés au profit des secteurs économiques traditionnels. De plus, la coordination entre les différents acteurs régionaux et internationaux souffre parfois de doublons institutionnels et d'une vision insuffisamment intégrée. Néanmoins, des progrès constants sont observés, notamment à travers le développement de politiques culturelles régionales plus cohérentes et inclusives. Le rôle des acteurs locaux est également déterminant : les communautés sont invitées à s'approprier ces initiatives pour qu'elles répondent réellement à leurs attentes et besoins. Cet ancrage local renforce la pérennité des projets et leur impact social. Des exemples tels que la protection des danses traditionnelles rituelles au Cameroun ou la promotion des langues bantoues au Gabon illustrent bien cette dynamique participative432. L'impact des politiques culturelles combinées à une stratégie régionale ambitieuse devrait être soutenue par la CEEAC afin de déclenché un regain d'intérêt pour les cultures africaines postcoloniales et encourage un 149 dialogue interculturel fondé sur le respect mutuel. Cette valorisation est un moteur pour la reconnaissance internationale des cultures d'Afrique centrale et participe à l'émergence d'une nouvelle voix culturelle africaine sur la scène mondiale. Au-delà des actions culturelles, la valorisation des mémoires s'inscrit parfois dans des programmes plus larges de justice transitionnelle appuyés par l'Union africaine et les Nations unies. Ces démarches visent à reconnaître et réparer les traumatismes historiques, contribuant à apaiser les tensions héritées du passé et à fortifier les bases d'une unité régionale durable. En Afrique centrale, ces initiatives innovantes sont associées à la construction d'une narration commune, évitant la reproduction des conflits liés à la mémoire433. |
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