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Consommation d'électricité et croissance dans l'uemoa : une analyse en termes de causalité

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par Idrissa Yaya DIANDY
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - D.E.A Economie, Spécialité Macroéconomie Appliquée, option Economie Internationale 2007
  

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3.2. LES INITIATIVES DANS LE SOUS SECTEUR DE L'ÉLECTRICITÉ

Au niveau national, les années 90 voient la mise en oeuvre de réformes qui ont la particularité d'être (mono) sectorielles, puisqu'elles ne concernent que le seul secteur de l'énergie, sans réellement se préoccuper des effets directs sur les autres secteurs, comme il ressort de l'examen des DSRP des États.

Dans le sous secteur de l'électricité, les réformes concernent la modification de la réglementation en vigueur (lois et codes) et le changement des modes et des formes de propriété des entreprises (privatisation) pour assurer la viabilité financière du sous secteur. Le secteur qui était jusqu'alors exclusivement ou majoritairement à capitaux publics s'ouvre aux opérateurs privés dans une démarche de partenariat public - privé. Au-delà de la spécificité de chacun des États membres, la segmentation du marché entre les secteurs urbains et les zones rurales aboutit à la création d'agences spécifiquement dédiées au développement de l'électrification rurale.

Historiquement, au plan régional, la priorité a été donnée à l'impact de l'énergie sur la croissance économique, au travers d'une recherche systématique de réduction des coûts de la fourniture d'énergie. Cette approche a permis des réalisations comme le Projet de Gazoduc de l'Afrique de l'Ouest (PGAO), ou le système d'Échanges d'Énergie Électrique Ouest-Africain (EEEOA) basées sur des regroupements régionaux tels que l'Organisation de Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS), l'Organisation de Mise en Valeur du Fleuve Gambie (OMVG), ou encore l'ABN (Aménagement du Bassin du Niger)13(*). Les politiques d'intégration régionale, avec le développement de grandes infrastructures d'interconnexion énergétiques, constituent la trame de la stratégie de développement énergétique mise en oeuvre à partir des années 1990.

3.2.1. Le Système d'Echanges d'Energie Electrique Ouest Africain (EEEOA)

Le Système d'Échanges d'Énergie Électrique Ouest-Africain (l'EEEOA) a été adopté en décembre 1999 en vue d'intégrer les opérations des systèmes électriques nationaux dans un marché régional d'électricité unifié. L'EEEOA mise sur le développement des moyens de production d'énergie et d'interconnexion des réseaux électriques, avec l'objectif affiché de multiplier par quatre la capacité d'interconnexion entre les pays de l'Afrique de l'Ouest sur la période 2005-2020.

Il s'inscrit donc dans un cadre plus large (CEDEAO). Son ultime objectif est d'assurer, à moyen et à court terme, de l'énergie électrique stable, fiable et abordable. Ce qui servira de tremplin facilitant ainsi le développement équilibré des diverses ressources énergétiques en Afrique de l'Ouest, à travers une coopération durable dans le secteur énergétique, une fourniture ininterrompue de l'énergie électrique et l'accroissement des échanges transfrontaliers d'énergie électrique.

Encadré 2 : Le financement de l'EEEOA par la Banque Mondiale

D'un montant de 350 millions US$, la facilité est divisée en trois tranches de 100US$, 125 et 125 millions, avec pour objectif de fournir un financement souple aux compagnies d'électricité membres de l'EEEOA pour la réalisation des infrastructures de production, de transport et de rénovation/ construction de centres de conduite identifiés comme critiques sur la période 2005-2011. Le principe en est que, pour 1/3 de financement acquis dans le cadre du programme «pays», un financement complémentaire de 2/3 du projet peut provenir de l'enveloppe régionale si ce projet a un caractère d'intégration régionale.

