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L'utilité d'une coopération technique au sud du Sahara: Le cas des relations Cameroun-Unesco

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par Gérard Martial AMOUGOU
Université de Yaoundé II SOA - DEA en Science politique 2006
  

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B. LA RADIO RURALE DE SA'A : UN BILAN MITIGÉ ?

1. GENESE ET PRESENTATION

La radio communautaire de l'arrondissement de Sa'a qui est situé à une cinquante de kilomètres de Yaoundé, se présente comme la cadette du projet lancé sous l'égide de l'UNESCO. Baptisée « Radio M'MALLI », elle émet sur la fréquence FM 99.00 et couvre exclusivement la localité. Créée en 2003, la radio ne commencera à émettre véritablement que le 07 mars 2005, à la veille de la fête des femmes : la portée symbolique est assez significative ici dans la mesure où « le but premier d'une radio communautaire est de prendre en compte les problèmes des femmes et des enfants », ainsi que nous le précisait son actuel chef de station, Angèle NKOUSSOU. En d'autres termes, il s'agissait là d'un instrument de développement essentiellement voué à la cause des « cadets sociaux » de la société camerounaise. Bien évidemment entre la date de création et le premier jour d'émission, l'UNESCO assure la formation du personnel et la mise en place du matériel, ainsi que des séminaires complémentaires.

A l'instar des autres radios, la création de celle-ci est le fait d'une initiative de l'UNESCO qui, par la suite, va confier le projet à une association féminine ayant comme membre une personnalité influente de la localité. Dans le cas d'espèce, la radio a été confiée à la Women Association of Sa 'a Ebebda, communément connue sous l'appellation de la « WASSA d'Ebebda », la personnalité ressource ici n'étant autre que Jeannette OLANGUENA, épouse de l'ex ministre de la santé61, et qui est également la Présidente du Comité de gestion. La pratique faisant état de coutume, L'UNESCO, comme dans les autres cas, va accompagner le fonctionnement de la radio pendant deux années consécutives, à travers le paiement des salaires du personnel qu'il a lui-même pris le soin de former. A noter que toutes les formations ont eu lieu à Mbalmayo, siège de la « radio mère ». Durant les deux années, l'UNESCO s'occupe également de l'entretien et de la maintenance du matériel, ainsi que de l'approvisionnement en équipement.

2. RÉALITÉS DU FONCTIONNEMENT QUOTIDIEN

Après le départ de l'UNESCO, l'Association « promotrice » est sensée prendre la relève. Moins aguerrie que la « Femme-FM de Mbalmayo », la « WASSA d'Ebebda » va rentrer dans une phase de maturation difficile, ainsi que le reconnaîtront ses animateurs. Déjà, les programmes diffusés au sein de la radio n'intéressent pas directement la population, parce que plus absorbée dans ses activités et difficultés quotidiennes. Aussi perçoit-elle

61 Aujourd'hui incarcéré à la prison centrale de Yaoundé

difficilement le bien fondé de la radio. De même, l'association en charge de la promotion ne présente pas véritablement d'engouement vis-à-vis de ce projet qui lui a été quelque peu « imposé », d'où les animateurs leur mettent une pression quotidienne afin de « motiver ». Dans un tel environnement, il n'est guère possible de parler de salaire. « Bénévolat » semble être le concept le plus mobilisé au sein des différents personnels « restant » des radios communautaires. A Sa'a par exemple, il est fréquent que l'on trouve un seul animateur dans toute la «maison», qui en même temps joue le rôle de technicien (un certain Massa yo). Quand il le peut, un animateur vient juste pour présenter son émission, et ce de manière assez irrégulière. C'est qu'en réalité, la radio s'est spécialisée dans la reproduction, le manque de moyen et l'obsolescence progressive de la motivation ne permettant pas une réelle production qui nécessite des « cassettes ». Généralement, explique le chef de station, « quand bien même il y a un revenu, il vient des communiqués dont les rais de lecture s'élèvent en principe à 1000 FCFA, et des petits contrats qui généralement sont assortis des «conditionnalités» telles que la production d'une émission et le passage à l'antenne ». Dans la réalité, il est fréquent que les communiqués soient lus à 200 FCFA.

Et pourtant, ce n'est pas des programmes « captivants » qui manquent. Et l'on peut citer à titre illustratif « Hommage » qui comme son nom l'indique est une émission de témoignage et de respect envers des personnalités jugées dignes de respect et d'admiration de par leurs oeuvres. « Sur le chemin de l'école » réalisé avec la participation des élèves semble avoir bonne presse, tout comme « Dynamique santé » diffusée tous les lundis entre 18 et 19h, « Islam » entre 1 5et 16h les vendredis, et « Metum Menam » (culturama) qui se propose de sauvegarder la tradition à travers des récits sur l'historique et les habitudes des cultures passées. Mention spéciale est faite à cette émission sur les droits de l'homme, partie sur un projet avec les canadiens. Il s'agit de la production des magazines d'éducation et de sensibilisation sur les droits élémentaires et fondamentaux de la personne humaine. L'impact social de ce projet s'est directement manifesté à travers les interventions dans la radio qui, à en croire l'animatrice, ont apporté un changement significatif des comportements au sein des familles qui, sont longtemps restées soumis sous l'autorité patriarcale. « Vis-à-vis de leurs enfants et femmes, nous explique Angèle NKOUSSOU, beaucoup de chefs de famille ont changé de comportement », même s'il existe toujours des sceptiques qui ne regardent d'ailleurs pas notre animatrice d'un bon oeil. Malheureusement, de tels programmes relèvent beaucoup plus de l'exception, le quotidien étant celui des magazines en miniature et des micro programmes sans grande rentabilité.

