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La politique étrangère américaine à l'épreuve des évènements du 11 septembre 2001: Le cas irakien

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par Mamadou DIA
Université de Toulouse I Sciences Sociales - Master de Relations Internationales 2005
  

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CHAPITRE III : Une guerre sans fin contre « l'axe du mal »

SECTION I : Un ennemi bienvenu ?

Après le 11 septembre, dans l'optique de la guerre mondiale contre le terrorisme, certaines priorités sont nettement apparues à l'administration Bush. D'abord, protéger le sol américain. Même si la défense antimissile avait dans sa version stratégique l'ambition de défendre le territoire des Etats-Unis, la National Missile Defense (NMD) envisage la possibilité d'une attaque extérieure provenant de la Corée du Nord ou de l'Iran. L'attaque a donc eu lieu beaucoup plus vite que prévu et elle a conforté l'idée que le territoire américain était menacé, que les citoyens des Etats-Unis seraient désormais atteints sur leur sol. 37 milliards de dollars sont ainsi mis en place en 2003 dans le cadre du programme de défense du territoire.70(*) Après le 11 septembre, dans l'optique de la guerre mondiale contre le terrorisme, certaines priorités sont nettement apparues à l'administration Bush. D'abord, protéger le sol américain. Même si la

L'autre priorité est de se préparer à des attaques terroristes non conventionnelles car au moment où les frappes en Afghanistan débutaient, les Etats-Unis faisaient face à une vague d'attentats par l'intermédiaire des lettres piégées à l'anthrax lesquelles ont tué cinq personnes et ont paralysé pendant un moment le Congrès entraînant cette réflexion de Brzezinski : « Depuis que l'Amérique est une nation souveraine, ses citoyens ont considéré la sécurité comme la norrme et l'insécurité occasionnelle comme une aberration » .71(*) Ainsi, le budget consacré à la bio défense civile en 2003 s'élève à 4,3 milliards de dollars.72(*)

C'est dans son discours sur l'état de l'Union en janvier 2002 que l'expression « axe of evil » ou « axe du mal » fut employée par Georges W Bush pour désigner trois Etats - l'Iran, la Corée du Nord et l'Irak - accusés de soutenir le terrorisme. Pour le président Bush, « la Corée du Nord est un régime qui s'arme de missiles et d'armes de destruction massive, tout en affamant ses citoyens. L'Iran recherche agressivement ces armes et exporte la terreur, tandis qu'une minorité non élue réprime les espoirs de liberté du peuple iranien. L'Irak continue d'afficher son hostilité envers l'Amérique et de soutenir la terreur...Des Etats comme ceux-ci, et leurs alliés terroristes, constituent un axe du mal, s'armant pour menacer la paix du monde. »73(*) Même si ces régimes ne constituent pas des modèles d'humanisme selon Frédéric Encel, « il est fort possible qu'aucun d'entre eux n'a connu, ni même soupçonné les projets cataclysmiques d'Al Qaïda sur New York »74(*) en raison des divergences au plan des objectifs, des stratégies, des représentations politiques et idéologiques ou encore des appartenances et allégeances religieuse d'un Ben Laden, d'un Khatami ou d'un Saddam. Bref ils ont trop à y perdre et pas grand-chose à y gagner vu qu'ils sont déjà dans le collimateur des Etats-Unis par le biais de sanctions plus ou moins sévères. Alors comment expliquer ce besoin de se créer des ennemis ? « Axe du mal » vrai danger ou prétexte de l'administration Bush pour justifier sa politique en matière de lutte contre le terrorisme ?

La réponse, pour partie nous est apportée par Encel pour qui cette rhétorique n'est destinée qu'à donner des signes aux autres pays tel la Russie voire la Chine. Ainsi, en incluant Téhéran dans « l'axe du mal », malgré le fait que ce régime sous l'impulsion du réformateur Khatami présente des signes d'apaisement à l'endroit de l'Occident, c'est la Russie que les Etats-Unis cherchent concrètement à impressionner par une démarche ambivalente faites de promesses et de menaces : prises en compte des intérêts russes dans le Caucase et dans le partage de la mer Caspienne, tolérance des violations des droits de l'homme dans la guerre en Tchetchénie, souplesse dans les négociations quant à des subventions de Washington ou du Fonds monétaire international (FMI). Tous ces « avantages » soient liés selon Encel à un relâchement des liens avec Téhéran notamment dans le domaine nucléaire.

