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Intégration des adolescents adoptés d'origine étrangère au Québec

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par Delphine MOYTIER
Université de Caen - Master IUP Management Social Santé 2006
  

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Première partie : Contexte de la recherche, l'adoption internationale au Québec, l'intégration des adolescents adoptés

I. L'adoption depuis l'Antiquité

Il peut être utile de rappeler le contexte historique de l'adoption pour bien comprendre ce phénomène.

Dès l'Antiquité, l'adoption est un phénomène courant. Mais même si les lois régissant l'adoption restent longtemps floues, une constante est présente durant cette période : la primauté de la puissance paternelle (pater familias romain). Les pères avaient une forte influence sur leur famille. De plus, à cette époque, ils étaient, à priori, supposés être dépourvus de sentiments pour leurs enfants. Cependant c'est quelque chose que nous pouvons remettre en cause.

L'adoption n'est donc pas un phénomène récent2(*). Elle existe depuis l'Antiquité gréco-romaine, et était un thème récurrent des récits mythologiques et historiques.

C'était une réponse à l'abandon des enfants, qui était une manière tout à fait légale de se « débarrasser » des enfants en trop.3(*) En effet, seuls ceux que les parents désiraient élever étaient pris à la naissance dans les bras du père de famille.

A la même époque, à Rome, deux conditions étaient nécessaires pour adopter. Il fallait être citoyen romain et avoir prouvé son aptitude à engendrer. Cependant, il n'était pas obligatoire d'être marié. L'adoption servait à maintenir un nom, une lignée qui risquait de s'éteindre.

L'adoption était surtout réservée à l'élite romaine, c'est-à-dire les citoyens. Jules César adopta un fils, Octave, qui devient plus tard le célèbre Auguste.

La Grèce antique adoptait aussi. Mais cela concernait surtout les enfants « garçons », pour pallier à l'absence d'un héritier dans une famille, et donc l'assurance de la descendance, de la continuité du nom, de la transmission du patrimoine. De plus, une moindre importance était accordée à la consanguinité dans la filiation par rapport à l'adoption. En effet, un père pouvait refuser son enfant biologique s'il ne le reconnaissait pas, et au contraire, reconnaître un enfant qui n'était pas de lui. Il n'était pas rare de voir un père de famille accueillir un cousin ou un autre enfant dans son foyer. En Grèce, l'adoption est surtout un moyen d'acquérir du pouvoir pour une famille, pour les garçons seulement. La notion d'affection n'est donc que rarement présente dans les adoptions antiques grecques.

La pratique de l'abandon a aussi perduré pendant toute la période du Moyen Age. Certains enfants étaient abandonnés dans des lieux publics (Eglise, écoles), où il leur était donné une chance d'être sauvé. Différentes institutions se mettent en place ici et là pour venir en aide à ces enfants. A Paris, à cette époque, il y a eu la construction de l'hôpital des Enfants trouvés par exemple.

Durant le haut Moyen Age, à peine un enfant abandonné sur trois survit. Ils étaient considérés comme inférieurs aux autres, qualifiés d'enfants « bâtards ». Il était extrêmement difficile pour un enfant adopté d'avoir une vie convenable et sans danger.

Ils étaient abandonnés pour différentes raisons. Ces enfants étaient souvent socialement « inacceptables ». En effet, une mère abandonnait son enfant lorsqu'elle sentait qu'elle avait engendré un enfant de « la honte ». Au Moyen Age existaient les adoptions d'honneur, qui étaient purement honorifiques et ne créaient pas de lien familial4(*).

Toujours à cette période, l'adoption sert à maintenir le nom de famille, une lignée prête à s'éteindre, en cas d'absence « d'héritier mâle ». Le droit qui s'appliquait était assez flou. Les adoptants se désignaient eux-mêmes, en fonction des occasions, des intérêts de chacun.

Cependant, à partir du XVIe siècle, un règlement est appliqué, notamment grâce à l'initiative des hôpitaux qui recueillent les orphelins et les enfants abandonnés.

Depuis 1923, l'adoption est autorisée en France. Cependant pour ce mémoire, nous étudierons le cas de l'adoption au Québec.

II. L'adoption au Québec

Avant d'entrer dans le vif du sujet, il est bon de faire un point sur l'adoption au Québec.

Nous nous intéresserons uniquement à l'adoption internationale, et non à l'adoption interne (au Québec). Combien d'enfants sont-ils adoptés par an au Québec ? Quand l'adoption a-t-elle été protégée par une loi ? Autant de questions qui vont nous permettrent d'implanter les bases de ce sujet, afin de chercher les processus qui font ou non l'intégration familiale et sociale d'une personne adoptée, à l'adolescence.

