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La culture, opportunité politique, économique, touristique et sociale au profit des villes ? exemple de la ville de Nancy et ses grands rendez-vous

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par Mathilde Jannot
Université de la Sorbonne nouvelle- Paris III - Master 1 2010
  

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B. Légitimer l'action publique

Pour parfaire sa renommée, les missions successives - répondant à des procédures d'appels d'offres - ne travaillent pas seules pour programmer l'événement. Elles travaillent avec les institutions précédemment nommées pour trouver des financements et accroître l'ampleur de l'événement. Mais la légitimation ne se fait pas uniquement à travers l'apport numéraire d'institutions et d'entreprises partenaires. Un soutien intellectuel et un support communicationnel sont nécessaires pour soutenir l'événement et en assurer la qualité.

1. « Ne pas jouer cavalier seul »

a) De la nécessaire mise en place d'une gouvernance89

En 1999 et 2005, une mission et ses chefs de mission90oeuvrent avec des collaborateurs de la ville de Nancy et de la Communauté Urbaine notamment le service des marchés publics de la ville de Nancy et le service des marchés financiers. Pour 2012, le dispositif est différent, il est lié aux budgets restreints, M. Maigret, au sein de la Communauté Urbaine du Grand Nancy est chef de la mission Renaissance qui a pour

89 On entend la signification de gouvernance au sens où l'entend Anne Gombault dans l'article « Ouvrons la boite noire de la gouvernance des organisations culturelles » dans Espaces, n°268, mars 2009, pp.14-15, c'est-à-dire comme : « l'ensemble des structures et des processus utilisés par le conseil d'administration d'une organisation pour la conduire dans le but d'exercer sa responsabilité ».

90 « Comité Mission Nancy 2005 » sous la direction de Nadine Descendre.

objectif de mettre sur pied le grand événement. L'opération sera cette fois-ci réalisée en interne. Pour une bonne configuration de l'événement, il est essentiel que les acteurs de la gestion politique s'entendent sur le rôle qu'ils ont à jouer afin d'assurer le qualité de la manifestation. Il s'agit d'avoir un conseil d'administration cohérent, qui respecte la loi par sa mission de service public, administré par des personnes ayant des compétences complémentaires. Selon Johanne Turbide, professeur à HEC-Montréal :

le« casting idéal » pour une bonne gouvernance et le fonctionnement optimal d'un organisme culturel est composé : « d'individus qui adherent à la mission et qui en comprennent le processus de création, d'individus plus près de la gestion interne, qui peuvent aider les gestionnaires à mieux surveiller les enjeux financiers et administratifs, d'individus qui peuvent « ouvrir des portes » à l'organisation c'est à dire des gens qui possèdent un réseau de contacts utile aux aspirations de l'entité ».91

En ce sens, le maire, président de la CUGN est l'un des initiateurs du processus de création puisqu'en 1999, le projet émane de sa personne pour marquer le passage à l'an 2000 et en 2005, le projet était porté non seulement par la ville de Nancy mais également par la Communauté Urbaine pour piétonniser la ville. Les élus à la culture tant de la ville que de la Communauté Urbaine adhèrent également au projet, puisqu'ils sont directement concernés par les institutions dont ils ont la charge qui détiennent le contrôle scientifique de l'événement. M. Maigret et sa collaboratrice Mme Liotet s'occupent de la gestion interne. Les élus aux finances de la CUGN sont gestionnaires du projet au sein d'un comité économique. De même, un comité « sciences et techniques », chargé des projets qui se développeront dans le prolongement de l'année événementielle, et un comité « patrimoine et projets urbains », chargé de la mise en oeuvre des opérations de restauration, viennent les soutenir dans leurs actions. En outre, chacun des élus de la Communauté Urbaine peut posséder un réseau de contacts, utiles à l'événement et peut se sentir intéressé par l'événement dans la mesure où il concerne la discipline dont il a la charge. L'élu à l'économie a par exemple cru bon de rappeler pour 2012 que la Renaissance marque la présence d'italiens en Lorraine, voit naître la banque et c'est également la période de la découverte des Etats-Unis. D'où peut être l'utilité de mentionner au sein d'une exposition ou d'un atelier ces moments historiques. En outre, le maire de Nancy, André Rossinot et son adjoint à la Culture, Laurent Hénart comptent parmi ces personnes qui « ouvrent des portes » en faisant bénéficier de leurs réseaux dans la mesure où l'un est ancien ministre,

91 Cf. J.Turbide, « L'enjeu de la gouvernance : prévenir plutôt que guérir », Espaces, n°268, mars 2009, p.26.

l'autre est député. Par ce biais, en 2005, Nancy a pu attirer l'émission « Des racines et des ailes » pour une émission spéciale à l'occasion des 250 ans de la place Stanislas.

