WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La politique étrangère américaine à l'épreuve des évènements du 11 septembre 2001: Le cas irakien

( Télécharger le fichier original )
par Mamadou DIA
Université de Toulouse I Sciences Sociales - Master de Relations Internationales 2005
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

SECTION II : Néo-conservateurs, un groupe à plusieurs tendances

Communément appelés « néo conservateurs » ou « faucons », les hommes constituant l'entourage du président américain ne laissent pas indifférent ceux qui s'intéressent à la politique étrangère américaine en raison de leur poids dans on orientation de celle-ci. Mieux, l'équipe Bush est composée par plusieurs tendances du conservatisme américain. En réalité, trois branches se distinguent au sein de l'administration Bush.

La première composante, qui peut-être qualifiée de nationaliste, est représentée par le vice-président Richard Cheney et Donald Rumsfeld. Ces personnalités qui ont fait leur carrière durant la guerre froide, ont assisté à la fin de l'empire soviétique et en ont tiré quelques convictions très profondes. Ils considèrent que le contrôle des armements qui a occupé l'essentiel des efforts vis-à-vis de l'Union soviétique était une chimère et que seule une démonstration de force a permis de vaincre la guerre froide.127(*) La guerre des étoiles fut à leurs yeux l'élément déterminant dans la chute de l'empire soviétique.

Le deuxième groupe est plus idéologiquement marqué. Cette mouvance, personnalisée par le sous-secrétaire à la Défense Paul Wolfowitz et son assistant Douglas Feith considère que la force militaire doit être mise au service de la démocratie dans le monde. La sécurité américaine passe par une refonte de la scène internationale à l'image de l'Amérique.128(*) Affichant leur « wilsonnisme botté », selon l'expression de Pierre Hassner, ils ont oeuvré pour renverser Saddam Hussein déjà sous la présidence Clinton. Prenant acte de l'hégémonie américaine, « ce groupe a utilisé le 11 septembre comme alibi pour avancer un agenda qui dépassait de loin la seule lutte contre le terrorisme »129(*). Autre membre influent de cette mouvance, Richard Perle qui était jusqu'à la fin mars 2003 (il a dû démissionner à la suite de certaines révélations concernant les conflits d'intérêts entre ses activités publiques et privées) président du Defense Policy Board, organe consultatif su Pentagone et « boîtes à idées » de Donald Rumsfeld. Surnommé « super faucon » en raison de son attachement aux valeurs les plus traditionnellement de l'Amérique, il dispose d'une immense influence sur la politique de l'administration, par l'intermédiaire de ses protégés qu'il a habilement placés aux postes les plus stratégiques du Pentagone, du NSC et du département d'Etat. Déjà très présent dans l'entourage de Georges W Bush depuis le début de la campagne électorale, Perle a fait honneur à son surnom de « Prince des ténèbres ». Il a refusé d'intégrer l'administration ( on lui proposait le poste d'Undersecretary of Defense for Policy, numéro trois du Pentagone) pour se glisser dans le rôle celui d'éminence grise.130(*)

Le dernier groupe est plus traditionnel et est personnalisé par Colin Powell. Cet ancien général n'a pas caché sa réticence à l'usage de la force et a pesé de son poids pour que les Etats-Unis obtiennent le soutien de l'ONU lors de la guerre en Irak en 2003. S'il se montre prudent sur l'emploi de la force, il estime que, lorsque les circonstances l'exigent, cette force doit être massivement utilisée.131(*) Malgré leur divergence, ces différentes composantes de l'administration partagent certaines convictions. Tous sont convaincus de la supériorité américaine, tous ont confiance dans la force armée des Etats-Unis et rejettent la politique étrangère d'internationalisme libéral de Clinton.

A - Des liens étroits avec le monde pétrolier

L'autre caractéristique de cette administration est son lien avec le monde du pétrole expliquant les doutes quant aux vraies raisons qui ont poussées les Etats-Unis à intervenir en Irak. Mais s'il évident que Washington est décidé à éliminer toute menace pesant sur la production et sur le transport du pétrole dans cette région, pour les stratèges américains, il s'agit également de s'assurer que les vastes réserves pétrolières irakiennes demeureront disponibles, c'est-à-dire ne tomberont pas sous le contrôle exclusif des compagnies pétrolières russes, chinoises ou européennes.

