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Intégration des adolescents adoptés d'origine étrangère au Québec

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par Delphine MOYTIER
Université de Caen - Master IUP Management Social Santé 2006
  

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3. L'adoption, un mode de filiation

L'adoption est un phénomène qui remet en cause la filiation de l'enfant adopté. La famille d'adoption devient la famille légitime de cet enfant. On attend alors de lui qu'il assimile, comme un autre enfant, la culture, les moeurs de son nouveau milieu. Nous nous intéresserons aux processus qui se mettent en place pour cela. Mais avant tout, il convient d'étudier la famille au sens sociologique du terme. Qu'est-ce qu'une famille aujourd'hui ? Un seul modèle existe-t-il ? Comment la famille a-t-elle évolué au cours des siècles, en mouvance avec la société ?

A. Evolution de la famille

On ne peut aborder le thème de l'adoption, sans traiter de la sociologie de la famille. Cette partie va nous permettre de situer un peu la famille dans son contexte historique si on peut dire.

Ce travail est nécessaire car l'adolescent adopté évolue dans un milieu familial, dans un nouveau milieu d'accueil. Les modèles familiaux ont évolué ces dernières années. Nous allons donc devoir étudier la famille au sens sociologique du terme afin de comprendre l'influence de celle-ci sur les adolescents adoptés. Cet adolescent qui doit faire face à ses deux cultures, sa culture d'origine, qu'il ne connaît pas forcément, mais que peut être il aimerai connaître ; et sa culture d'adoption, la culture de ses parents adoptifs, de son nouveau milieu familial.

Aussi, la « culture familiale » a-t-elle une importance sur l'adolescent ? La profession des parents est-elle importante pour l'intégration de celui-ci dans son milieu social ?

Nous pourrons utiliser les travaux de Louis Roussel, démographe spécialiste des évolutions familiales et ceux de François de Singly, sociologue qui travaille sur la famille contemporaine. François de Singly nous permet de mieux comprendre les changements actuels au sein de la famille moderne. Ces études sur la sociologie de la famille vont nous être utile pour appréhender le milieu dans lequel vit l'adolescent adopté, la façon dont il peut évoluer, la façon dont il peut avoir sa place dans le milieu familial, donc son intégration.

La famille est une institution présente dans toutes les sociétés humaines8(*). Mais les formes qu'elle revêt, les fonctions qu'elle remplit et les significations dont elle est porteuse sont variables dans le temps, et d'une société à l'autre. La famille est un phénomène essentiellement culturel, et a évolué au cours des années. Connaître ses évolutions est donc important si l'on veut étudier l'adoption, à travers l'adolescence, et donc à travers la famille, de façon plus générale.

Plusieurs facteurs ont fait que la famille a connu de nombreuses évolutions tout au long des siècles, pour arriver aux différentes formes qu'elle revêt aujourd'hui. La famille 9(*), c'est le groupe parent(s)-enfant(s) unis par des liens multiples et variés pour se soutenir moralement, matériellement et réciproquement au cours d'une vie à travers les générations, favorisant ainsi leur développement social, physique et affectif.

Depuis les années 1960, le modèle familial a considérablement évolué, et cela au Québec comme en France. Louis Roussel aborde cette évolution du modèle de la famille, qui est passée par plusieurs étapes, et a recouvert différentes formes et fonctions. La famille traditionnelle, jusqu'au XIXe siècle, était orientée (en France comme au Québec, assez semblables) vers la reproduction et la transmission d'un patrimoine biologique, symbolique, et matériel. La famille est une institution, tout comme, l'école, ou l'Etat par exemple aujourd'hui.

La démographie est aussi une discipline importante à prendre en compte pour classer, répertorier, les modèles familiaux. En effet, la famille traditionnelle, au XIXe siècle par exemple, connaît une forte mortalité infantile, ainsi que de nombreuses épidémies, famines. Le taux de fécondité est fort, pour faire face à cette mortalité infantile.

Au XVIIe siècle, ce taux est environ de six ou sept enfants par femme. La longévité, le contexte politique, les guerres sont aussi des éléments à prendre en compte pour analyser la famille. Beaucoup de femmes étaient en effet seules à la maison, le mari étant décédé en tant que soldat, ou alors par la maladie.

La famille monoparentale n'est pas un phénomène récent. Avec les causes que nous avons cité plus haut, il était fréquent qu'un des deux parents se retrouve seul avec ses enfants.

