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La politique étrangère américaine à l'épreuve des évènements du 11 septembre 2001: Le cas irakien

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par Mamadou DIA
Université de Toulouse I Sciences Sociales - Master de Relations Internationales 2005
  

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B - Une hausse des crédits sous l'administration Bush

L'élection présidentielle de l'an 2000, qui voit la victoire du candidat républicain Georges W Bush, va donner un coup d'accélérateur au projet. En effet, en fervent défenseur de la politique militaire, le nouveau président croit fermement à la nécessité et à la faisabilité d'un système de défense antimissile. Il a d'ailleurs promis durant sa campagne d'en faire un axe central de sa politique de défense. Aussi reprend il à son compte le projet de « bouclier antimissile » que constitue la NMD. Le 1er mai 2001, Georges Bush présentait son plan de défense antimissile ; il annonçait en particulier que les essais d'interception en vol l'obligeraient à dénoncer le traité ABM (Anti Ballistic Missiles) de 1972 avec la Russie.

Puis, le 8 mai, le secrétaire à la défense, M. Donald Rumsfeld, annonçait, sans le chiffrer, un accroissement considérable de l'effort de défense américain dans le domaine spatial. L'espace, affirmait-il, occuperait désormais une place prioritaire dans la planification stratégique américaine. Cette initiative prend tout son sens lorsque l'on relit les conclusions de la commission présidée par M. Rumsfeld avant qu'il ne devienne ministre. Rendu public le 11 janvier 2001, le rapport Rumsfeld évoque la « vulnérabilité croissante des Etats-Unis » propose d'y remédier en « donnant au président l'option de déployer des armes dans l'espace pour dissuader d'éventuelles menaces, et si nécessaire défendre les intérêts américains contre des attaques ».80(*)

La NMD va sans doute demeurer une source de division politique aux Etats-Unis en raison de la différence de perceptions entre démocrates et républicains sur cette question même si, pour James Lindsay des chances d'accord bipartisan reste de mise en s'appuyant sur quelques principes :

* Premier principe, les Etats-Unis devraient joindre au projet de défense antimissile une stratégie élargie de non prolifération nucléaire.

* Second principe, les défenses antimissile devraient être destinées à défendre les Etats-Unis, leurs alliés et leurs amis contre des attaques lancées par des nouveaux détenteurs de missiles balistiques, et non par la Chine ou la Russie. Comme le président Bush l'a lui-même affirmé, ni l'une ni l'autre ne sont les ennemis de l'Amérique.

* Troisième principe défendu par Lindsay, la coopération entre le Russie et les Etats-Unis dés que possible. « Le monde a changé depuis le guerre froide, mais Moscou conserve la capacité d'entraver les efforts américains de lutte contre la prolifération nucléaire ».81(*) L'administration Bush a-t-elle raison d'encourager le Kremlin à faire plus pour aider à stopper la prolifération de technologies avancées au profit de pays comme l'Iran ? La réponse du Senior Fellow à la Brookings Institution est positive mais conditionnées au fait que l'administration Bush devrait également accroître son aide aux programmes bilatéraux visant à protéger les infrastructures russes d'armement nucléaire, chimique et biologique, contre les trafiquants. Mais la conséquence la plus marquante du 11 septembre est certainement d'avoir autorisé une politique budgétaire expansive, levant du même coup l'hypothèque pécuniaire qui existait jusqu'ici. Outre les 20 milliards de dollars immédiatement accordés par le Congrès, Georges W Bush a obtenu 48 milliards de rallonge supplémentaires, ce qui devrait porter le budget du Pentagone en 2002 (année fiscale 2003) à quelque 379 milliards de dollars. Projetée sur dix ans, cette augmentation représente environ 600 milliards de dollars, soit vingt années du budget français de la défense.82(*)

Le budget alloué à la défense antimissile s'élevait à 5.3 milliards de dollars en 200183(*). Il passa à 7 milliards en 2002. Cette augmentation s'inscrit plus généralement dans le contexte de hausse du budget du Pentagone, qui passe de 295 à 329 milliards de dollars lesquels chiffres sont confirmés par Thérèse Delpech qui assure de son côté que le budget du Pentagone ainsi que celui du Département de l'énergie consacré aux armes nucléaires représentaient 300 milliards de dollars en 2000, 350 milliards en 2002, 396 milliards en 2003.84(*) La projection pour 2007 est estimée à 470 milliards soit quinze fois le budget britannique suscitant cette réflexion de Delpech pour qui « entre les Etats-Unis et le reste du monde, ce n'est plus d'un gap (fossé) dont il faut parler, mais d'un gouffre ». L'Amérique contrôle aujourd'hui très largement les mers, le ciel et l'espace. Elle a aussi le premier réseau de bases militaires, et demeure la seule puissance militaire globale du monde actuel. Plus important que le fossé des dépenses globales est celui des sommes investies dans la recherche, le développement et l'acquisition de matériel, soit 100 milliards de dollars aux Etats-Unis contre 45 milliards de dollars environ pour les cinq autres pays réunis.85(*)

CARTE SUR BUDGETS MILITAIRES p 41

BUDGET p 42

EFFECTIFS FORCES ARMEES

Au sein de la défense antimissile, le projet NMD voit lui aussi son budget augmenter : il passe ainsi de 2.8 à 3.3 milliards de dollars. Cette hausse devait servir à financer les recherches d'un concurrent de Boeing, qui avait mené les travaux de la NMD depuis 1996 avec des résultats mitigés. L'administration Bush entendait donc mettre en concurrence Boeing et un autre industriel (en l'occurrence Lockheed), de façon à favoriser une émulation entre les deux adversaires,seul le système le plus performant devant être retenu au final.