C'est cette même logique qui anime la relation avec la Corée du Nord car il semble invraisemblable que le Pentagone échafaude des plans d'attaque préventive, donc sans agression préalable, contre le dernier Etat stalinien du globe sans que la Maison-Blanche souscrive à un tel scénario. L'explication est simple : Pékin ne tolérerait pas probablement qu'on attaque de cette manière son allié et voisin, aussi encombrant soit-il fait remarquer Encel. En contrepartie d'une forte pression de la Chine sur la Corée du Nord afin qu'elle cesse la fourniture d'armes à l'Iran ainsi qu'à la Syrie, les Etats-Unis mettront en sourdine leurs critiques sur la politique répressive de Pékin à l'encontre des indépendantistes musulmans ouïgours du Xinjiang et des autonomistes bouddhistes du Tibet.

Des trois pays cités seul l'Iran était clairement connu pour ses liens avec le terrorisme international. Même si aujourd'hui le régime des mollahs a ratifié le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et se défend de développer le nucléaire à des fins non civiles, les inspections menées dans le cadre de ce TNT révèlent, d'après Georges Soros, que « le programme iranien est en infraction par rapport aux exigences du traité » et que du point de vue des armes nucléaires, « l'Iran est bien plus dangereux que l'Irak depuis plus d'une dizaine d'années »75(*). Alors comment expliquer l'intérêt porté à l'Irak ?

L'une des difficultés dans cette guerre contre le terrorisme est de définir le choix de la méthode pour le combattre : faut-il recourir à une coalition d'Etats ou doit-il s'agir avant tout de la guerre des Etats-Unis ? Il existe aussi un danger de ce que Stanley Hoffmann appelle la « pente savonneuse » c'est-à-dire une extension indéfinie de cette guerre. Depuis le 11 septembre, le gouvernement américain a étendu sa guerre contre le terrorisme transnational en visant les Etats qui les abritent. Une extension plus que discutable concerne les Etats possédant des armes de destruction massive et hostiles aux Etats-Unis, ce qui excluait par exemple Israël, le Pakistan voire l'Inde. Cela ne risquerait-il pas de fragiliser le nouvel ordre mondial instauré depuis la fin de la première guerre du Golfe et surtout inciter certains pays à vouloir appliquer la méthode américaine ? Les Indiens contre les Pakistanais, les Russes contre les Tchétchènes et à l'occasion contre les Géorgiens, les Israéliens contre l'Autorité palestinienne ? Il est à noter que le déséquilibre entre l'opposition des Européens à cette formule d' « axe du mal » et leur silence lorsque les Etats-Unis sont qualifiés de « Grand Satan » par certains de ce pays. Pour Amir Taheri, il est intéressant de noter, au passage que ceux qui se sont élevés contre la formule de George W Bush sur l' « axe du mal » n'ont jamais condamné l'emploi systématique par Téhéran de l'expression « Grand Satan » pour désigner les Etats-Unis ou lorsque le régime irakien a qualifié les Américains de « chien de garde des juifs ». Et Taheri de rappeler que Joschka Fischer lui-même est allé encore plus loin lorsqu'il déclare : « l'expression « Grand Satan » n'est qu'un slogan qui n'empêchera pas l'Allemagne de renforcer ses liens avec la République islamique ».76(*)

* 70 Ibid.

* 71 Zbigniew Brzezinski, Le Vrai choix... opcit. p 21

* 72 Thérèse Delpech « Quatre regards.... » opcit p 21

* 73 Ces citations du présidents sont disponibles sur le site http://whitehouse.gov

* 74 Frédéric Encel, La démocratie à l'épreuve de l'islamisme, Flammarion, 2002, 203 p

* 75 Georges Soros, Pour l'Amérique.... opcit... p 50

* 76 Amir Tahéri, « Bush et l'axe du mal » Politique Internationale n° 96

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