WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Stimulants matériels, catégories marchandes et transition au socialisme à  Cuba: 1959-2009

( Télécharger le fichier original )
par Jérôme Leleu
Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine UP3 - Etudes latino américaines, spécialité économie 2010
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

D/ Rectification des erreurs et des tendances négatives et désintégration de l'URSS

En 1986, Fidel Castro annonça le déclenchement d?un processus nommé « rectification des erreurs et tendances négatives » visant à répondre aux erreurs et aux disfonctionnements survenus depuis la mise en place du SDPE. Par certains aspects ce processus ressemble à celui de l?offensive révolutionnaire, méme s?il a des racines différentes que nous allons analyser ici. Ce processus de rectification eu des répercussions sur le système de stimulants matériels. Mais il n?eut que peu le temps de se mettre en place.

En 1989, le mur de Berlin tombe, et sonne le glas des économies planifiées d?Europe de l?Est et de l?URSS. Avec la fin des échanges au sein du CAEM, Cuba devient isolé et s?enfonce dans une crise économique profonde. Nous reviendrons sur les conséquences macroéconomiques et sociales de celle-ci.

1) La rectification des erreurs et tendances négatives, un nouveau retournement au niveau de la stimulation matériel et de l'utilisation de la loi de la valeur

a) Les causes de ce retournement

C?est lors d?un discours en 1986 lors du IIIème congrès du Parti Communiste Cubain et au commencement du troisième plan quinquennal que Fidel Castro annonça la mise en place du processus de « rectification des erreurs et des tendances négatives ». La raison fondamentale de ce retournement, invoquée par celui-ci, est l?utilisation trop systématique de stimulants économiques matériels pour les travailleurs basée sur le profit pour les unités économiques, qui dégrade la conscience socialiste, favorise les comportements égoïstes et individualistes, corrompt les travailleurs et les directeurs et dilue la ferveur révolutionnaire. La pensée de Guevara est remise en haut de l?affiche, celui-ci serait éhonté s?il verrait comment Cuba avait évolué au niveau de l?utilisation des stimulants matériels.

« Le Che s'opposait radicalement à utiliser et développer les lois et catégories marchandes capitalistes au cours de la transition du socialisme. A un moment donné, quelques unes des idées du Che furent interprétées et appliquées incorrectement. Certainement, il ne se réalisa aucun essai sérieux de les mettre en pratique et nous passâmes dans une période dans laquelle des idées complètement opposées à la pensées économique du Che commencèrent à se faire dominante (...) Beaucoup des idées du Che sont absolument d'actualité aujourd'hui. »108

108 F. Castro, « discurso en la ceremonia del 20 aniversario de la muerte del Che Guevara » Granma revista Semanal, 18 de octubre 1987, pp. 4-5. In C. Mesa Lago, « el proceso de rectificación en Cuba: causas políticas y efectos económicos », revista de estudios políticos, Madrid, N°74, octobre-décembre 1991, pp. 497-530.

Mais il n?y avait pas de réelle volonté de supprimer les stimulants matériels mais tout au moins de limiter leur application car leur nécessité paraissait tout de même évidente. Fidel Castro citait les salaires excessifs en comparaison avec le travail réellement effectué, les normes de travail trop facile à remplir, ainsi que les primes pour dépassement du plan et les « premios » très simple à obtenir. Ceci peut être résumé par les paroles de Fidel Castro lors du discours de clôture de la session différée du troisième congrès du parti, le 2 décembre 1986 :

«Nous ne devons pas renoncer à l'idée de rentabilité de l'entreprise ni à lJidée de calcul économique? Je ne suis contre aucun de ses mécanismes ou catégories, toujours, entendons nous bien, que c'est le travail politique, le travail révolutionnaire, le sentiment des responsabilité des cadres (...)qui peuvent rendre possible l'efficience (...) Nous devons être (~]XPJ4es, I[IJest dans la sphère de la production matérielle que nous devons utiliser ces mécanismes économiques, mais comme moyens auxiliaires, comme instruments auxiliaires du travail politique et révolutionnaire ».

On retrouve donc un discours, qui sans négligé un réel calcul économique, privilégie le travail politique, idéologique envers la population. Le but est de trouver une sortie intermédiaire entre les erreurs «idéalistes» de la période 1966-1970 et les «matérialistes» du SDPE. Mais nous ne pouvons pas seulement nous concentrer sur un discours pour expliquer ce phénomène.

Car outre ces facteurs purement idéologiques, d?autres causes de nature économiques et politiques peuvent nous faire comprendre ce changement de cap. D?une part, 1985 marque le début en Union Soviétique de la Glasnost et de la Perestroïka, qui visent à des réformes libérales tant au niveau politique qu?économique et qui conduiront à la chute du régime soviétique. Au Viêt-Nam également, des réformes laissant plus de place au marché commencèrent à se mettre en place. Dans les autres économies planifiées d?Europe de l?Est, des réformes du même genre s?appliquèrent progressivement. Cuba, dans ce courant, alla à contre sens et affirma (dans le discours) son engagement dans la construction du socialisme.