Étonnant tout de même lorsque l'on sait qu'une structure généralement accompagne les radios communautaires. Ici l'Assemblée générale dont la Présidente est Odette NDZANA ZOGO, et qui siège à l'ouverture de la radio avec le Comité de gestion, représente la communauté au quotidien. Surprenant également lorsque quand on sait que ces radios bénéficient de l'appui de l'État à travers l'aide publique à la communication privée. Ahurissant enfin lorsque notre présence sur place à Sa'a nous a permis de réaliser qu'il y avait une autre radio privée qui bien que disposant d'un matériel moins perfectionné, semble pourtant avoir meilleure presse auprès des populations riveraines. Aussi une petite étude comparative nous a-t-elle semblé nécessaire.

3. M'MALLI FM EMET DANS UN CONTEXTE DE CONCURRENCE PARFAITE ?

Radio communautaire thématique à vocation sociale et culturelle, la « Radio Colombe » se présente comme une alternative pour les populations locales à notre radio communautaire. Relais privilégié de communication avec l'ensemble de la communauté, son principal objectif est d' « impliquer toutes les composantes sociales dans les stratégies et projets de développement, de susciter le dialogue et l'échange d'expériences dans la perspective du partage d'information et du savoir ». En un mot, la radio se présente comme un instrument de renforcement de la cohésion et de la solidarité sociale. Pour ce faire, elle se propose d'informer, de former et d'éduquer les populations sur les questions de développement qui les préoccupent ; de transmettre aux populations le savoir faire susceptible d'améliorer leur condition de vie quotidien ; et d'enrichir le temps de loisir auditeurs au moyen des émissions de divertissement. Bien plus, « Radio Colombe entend revaloriser les activités des populations par des projets générateurs de revenus dans la perspective de la lutte contre la pauvreté ». Avec un réseau de couverture qui s'étend d'une partie du Département de la Lékié aux Départements du Mbam et Kim et Mbam Inoubou, la radio diffuse ses émissions en langues locales (Eton et Manguissa) et en français, et émet tous les jours entre 5h30mn et 22h, soit un temps de diffusion de 16heures et demi par jour sans interruption du lundi au dimanche.

La Radio Colombe, bien qu'étant insuffisamment équipée, et avec un édifice qui, passez nous l'expression, laisserait quelque peu à désirer, est pourtant la plus écoutée de la localité. Sur un petit test fait de manière spontanée dans une zone publique, 7 personnes sur 10 semblent porter leur préférence sur cette dernière. La raison la plus évoquée étant qu'elle est plus animée et s'intéresse beaucoup plus aux préoccupations quotidiennes des riverains.

Financée pour l'essentiel par les membres de son association promotrice (SODI, solidarité pour le développement intégré et l'environnement), cette radio dont le personnel s'élève à douze, avec cinq permanents, travaille également avec les enseignants et fonctionnaires à titre de bénévolat. De l'aveu de son chef de station adjoint chargé de programmes, Lucien Claude ABOUGA, elle a eu par deux reprises (2005 et 2008) à recevoir de la part de l'État, une aide allouée à la communication.

Quelques faits, de l'avis des défenseurs de M'malli FM, expliqueraient la différence existante entre les deux radios : « Radio Colombe, c'est des touches à tout. Or notre radio plus circonscrite donne juste l'information concernant son public. Colombe est une radio privée, qui va au-delà des limites territoriales de la localité. En plus elle existe au moins dix ans avant M'MALLI FM, ce qui expliquerait sa relative popularité ». Ne nous y méprenons pas, la Radio Colombe est également confrontée à des mêmes difficultés que ses pairs.

De l'avis du chef de station pour qui le projet des radios communautaires est une initiative à saluer, la renaissance des radios sera fonction de la révision de la politique de l'UNESCO. Laissons à cet effet s'exprimer notre promotrice : « l'UNESCO est le père et la mère des radios. A Sa'a, elle a été confiée à une association qui n'y voit pas grand intérêt. L'UNESCO ne devrait pas laisser tomber le projet. Elle ne devrait pas s'arrêter à ces deux ans, il faut qu'elle continue à aider ». Aussi va-t-elle par exemple suggérer qu'une rubrique soit au moins prise régulièrement par l'institution spécialisée des Nations unies. En plus, une autre proposition de la part d'un responsable d'une autre radio sera lancée en l'endroit de l'UNESCO en vue de réviser sa politique de « dissémination » des radios qui entraînerait également une réduction de l' « enveloppe », pour se consacrer aux programmes rentables62. Mais pour bon nombre d'observateur, une bonne part de responsabilité revient au Gouvernement de camerounais ! C'est pourquoi il nous a paru nécessaire de remonter au niveau de Yaoundé63, afin de voir comment sont perçues les radios communautaires.

PARAGRAPHE II : LES RADIOS COMMUNAUTAIRES DANS LES STRATÉGIES RESPECTIVES DU CAMEROUN ET DE L'UNESCO : TENTATIVE D'EXPLICATION

62 Nous nous sommes juste proposés de reproduire les raisons et attitudes déployées par les différents acteurs. Cela permettrait, à notre avis, de rapprocher les analyses de la sociologie des organisations, notamment de Crozier, du contexte africain.

