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Le trafic des enfants au bénin: analyse des conditions socio-juridiques et du cadre administratif

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par El-Oumar ABOUBAKAR
Université de Parakou - Maà®trise es sciences juridiques 2009
  

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B/ Réinsertion: Procédure.

Elle consiste non seulement à réintégrer l'enfant dans une famille d'accueil mais à identifier avec lui un projet qui aboutira à son insertion dans la société. Ce projet peut être un retour à la vie scolaire qui devra être couronnée par un diplôme ou une mise en apprentissage qui devra aboutir à l'obtention de diplôme et à l'installation d'un atelier. La réinsertion est donc un processus qui inclut la réintégration de l'enfant. C'est plus exactement l'action de réintroduire l'enfant dans un milieu afin de lui permettre un épanouissement dans la société ; de ne pas être un étranger dans son propre environnement et de ne pas se sentir marginalisé. Dès lors, les Etats s'engagent à favoriser cette réinsertion.

83 TERRE DES HOMMES : Les petites mains des carrières de pierre, Cotonou, 1998, p. 28.

C'est dans cette optique que l'article 39 de la Convention relative aux droits des enfants stipule que « les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour faciliter la réadaptation physique et psychologique et la réinsertion sociale de tout enfant victime de toute forme de négligence, d'exploitation ou de sévices, de torture ou de toute autre forme de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ou de conflits armés. Cette réadaptation et cette réinsertion se déroulent dans des conditions qui favorisent la santé, le respect de soi et la dignité de l'enfant ». 84

Il faut par ailleurs noter qu'il existe plusieurs types de réinsertion à savoir : la réinsertion familiale, la réinsertion scolaire et la réinsertion socioprofessionnelle.

En d'autres termes, la réinsertion permet à l'enfant de retrouver sa valeur dans la société, de se réconcilier avec son milieu d'origine et de s'intégrer. L'objectif de la réinsertion est donc le rétablissement des liens familiaux de l'enfant, de sa dignité en vue de son épanouissement et pour lui assurer un avenir meilleur. Ceci nous amène à nous intéresser au processus même de la réinsertion.

La réinsertion d'un enfant se déroule au minimum à deux niveaux : au niveau de l'enfant et au niveau des acteurs du milieu où il sera réinséré. Pour qu'il y ait une bonne réinsertion, l'intervenant social doit d'abord identifier la situation de crise qui pourrait exister entre l'enfant et son milieu de départ et dans la mesure du possible la désamorcer.

Ensuite, il doit identifier le milieu de réinsertion de l'enfant, ses caractéristiques économiques, ses possibilités à termes etc. et surtout chercher à savoir si la situation de crise ayant amené l'enfant à se retrouver dans un centre d'accueil ne pourrait pas se reproduire. Replacer un enfant dans une famille alors que les problèmes économiques et sociaux qui ont amené les parents à « vendre » ou à « placer » cet enfant n'ont pas disparu peut poser problèmes. L'intervenant social doit également prendre contact avec les acteurs de la réinsertion, la famille naturelle ou d'accueil, l'école ou l'atelier, la BPM, les ONG et voir avec chacun d'eux quel rôle ils pourraient jouer dans le bon déroulement de la réinsertion.

84 Article 39 de la Convention relative aux droits des enfants

Il doit enfin oeuvrer à concilier les voeux de l'enfant avec ceux de sa famille et de son milieu de réinsertion. Il doit tout faire pour que le jour de la réinsertion formelle, aucun problème ne se pose, qu'au contraire l'enfant se sente soutenu et encouragé dans sa démarche. C'est donc à l'intervenant social d'évaluer toutes les chances de réussite de la réinsertion. Celle-ci doit s'accompagner d'une sensibilisation du milieu d'accueil afin que l'enfant ne soit pas constamment stigmatisé.

Qu'en est-il de l'expérience béninoise en matière de réinsertion ?

Au Bénin, le processus de réinsertion se fait entre les centres d'accueil et les enfants. En effet, lorsque les centres reçoivent les enfants de la BPM, ils les hébergent, les nourrissent et travaillent à leur redonner confiance. L'enfant est dès cet instant confié à un animateur du centre qui essaie d'en savoir un peu plus sur lui. Mais il faut dire que chaque centre a ses méthodes et ses principes.

Par exemple, à « Terre des hommes » qui est une structure qui s'occupe de la réinsertion et de la protection des enfants victimes de trafic et de maltraitance, les enfants sont reçus entre 0 et 14 ans. Dans ce centre, il y a une différence entre une réintégration et une réinsertion. Pour les agents, la réintégration consiste à remettre les enfants à leurs parents dans leur ancien milieu de vie sans aucun suivi. Or la réinsertion, quant à elle, consiste à suivre l'enfant après son retour dans sa famille d'origine ; c'est-à-dire qu'il y reçoit la visite régulière des animateurs qui l'aident à vite s'intégrer. Ce suivi s'étend sur un an. Après la période de suivi, l'enfant est supposé n'avoir plus de problème de réintégration et être à même de connaître ses droits. Dès cet instant, on parle de réinsertion. 85

Quant aux centres d'écoute et de formation de l'Archevêché de Cotonou, ils s'occupent de toutes les catégories d'enfants. Par exemple, le centre de formation d' « Omo loto » s'intéresse aux jeunes du quartier désirant apprendre un métier (ceux-ci ne sont donc pas des internes).

