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Le politique et l'écriture a travers La vie et demie de Sony Labou Tansi sous la supervision de prof. Josias Semujanga


par Emmanuel NDUNGUTSE
Université Nationale du Rwanda - Licence en Langue et Litterature francaise 2001
  

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II.1.2.3 Chaïdana

Le personnage de Chaïdana apparaît beaucoup dans La Vie et demie. C'est la fille de Martial, la seule qui a pu résister aux persécutions, meurtres, tortures du Guide providentiel. Chaïdana est une très belle fille comme son portrait l'indique. Elle a « un corps parfaitement céleste [...] un sourire chef des filles de la région côtière, les hanches fournies et puissantes, délivrantes, le cul essentiel et envoûtant » (V.D. : 42). Chaïdana est « formellement belle, insinuante et délicieuse » (V.D. : 55). Elle est « la plus belle fille de la Katalamanasie » (V.D. : 52). La beauté de Chaïdana a fait couler beaucoup d'encres. Selon Drocella M. RWANIKA,

« Le corps de Chaïdana est un corps d'une extrême beauté qui s'impose en maître et qui fait perdre le contrôle à quiconque l'observe. Il met tous les sens en branle. Son corps évoque en réalité une surenchère [...] Le corps de Chaïdana est dispensé de tout défaut »39(*).

Fille de Martial, comme nous le savons jusqu'alors, Chaïdana entre en scène dans La Vie et demie sous le signe de la vengeance. Témoin et victime du régime sanguinaire du guide providentiel de la république de Katalamanasie, Chaïdana décide de venger toutes les morts arbitraires et une série de dignitaires succombent à sa beauté.

Tout au long du roman, Chaïdana va réaliser une oeuvre grandiose. Pour elle, tous les moyens sont bons. Elle recourt à l'inhumanité pour venger son père ainsi que les autres victimes. Le poison qu'elle distribue à plusieurs dignitaires d'une façon savamment préparée, est un indice de ténacité c'est-à-dire un indice qui nous montre qu'elle tient beaucoup à sa décision. La scène de torture à laquelle elle assiste à quinze ans où le guide providentiel massacre tous les membres de sa famille la rend méchante et elle prend la décision d'éliminer tous les grands de ce régime tyrannique.

Ainsi, dans son entreprise, Chaïdana ne rencontre pas de difficultés. Elle suit une voie linéaire et emploie la même tactique pour tuer toutes les personnalités du régime dictatorial. Elle paraît immorale car elle se prostitue pour atteindre son but. Son acte s'accompagne d'une coupe de champagne empoisonné. Le passage qui suit met en évidence une action de grande envergure.

« Au cours de la première année qui suit son coup avec monsieur le ministre des affaires intérieures chargé de la sécurité de Yourma, Chaïdana avait terminé sa distribution de mort au champagne à la grande majorité des membres les plus influents de la dictature katalamanasienne » (V.D. : 59).

Dans l'Inscription féminine, Drocella M. RWANIKA compare la vengeance de Chaïdana à celle des autres déjà connus dans la littérature :

« Ses actes reflètent plus la vengeance des personnes bibliques comme Athalie, Judith, Esther et Salomé ou des personnages historiques comme Cléopatre et Tomyris que le simple instrument du destin comme ce fut le cas pour Hélène, la grecque »40(*).

Selon le même auteur, Chaïdana ressemble à Awa, une héroïne de Le devoir de Violence de Yambo Ouologuem, mais une petite dissemblance se dégage :

« Quoiqu'elle garde beaucoup de personnage de Yombo Oulogwem, une légère différence quant au rôle à jouer dans la résistance, est notoire : alors que Awa est envoyée par le roi Saïf pour séduire puis empoisonner l'administrateur blanc, Chevalier, c'est-à-dire l'ennemi, Chaïdana s'engage elle-même dans ce combat. Elle cesse du coup d'être un simple instrument, un commissionnaire salarié, pour la réalisation d'un projet. Elle assume le rôle du sujet, car ayant pris conscience de la gravité de la situation, elle passe elle-même aux actes »41(*).

Dans La Vie et demie, Chaïdana change de noms deux cents quatre fois afin d'arriver à son objectif. Dans sa vieillesse, elle cesse de tuer et entreprend une autre forme de combat, beaucoup plus digne : écrire des poèmes subversifs. Au moyen d'écrits pamphlétaires, elle continue à secouer le régime dictatorial et à troubler les fausses consciences des tyrans de son pays.

A sa mort, Chaïdana, elle aussi, subit encore des coups du guide. L'extrait suivant illustre clairement sa fin désastreuse :

« la veille de son départ, le guide Henri-au-coeur-tendre, fit savoir dans un discours de circonstance, sa décision d'emmener Chaïdana - aux - gros cheveux, à Yourma et d'en faire son épouse, malgré l'avis de ses conseillers personnels qui objectaient que le nom de Chaïdana avait été porté par la démoniaque fille de Martial, sous le guide providentiel qui avait fait casser la tombe de cette infernale créature et, l'ayant déclarée sinistre ennemie du peuple au grade de commandatrice du déshonneur, avait fait jeter ses restes dans les rues les plus populeuses de Yourma pour que tout le monde marchât sur elle et qu'elle devînt littéralement, terre. On avait transformé l'endroit de sa tombe en lieu maudit et on y avait construit le monument aux traîtres, un gros crapaud de béton qu'essayait d'avaler un immense hibou qu'on avait déclaré couleur du démon » (V.D. : 123).

* 39 RWANIKA, M.D., Op. cit., p. 97.

* 40 Idem, p. 96.

* 41 Idem, p. 97.

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