Le critère d'éligibilité d'un pays est la ratification du Protocole sur l'Energie de la CEDEAO. Négocié en janvier 2003, ce Protocole sur l'Energie formalise le cadre juridique de la garantie offerte aux investissements directs étrangers dans le secteur. Pris individuellement, les États Membres n'auraient probablement pas réussi à mobiliser un tel budget pour les interconnexions.

Source : UEMOA, CEDEAO, 2006

L'EEEOA porte sur la réalisation de l'interconnexion de réseaux électriques nationaux sur une longueur d'environ 5 600 km dans la plupart des pays de l'Afrique de l'Ouest (Nigeria, Bénin, Togo, Ghana, Côte d'Ivoire, Niger, Burkina Faso et Mali). Au total, les investissements à réaliser sur l'ensemble des infrastructures de production et de lignes d'interconnexion envisagées s'élèvent environ à 11,8 milliards de dollars US sur une période de 19 ans. Ces infrastructures permettraient de doter la région d'une capacité installée d'environ 17 000 MW, correspondant à la capacité nécessaire pour satisfaire la demande estimée d'ici à l'an 2023. (CEDEAO, 2005).

3.2.2. Projet du gazoduc de l'Afrique de l'Ouest (PGAO)

Véritable exemple d'intégration régionale ouest africaine, le Projet de Gazoduc Ouest Africain a été effectivement lancé en 1995 par les gouvernements du Bénin, du Ghana, du Nigeria et du Togo. Le PGAO utilise quelques 18 milliards de m3 de gaz naturel du Nigeria qui sont actuellement brûlés en torchère. Il constitue l'outil complémentaire de la stratégie régionale de développement des ressources hydroélectriques de l'EEEOA. Le gazoduc, long de 678 km, d'un coût estimé de 617 millions de $US va pouvoir alimenter des centrales thermiques au Bénin, au Ghana et au Togo. Il permettra également de disposer d'une capacité de 3 000 MW au bout de 20 ans.

Le PGAO a effectué ses premières livraisons de gaz naturel au Ghana en décembre 2008. Au cours des 10 dernières années, le Ghana s'est battu pour satisfaire la demande en matière d'énergie électrique fiable et accessible, dont le taux de croissance annuelle se situe autour de 8%. Le Bénin et le Togo tiraient déjà une partie de leur consommation en énergie électrique du Ghana, qui disposait de capacités excédentaires grâce au barrage d'Akosombo érigé sur la Volta. L'Autorité du Fleuve Volta (VRA), qui produit la quasi-totalité de l'énergie électrique du Ghana, et en fournit à quelques pays voisins dans la sous-région, sera responsable du transport d'environ 90% du gaz initialement importé du Nigeria, tandis que les compagnies électriques au Bénin et au Togo auront une part de capital de 5% chacune.

Le Projet Gazoduc Afrique de l'Ouest est très important dans l'effort d'accélérer l'intégration économique en Afrique de l'Ouest. Il constitue une grande avancée dans l'harmonisation des cadres institutionnel, juridique et réglementaire régionaux.

3.2.3. Des Projets de Réseau Electrique de l'OMVS (Projets de 2ème Génération)

Le fleuve Sénégal et ses affluents comportent, dans la partie de leurs cours située dans le Haut-Bassin, un certain nombre de chutes, rapides et bassins d'accumulation. À cet égard, il a été identifié près d'une dizaine de sites de barrages présentant un potentiel hydroélectrique évalué à plus de 4 000 GWh/an. Avec des objectifs multiples - irrigation, production d'électricité -, l'OMVS (Organisation de Mise en Valeur du Fleuve Sénégal) est un exemple de coopération régionale et regroupe trois pays : le Mali, la Mauritanie et le Sénégal.