63 Principal centre d'impulsion de la coopération, car c'est en son sein que l'on retrouve les principales institutions en charge de la promotion du projet ; à savoir le MINCOM, le Bureau régional et la Commission nationale pour l'UNESCO.

A. LES RADIOS COMMUNAUTAIRES VUES DE YAOUNDÉ : UNE PLACE RÉSIDUELLE DANS LA STRATÉGIE COMMUNICATIONNELLE DU CAMEROUN

1. LES RADIOS COMMUNAUTAIRES DANS LA NOUVELLE VISION DU NEW DEAL COMMUNICATIONNEL CAMEROUNAIS : UNE STRATÉGIE QUASI INEXISTENTE

Deux axes stratégiques majeurs sous-tendent la nouvelle politique communicationnelle du Cameroun, à savoir : l'accroissement de l'offre d'information, et le renforcement des moyens de diffusion et de réception de l'information intra et extra muros. De ces principaux axes, ressortissent cinq objectifs stratégiques : renforcer et opérationnaliser les potentialités de la presse nationale afin que celle-ci informe totalement (n°1) ; renforcer l'encadrement qualitatif de la production médiatique (n°2) ; améliorer l'efficacité de l'Administration de la Communication (n°3) ; assurer la réception du signal Radio et TV de la CRTV (n°4) ; enfin, mieux encadrer techniquement l'audiovisuel (n°5).

En scrutant de près les actions opératoires relatives à ces objectifs, l'on se rend immédiatement compte qu'il n'existe aucune perspective de partenariat avec les secteurs privée et communautaire. Alors qu'il ne fait aucun doute que la réalisation de la « société du savoir » passe par une mobilisation concertée des actions des différents acteurs concernés, voilà que les autorités du Ministère en charge de la communication, dans une optique monopolistique, nous présentent l'avenir du secteur communicationnel dans une perspective solitaire. Alors qu'ils ont le devoir d'encadrer la presse privée, afin d'en faire des partenaires acquis pour une même cause qui ne peut qu'être bénéfique à la société toute entière, nos pouvoirs publics semblent plutôt leur regarder sous un oeil si non d'adversité, du moins d'inimitié. Seuls sont pris en compte ici l' « amélioration quantitative de l'offre d'informations du service public de la communication », ainsi qu'un renforcement de la coopération avec des structures étatiques telles : CAMTEL, MINEFI, ... Or, notre conviction est que tout en respectant cette stratégie, un renforcement des capacités de la presse privée améliorerait considérablement l'environnement communicationnel camerounais. L'heure est peut-être venue où les autorités devraient arrêter de regarder la presse privée en chien de faïence ! Il en va du devenir de notre société.

2. UNE IMPORTANCE RELATIVE AUX YEUX DES RESPONSABLES DE LA CAPITALE POLITIQUE DU CAMEROUN ?

La Commission nationale camerounaise pour l'Unesco en tant qu'organe de relais joue un rôle essentiel dans le système des relations établies entre le Cameroun et l'UNESCO. Elle constitue à cet effet la courroie par excellence de transmission qui relie l'institution spécialisée aux différents ministères concernés par l'action de l'UNESCO au Cameroun. En ce qui concerne le secteur de la communication, le gouvernement camerounais est représenté par le MINCOM. Qui plus est l'Accord Cadre, document de base renseignant sur le véritable statut juridique des radios communautaires, est signé entre l'UNESCO et le MINCOM. Mais à défaut de l'avoir, un entretien auprès de certains responsables dudit ministère va nous permettre sinon d'avoir des éléments d'informations, du moins de comprendre le statut des radios rurales vues d' « en haut ».

A la question de savoir le rôle joué par le MINCOM, représentant de l'État camerounais, dans le programme des radios communautaires, ce responsable de la Direction des technologies et de la communication nous interpelle d'emblée sur le fait que son ministère n'est qu'un « facilitateur », le promoteur de la radio et l'UNESCO s'occupant de l'essentiel. Le statut juridique, poursuit notre interlocuteur, est celui de la loi de 1990 sur la libéralisation de la communication, et son Décret d'application celui du 3 avril 2000, relatif à la création d'entreprise audio visuelle. Peut-on dans ces conditions considérer qu'il existe un réel statut juridique relatif aux radios rurales ?

Fort heureusement, cette équivoque va être levée par un autre responsable de la Direction de la communication privée qui nous explique que « les radios communautaires n'ont pas de statut juridique, mais relèvent du Décret de 2000. Ils appartiennent au secteur privé communautaire, et peuvent ainsi bénéficier du financement alloué à la presse privée ».

De manière plus précise, le financement des radios communautaires rentre dans le cadre des 250 millions de francs CFA, alloués à la presse écrite dans son ensemble, d'où une grande sélectivité. Or ceci nécessite le suivi de toute une procédure, la Direction des technologies et de la communication ne s'occupant que de la faisabilité technique : un comité technique interministériel étudie le dossier et donne son avis, avant qu'il ne soit transmis au Conseil national de la communication, via le premier ministère. Après l'avis du Conseil, le ministre de la communication en toute « souveraineté » décide de donner ou de refuser une licence.