Toujours au XIXe siècle, dans les classes sociales favorisées, comme les classes plus modestes, les familles se devaient d'avoir des enfants. La parentalité était un moyen de passer de la jeunesse à l'âge adulte, pour la femme comme pour l'homme, en ayant un fils de préférence. Avoir des enfants était aussi un moyen de faire perdurer le nom familial, le patrimoine, l'identité familiale en quelque sorte.

La notion de transmission, du nom de famille, du patrimoine, de la culture familiale était très présente. Dans les sociétés chrétiennes, la foi permettait aussi de faire perdurer ce lien familial, terme que nous approfondirons plus tard dans ce dossier.

Durant le siècle dernier, l'enfant acquit une plus grande place dans la famille, au fur et à mesure que le risque de mortalité reculait. En effet, la mortalité infantile était très forte et il était fréquent qu'une femme perde un ou plusieurs enfants durant sa vie. Donc, plus l'enfant s'éloignait de la petite enfance, plus on lui accordait de valeur, car le risque de mortalité se réduisait.

De même, le statut de l'enfant dans la famille différait selon la classe sociale. Chez les artisans et commerçants par exemple, la mise en nourrice était courante. La femme travaillait et aidait son époux dans son entreprise, elle n'endossait pas en même temps de rôle d'éducatrice. Ainsi beaucoup d'enfants commencèrent les premières années de leur vie dans une famille autre, élevés par une nourrice. Les modèles familiaux différaient donc selon le milieu, la classe sociale.

La famille fonctionne comme une institution, avec des droits et devoirs, des rôles respectifs à jouer.

Au fil du temps, la famille s'est modernisé. La question désormais ne sera plus de "survivre ensemble, mais d'être heureux ensemble"10(*). Majoritairement aujourd'hui dans notre société, l'enfant n'est plus "qu'une bouche à nourrir, ni un petit salarié", il devient un acteur à part entière dans la famille.

François de Singly a également travaillé sur la famille, la famille d'aujourd'hui, nous pourrions même dire les familles d'aujourd'hui, car nous allons voir qu'il existe plusieurs modèles (en admettant que l'on peut « classer » une famille dans un modèle).

B. La famille contemporaine

L'objectif de cette seconde partie est de prendre conscience des changements de la famille d'aujourd'hui et de voir quelles sont les conséquences de ces évolutions sur l'adolescent adopté, qui vit dans la famille contemporaine.

Pour cette partie, nous nous demanderons donc quelle peut être l'influence de la famille sur un adolescent adopté et d'origine étrangère ?

Grâce aux études de l'INED et de l'INSEE, nous connaissons aujourd'hui les transformations de la famille depuis les années 196011(*). Il y a une véritable « fracture » du modèle familial unique aujourd'hui, avec l'existence de différents modèles familiaux. Le nombre de mariages et de remariages a diminué, et les unions libres (ou cohabitations) augmentent.

Les divorces et séparations sont aussi en augmentation. Dans les grandes villes par exemples, 2/3 des couples divorcent et 1/3 en province. Aussi, les familles monoparentales (un ménage composé d'un parent et d'un ou plusieurs enfants) et les familles recomposées sont des modèles familiaux de plus en plus courants. Il faut aussi savoir que le nombre de naissances diminue. Un autre facteur important est l'entrée des femmes sur le marché du travail dans les années 1960. Ces mères qui s'intègrent dans le monde du travail reconnu (car les femmes ont toujours travaillé), et donc des couples dans lesquels les deux conjoints ont une activité professionnelle.

Le mariage n'est donc plus l'institution aussi puissante qu'elle était avant, quand elle marquait le début de la vie commune et la protégeait. On peut dire que la famille est devenue fragile, qu'elle est même en crise. Aujourd'hui ce sont les acteurs sociaux, les conjoints qui décident de se séparer, et non plus aussi souvent la maladie, la guerre ou la mort. De Singly dit que chaque individu est de plus en plus en quête de la maîtrise de son destin individuel. L'individu contemporain est en quête d'autonomie, de gestion de son destin et l'héritage matériel et symbolique sont des notions qui n'ont plus l'importance qu'elles avaient.

On peut aussi se demander pourquoi une majorité des individus se trouvent être en quête d'autonomie individuelle ?

On a constaté que les individus d'aujourd'hui sont en quête constante d'individualité, d'autonomie, ce qu'ils pensent être une liberté de plus. Les acteurs sociaux ont de moins en moins envie d'endosser des rôles sociaux déjà établis12(*), comme par exemple, les rôles des mères, de pères, et de parents classiques. Ils sont envie de créer de nouveaux rôles sociaux. Il y a actuellement une dévalorisation des liens de dépendance vis-à-vis des institutions et des personnes. Le mariage a perdu de sa valeur dans le sens où il est « perçu comme un moyen d'enferment dans des rôles déterminés à l'avance13(*) ». Le concubinage est donc une solution adoptée par de nombreux individus afin de pallier à ce besoin d'individualité, à ce besoin de liberté. C'est une forme d'union plus souple, moins institutionnalisée que le mariage. C'est donc dans ces nouvelles formes familiales possibles, entre autres, qu'évoluent certains adolescents adoptés.