L'avantage de cette gouvernance est que la dimension en est intercommunale. Ce qui évite de développer des offres concurrentes ou s'ignorant les unes les autres. On regroupe ainsi les forces de chacun. De fait, afin d'éviter les doublons, Nancy cherche à s'allier avec Metz pour l'événement de 2012.92 Cela correspond également à une perspective plus globale de regroupement régional pour faire le poids à l'échelle mondiale.93

b) Réseaux et partenariats

Par ailleurs, les élus locaux sont assistés d'un comité scientifique. Certains des élus y sont d'ailleurs intégrés. C'est le cas en 2005 d'André Rossinot, maire de la ville ; Michel Dinet Président du Conseil général de Meurthe et Moselle ; Roger Gauthrot, Vice-président de la CUGN; Jean-Pierre Masseret, Président du Conseil régional de Lorraine, Sophie Mayeux, adjointe au maire de Nancy et Philippe Nachbar, sénateur de Meurthe et Moselle. Celui-ci est composé aux deux tiers de scientifiques parmi lesquels historiens, historiens de l'art, historiens de l'architecture, universitaires, spécialistes de la période considérée dans des domaines réservés, de sociologues, philosophes s'associent à des personnalités à la tête d'institutions qui à terme deviendront des partenaires de l'événement parce qu'elles ont des compétences spécifiques. La Bibliothèque Nationale de France, le Musée national de la Renaissance à Ecouen, le Centre d'études supérieures sur la Renaissance de Tours s'associent déjà à l'événement de 2012. Le prestige de ces établissements permet ainsi d'appuyer la notoriété de l'événement. La présence de spécialistes permet, malgré les querelles de chaire, d'avoir des « gardiens du temple » pour faire valoir une cohérence intellectuelle et pour fournir également des idées d'actions. En

92 En se rapprochant par exemple de Jean-Marie Pelt, président de l'Institut européen d'écologie à Metz, présent dans le Conseil scientifique.

93 La loi en réflexion sur les collectivités territoriales tentera à priori de redessiner la carte du territoire français, en diminuant le pouvoir des départements et en favorisant les pôles métropolitains majeurs. Il s'agira manifestement du « sillon lorrain » pour l'axe Thionville-Metz-Nancy-Epinal. Les compétences seront amenées à être révisées. Il semblerait qu'une logique de mutualisation des moyens sur un même domaine soit de rigueur. Les villes auront tout intérêt à travailler ensemble sur des sujets communs.

2005, le Musée Lorrain pour l'exposition « Stanislas, roi de Pologne » avait fait l'objet d'un partenariat prestigieux avec le château royal de Varsovie. Le Musée des Beaux Arts avait travaillé en collaboration avec la Fondation de France et le Consortium de Dijon et fera l'objet d'un partenariat avec le Musée des Offices de Florence pour 2012. La présidence du comité scientifique permet aussi d'ouvrir son carnet d'adresse. Ainsi, en 1999, François Loyer dirigeait le comité scientifique, suivi de Pierre Rosenberg en 2005 et de Claudie Haigneré qui assure sa présidence jusqu'en 2012. François Loyer et Pierre Rosenberg ont été commissaires d'exposition respectivement pour Peinture et Art nouveau, « Fleurs et ornements, « Ma racine est au fond des bois » 94 et « De l'esprit des villes : Nancy et l'Europe urbaine au siècle des Lumières, 1720-1770 ».95 Les instances organisatrices sont d'ailleurs bien conscientes de l'importance de ces partenariats, on peut ainsi lire dans le catalogue du bilan de « Nancy 2005, le temps des Lumières » que : « Nancy, le Grand Nancy et leurs partenaires peuvent s'appuyer sur le réseau ainsi constitué pour le montage de projets à venir ».96 Le renom de certaines personnes telles Laure Adler, Jean-Pierre Changeux, Bertrand-Pierre Galey , Bernard Latarjet ou la référence des institutions qu'ils représentent - respectivement France Culture, le Collège de France, le Muséum National d'Histoire Naturelle, La Villette - et qui sont des modèles suffit parfois à faire événement. Le prestige des institutions partenaires et la réputation des commissaires d'exposition peuvent donc anéantir les désapprobations puisque la qualité du contenu est assurée.97 Le fait de travailler régulièrement avec des institutions nationales, tout au moins, des institutions de référence permet de valoriser l'image de la ville, d'assurer un contact récurrent avec des établissements phares et de s'assurer une visibilité à minima nationale. Aussi, on peut supposer que si l'orfèvrerie de Pouilly récemment découverte98, a été qualifiée de trésor national99, elle l'a peut être été plus facilement dans la mesure où les institutions muséales nancéiennes ont déjà eu de nombreux contacts avec le Ministère de la Culture et de la Communication et plus particulièrement la Direction des Musées de France. Contacts relativement intenses lors des grands rendez-vous notamment