En attendant, la radio de Mbalmayo continue à fonctionner avec des attestations, la communication privée supposant des taxes à la CNPS. Sans faire abstraction du fait que l'aide accordée par le MINCOM est assez minorée ici, il faut ajouter ce problème : la production des affiliations à la CNPS pour avoir accès à l'aide accordée à la presse privée ne relève pas ici de l'évidence. Surprenant tout de même lorsqu'on sait que l'information diffusée par ces radios est « utile et facilement utilisable », en même temps qu'elle permet de toucher les couches sociales les plus vulnérables. Inquiétant également lorsque l'on observe que Mbalmayo est l'unique radio ayant été accompagnée (sur les 21) par l'UNESCO pendant deux ans, dans un environnement où le « Gouvernement camerounais ne fait rien ». Étonnant enfin quand on apprend qu'en Afrique de l'Ouest, où l'esprit communautaire est très développé, le programme des radios rurales est une vraie réussite du fait de leur nombre sans cesse croissant, et parce qu'elles sont de plus en plus considérer comme des partenaires à part entière de développement. Or, au Cameroun où survit de manière anachronique des relents clientélistes, le programme des radios communautaires s'apparente plutôt à une « affaire de famille ».

De ce qui précède, tout semble porter à croire que le Gouvernement camerounais n'accorde pas un intérêt significatif à la promotion des radios communautaires. Absence d'intérêt qui est sans rappeler le rapport d'adversité qui lie la presse privée à la presse écrite, aversion qui elle-même est sans rappeler la difficile ascension de la société civile au sein d'un contexte monopolisé par la société politique. Ce n'est pas le fait d'un hasard que le chef de station de Mbalmayo porte désormais ses espoirs au processus de décentralisation qui de son avis amènerait peut-être le MINATD à obliger les communes à soutenir les radios communautaires, les deux devant travailler ensemble. Un regard attentif sur l'opérationnalisation du processus de décentralisation, surtout dans la place accordée à un véritable « développement participatif », autorise tout de même à être prudent. Une réalité reste par ailleurs certaine : le financement de ce projet n'aurait permis qu'une atteinte partielle des objectifs fixés ! La responsabilité de l'UNESCO ici est toute aussi certaine.

B. UN `PROJET PHARE' SANS PLAN D'ACTION COHÉRENT AUPRES DE L'UNESCO

Considéré comme un projet phare dans le cadre du 33C/5, les médias communautaires sont perçus par l'UNESCO comme un catalyseur du développement et du changement social. Il s'agit en effet d'un outil important qui répond aux besoins d'information et de

communication des communautés marginalisées et pauvres, tant rurales qu'urbaines, auxquelles ils permettent d'accéder à l'information et aux connaissances, y compris à des contenus locaux et du domaine public, qui peuvent améliorer leur participation à la prise des décisions locales.

Partant d'un amer constat selon lequel les infrastructures en matière de télécommunication et de diffusion de masse sont peu ou pas développées, l'analphabétisme persistant et la formation à l'utilisation des TIC inadéquate, quand elle n'est pas carrément absente, l'UNESCO s'est donnée pour mission « de promouvoir la libre circulation de l'information, des connaissances et des données, d'encourager la création de contenus diversifiés, de favoriser l'accès universel à l'information et aux moyens de partage des connaissances, tout en veillant au renforcement des capacités en matière de communication et d'information nécessaires à une participation effective des communautés et des citoyens à la vie démocratique des sociétés » (31 C/4). Aussi conformément aux objectifs définis dans la résolution du Conseil économique et social des Nations Unies de juillet 2000 et à ceux de la Déclaration de l'Assemblée du Millénaire, l'action de l'UNESCO contribuera à la création d'un partenariat stratégique international pour renforcer les moyens de communication, combler le fossé numérique et instaurer une société du savoir ouverte et sans exclusive.

Ce faisant, la Stratégie à moyen terme de l'UNESCO pour 2002-2007 pour la Région Afrique consistera à contribuer à la paix et au développement humain à l'ère de la mondialisation par l'éducation, les sciences, la culture et la communication. Pour y parvenir, l'Institution spécialisée des Nations unies va mettre une douzaine d'objectifs stratégiques en place, parmi lesquels la communication va occuper trois volets : encourager la libre circulation des idées et l'accès universel à l'information (objectif stratégique n°10), promouvoir l'expression du pluralisme et de la diversité culturelle dans les médias et les réseaux d'information mondiaux (objectif stratégique n°11), enfin, assurer pour tous l'accès aux technologies de l'information et de la communication, en particulier dans le domaine public (objectif stratégique n°12).

Mais force est de remarquer qu'en dépit d'un appel à une implication véritable de la société civile et des ONG, les médias communautaires ruraux ne bénéficient véritablement pas d'un statut particulier permettant un plan d'action lisible et efficient à leur égard. Certes, une lecture attentive des objectifs stratégiques sus-mentionnés laisse percevoir de manière parsemée des indications du genre : « en partenariat avec les organisations professionnelles, des politiques et des stratégies seront élaborées pour la production et la diffusion des programmes audiovisuels adaptés aux besoins des différents publics cibles (les femmes et les

jeunes notamment) et répondants aux préoccupations des groupes spécifiques », ou encore « on s'emploiera en outre à développer la communication et l'information dans les zones rurales et dans les régions défavorisées de manière à accroître la participation sociale des populations concernées, et à promouvoir la création des médias communautaires(...), notamment dans le cadre de programmes de développement ou de lutte contre la pauvreté ». En réalité, ces indications ne rentrent pas dans une stratégie spécifique précise, le plan de route n'étant pas précisé. Mieux encore, il demeure quasiment inexistant dans la nouvelle stratégie camerounaise de développement de la communication. Tout ceci élude en outre un autre handicap.

