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La politique étrangère américaine à l'épreuve des évènements du 11 septembre 2001: Le cas irakien

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par Mamadou DIA
Université de Toulouse I Sciences Sociales - Master de Relations Internationales 2005
  

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SECTION II : Failles des services de renseignement

Au lendemain des attentats du 11 septembre, la mise en cause des services de renseignement américain est établie, accusés de n'avoir pas pu ou su empêcher l'exécution de ce projet. Ces failles, les autorités américaines le reconnaissent. Ainsi, l'explication donnée par Donald Rumsfeld est que pendant des décennies, l'appareil de renseignement a été conçu et développé pour traiter les problèmes de la guerre froide et que les Etats-Unis étaient concentrés sur les pays du Pacte de Varsovie, en s'efforçant de dénombrer leurs moyens - navires, canons, chars, avions - afin de comprendre leurs adversaires et la nature de la menace.

Mais cette époque est révolue et l'Union soviétique n'existe plus. Les cibles sont désormais multiples, beaucoup plus complexes et disséminées à la surface du globe. A la fin de la guerre froide, il y eut un relâchement des tensions et un accroissement des échanges mondiaux de technologies, y compris d'armes très puissantes et de missiles. « Nous devons en prendre conscience et conserver la trace de ces armes qui mettent en péril les peuples libres » déclare Rumsfeld ajoutant que le département de la Défense a mis au point, ces derniers mois, une nouvelle stratégie : il ne s'agit plus seulement de s'occuper de menaces spécifiques - nord coréenne, irakienne, etc.- mais de se réorienter vers l'examen des diverses capacités qui, de par le monde, sont susceptibles de mettre en péril les intérêts américains. La prolifération aidant, ces technologies sont désormais présentes en de nombreux points du globe. En outre, les technologies à usage dual et les communications par fibre optique compliquent singulièrement la tâche.

Le rapport final de la Commission d'enquête sur le 11 septembre prône « la nécessité de restructurer la communauté du Renseignement » en insistant sur l'importance d'une analyse intégrée et multisources sans laquelle « il est impossible de relier les points »23(*). D'ailleurs ce rapport reconnaît que cette nécessité de changement découle de six problèmes apparus avant et après le 11 septembre :

· Existence de barrières structurelles s'opposant aux performances du Renseignement conjoint; aucune des composantes ne détient à elle seule toutes les informations pertinentes.

· Manque de normes et de pratiques communes dans le cloisonnement étranger-domestique impliquant le besoin d'unifier l'information collectée à l'étranger avec celle collectée aux Etats-Unis.

· Gestion morcelée des moyens du Renseignement national.

· Faible capacité à établir les priorités et à réattribuer les ressources, les agences étant organisées en fonction de ce qu'elles collectent et de la façon de collecter

· Trop de fonctions pour le directeur du Renseignement central qui en a trois : CIA, gestion de la confédération des agences qui forment la communauté du Renseignement, analyste en chef du gouvernement conseillant le président en sa qualité de principal conseiller au renseignement.

· Les 15 agences ou branches d'agences sont trop complexes, trop secrètes. La communauté et les pouvoirs du directeur du Renseignement central sont devenus opaques, accessibles uniquement aux initiés après approfondis.24(*)

A - Négligence ou suffisance ?

La présence de cette menace diffuse explique la redéfinition de la stratégie nationale de sécurité afin de pouvoir organiser, entraîner et équiper les forces en fonction de leurs capacités virtuelles, plutôt que d'une menace spécifique et tangible émanant de tel ou tel pays ou entité géographique.25(*)

Si comme le reconnaît Donald Rumsfeld des précautions avaient été prises, comment se fait-il alors, que les services de renseignement américains et, plus largement, occidentaux, n'aient rien vu venir ? La réponse vient de François Heisbourg qui distingue deux catégories de prévisions. La première concerne le projet d'un Etat ou d'une organisation. L'attaque japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, n'était pas surprenante en tant que telle. Les Japonais nourrissaient un projet expansionniste qu'ils avaient commencé à mettre en oeuvre, dés le début des années 30, en Mandchourie.  La surprise fut générale.

Pour Heisbourg, il semblerait que les services américains se soient davantage intéressés aux risques d'actions terroristes contre des intérêts américains situés hors des Etats-Unis. Ben Laden, volontairement ou non, les a encouragés dans cette voie par le choix de ses cibles en 1998 et en 2000 : les ambassades au Kenya et en Tanzanie, puis le navire USS Cole.26(*)

B- Facteurs technique et humain : déséquilibre dans l'orientation du budget

L'autre hypothèse défendue par les experts du renseignement est que la défaillance des services de renseignement s'explique aussi par une faiblesse du renseignement humain, relativement négligé par rapport aux moyens de surveillance et d'écoute électronique.

Les Américains dépensent des fortunes pour leurs services de renseignement, de l'ordre de 30 milliards de dollars par an, dont la plus grande partie est absorbée par la technique, notamment les moyens d'écoute spatiale.27(*) Est-ce que l'arbitrage a été mal fait ? Le réseau Echelon est destiné à écouter la quasi-totalité du trafic électronique, analogique ou numérique. Il brasse des quantités de données, qui sont traitées électroniquement. A trop mettre l'accent sur le renseignement économique et technologique, les Etats-Unis ont fini par oublier la hiérarchie des priorités.28(*)

Oleg Kalougine officier du KGB prononce un verdict martial : « La CIA, à l'image des Etats-Unis et de l'Occident, a eu le sentiment d'avoir triomphé, d'avoir gagné la guerre froide. Résultat, ils ont cessé d'être vigilants et l'ennemi a surgi de l'autre côté29(*)

Donc il est clair que le renseignement américain n'est pas riche en source d'information à l'intérieur du cercle rapproché de Ben Laden, ni même, en l'occurrence, d'Al Qaïda en général. Il devient également clair que le renseignement américain ne disposait pas de suffisamment d'atouts à l'intérieur de l'Irak. Cette absence de capacité à faire du renseignement humain de haut niveau n'est pas compensée par la quantité et la qualité des systèmes technologiques de surveillance. Pire, Gary Schmitt fait remarquer : « La plupart des terroristes et des Etats voyous sur lesquels nous voudrions rassembler de l'information savent comment déjouer nos capacités d'écoute de leurs conversations et de photographie de leurs installations depuis l'espace. »30(*) N'empêche, pour lui, la mission n'est toutefois pas impossible « pourvu que le renseignement américain veuille bien changer ses façons d'opérer ».31(*) Le renseignement technologique permet d'accumuler de plus en plus de données mais de moins en moins de renseignement solide rendant essentiel le traitement (trier et collationner) du matériau collecté processus très coûteux.

* 23 11 septembre, Rapport final de la Commission d'enquête, Ed des Equateurs, Paris, 2004, 501 p

* 24 Ibid. Plus de renseignement avec les propositions faites par les membres de la Commission.

* 25 Donald Rumsfeld, « Une guerre au long cours » Politique Internationale n° 93 Automne 2001

* 26 François Heisbourg, « Le basculement du monde » Politique Internationale n° 93 Automne 2001

* 27 Ibid.

* 28 François Heisbourg, « Le basculement du monde » op cit

* 29 Déclaration faite lors de l'émission « CIA : guerres secrètes » diffusée sur ARTE

* 30 Gary Schmitt, « La stratégie de sécurité nationale de l'administration Bush » in Les Etats-Unis aujourd'hui, Choc et changement, Odile Jacob, Paris, 2004, 363 p

* 31 Ibid.p 285

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