85 TERRE DES HOMMES : Les petites mains des carrières de pierre, Cotonou, 1998, p. 33.

Le centre d'écoute et d'orientation de Sainte Rita prend en charge surtout les enfants victimes de trafic et de maltraitance qui attendent d'être réinsérés dans leur famille ou d'être scolarisés.

C'est aussi le cas du centre ARMOIRITE d'Abomey-Calavi où les enfants sont hébergés en attendant soit de retrouver leurs parents, soit d'être scolarisés ou de trouver un centre d'apprentissage. C'est à la formation des jeunes garçons que s'attelle l'Atelier Saint-Joseph. Il leur donne une formation technique en menuiserie, radiographie, dépannage etc.

Ainsi, pour ces centres, il y a réinsertion dès lors qu'il y a remise aux parents. Il n'empêche que leurs agents aussi effectuent des visites périodiques dans le but de suivre l'évolution de l'enfant dans son milieu de réinsertion.

Il est à mentionner que pendant leur séjour dans les centres, les enfants sont bien soignés tandis que les animateurs s'évertuent à leur trouver le meilleur mode de réinsertion possible.

Grâce à ce processus de réinsertion et avec l'aide de l'UNICEF, de l'IPEC et de la Banque Mondiale, « Terre des Hommes » a réussi à réintégrer 100% des 80 enfants qu'elle a reçus en 2003 au bout de trois mois, et réinsérer 65% au bout d'un an. Leur objectif pour les années à venir est de pouvoir réduire d'au moins 90% le trafic des enfants dans les zones pourvoyeuses d'enfants au Bénin. 86

On voit donc que la réinsertion n'est pas une démarche aisée et qu'elle peut présenter des difficultés non négligeables.

La plus grande difficulté à laquelle l'on est confronté dans le processus de réinsertion est le manque de centre d'accueil suffisant.

En effet, lorsque les enfants sont rapatriés et qu'ils sont confiés à la BPM, il va faut bien les répartir dans les divers centres d'accueil. Or, ces centres sont presque inexistants, sinon que ceux qui existent sont en nombre insuffisant et souffrent bien souvent d'un manque d'infrastructures et de places pour accueillir un grand nombre d'enfants.

86 TERRE DES HOMMES : Les petites mains des carrières de pierre, Cotonou, 1998, p. 34.

De même, on peut citer comme autre difficulté le désengagement de l'Etat. Ce désengagement se traduit par le manque de vision et d'implication de l'Etat dans le processus de réinsertion. Ainsi, on constate qu'après la réinsertion des enfants, l'Etat ne les suit plus aux fins de voir dans quelles mesures améliorer leurs conditions de vie ou dans quelles mesures aider les centres d'accueil à mieux s'occuper d'eux.

De plus, l'inexistence de structures étatiques dans ce domaine explique la légèreté avec laquelle les enfants sont pris en charge. Cet état de choses est aggravé par l'absence d'une vision étatique prospective de la réinsertion dans la mesure où depuis le début du processus de rapatriement, aucune structure n'a été mise en place par l'Etat. De même, aucun projet n'est prévu à cette fin. Ceci révèle le manque d'engagement de l'Etat face aux problèmes sociaux et surtout face aux problèmes des enfants. Or, dans les conventions internationales y afférentes, il est fait obligation aux Etats qui s'engagent à cet effet pour d'assurer le bien-être et la protection des enfants. Ce manque d'engagement des Etats pourrait être traduit comme l'une des conséquences de l'inexistence de mesures coercitives et répressives dans les conventions et traités internationaux.

A toutes ces difficultés, s'ajoute celles liées au manque de coopération des parents des enfants victimes de trafic. En effet, il faut dire que lorsque les enfants sont placés dans les centres d'accueil, l'on estime que certains d'entre eux pourraient retrouver à terme leurs parents. Or, ce n'est pas le cas souvent car certains parents refusent de recevoir leurs enfants ou pis encore, font semblant de ne pas les reconnaître. Ceci peut s'expliquer par le fait que les parents vivent toujours la même pauvreté ambiante qui les a poussés à envoyer leurs enfants travailler à l'extérieur. Cet état de choses peut créer un trouble psychologique chez l'enfant et l'amener à préférer retourner dans le pays de provenance ou, dans les cas extrêmes, devenir un enfant de la rue ou s'adonner au banditisme.

Une se pose donc : comment convaincre un enfant qui a déjà le goût de l'aventure de rester dans son pays pour y construire son avenir ?

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"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent"   Victor Hugo