D'après certaines sources, l'UNESCO semble s'appuyer sur des élites politiques pour réaliser le projet des radios communautaires. Ce qui en soi poserait aucun problème si le statut juridique était bien clarifié, lequel statut parce que posant les bases d'un cadre légale et impersonnel favorable à la réalisation de l'État de droit, permettrait aux zones les plus nécessiteux de pouvoir s'en procurer, sans intermédiaire d'un quelconque « bras long ». Mieux, cet aménagement juridique favoriserait l'émergence des institutions qui transcenderaient les individus car, est-il fréquent de voir les faiblesses de ces entreprises qui s'écroulent avec le départ ou désistement de ces « personnalités ressources ». « Affaire de famille » en ce sens que derrière la radio de Mbalmayo, gît l'ombre du ministre délégué auprès des Assemblées, ministre dont l'épouse occupe le poste de Présidente de l'Assemblée générale. Il en va également de Mora avec TALBA MALA, de Sa'a avec le rôle joué par l'épouse de l'ancien ministre de la santé OLANGUENA, de Nanga Eboko avec BIDOUNG, également ancien ministre. Le fait est que l'implication de ces personnalités sape quelque peu l'esprit de participation pour faire place à un certain attentisme. Or l'objectif, à notre avis, est que les riverains prennent conscience de leurs responsabilités respectives en vue de la production d'une oeuvre commune et utile. La contribution des élites devrait s'aligner sur cet idéal, et ceci sans contre partie. Car, à l'analyse, l'on observe que beaucoup de radios connaissent des difficultés fonctionnelles importantes après le désistement des grandes élites. Enfin, un exemple à relever reste celui de la radio de Garoua, dirigée par une femme, et dont nous saluons l'implication de la communauté dans le fonctionnement, ainsi que les rôles respectivement joués par le Lamido et la SODECOTON.

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Du point de vue de Daniel Lerner, les techniques de communication de masse contribuent à accroître la « mobilité psychique » ou « l'empathie » qui constituent des attitudes psychiques essentielles à la modernisation. (Rocher, op.cit : 207) Seulement, une autre conception considère la révolution communicationnelle actuelle comme la forme contemporaine de domination la plus insidieuse et dangereuse pour les sociétés du tiers- monde. Ce point de vue énoncé par NTUDA EBODE dans un article intitulé De la décolonisation fictive à l'hypercolonisation, par du déferlement d'Internet, de la télévision par satellite et de la radio numérique, pour indiquer que « la colonisation sous sa forme contemporaine prend davantage la forme communicationnelle », d'où le concept d'hypercolonisation désigne « cette nouvelle forme de domination qui tient l'univers en tenaille ». C'est que de l'avis de notre auteur, ce nouveau visage de l'impérialisme intensifie insidieusement l'impérialisme culturel et social, d'où conditionne et perpétuent les formes politiques et économiques de domination dans nos sociétés.

L'espoir porté sur les radios rurales communautaires se focalise sur la conviction que situées en zones reculées, celles-ci parce que moins exposées aux déferlements communicationnelles sus cités peuvent constituer des facteurs de régénérescence culturelles et endogènes essentiels à la consolidation interne, laquelle est un préalable essentiel à leur insertion dans la mondialisation (NTUDA et NSIZOA) Ce consultant en Sciences sociales ne dit pas autre chose lorsqu'il affirme que « les États africains gagneront à se résoudre à cette vision d'essence et de finalité internes, préalable à toute forme de crédibilité internationale. » (MBASSI, in PONDI sous la direction de, 2005 :163) Il s'agit ici de la consécration de l'approche en termes de two level game en politique étrangère qui préconise une superposition entre les intérêts intérieurs et les négociations internationales. (Kessler, in Charillon sous la direction de, 2002 : 182) Enfin si l'ère de l'information pour beaucoup constitue le produit de l'une des plus grandes révolutions intellectuelles de l'histoire, le cours de l'histoire ou la conduite des relations internationales ne sera plus défini par le nombre de personnes ayant accès à l'information, « c'est, et ce point est capital, l'analyse qu'elles en font » (Kissinger)

Le développement des radios rurales et communautaires est une initiative d'une importance si considérable qu'elle nécessite la mobilisation de tous les acteurs dont ceux des zones au sein desquelles doivent s'appliquer lesdits programmes.64 Qui plus est le Cameroun de part sa position est tenu de jouer efficacement son rôle de principal centre d'impulsion et de stimulation de la coopération au sein de la sous région. Il convient de noter, dans le domaine qui nous concerne, quelques initiatives à encourager : Dans le cadre des activités de

64 Voir sur ce point notre analyse sur le développement participatif

mise en place de la radio communautaire du Pool au Congo-Brazzaville, un stage d'imprégnation organisé à Mbalmayo en Mai 2008 a accueilli cinq animateurs initiés à la gestion, à l'animation et à l'utilisation du matériel technique d'une radio communautaire. Enfin dans le but de renforcer les capacités des animateurs de radios communautaires rurales sur le changement de comportement dans la lutte contre le VIH/sida en langues locales, le Bureau de l'UNESCO a organisé un séminaire de recyclage à Mbalmayo, de trente animateurs travaillant dans quinze radios communautaires du Cameroun. (N°9 la lettre de l'UNESCO : 18) Au demeurant, cette contribution, en insistant sur les difficultés fonctionnelles du financement de certains projets de développement, consiste d'abord à saluer le mérite des promoteurs et acteurs de ces initiatives.

