WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le sud-ouest français dans l'espace européen : vers une collaboration interrrégionale en matière de relations culturelles extérieures ?

( Télécharger le fichier original )
par Thomas Perrin
Université Paris III - Sorbonne Nouvelle - DESS de Relations interculturelles 2001
  

précédent sommaire suivant

3. ENJEUX DES RELATIONS CULTURELLES INTERNATIONALES POUR LES RÉGIONS

a. Enjeu "global" et symbolique.

Cet enjeu, inhérent aux relations culturelles internationales, est celui de l'enrichissement mutuel provoqué par la découverte et la compréhension de la culture de l'Autre, qui mène à la tolérance et, par extension, à la paix. "L'art et la culture sont un puissant moyen de rapprochement des peuples" (Kompaoré in Dialogue culturel Nord-Sud et collectivités territoriales. Actes., 1992, 49).

Ces idéaux sont notamment défendus par les organisations intergouvernementales telles que l'UNESCO ou le Conseil de l'Europe. "L'interpénétration culturelle de nos sociétés est devenue une dimension fondamentale de la réalité internationale [...]. Les actions culturelles et éducatives peuvent constituer un "instrument" extraordinairement efficace au service d'une Europe [et d'un monde] plus démocratique[s] et plus [respectueux] des droits de l'homme" (Weber in Saez, 1995, 81).

Au niveau "pragmatique" de ce mémoire cet enjeu concerne notamment la cohésion des sociétés, le lien social entre populations membres de l'Union européenne d'une part, entre populations européennes et communautés ethniques d'autre part, implique la fonction sociale des politiques culturelles (cf. par exemple Wieviorka, 1998) et relance le débat entre "tenants de l'excellence artistique et ceux de l'action populaire" (Latarjet, 1992, 17-20).

Cet enjeu "socioculturel" se retrouve également, notamment dans le cadre des relations Nord/Sud, dans la dimension culturelle du développement qui soulève elle-même plusieurs questions6(*).

"La culture semble être le seul terrain où un échange équilibré paraît possible (F. d'Almeida) [...] le dialogue culturel est le meilleur lieu pour un dialogue égalitaire : toutes les cultures se valent si toutes les économies ne se valent pas7(*).

b. Enjeu économique

Il se manifeste de deux façons :

- Les retombées économiques de la culture, confirmées par diverses études et qui sont d'autant plus importantes que la politique culturelle a une envergure internationale. Cela va de l'organisation d'événements de portée internationale - "festivalisation de la culture", (Latarjet, 1992, 16) - aux bénéfices générés par le tourisme culturel - mise en valeur d'un patrimoine transfrontalier par exemple.

- Il est admis que la culture est souvent instrumentalisée au profit d'une stratégie de développement économique, qu'il s'agisse de trouver des nouveaux clients à l'étranger ou d'attirer des investisseurs extérieurs - accompagnement des missions économiques par des artistes régionaux, volonté de faire de sa région un pôle culturel et intellectuel international, etc. - ; "stratégies aux frontières des relations économiques, qui sont celles des divers opérateurs culturels internationaux" (Négrier in Perret & Saez, 1996, 124).

A ce propos, les Régions ne peuvent qu'encourager des relations économiques fructueuses en faisant du dialogue interculturel un axe privilégié de leurs relations extérieures - on peut penser à l'émergence du "management interculturel" dans l'entreprise, à la prise en compte croissante des questions interculturelles au sein des services des ressources humaines, etc. La connaissance et le respect mutuels ont toujours aidé à mieux travailler ensemble.

Quoiqu'il en soit, dans le contexte économique la culture apparaît comme principalement liée à l'image que la région souhaite projeter vers l'extérieur.

c. Enjeu politico-identitaire

Les relations culturelles extérieures sont pour les régions un moyen efficace d'acquérir une visibilité politique face au pouvoir central comme au sein de l'Union européenne. Cette approche, essentiellement médiatique (cf. Moulinier, 1995, 265) et qui n'est pas l'apanage des régions8(*) peut mener à des dérives. La culture ne serait donc qu'un moyen de se faire voir - et valoir - sur la scène européenne et internationale pour des régions françaises en mal d'identité - en raison de recoupements territoriaux parfois culturellement illogiques et à des transferts de compétences relativement faibles.

La construction d'une image/identité culturelle, oscillant entre régionalisme - "identité défensive" (Latarjet, 25) - et recherche effrénée de la "contemporanéité" - "identité offensive" (id.) - devient l'une des passions politiques territoriales tout en ne constituant que l'un des instruments de l'action internationale des régions.

Par extension cet enjeu peut se mêler à la "crise du sens" dont sont victimes « nombre de nos contemporains [qui] se mettent ainsi à la recherche de racines, réflexe ou démarche qui aurait pour fonction de restabiliser leur rapport au monde en les inscrivant fortement dans une lignée historique ou spirituelle" (Saez, 1995, 19).

Face aux conséquences néfastes que peuvent avoir les rapprochements entre identités et culture dans les relations internationales9(*), les "acteurs" de ces relations doivent garder à l'esprit que "l'action culturelle ne peut se penser comme un simple levier de l'action politique, elle est à la fois plus et autre chose que cela" (Saez, 1995, 31)10(*).

Ces différents enjeux soulignent l'importance des relations culturelles internationales pour les régions et montrent bien qu'une approche spécifique doit présider au développement de ces relations, au sein de "l'écosystème culturel" actuel (Weber in Saez, 1995, 82).

"Une place revient à la culture en tant que moyen d'éveil de la conscience, à la création artistique en tant qu'interrogation sur le monde, aux politiques culturelles dans la mesure où elles peuvent ouvrir des voies d'accès "citoyennes" à la mémoire collective, instaurer des relations apaisées entre les identités. La culture comme recherche de sens, prenant en considération Soi et l'Autre en même temps, peut contribuer à établir une distance salutaire avec Soi, aider au dépassement des obsessions identitaires, faciliter la reconnaissance de l'Autre" (Saez, 1995, 27).

* 6 Cf. Dialogue culturel Nord-Sud et collectivités territoriales. Actes., 1992, Postface, 53-57.

* 7 J.C. Faure in Dialogue culturel Nord-Sud et collectivités territoriales. Actes., 1992, Postface, 55.

* 8 Cf. Serge Graziani, La Communication culturelle de l'Etat, PUF, Paris, 2000.

* 9 Cf. notamment Roussillon, 1999.

* 10 Sur les effets positifs de la culture sur l'image d'un territoire et comme réponse à des aspirations identitaires cf. Latarjet, 1992, 24-25.

précédent sommaire suivant