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Le politique et l'écriture a travers La vie et demie de Sony Labou Tansi sous la supervision de prof. Josias Semujanga


par Emmanuel NDUNGUTSE
Université Nationale du Rwanda - Licence en Langue et Litterature francaise 2001
  

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II.1.2.2 Martial

Dans La Vie et demie de Sony Labou Tansi, Martial est un personnage très remarquable dans la construction de l'intrigue. Au cours de cette analyse, nous n'allons pas beaucoup traîner sur lui parce que nous avons tant parlé de cet homme qui a marqué l'histoire de la Katalamanasie et qui a inauguré la lutte contre les pouvoirs oppressifs.

Ce qu'il faut dire dès l'abord, c'est qu'il n'est pas facile de caractériser ce personnage de Maribiana ABENDOTI dit Martial, car cet homme qui subit une quantité de morts successives et variées n'en est pas moins vivant et apparaît régulièrement au Guide providentiel comme à Chaïdana. C'est tantôt le « haut du corps » de Martial qui apparaît au Guide, tantôt une marque indélébile du « Noir de Martial » qui manifeste à Chaïdana la désapprobation de son père. Souvent cette désapprobation est muette. Ceci se remarque par des avertissements, des apparitions et des signes à l' « encre de Martial » et Chaïdana ne se débarrasse pas de ceci. Un autre élément, ce sont les gifles cinglantes, qui s'abattent sur elle. Enfin, c'est l'inceste qui équivaut à une mise à mort et consacre peut-être aussi à la rupture des liens de sang unissant Martial et Chaïdana :

« Le guide quitta la chambre tout nu, criant le nom de Martial sur tout son chemin [...] Il criait non de peur, mais de courroux et de presque folie. Il promettait d'ailleurs de revenir avec PM et son sabre aux reflets d'or. Martial entra dans une telle colère qu'il battit sa fille comme une bête et coucha avec elle, sans doute pour lui donner une gifle intérieure. A la fin de l'acte, Martial battit de nouveau sa fille qu'il laissa morte. Il cracha sur elle, avant de partir et tous les écrits disparurent de la chambre, restaient ceux que Chaïdana avait sur ses paumes » (V.D. : 69).

Martial continue donc à parler, même si comme nous l'avons dit, il est réduit en pâté et mangé par les membres de sa famille. Il vit toujours, il ne cesse pas de vivre et de tourmenter le guide et ses successeurs tout au long d'une histoire qui s'étale sur plusieurs générations. Sa présence est aussi visuelle que tactile et le mort garde toute sa vigueur.

Ces apparitions répétées de Martial nous font penser à sa réincarnation. Il apparaît plusieurs fois. Le guide tente de le tuer à l'aide de son fusil très puissant, mais en vain. Il refuse de mourir alors que physiquement il est trépassé. A ce propos, Sony Labou Tansi, dans une interview ne parle pas de réincarnation, mais plutôt d'accomplissement :

« L'homme doit remplir sa vie. Lumumba n'a pas rempli sa vie parce qu'on lui a imposé une mort dégradante [...] la mort liée à la bêtise, je ne l'accepte pas. Le progrès est dans la contradiction, Mandela [était] dans une prison parce qu'il n'[avait] pas les mêmes idées que Botha. C'est aussi une forme de mort [...] Il y a des gens qui sont morts à cause de leurs idées. Je pense que la peine de mort est une bassesse pour l'homme »38(*).

* 38 Bingo, n° 401, juin, 1986, cité par BIZIMUNGU, C., Op. cit., p. 29.

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