CONCLUSION GÉNÉRALE

Au terme de cette recherche sur l'utilité d'une coopération technique au sud du Sahara, il ressort que les activités de l'UNESCO au Cameroun suggèrent deux observations : premièrement en tant que « conscience du monde », la place de l'UNESCO reste indéniable compte tenu du rôle sensibilisateur joué par ses différents organes auprès de la communauté internationale, sur les grandes questions humanitaires à l'heure de la mondialisation. Que ce soit au sein de la Conférence générale, du Conseil exécutif ou par l'entremise des Bureaux régionaux, l'UNESCO joue un rôle déterminant dans la sensibilisation, l'incitation et l'appui des efforts des gouvernements nationaux engagés dans la recherche de la paix par le développement. Aussi, dans un monde où l'ultra libéralisme, associé à la raréfaction des richesses, laisse percevoir une scène turbulente à l'interne comme à l'externe, et où les pratiques monopolistes confinent à l'hégémon culturel, si ce n'est individualiste, l'UNESCO reste l'instance par excellence de régulation des velléités des puissances étatiques à travers l'affirmation de la diversité culturelle comme modalité de régulation de la scène

internationale (Sindjoun, 2008) La mystique de l'égalité souveraine entre les États au sein du système international y est également entretenue. Les nations du Sud se sentant même parfois privilégiées par rapport à leurs homologues du Nord, ainsi que l'atteste la nouvelle politique de l'UNESCO en marche depuis près d'une décennie, où la priorité semble être accordée à la décentralisation et à l'Afrique65.

Au Cameroun, comme partout ailleurs en Afrique, la sensibilisation opérée autour des problèmes relatifs à l'éducation, à l'égalité des genres, aux droits de l'homme, à la recherche scientifique et technologique, à la sauvegarde du patrimoine culturel et enfin, à la vulgarisation des moyens de communication auprès des masses, constitue déjà un aspect significatif de l'importance de l'UNESCO au sud du Sahara. La mise sur agenda international de ces différentes questions qui permet également d'engranger des financements auprès des partenaires financiers, afin d'appuyer les efforts nationaux dans le but de venir à bout de ces problèmes, se présente aussi comme une victoire, fut-elle partielle, des thèses de David Mitrany relatives à la pacification du système international par le biais des organisations à vocation technique. C'est entre autres, l'une des raisons majeures qui fait dire aux acteurs nationaux et internationaux en charge de ces relations que le Cameroun et l'UNESCO entretiennent à n'en point douter, « une coopération fructueuse ».

Sauf que c'est dans la mise en pratique, c'est-à-dire au niveau de l'opérationnalisation de ces différents programmes de développement que le fonctionnalisme techniciste de Mitrany commence à présenter des signes d'essoufflement. Car si l'histoire « naturelle » de l'UNESCO nous présente le retrait de certaines nations à l'instar de l'Afrique du Sud comme le fait de l'inadéquation du système d'apartheid de l'époque aux idéaux de l'Organisation, tel n'est pas le cas avec les Etats-Unis et l'Angleterre, dont les retraits pour être le fait des raisons idéologiques et politiques, semblaient résulter de la mésentente sur la mise en oeuvre de certains programmes liés au domaine de la communication66. Dans le même sillage, mais dans un tout autre aspect, les difficultés de mise en oeuvre des projets sont fréquentes en Afrique ; ce qui nous conduit à l'autre observation essentielle.

La deuxième remarque que l'on fait à propos des relations Cameroun-UNESCO est que l'utilité de l'institution spécialisée des Nations unies en Afrique semble quelque peu sapée au niveau de l'opérationnalisation des programmes de développement savamment définis au sein des « grandes instances ». Ceci autorise à relativiser la pertinence du concept

65 Cela ne va pas de soi en pratique, peut-être. Il reste quand même que cet argument tient en théorie. Il tenait même davantage aux lendemains des assises sur l'EPT et les OMD. Voir également nos développements sur la politique de coopération de l'UNESCO.

66 Ces deux Etats ont rejoins l'organisation par la suite

de « coopération fructueuse » très souvent convoqués par les différents acteurs pour désigner la nature des liens existants au sein des deux organes. Il est vrai, et l'on ne le dira jamais assez, que l'UNESCO n'est pas un bailleurs de fonds, et ne pourrait par conséquent réellement assumer seule cette lourde tâche qui consiste à miser sur l'esprit des hommes pour construire la paix au travers des projets de développement relatifs à l'éducation, la science, la culture, la communication et même les droits de l'homme. Il est également vrai, et cela va de soi, qu'elle n'est pas une organisation opérationnelle à l'instar du PNUD qui dans le système onusien, dispose des coudées franches à même de réaliser des projets de développement, comparativement aux autres institutions. Il reste néanmoins, et cela s'est toujours révélé au cours de son histoire, que l'UNESCO en tant qu'instance par excellence de coopération intellectuelle à l'échelon international, et en tant que chef de file des programmes relatifs à ses domaines d'activités, s'est toujours montrée compétente dans la mobilisation des financements provenant des partenaires diversifiés67. Aussi, l'opérationnalité de l'UNESCO est reconnue par le fait qu'une panoplie de programmes est réalisée sous son égide.