Le volet énergie comprend :

· la construction au pied du barrage de Manantali d'une centrale hydroélectrique d'un productible de 800 GWh / an, garantie 9 ans sur 10. Elle est effectivement fonctionnelle depuis 2001 et se caractérise par 5 groupes de 40 MW chacun, donc une puissance installée de 200 MW. Cette production est rendue possible grâce à une retenue pouvant stocker environ 11milliards de m3. Le barrage de Manantali constitue le premier maillon de ce complexe de production hydroélectrique ;

· le transport de l'énergie vers les principaux centres urbains des États membres est assuré par un réseau de transport "Haute Tension" d'environ 1300 km de long ;

· à l'heure actuelle, outre les efforts faits en direction des autres volets de son programme, l'OMVS s'attelle à promouvoir l'électrification rurale. Dans le même ordre d'idées et pour faire face à une demande sans cesse croissante, des efforts non négligeables sont faits en vue de développer les projets de barrages dits de « seconde génération » au niveau des sites de petit Gouina et du Félou pour mieux valoriser Manantali, à travers les Projets Hydroélectriques de 60 MW OMVS-SOGEM (Société de Gestion de l'Energie de Manantali) dans le cadre des « Réseau Electrique de l'OMVS » (Projets de 2ème Génération).

S'agissant de la fourniture d'énergie électrique, elle se fait conformément à la clé de répartition sectorielle actuellement en vigueur, soit : 52% pour le Mali, 15% pour la Mauritanie et 33% pour le Sénégal. Au 31 mars 2003, la Centrale de Manantali a produit 642 GWh. La fourniture de l'Energie de Manantali aux trois États membres de l'Organisation a permis d'améliorer de façon sensible la qualité des réseaux nationaux d'électricité respectifs, en même temps qu'elle engendre des économies substantielles pour les États membres par rapport à la production d'énergie d'origine thermique.

3.2.4. D'autres exemples d'initiatives régionales

À un niveau opérationnel, et au-delà de l'EEEOA ou du PGAO qui se focalisent respectivement sur les échanges électriques ou de gaz naturel, d'autres projets régionaux qui touchent des domaines précis et qui n'ont pas fait l'objet de la même approche concertée sont en cours. Ce sont notamment :

· le Programme Régional de Promotion des Énergies Domestiques et Alternatives au Sahel (PREDAS). Il est mis en oeuvre par le CILSS (Comité permanent Inter-États de Lutte contre la Sécheresse) et les États sahéliens avec l'appui de l'Union Européenne (5.4 Millions d'Euros) et de la Coopération Allemande. Le PREDAS vise à aider les États membres à concevoir, adopter et mettre en oeuvre leur Stratégie Energie Domestique ;

· le projet Plates-Formes Multifonctionnelles (PTF) pour la mise à disposition de force motrice en zones rurales. Il a été initié au Mali en 1996 avec l'appui du PNUD et de l'ONUDI, et a depuis été étendu au Sénégal, au Burkina Faso, au Ghana, au Niger et à la Guinée. Ce projet vise à réduire la pauvreté en général, et celle des femmes rurales en particulier, en créant des opportunités génératrices de revenus à travers l'approvisionnement en services énergétiques abordables.

Tous ces projets et programmes rompent définitivement avec les analyses traditionnelles de la croissance. En effet, ces dernières reposaient sur une conception exogène de la croissance dont le rythme dépend des évolutions de la population et de la technologie. Cette considération classique était illustrée à travers le modèle de Solow à la fin des années 50. Les post-keynésiennes (Harrod et Domar) vont chercher à proposer les possibilités d'une croissance équilibrée en prolongeant l'analyse de Keynes.

Les théories de la croissance endogène vont donner à l'État un rôle particulier dans le processus de croissance. Ses tenants vont montrer que l'État peut stimuler la croissance en incitant les agents à investir dans la recherche et développement en encourageant l'innovation. Dans cette perspective, la croissance fut remise dans un contexte plus vaste et on assiste, depuis les années soixante dix, à un regain d'intérêt dans la recherche pour déterminer le rôle spécifique de l'énergie dans la croissance.

* 13 UEMOA-CEDEAO, Livre Blanc pour une Politique Régionale sur l'accès au Services Energétiques, janvier 2006.

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