Certaines informations que je donne dans ce mémoire me sont venues du cours sur l'Adoption Internationale que j'ai suivi cette année à l'UQAM (Université du Québec à Montréal).

Les débuts de l'histoire de l'adoption au Canada ont les mêmes origines que celles de la France, puisque le Québec et le Canada, ou la « Nouvelle-France » ont été découverts en 1534 par l'explorateur Jacques Cartier. Cependant, nous nous intéresserons à l'adoption québécoise plus précisément. C'est à partir du XVIIe siècle que nous pourrons noter quelques différences entre la France et le Québec au niveau du traitement que l'on accordait aux enfants abandonnés et à l'adoption

Au XVIIe siècle, le taux de naissances illégitimes est alors faible. Il faut savoir que, comme en France à la même époque, les pressions sociales émanant de la famille, de l'Eglise étaient fortes. Par exemple, dans les campagnes, les enfants abandonnés grandissaient dans les familles dîtes élargies, comme les oncles et tantes, les cousins. C'était une société communautaire qui gardait et prenait soin des enfants abandonnés. Abandonner son enfant était vu comme un « pêché », une honte. Mais cela a-t-il vraiment disparu aujourd'hui ?

Entre 1850 et 1900, l'industrialisation continue, et s'accompagne d'un exode rural. Les populations des campagnes migrent vers les grandes villes, comme celle de Montréal. Ces villes deviennent vite surpeuplées et les gens vivent dans des conditions insalubres. Beaucoup d'enfants sont donc envoyés dans les campagnes, ou dans des orphelinats, où l'on pense qu'ils auront un meilleur cadre de vie. Certains enfants ont souvent été abandonnés dans ce contexte de pauvreté.

En 1860, il y avait alors douze orphelinats dans la seule ville de Montréal. Ce qui peut nous montrer à quel point il y avait un sérieux besoin pour les enfants abandonnés. Ces orphelinats ouvraient leurs portes à des enfants retirés de familles qualifiées « d'immorales » (problèmes d'alcool, de violence). Ces enfants étaient placés de manière temporaire, le temps que la famille, ou les parents règlent leur problèmes.5(*) C'était, si on peut dire, les anciennes familles d'accueil que nous avons actuellement en France.

Au XXe siècle, les abandons ont souvent pour cause la pauvreté criante des populations urbaines surtout. Entre 1930 et 1950, les organismes religieux s'occupent de ces enfants, et créent des orphelinats. Les « tours » (fenêtre située à l'entrée des Eglises, permettant d'y déposer un enfant) reviennent.

La société québécoise d'après-guerre est toujours plus ou moins patriarcale. L'influence catholique, même en ayant un peu moins d'influence qu'au XIXe siècle, est assez présente. Lorsqu'une femme seule a un enfant, elle est jugée socialement, on la traite de prostituée par exemple. L'acceptation sociale de la monoparentalité n'existait pas vraiment. Les femmes surtout étaient soumises aux préjugés et à l'intolérance de l'époque.

C'est en 1924 que la première loi sur l'adoption fait son apparition au Québec. L'adoption devient alors un mode de filiation reconnu, un autre moyen de constituer une famille. L'enfant prend alors le nom de ses parents adoptifs.

Dans les années 1940, les premiers travailleurs sociaux apparaissent, ainsi que les familles d'accueil. On se préoccupe du bien-être et du développement de l'enfant.

Les crèches sont des orphelinats pour les enfants entre zéro et six ans et les orphelinats pour les enfants entre sept et dix huit ans. En 1960, il y a alors seize crèches et cinquante trois orphelinats au Québec. Celles-ci sont débordées et ont beaucoup plus d'enfants que la capacité autorisée.

Les années 1970 voient l'apparition de la baisse de l'influence de l'Eglise, de l'augmentation de l'indépendance de la femme, de la création des plannings familiaux. Les moyens de contraception, le féminisme, la hausse du travail des femmes, de la monoparentalité favorisent une prise de conscience et donc une baisse du nombre d'abandons.

* 2 VERDIER Pierre, Face au secret des origines, éditions Dunod, Paris, 2000.

* 3 Ibid

* 4 CAMDESSUS Brigitte, L'adoption, une aventure familiale, éditions ESF éditeur, 1995, 238 pages.

* 5 Aujourd'hui, c'est l'Etat, et plus particulièrement les DPJ (Départements de Protection de la Jeunesse) qui gèrent cela. Ce sont les services sociaux qui jugent si l'enfant a besoin d'être placé dans une famille d'accueil.

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