La difficulté, en réalité réside dans la qualité des rapports de l'UNESCO avec les autres acteurs, principalement les États et la société civile. Mais aussi dans sa nature même en tant qu'institution intergouvernementale qui n'échappe pas aux couacs internes à ces organes. « Sorte d'idéologie en action, d'utopie en marche ou d'idéalisme pragmatique » (Sur, 2000 : 306), l'ambiguïté de l'UNESCO est fort significative dans sa réalité bureaucratique qui est une construction d'acteurs confrontés aux logiques de la structure. Une telle bureaucratie à certains égards peut dégrader l'efficacité de l'idéologie de « paix » en captivant l'organisation vers ses « propres problèmes internes, de survie et de fonctionnement » (idem) ; lesquels problèmes absorbent une part significative de l'énergie de l'UNESCO au détriment des objectifs définis et des engagements pris vis-à-vis de la communauté internationale. Qui plus est l'existence de l'UNESCO, comme tout autre organe intergouvernemental, témoigne simultanément de l'intensification des relations internationales et de la difficulté des États, surtout en Afrique, à surmonter les différents obstacles liés à leur propre développement. Or, la caractéristique centrale de l'UNESCO est sa « faiblesse d'ensemble », dont les compétences, pouvoirs et moyens ne peuvent supplanter les velléités des États eux-mêmes. Aussi, il arrive que d'autres acteurs exploitent, détournent et récupèrent à leur profit, les projets et idéaux de l'UNESCO dont le rôle souvent surestimé auprès de l'opinion publique.

67 La Banque mondiale, le FMI, l'Unicef, le PNUD et d'autres institutions des Nations unies ont à un moment où un autre été des partenaires financiers de l'UNESCO dans la mise en oeuvre des programmes. Les institutions régionales telles l'Union européenne ou la Banque Islamique de Développement, pour ne citer que celles-là le sont également. Les contributions des États membres, les différents dons des ONG internationales ou nationales et biens d'autres donateurs privés viennent compléter cette liste qui n'est pas exhaustive.

Ce qui, très souvent, conduit à de fréquents désenchantements. C'est que l'utilité de l'UNESCO est doublement sapée par les facteurs internes propres à l'organisation, associés en Afrique aux dysfonctions de l'État qui constitue son principal partenaire.

Acteur essentiel des relations internationales, et même s'il n'est plus le seul, la responsabilité de l'État est considérable dans la mise en oeuvre des programmes de développement. D'ailleurs si le fonctionnalisme techniciste de Mitrany part de l'incapacité des États pour promouvoir l'utilité des organisations internationales à caractère technique, force est de rappeler que le néofonctionnaliste Ernst Haas, tout en s'appuyant sur les thèses de Mitrany, réhabilite le politique là où celui-ci le supprime. Or, à l'analyse, l'État n'est pas seulement le premier partenaire de l'UNESCO dans le cadre de la mise en oeuvre des activités de développement au sein du territoire camerounais. Il constitue également, et ceci est d'une importance notoire, le frein par excellence à l'atteinte des buts visés, en complément aux obstacles propres à l'institution spécialisée. Mieux, les sociétés étatiques africaines, dans les domaines qui nous incombent, résistent encore (mais pour combien de temps ?) à la conception transnationaliste des «nouvelles relations internationales» et semblent plutôt s'agripper sur certaines conceptions réalistes68, elles-mêmes quelque peu essoufflées. Au Cameroun en effet, la politique étrangère demeure un « domaine réservé », l'individu (pas vraiment émancipé) et la société civile (dont l'émergence semble s'effectuée à la césarienne) ne s'étant pas encore vraiment hissés au rang de partenaire indiscutable et indiscuté de l'État sur des questions sociales69.

Les dysfonctionnements observés dans la mise en oeuvre de certains programmes au Cameroun ne sont pas seulement le fait des organisations internationales n'ayant pas encore réussies à transcender le stade d' « instruments intergouvernementaux sans véritable autonomie ». Ces difficultés ne sauraient se limiter uniquement à celles des ONG qui ici ne parviennent pas encore à peser d'un poids nouveau en matière de développement et de protection des individus. La relative utilité de l'UNESCO au sein de la société camerounaise résulte peut-être de la résistance des agents en charge des pouvoirs publics à intégrer l'idée que le changement le plus évident « concourt à faire de la scène mondiale contemporaine un ordre de la souveraineté continuellement entravée, et concurrencé par des individus de plus en plus émancipés » (Badie et Smouts, op.cit: 228) En vérité, l'échec est surtout celui du

68 Notamment celle qui remonte à Bodin sur la « souveraineté dans l'État », à ne pas confondre avec la propension à l'extérieur en vue de la définition de l'intérêt nationale en terme de puissance, telle qu'énoncée par Hans Morgenthau, et qui ici sont minorés pour l'essentiel.

69 Et même si d'aucuns parviennent à s'y hisser, cela est plus le fait de leurs compétences individuelles, qui sont d'ailleurs récupéré par l'État dans sa quête permanente de légitimité et de visibilité sociale et diplomatique, qu'il n'est le résultat d'un changement véritable de programme politique et diplomatique.

financement des projets sans prise en compte des sensibilités et besoins profonds des riverains. L'échec de l'EPT est d'abord celui de la conception et de la mise en oeuvre des PAN qui ignorent ou minorent la réalité selon laquelle la majorité (5 6%) des enfants de moins de 1 5ans est concentrée dans les zones reculées70. Cet échec, et bien que l'on ne soit pas encore en 2015, c'est celui de l'incapacité de l'UNESCO et de son allié prioritaire (à savoir l'État) à produire des plans d'action pertinents à même de juguler le phénomène de croissance démographique à outrance, où la population de moins de cinq ans (qui avoisine les 20%) présage de l'ampleur de la demande potentielle des services d'éducation, comme de santé et du travail, immédiate et à venir (Abéga, op.cit : 17) C'est dire aussi que la « défaite » de cette coopération peut être désignée comme celle des programmes de financement qui sacrifient le développement participatif et inclusif sur l'autel des pratiques individualistes et hégémonistes des principaux agents qui tirent et tissent les ficelles du couple UNESCO-Cameroun. Pourtant, la contribution des autres catégories d'acteurs dont l'importance n'est plus à démontrer, s'oppose à toute conclusion hâtive déduisant à une quelconque fatalité.