Nous pouvons nous demander dans quelle typologie familiale grandissent en général les adolescents adoptés ? Est-ce des couples mariés, des couples en concubinage, des personnes célibataires ou des familles monoparentales ? La partie analytique pourra répondre à ces questions, par le biais des entretiens effectués auprès des jeunes.

Le milieu social peut être un facteur d'intégration pour l'adolescent adopté. De quels milieux sociaux proviennent alors les parents adoptants ?

Il a été montré que les couples ou personnes qui adoptent proviennent souvent de milieux favorisés. Car l'évaluation psychosociale juge ces couples ou ces personnes sur leur catégorie sociale. De plus, et cela est regrettable, mais une adoption a un coût et tout le monde n'a pas « les moyens » d'adopter (surtout au Canada où une adoption coûte en moyenne entre 6 000 et 21 000 euros).

On peut émettre l'hypothèse que les adolescents adoptés provenant des milieux favorisés s'intègrent mieux et plus rapidement que les catégories professionnelles « défavorisées ». Nous pourrons vérifier cela lors dans notre partie analytique.

D. L'adolescent et sa famille

· L'adolescence d'un point de vue sociologique

Avant d'être adolescent, l'individu est enfant. Il est donc utile de s'intéresser quelque peu à la sociologie de l'enfance.

Comme nous l'avons vu, l'enfant n'a pas toujours été considéré comme il l'est aujourd'hui, comme un individu à part entière. Au fil des siècles, l'idée de l'enfance (et sa reconnaissance) a évolué.

Le regard que l'on porte sur un enfant varie selon la société dans laquelle on se trouve. Un enfant n'est pas considéré de la même façon, au Québec, en Russie ou au Mali par exemple. Il n'aura en effet pas le même rôle. Cependant, il est difficile de généraliser, de classer le comportement d'une société envers ses enfants. Le rôle social d'un enfant peut aussi varier selon le milieu social dans lequel on se trouve.

Durant l'Antiquité14(*), l'enfant a une place centrale dans sa famille, surtout s'il est un garçon. Un enfant y était souhaité et aimé, car le contrôle des naissances existait déjà à cette époque. On y fêtait même les anniversaires des enfants. L'enfant est perçu comme un « brouillon » de l'homme, qu'il faudra façonner, éduquer, intégrer au fur et à mesure dans sa cité. Mais ce n'est pas pour autant que l'enfant avait des droits, et s'il en avait, ils n'étaient pas toujours respectés. Car comme nous l'avons vu précédemment, beaucoup d'enfants étaient abandonnées et les personnes qui les recueillaient pouvaient être dépourvues de bonnes intentions. L'esclavage des enfants était répandu.

L'enfant pouvait donc être très bien considéré, tout comme il pouvait être traité comme un sous-homme, et être réduit à l'esclavage. En fait, tout dépendait du milieu social dans lequel se trouvait l'enfant.

La période du Moyen-âge15(*) n'améliorera pas tellement la situation des enfants. L'enfant est perçu comme « un passage obligé avant l'âge adulte », et il n'était pas certain qu'il parvienne à cet âge. La mortalité infantile étant très élevée (à cause des maladies, des famines, des guerres), la perte d'un enfant était répandue. Aussi donc, si on peut dire, la famille « s'attachait moins » à un nouveau-né, à un enfant qui pouvait mourir rapidement ; et la naissance d'un autre le remplaçait aussitôt. L'enfant obtenait un rôle dans la société médiévale seulement lorsqu'il arrivait à un certain âge qui le protégeait relativement du risque de mourir, l'adolescence. Les abandons d'enfants étaient de plus assez répandus. Les enfants recueillis ne sont souvent pas bien traités, et beaucoup meurent lors des transports par exemple, car l'on ne tenait pas forcément compte de leur confort.

C'est au XVe siècle, avec la scolarisation, que l'on prend conscience de l'enfant en tant qu'individu, mais cela sera progressif.

Durant le période de la Renaissance, on se préoccupe de l'éducation, de la santé physique et mentale de l'enfant, on l'habille. Cela prend tout d'abord essence dans les familles aisées. Mais, d'un autre côté, les châtiments corporels sont autorisés à l'école, les faveurs sont plus souvent faites aux garçons.

