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Le contrôle de la société anonyme par les actionnaires

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par Jacques Derthal ALBAS
Université de Lomé - DEA 2007
  

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Paragraphe II : Les conséquences de l'absentéisme des actionnaires

Les conséquences de l'absentéisme des actionnaires aux assemblées sont de deux ordres. Il s'agit d'une part de l'effacement de l'assemblée d'actionnaires en tant qu'organe de contrôle (A) et, d'autre part, de la confiscation de ses pouvoirs par le conseil d'administration (B).

180 Hervé CHASSERY, « Les attributions du conseil de surveillance », RTDcom 1976, p. 451.

181 Ibid.

182 M. VIGREUX, « Les droits de l'actionnaire dans les sociétés anonymes, théorie et réalité », Paris, 1953 cité par Hervé CHASSERY, ibid., p. 451.

183 Paul LE CANNU, ibid., n° 782.

184 Georges RIPERT cité par Hervé CHASSERY, ibid., p. 451.

185 Yves GUYON, Droit des Affaires, Droit Commercial Général et Sociétés, Tome 1, 12eme éd., Economica, Paris, 2003, n° 289, p. 291.

186 André TUNC, ibid., p. 74.

A - L'effacement de l'assemblée d'actionnaires en tant qu'organe de contrôle

L'effacement de l'assemblée peut entraîner la confiscation de son pouvoir par le conseil d'administration. Cet effacement est l'une des conséquences majeures de l'absentéisme des actionnaires aux réunions et la résultante d'un transfert des pouvoirs de l'assemblée d'actionnaires aux mains des dirigeants. Cette assemblée ne joue plus son rôle traditionnel qui consiste à contrôler la gestion des affaires sociales. La plupart de ses prérogatives lui sont presque retirées. Cet état de fait inverse le modèle du pouvoir étant donné que ce sont les dirigeants qui prennent les décisions touchant la substance de la société. Ces propos sont renchéris par le professeur A. TUNC qui estime que « l'assemblée générale est aujourd'hui, dans la plupart des sociétés, et notamment dans toutes les grandes sociétés, l'organe le plus inefficace »187.

L'effacement de l'assemblée d'actionnaires en tant que véritable organe de contrôle a attiré l'attention de la jurisprudence. Il a été mis en lumière dans un arrêt de la cour d'appel de Paris rendu le 9 janvier 1942 dans l'affaire du Bon Marché188.

Les faits se résument de la façon suivante : le conseiller financier, publicitaire et commercial de cette entreprise et le président de son conseil d'administration ont pu, grâce à l'inertie prolongée des autres administrateurs et aux mandats qu'ils recevaient en blanc des actionnaires, jouir d'une entière maîtrise sur la marche et la vie de la société. En deux ans, alors que la société réalisait normalement un bénéfice de 40 millions, ils lui firent subir une perte de 168 millions ; après avoir obtenu 500 millions de l'épargne publique et mobilisé 430 millions de réserves, ils durent déposer son bilan. Sans décrire tous leurs agissements, on peut relever qu'ils achetèrent des meubles fabriqués par le conseiller financier pour un montant de 52 millions et les revendirent avec une perte de 27 millions, à laquelle s'ajoutent notamment les dépenses de publicité et le financement à concurrence de 34 millions, d'une société chargée d'écouler ces meubles ; qu'ils achetèrent des chaussures, fabriquées par une société ou le conseiller financier était directeur adjoint et le président du conseil, administrateur, et les revendirent avec une perte de 18 millions ; qu'ils donnèrent, à concurrence de 50 millions, la garantie du Bon Marché à une société qui, à partir d'une certaine date, fonctionna essentiellement au profit des fabriques de meubles et de chaussures dans lesquelles était intéressé le conseiller financier ; puis que, sans aucune autorisation, ils vendirent 50 millions du portefeuille du Bon Marché pour honorer leur signature ; qu'enfin, sans que le conseil d'administration ne soit au courant de ces manoeuvres, ils installèrent dans les locaux du Bon Marché une société à responsabilité limitée formée entre l'ami du conseiller financier et une société dont il était président directeur général, et y engagèrent plus de 200 millions pour les résultats toujours déficitaires. En rémunération de cette activité, ils se firent remettre du Bon Marché, l'un 22 millions et l'autre 17 millions, cette rémunération étant calculée sur le chiffre d'affaires.

Plusieurs enseignements sont à tirer de cet arrêt. En l'espèce, deux hommes ont ignoré la loi. Autrement dit, ils ont agi sans que leurs collègues du conseil d'administration, les commissaires aux comptes et surtout les actionnaires ne se soient rendus compte de la gestion catastrophique des affaires sociales. Par conséquent, cet arrêt confirme l'effacement de l'assemblée d'actionnaires comme organe de contrôle de l'activité sociale. Cette situation entraîne ainsi la confiscation de ses pouvoirs par la direction.

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"Il y a des temps ou l'on doit dispenser son mépris qu'avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux"   Chateaubriand