En effet, les activités de l'UNESCO au sein de la société camerounaise présentent aussi des signaux d'espoir qui laisse penser que la réussite des programmes repose en fin de compte sur la capacité des acteurs à concilier intérêt général et intérêt individuel, ainsi que sur la double maîtrise de l'environnement national et des opportunités concédées par le système international. C'est le cas de la « réussite du CIRCB » qui constitue le prototype même d'un projet dont le mérite revient à la conjugaison, ainsi qu'à la mise en congruence des acteurs dont la détermination et la « maturité » associées à la « bonne volonté » des pouvoirs publics ont permis la capture d'une opportunité (FFA) au mieux de l'intérêt national, et ceci pour le bien de la communauté entière71. C'est aussi le cas du programme des radios rurales qui suivent bon an mal an leurs activités (en dépit de la fermeture de certaines) grâce à la détermination de certains acteurs qui, en dépit des difficultés, continuent à lutter pour leur cause72. C'est donc dire que la crédibilité et la légitimité des relations Cameroun-UNESCO est aussi fonction de la capacité des acteurs dominants à admettre que le développement durable passe par l'inclusion du plus grand nombre et non l'inverse. Lequel développement durable à en croire Rattana Hetzel, « exige de croire que si l'on donne aux gens la possibilité d'agir, ils

70 Et l'on pourrait même affirmer sans grand risque de se tromper que certains dirigeants des zones rurales ne sont même pas au courant des programmes EPT et des réformes administratives y attachées. C'est le cas de nombreuses écoles publiques des villages au Sud Cameroun où l'on parvient encore à lire `MINEDUC' au lieu de `MINEBASE' sur les plaques d'identification.

71 Encore qu'il est encore un peu tôt pour conclure sur l'opportunité et l' « intentionnalité » véritables de cette initiative.

72 Nous pensons notamment à Angèle NKOUS SOU de la radio de Sa'a et Irène MBAZOA de Mbalmayo dont le combat est également celui de l'affirmation de la gent féminine au sein de la société camerounaise.

pourront et sauront trouver des solutions créatives et viables en faveur du développement de chaque individu et de la communauté au sens large. » Mais, poursuit notre consultante des Nations unies, « cela ne se fera que si les gens ont leur vie bien en main et luttent avec obstination contre une structure du pouvoir qui bénéficie d'une distribution inéquitable de ce même pouvoir et des ressources disponibles. »73

Car une coopération fructueuse, en notre sens, n'est forcement pas celle là où les objectifs escomptés sont atteints « à tout prix » ; car la réalisation de ceux-ci peut être fait au détriment de certaines couches sociales, très souvent les plus démunies. C'est le cas avec la réalisation du projet pipeline de Doba (Tchad) à Kribi (Cameroun) qui a eu de sérieux « effets pervers » auprès des populations riveraines74. Une coopération n'est pas forcement fructueuse parce que les médias et/ou les autorités publiques la considèrent comme telle. Le discours politique ne reflète que très rarement la réalité, tandis que les articles des médias brillent très souvent d'une absence criarde d'objectivité, sinon de scientificité. Très souvent ces productions médiatiques ne sont que le reflet d'une minorité qui y trouve son « compte ». Aussi, lorsque que l'on s'engage à une entreprise de « déchiffrage de l'actualité » à la François THUAL, l'on se rend bien souvent vite compte que l' « intentionnalité » des entrepreneurs ne reflète pas toujours les objectifs déclarés.

C'est donc dire qu'une coopération fructueuse, au sens où nous l'entendons, suppose la prise en compte au préalable des intérêts de tous les acteurs concernés, intérêts que l'on ne peut déterminer qu'après une étude menée auprès de ceux-ci, intérêts dont la somme constituera ce que Jean-Jacques Rousseau appelle « la volonté générale ». Une telle coopération s'inscrit dans la perspective du développement dit « participatif » qui intègre les populations cibles à la mise en oeuvre des programmes, afin que celles-ci soient des acteurs de leur propre changement et non des simple bénéficiaires, tant il est vrai que « vivre c'est participer ». Dans une telle coopération également, les notions comme l' « aide » sont dépourvues de sens dans la mesure où il s'agit d'une collaboration en vue de participer à une oeuvre commune. Une coopération fructueuse, en un mot, c'est celle qui aboutit à la réalisation de l'homme intégral.

En tout état de cause, l'État, même s'il y prétend encore, n'a plus le monopole de la socialisation des relations internationales qui, résultent progressivement de la conjugaison des relations individuelles. C'est qu'à l'épaisseur historique, le mouvement est enclenché. Et la turbulence ambiante au sein des dynamiques sociales à l'échelon international s'oppose à tout

73 Citée par Bertrand Badie et Marie-Claude Smouts, 1999.

74 Yanick Nkuili (2006) a rédigé un mémoire assez révélateur sur les répercussions sociales des effets pervers du pipeline au Cameroun

pronostique quant à la cartographie future du système mondial. Un fait semble pourtant certain. C'est que le devenir historique des activités de l'UNESCO au Cameroun, comme partout ailleurs en Afrique, sera fonction de la place accordée à chaque individu.

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