Aujourd'hui, au XXIe siècle, le statut de l'enfant a changé. Une des raisons principale est que le taux de natalité est en constante baisse, « les enfants se font rares ». Même l'Etat a pris un rôle dans ses politiques sociales menées pour l'enfant, par exemple avec les allocations familiales, les aides sociales. L'enfant a un rôle central aujourd'hui dans la famille, et même les médias en font une cible de choix.

Attardons nous maintenant à la sociologie de l'adolescence, afin de comprendre quels sont les processus qui permettent à l'adolescent adopté de se faire une place dans la société et de s'intégrer socialement.

Le concept de l'adolescence est né avec la Révolution, mais émerge véritablement au XIXe siècle, où il acquiert d'abord ses fondements médicaux16(*) et psychologiques. Durant l'Antiquité, les rîtes de passage se faisaient par l'embrigadement militaire pour les garçons, et par le mariage pour les filles.

De même que dans les sociétés primitives, il y avait des processus d'initiation à l'âge adulte. Par exemple, chez les populations Manus, dans l'archipel de l'Amirauté, le percement des oreilles était pratiqué.

Dans les sociétés médiévales, les bachelleries se développent, ce sont des regroupements de jeunes adolescents étudiants. En 1775, les moins de vingt ans forment 42% de la population (alors que les plus de 70 ans forment 7% de la population). En 1789, la Révolution Française est une révolution de la jeunesse, qui va devenir une menace pour le pouvoir politique au 19e siècle. Il est donc urgent de retarder le moment où les jeunes seront indépendants et pourront assumer des responsabilités politiques et sociales17(*). A la même époque, le développement des villes voit apparaître le phénomène des bandes, c'est le début des gangs. Aussi, les jeunes ouvriers sont les premiers à manifester. Moins biens payés, formés sur le tas, ils crient à l'injustice.

Alors, l'adolescence, vu comme dangereuse, devient un objet d'étude pour la médecine, les pédagogues et même les criminologues se penchent sur ce sujet. Ainsi, en 1900, le quotidien Le Matin, crée une rubrique où sont relatés tous les méfaits des jeunes de l'époque. « Le mythe d'une recrudescence de la délinquance juvénile apparaît18(*) ».

Patrick Delaroche donne une définition précise de l'adolescence. Pour lui, c'est « une prise de conscience collective d'un crise psychique déclenchée par l'apparition du pouvoir sexuel chez l'enfant et la recherche d'une issue hors du cadre familial ». L'adolescence est un phénomène sociologique révélant une crise psychologique et accompagnée d'un manifestation physiologique, la puberté. L'adolescence c'est un passage du statut d'enfant à celui de jeune adulte. Le jeune fait en quelque sorte « le deuil » de son enfance.

Si on essaie de théoriser le phénomène, on peut dire alors que l'adolescence, « c'est une prise de conscience collective récente de l'existence d'une crise psychique déclenchée par l'apparition du pouvoir sexuel chez l'enfant et cherchant une issue hors du cadre familial »19(*). L'adolescence serai donc la manifestation sociologique d'un phénomène sociologique.

Cette manifestation sociologique se fait-elle de la même manière pour tous ? L'auteur parle de recherche d'une issue « hors du cadre familial ». Cette recherche est-elle la même pour tous, adolescent adopté ou non ? L'adolescent peut en effet avoir besoin de vérifier sa nouvelle « indépendance », de mettre à l'épreuve ce passage de l'état d'enfant à l'état de jeune adulte.

Nous pouvons ainsi nous demander par quels moyens l'adolescent adopté commence-t-il à vivre ses expériences hors de sa famille ?

Aujourd'hui les jeunes sont de plus en plus dépendants de leurs parents et de plus en plus longtemps, avec notamment l'allongement de la durée des études ajouté au célibat (le phénomène « Tanguy »), la difficulté de trouver un emploi. Ce phénomène peut exacerber les conflits entre parents et adolescents.

Pour le cas des personnes adoptées, on peut se demander si elles restent plus longtemps chez leurs parents ou si au contraire elles aspirent plus vite à faire leur propre vie, indépendamment et sans leurs parents. En d'autres termes, les adolescents adoptés ont-ils un plus grand et un plus pressant besoin d'indépendance que les autres adolescents ?

On parle aussi beaucoup de la « crise d'adolescence ». Mais sachant qu'elle ne se produit souvent que dans les sociétés « modernes », quels sont les facteurs qui créent cette crise de passage ?

Est-ce les sociétés qui sont trop individualistes, qui accordent trop d'importance à l'enfant, au jeune qui autrefois était considéré comme « un brouillon de l'homme » durant l'Antiquité ?

