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Intégration des adolescents adoptés d'origine étrangère au Québec

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par Delphine MOYTIER
Université de Caen - Master IUP Management Social Santé 2006
  

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· Le suicide des jeunes aux Québec

L'adolescence est parfois une période à risques. Attardons nous un peu sur le problème du suicide des jeunes au Québec. Il y a eu une hausse marquée du taux de suicide au Canada dans les années 1960 et 1970; bien que ce taux se soit stabilisé pendant les années 1980, il se situe toujours à un niveau jamais atteint précédemment. Entre 1960 et 1978, le taux de suicide est en effet passé de 7,6 à 14,8 pour 100 000 adolescents. Bien que relativement stable au cours de la dernière décennie, il a tout de même été environ deux fois plus élevé que le taux affiché pendant presque toute la période comprise entre 1921 et 1961 et il est demeuré nettement supérieur aux sommets précédents observés pendant la Crise des années 1930. De plus, il est important de noter que le nombre réel de suicides au Canada est peut-être sous-estimé. En effet, un décès n'est qualifié de suicide par les autorités médicales et judiciaires que lorsque l'intention de la victime est clairement démontrée.

Le gouvernement fédéral s'est penché sur le problème du suicide en 1980 lorsqu'il a mis sur pied un groupe d'étude national sur le suicide au Canada, qui a publié son rapport en 1987. Bien que les statistiques remontent à 1985 et souvent à des années antérieures, l'étude constitue l'examen le plus exhaustif du phénomène réalisé à ce jour au Canada. Le Groupe d'étude a dégagé sept groupes démographiques à risque élevé. Même si les hommes âgés de 20 à 24 ans font partie du groupe dont la hausse du taux de suicide a été la plus prononcée depuis vingt ans, de nettes augmentations ont été constatées chez les jeunes de 15 à 19 ans, là encore surtout chez les garçons. Le Groupe d'étude a décrit et évalué une gamme de programmes de prévention, d'intervention et de suivi et formulé quelques recommandations au sujet non seulement des facteurs suicidogènes mais aussi des moyens de prévenir les suicides. Le gouvernement fédéral n'a pas pris de mesures importantes à la suite de la publication du rapport.

Les autres risques actuels à l'adolescence en général sont aussi les accidents de la route, qui tue chaque année une majorité de la catégorie des 15/25 ans23(*). On peut se demander alors pourquoi les jeunes sont-ils plus touchés par ce problème ? Il y a à cela différentes raisons, la vitesse, l'alcool, la drogue.

Les fugues, la violence, l'échec scolaire, la toxicomanie, l'alcool, les troubles alimentaires sont autant de risques qui se développent particulièrement chez les jeunes. On peut se demander si les adolescents adoptés sont plus exposés à ces risques ou pas.

L'adolescence connaît donc parfois des moments de crises et cela peut se manifester par ces prises de risques à degrés divers mais qui peuvent être à terme très dangereuses. La prise de risque est à l'adolescence un « système d'alarme » pour le jeune. C'est une façon de dire qu'il ne va pas bien, qu'il ne se sent pas pleinement intégré, en accord avec les règles, normes et valeurs que l'on lui propose.

· L'adoption, une longue histoire entre l'enfant et ses parents adoptifs24(*)

L'auteur Myriam Szejer a dirigé la publication d'un ouvrage collectif : Le bébé face à l'abandon, le bébé face à l'adoption. Elle est attachée à l'hôpital de Clamart auprès des nourrissons et de leurs parents. Elle est présidente de l'association « La cause des bébés ». Son travail va nous permettre de voir les difficultés qu'il peut y avoir entre parents et enfants adoptés, et les conséquences que cela peut avoir, à terme.

Myriam Szejer travaille en maternité depuis 1990 et s'est très vite occupée des accouchements dits « sous X ». Elle a assisté aux consultations de Françoise Dolto. Ce qui l'a passionné, c'est la réaction des bébés nés sous X à qui on racontait leur histoire pour qu'ils « aillent mieux ». Sa réflexion personnelle l'a ensuite conduite à tenter de leur parler plus tôt, dès la naissance. Car il est souvent constaté que les enfants adoptés à qui l'on parle de leur histoire, de leur adoption, ont moins de problèmes que les autres, à qui l'on ne dit rien.

C'est là que ses idées sur l'abandon naissent. En effet, avant l'adoption, il y a un abandon25(*). Aujourd'hui, l'abandon perdure encore plus ou moins comme un tabou à cacher au maximum. Pourtant, on sait aujourd'hui que les secrets peuvent créer des problèmes psychologiques et compromettre l'équilibre d'une personne. Mais même les adoptions les plus réussies ne parviennent pas à effacer la trace de l'abandon. Préserver le lien entre la vie prénatale et la vie postnatale semble donc primordial, selon l'auteur, car la naissance est une séparation. Des études indiquent aujourd'hui que les facultés d'apprentissage à l'adolescence seraient en relation avec l'âge de l'abandon, celui de l'adoption et avec ce que l'enfant a eu à vivre entre ces deux moments.

C'est dans ce cadre que Myriam Szejer intervient et accompagne les mères pendant leur grossesse et après. Elle les assiste pour parler aux enfants. Les assistantes sociales informent les femmes susceptibles d'abandonner leur enfant de leurs droits. Myriam Szejer a travaillé sur la question de la transmission de l'histoire et de l'identité ; pour « qu'accoucher dans le secret, ne soit pas forcément priver l'enfant de son origine ». Les enfants « emmagasinent » des choses pendant la grossesse, c'est une mémoire inconsciente25(*). Une femme qui accouche garde dans son sang des cellules de l'enfant qu'elle a mis au monde. La séparation n'est donc jamais complète.  

Dans les cas d'abandon, les perceptions postnatales ne sont pas en accord avec les perceptions prénatales. L'ambiance familiale, tous les repères disparaissent définitivement. La seule chose faisant le lien, ce sont les paroles qui peuvent lui être dites. Tous les individus abandonnés se posent en effet la même question : pourquoi m'ont-ils abandonnés ? Dès la petite enfance, les adoptés sont en quête de réponse à cette question, et elle s'amplifie souvent à l'adolescence. Cette question est même souvent plus importante que : « qui m'a abandonné ? ». En fait, tout dépend de ce qui leur a été dit ou non à l'enfant, à propose de ses origines.

L'idéal, nous dit M. Szejer, « est de parler le plus tôt possible avec l'enfant ». Ce qu'il fera après de cette histoire lui appartient. Certains symptômes d'enfants malades sont parfois une demande de sens inconsciente de la part de l'enfant. Alors le seul fait de parler à l'enfant peut déclancher un soulagement. Mais, il est rare que tous les éléments le concernant soient dits à l'enfant. On demande parfois inconsciemment aux adoptés de penser qu'ils sont l'enfant biologique de leur famille adoptive. Jusqu'à récemment, il était courant de penser que l'on ne souffrait pas de ce que l'on ne connaissait pas. 

* 23 LE BRETON David, L'adolescence à risque, éditions Autrement, collection Mutations, Paris, 2002, 184 pages.

* 24 SZEJER Myriam, Le bébé face à l'abandon, le bébé face à l'adoption, éditions Alban Michel, Paris, 2000, 298 pages.

* 25 SZEJER Myriam, Le bébé face à l'abandon, le bébé face à l'adoption, éditions Alban Michel, Paris, 2000, 298 pages.

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