D?autre part, et ceci est un facteur économique déterminant pour expliquer le processus de rectification des erreurs, Cuba avait depuis les années 1980 des problèmes au niveau du paiement de sa dette externe, et dû suspendre son paiement en 1985. Suite à cela, il fût interdit à Cuba d?emprunter sur les marchés internationaux. Or, ces emprunts en devises permettaient à Cuba de financer une grande partie de ses importations de biens d?équipements et de consommation surtout qui étaient moins fournis au sein du CAEM. Il aurait pu se produire le méme phénomène qu?avant l?offensive révolutionnaire. Si l?on continuait de donner des stimulants matériels, et qu?une pénurie de biens de consommation commençait à se produire, il y aurait eu une augmentation des liquidités dans les mains de la population ce qui aurait augmenté le marché noir et les tendances inflationnistes sur celui-ci. Déjà, dès 1984, le déficit commercial augmenta à 155 % et les réserves internationales à disposition diminuèrent de 21%109.

b) Les implications réelles du processus de rectification

Mais quelles ont été les conséquences de ce processus. Cela entraîna le retour à la centralisation et donc la fin du SDPE, l?élimination progressive des stimulants matériels. Ceux-ci sont de nouveau condamnés, ils auraient été trop largement utilisés et auraient renforcé les comportements égoïstes, individualistes.

A ce moment là, seront également supprimés les marchés libres paysans qui avaient été autorisés au début des années 1980. Les paysans privés se devaient de vendre leurs excédents à l?Etat (Acopio). La raison est due à l?enrichissement excessif de certains paysans privés et de leurs intermédiaires. Les revenus annuels pouvaient atteindre parfois 50 000 pesos. Pourtant, avant le processus de rectification, certains économistes cubains vantaient les mérites des fermes privées et des marchés libres car ils alimentaient l?augmentation de la production, ainsi qu?une meilleure stabilité, variété et qualité des produits et par là une meilleure satisfaction des consommateurs en raison du faible rendement des fermes d?Etat. Mais le danger était dans la formation d?une nouvelle classe bourgeoise ou petite bourgeoise.

109MESA LAGO, Carmelo, « el proceso de rectificación en Cuba », Op.cit.

Le processus de rectification des erreurs et tendances négatives va aussi accélérer le mouvement des conversions des fermes privées en coopératives commencé au cours des années 1970. Nous assistâmes à partir de 1986, à l?élimination de la construction privée de logement qui avait été revigorée au début des années 1980, là aussi afin de stopper l?enrichissement de quelques individus. Dans le but de suppléer à cette interdiction - le logement étant un problème récurrent depuis le début de la révolution - les micros brigades basées sur le travail volontaire furent revitalisées, ce qui permit de surcroît de lutter partiellement contre le suremploi.

Dès 1986, 28 mesures furent approuvées. Celles ci s?appliquèrent au début de 1987110 dont celles évoquées précédemment. Celles-ci concernaient par exemple, une augmentation des prix afin de réduire la consommation, de limiter les importations et d?économiser des ressources pour l?exportation. Les années 1986-1990 furent caractérisées par un ralentissement économique important. Le Produit Social Global (PSG) n?augmenta que de 0,4% tandis que la productivité baissa de 2,6%. L?absentéisme au travail reconnu une forte augmentation. Ce ralentissement économique ne vint pas des politiques du processus de rectification selon Mesa-Lago, il serait du à la sécheresse, à la pluie, à la dépréciation du dollar, à la baisse du prix du sucre, du pétrole, ainsi qu?à la carence d?aide extérieur en monnaie convertible.

Les mesures du processus de rectification, tiennent donc aux changements d?ordre externes et internes. D?une part, Cuba commença à être progressivement isolé, ne pouvant plus emprunter sur les marchés internationaux, et les termes de l?échange avec l?URSS et les pays d?Europe de l?Est se détériorant. D?autre part, la constitution d?une classe aisée et de profiteurs au sein même du pays, fruit de la politique appliquée depuis le SDPE aurait pu aller à l?encontre de la construction du socialisme et du pouvoir des dirigeants. Les mesures visèrent donc à restreindre la part des activités marchandes et le recours aux stimulants matériels, et renforcèrent la centralisation des décisions. Mais aucun projet clair n?aboutit, et les évènements de 1989-1991 dans le camp « socialiste » en Europe, allèrent plonger Cuba dans une crise économique sans précédent depuis la révolution.

110 Idem.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots"   Martin Luther King