· L'adolescence, une passage entre enfance et âge adulte (vu par Françoise Dolto)

Le phénomène de l'adoption peut être compliqué à vivre durant la période de l'adolescence, tant pour la personne adoptée que pour les parents adoptifs. Le fait de vivre dans une famille qui n'est pas de « sang » peut être difficile à vivre socialement, psychologiquement. Même si heureusement, la plupart des enfants adoptés vivent heureux ; certains peuvent vivre cela comme un traumatisme. Savoir qui l'on est, savoir d'où l'on vient, sont des questions récurrentes chez l'enfant adopté.

La psychanalyste Françoise Dolto a beaucoup travaillé sur les questions de l'enfance et de l'adolescence. Elle a d'ailleurs fait sa thèse de médecine sur le thème « Psychanalyse et pédiatrie ».

Françoise Dolto situe l'adolescence entre treize et dix-sept ans, même si les limites sont assez floues20(*). C'est un âge intermédiaire, où tout change. On peut appeler cela une mutation, un moment de fragilité. Elle compare l'adolescent à un homard pendant sa mue, sans carapace, devant s'en fabriquer une autre, et en attendant, confronté à différents phénomènes. L'adolescence est une période de passage qui sépare l'enfance à l'âge adulte, elle a pour centre la puberté. C'est l'époque des changements, d'une part dans la relation que l'adolescent entretient avec son propre corps qu'il découvre. A cette période, on fait le deuil son enfance, du passé.

L'adolescent, de plus quand il est adopté, entre dans un moment de sa vie nouveau et insécurisé. Toutes sortes de questions apparaissent. C'est aussi la période de la découverte de son corps et du corps de l'autre, de l'apprentissage de la sexualité.

L'adolescence, nous dit Dolto, est aussi un âge fragile, où certains jeunes peuvent exprimer des difficultés. En effet, l'adolescent ressent le besoin d'avoir un rôle dans la société, d'être valorisé, écouté. Mais ce besoin est-il satisfait chez tous les adolescents ?

Un adolescent adopté peut subir une forme de stigmatisation, d'étiquetage sur sa situation. Le stigmate est une marque qui laisse une trace, qui n'est donc pas sans conséquences.

La société a-t-elle un rôle à jouer dans les politiques sociales envers la jeunesse, en particulier envers les jeunes adolescents adoptés, pour satisfaire ce besoin de détenir un rôle dans la vie sociale de son groupe, de son milieu d'adoption ?

Le lien social peut permettre de redonner confiance, d'être valorisé, c'est peut-être cela qui permet l'intégration sociale de l'adolescent adopté.

Y a-t-il des politiques mises en oeuvre dans cet objectif d'intégration sociale ?

La valorisation et l'accompagnement de ses jeunes à situation plutôt « sensible » sont importants.

* 8 ETIENNE Jean, BLOESS Françoise, NORECK Jean-Pierre, ROUX Jean-Pierre, La sociologie, éditions Hatier, Paris, 2004, 447 pages.

* 9 ROUSSEL Louis, La famille incertaine, éditions Odile Jacob, Paris, 1989, 279 pages.

* 10 ROUSSEL Louis, La famille incertaine, éditions Odile Jacob, Paris, 1989, 279 pages.

* 11 SINGLY (De) François, Sociologie de la famille contemporaine, édition Armand Colin, collection Sciences sociales, 2e édition réactualisée, Paris, 2004, 128 pages.

* 12 SINGLY (De) François, Sociologie de la famille contemporaine, édition Armand Colin, collection Sciences sociales, 2e édition réactualisée, Paris, 2004, 128 pages.

* 13 Ibid

* 14 ETIENNE Jean, BLOESS Françoise, NORECK J.Pierre, ROUX J.Pierre, La sociologie, éditions Hatier, Paris, 2004, 447 pages.

* 15 ETIENNE Jean, BLOESS Françoise, NORECK J.Pierre, ROUX J.Pierre, La sociologie, éditions Hatier, Paris, 2004, 447 pages.

* 16 DELAROCHE Patrick, L'adolescence, éditions Armand Colin, Paris, 2000, 128 pages

* 17 DELAROCHE Patrick, L'adolescence, éditions Armand Colin, Paris, 2000, 128 pages

* 18 Ibid

* 19 DELAROCHE Patrick, L'adolescence, éditions Armand Colin, Paris, 2000.

* 20 DOLTO Françoise, DOLTO-TOLITCH Catherine, Paroles pour adolescents, le complexe du homard, Hatier, Paris, 1989, 186 pages.

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