94 Par ordre : au Musée des Beaux Arts de Nancy et au Musée de l'Ecole de Nancy du 24 avril au 26 juillet 1999

95 Musée des Beaux Arts de Nancy du 7 mai au 22 août 2005.

96 Cf. « Nancy 2005, le temps des Lumières », le bilan, p.10.

97 Cf. l'article de L.Wolf, « La vérité des grandes expositions. Critique et soumission à l'autorité », Etudes, 2003/2, tome 398, pp.223-231.

98 Et qui sera exposée en 2012 au Musée Lorrain. Cf. Annexe n°1.

99 Pour plus d'informations sur le trésor national, voir Livre I, titre I, Chapitre Ier du Code du patrimoine

en 2005, où trois des expositions organisées au titre de « Nancy 2005, le temps des Lumières " avaient été reconnues « d'intérêt national ".

En outre, des partenaires extérieurs s'invitent aussi pour les événements. M. Gérard Coing,100 travaillant au service « valorisation du patrimoine » pour l'architecture et les monuments historiques à la DRAC-Lorraine avait réalisé en 1999 une visite virtuelle de la maison Bergeret101 sur le site Internet de la DRAC. Pour la Renaissance, il est actuellement en train de préparer une carte interactive des objets statuaires classés monuments historiques d'ores et déjà présents sur la base Palissy de l'Inventaire Général du Patrimoine.102 L'Inventaire Général du Patrimoine travaillait sur le patrimoine Art Nouveau lors de « 1999, l'année de l'école de Nancy " et sur le patrimoine XVIIIe en 2005, ce dont témoigne la contribution de Mireille-Bénédicte Bouvet, conservateur régional à la DRAC, dans les catalogues d'exposition.

Par ailleurs, pour ces événements, les contributions universitaires sont généreuses. Dans les catalogues d'expositions notamment mais aussi pour le montage des expositions. Les conservateurs font aussi valoir leurs réseaux : d'autres conservateurs peuvent intervenir dans la réalisation d'une exposition, comme le remarquait Mme Francine Roze, conservateur en chef du Musée Lorrain : « La préparation d'une exposition (...) fait partie intégrante du métier du conservateur. C'est généralement de lui que relève le commissariat et tout le travail scientifique d'une telle manifestation. Mais il peut s'associer avec un ou des collègues, ou encore avec d'autres personnes aux compétences reconnues dans le domaine concerné. "103 Rien n'empêche de faire appel, avant de contacter des personnes extérieures, aux scientifiques présents sur place, des lors qu'ils sont spécialistes de la période concernée. Ainsi, Louis Chatellier, professeur en Histoire des mondes moderne et contemporain à Nancy II, avait été intégré au conseil scientifique de « Nancy 2005, le temps des Lumières », en 2012, Philippe Martin, professeur d'histoire moderne à Nancy II fera partie du conseil scientifique. De même les sociétés d'amis se montrent parfois plus

100 Conversation téléphonique du 30/03/2010.

101 Construite en 1903 par Lucien Weissenburger, décorée par Gruber, Majorelle, Prouvé et Vallin, la maison d'Albert Bergeret, imprimeur de cartes postales est un témoignage notable de l'Art Nouveau à Nancy. Pour plus d'informations voir R. Bouvier ; F. Roussel, Maison Bergeret, Itinéraires du patrimoine n°1999, ADAGP, 2003 et site Internet : http://www.culture.gouv.fr/lorraine/Bergeret/pageshtm/index.html

102 http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/patrimoine/frames/index_mob.htm, la base Palissy recense le patrimoine mobilier religieux, domestique, scientifique et industriel de la France.

103 Mail du 26/06/2010.

qu'intéressées dans le montage d'un projet. En 2005, la société des amis du Musée des Beaux Arts avait mis le musée en réseau avec l'université de Philadelphie par exemple. Pour les années concernées, on trouve quelquefois des publications émanant de ces dernières, qui sont fort recevables. En outre, les conservateurs peuvent également contacter la presse spécialisée avec qui ils ont l'habitude de communiquer non seulement pour qu'elle puisse transmettre l'information, éventuellement mettre en vente un hors série ou faire paraître plusieurs articles, mais également pour que celle-ci devienne partenaires de l'opération. Du reste, puisque ces événements sont exceptionnels, ils sont censés être salutaires médiatiquement. 104

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