Les pétroliers n'ont jamais eu de liens aussi intimes avec la Maison-Blanche qu'aujourd'hui. Pour le vice-président Dick Cheney, cela pourrait être la deuxième fois qu'il fait des affaires en Irak depuis la guerre du Golfe. Cheney est en effet l'ancien directeur d'Halliburton, le plus grand prestataire de services pétroliers du monde. En août 2000, Cheney a publiquement déclaré, en tant que directeur d'Halliburton : « Ma politique était stricte quant au fait de ne rien faire en Irak, pas même passer des accords soi-disant légaux. » Le Financial Times a pourtant démontré que Cheney a supervisé en 1998 et 1999 des ventes à l'Irak s'élevant à 23.8 millions de dollars.132(*) Georges W Bush et sa famille sont liés aux compagnies pétrolières depuis l'époque de son grand-père. Condoleezza Rice, la conseillère pour la sécurité nationale de Bush, a siégé au conseil d'administration de Chevron, qui a récemment donné son nom à un pétrolier.

Grand spécialiste des questions pétrolières, le Dr. JJ Traynor de la Deutsche Bank perçoit Exxon Mobil, la plus grosse et sans doute la plus influente politiquement des compagnies, comme étant « au premier rang » pour tirer tous les bénéfices d'un changement de régime en Irak. Exxon Mobil a travaillé dur pour entretenir la demande de pétrole en faisant pression sur le gouvernement américain pour qu'il se retire du Protocole de Kyoto sur le réchauffement planétaire. Durant la campagne électorale 2000, Exxon Mobil a versé 1 375 250 dollars pour financer les campagnes de politiciens (seule Enron parmi les compagnies pétrolières et gazières a consacré plus d'argent au financement de campagnes électorales). Sur cette somme, 89 % sont à des candidats républicains.133(*) En sapant les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre, Exxon Mobil prolonge la dépendance des Etats-Unis envers le pétrole et leurs liens avec des pays producteurs de pétrole souvent politiquement instables.

Pour autant, contrairement à ses homologues français, russes et chinois, Exxon Mobil, la plus grosse compagnie pétrolière du monde, a dû rester à l'écart de l'Irak à cause de la position politique des Etats-Unis ces dix dernières années. Exxon possédait auparavant 25 % des champs de pétrole irakiens. Une nouvelle guerre contre l'Irak lui donnerait de nouveau accès aux vastes réserves pétrolières du pays. Fin mars 2004, l'armée américaine avait attribué le principal contrat de lutte contre les incendies de puits de pétrole en Irak au géant texan Halliburton, dirigée de 1995 à 2000 par l'actuel vice-président, Dick Cheney. Déjà les soupçons de collusion d'intérêts allaient bon train, surtout que le dit contrat avait été attribué sans appel d'offres. Mais il semble aujourd'hui que l'administration Bush a aussi caché l'ampleur du mandat confié à Halliburton. Dans une lettre adressée à Henry Waxman, membre démocrate de la Chambre des représentants (qui avait déjà dénoncé la collusion d'intérêts entre les pétroliers et la Maison-Blanche), le Corps du génie de l'Armée de terre vient en effet de révéler que le contrat en question comprenait non seulement l'extinction des puits en feu, comme annoncé, mais aussi « la gestion d'installations et la distribution de produits ». Pour autant les liens de l'administration Bush avec le milieu énergétique ne s'arrêtent pas seulement à Exxon mobil car derrière ces révélations, celles faites sur les relations entre l'équipe Bush et Enron sont plus préoccupantes.134(*)

* 127 Jrean Yves Haine, Les Etats-Unis ont-ils besoin d'alliés opcit

* 128 Nicole Bacharan, les Etats-Unis en guerre in Irak, an I...opcit

* 129 Jean yves Haine opcit

* 130 Alexis Debat, « Vol au dessus d'un nid de faucons » opcit

* 131 Sami Naïr, L'empire face à la diversité opcit

* 132 « Bush et les barons du pétrole » www.webplaza.com

* 133 Ibid.

* 134 « Enron, le rapport qui embarasse Bush », 24 heures, 18 janvier 2002 Le rapport dans son entier est disponible en format pdf sur le site www.entrefilet.com/enron_Bush _rapport pdf

précédent sommaire suivant