Cependant, cette hausse dans les budgets est loin d'être significative : en réalité, si elle est symbolique de la volonté du président Bush de redonner la prééminence à la chose militaire après les années Clinton où c'est l'économie qui était au centre des débats, elle est dans les faits peu visible; le budget final de la Défense accorde en définitive une enveloppe de 7.8 milliards de dollars pour la défense antimissile, soit 500 millions de moins que les objectifs que Georges Bush avait fixé début 2001 en faveur de ce qui avait été annoncé comme l'une de ses grandes priorités, mais 2.5 milliards de plus qu'en 2001. Le budget prévisionnel pour 2003, qui annonce 349 milliards de dollars pour le Pentagone, est censé augmenter encore cette somme. Il n'en reste pas moins que la somme accordée à la NMD en tant que telle a peu variée. Pas suffisamment en tous cas pour justifier l'augmentation de publicité médiatique que l'on a fait à ce programme.

Comme l'Irak hier, l'hypothétique « menace chinoise » sert aujourd'hui de prétexte à une mobilisation militaire high tech qui devrait porter les budgets du Pentagone à 320 milliards de dollars par an, soit plus que les budgets militaires de tous les « adversaires »potentiels des Etats-Unis réunis, alors que tous les autres budgets, surtout sociaux, sont mis en cause pour financer une nouvelle réduction d'impôts. A supposer qu'elle le veuille, la Chine n'est pas en mesure de faire basculer les équilibres en Asie orientale, encore moins au niveau mondial. Cela ne veut pas dire qu'un nationalisme chinois agressif ne serait pas destabilisant à l'avenir en Asie. Mais en qualifiant la Chine d' « adversaire stratégique » pendant la campagne électorale, puis de « concurrent stratégique » une fois arrivé à la Maison-Blanche, M. Bush est en train de construire la réalité qu'il prétend décrire.

C - Un programme surmédiatisé, des résultats mitigés

Si quelque chose s'est modifiée au cours de l'an 2001 à propos de la NMD, c'est bien l'attention que les journalistes et les pessimistes lui ont portée. Elle est passée du statut de projet quasi-confidentiel, peu connu et hasardeux à celui de programme-phare du Département et la Défense, novateur et prometteur. Ce changement de traitement de l'information à son sujet est dû à l'effet d'annonce sur lequel l'administration Bush a très bien su jouer. En présentant un projet déjà existant comme une innovation majeure de la Présidence, comparable à la Strategic Defense Initiative du président Reagan, en s'en attribuant le mérite et en la décrivant comme une avancée essentielle pour la sécurité des Etats-Unis, l'administration Bush a su attirer l'attention sur la NMD. La dénonciation du traité ABM qui s'en est suivie n'a fait que médiatiser encore plus le projet. Tout, jusque dans l'annonce que le programme était dorénavant ouvert à la concurrence, a été fait pour faire passer l'idée que la NMD était « LE » grand projet de défense du Président Bush et que ce dernier était attaché à redonner au militaire la place qu'il méritait et dont Bill Clinton l'avait privé.

En réalité, l'augmentation presque dérisoire du budget allouée à la NMD relève avant tout de manoeuvre politique, d'une volonté d'affirmer son soutien à la défense, plutôt que d'une stratégie militaire à long terme. Aussi la présidence dut-elle essuyer le feu des critiques lorsque les résultats des recherches dans le cadre de la NMD se révélèrent nettement moins bons que ceux escomptés. Les industriels ne cachent pas en particulier leur agacement face aux reproches qui leur sont faits de gaspiller l'argent public et de ne pas réaliser de progrès alors même que leurs budgets ont augmenté. Des ingénieurs de Boeing et de Lockheed, les deux firmes en « concurrence » sur le projet d'interception de missiles balistiques, ont assuré qu'il ne s'agit pas d'un problème d'argent, mais de technologie ; plus précisément, multiplier par dix la somme dont disposent les chercheurs n'amènerait aucune amélioration des résultats ; les laboratoires de recherche bénéficient presque déjà de trop d'argent, mais c'est la technologie qui ne peut pas suivre : il est scientifiquement impossible à l'heure actuelle de réaliser les performances souhaitées. C'est ce point qu'avait déjà soulevé le rapport Welch en 1998 : les objectifs fixés par le programme NMD ne peuvent être atteints en l'état actuel des connaissances. Les industriels et les chercheurs accusent alors à demi-mot l'administration Bush de leur avoir compliqué la tâche en les plaçant sous le feu des projecteurs et en leur imposant des tâches insurmontables par pur calcul politique, alors qu'ils avaient été prévenus de l'impossibilité technique à les effectuer.86(*) De son côté Henry Kissinger demeure « convaincu qu'il est moralement nécessaire d'affirmer l'importance de la défense anti-missile »87(*). La question de la technologie à mettre en oeuvre se pose, pour lui, dans un deuxième temps.

* 80 Philip Golub, « Rêves d'empires .... » opcit.

* 81 James Lindsay, « La politique américaine de défense antimissile : la troisième fois sera-t-elle la bonne ? » Politique Etrangère Mars 2001

* 82 Etienne Durand, « Les armes de l'empire » Politique Internationale n° 97 automne 2002

* 83 Chiffres avancés par Nicolas Descours

* 84 Thérèse Delpech, « Quatre regards avec le 11 septembre ... » opcit p 20

* 85 Guillaume Parmentier, Les Etats-Unis aujourd'hui..... opcit p 237

* 86 James Lindsay, « La politique américaine de défense antimissile : la troisième fois sera-t-elle la bonne ? » Politique Etrangère Mars 2001

* 87 Henry Kissinger, « Ce que je ferai » Politique Internationale n° 90

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