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Le politique et l'écriture a travers La vie et demie de Sony Labou Tansi sous la supervision de prof. Josias Semujanga

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par Emmanuel NDUNGUTSE
Université Nationale du Rwanda - Licence en Langue et Litterature francaise 2001
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II.1.4 Du manichéisme narratif

A la lumière de l'étude des personnages que nous avons déjà faite et de l'intrigue générale déjà dégagée, un élément beaucoup plus pertinent que l'on trouve dans La Vie et demie, paraît être un certain manichéisme narratif. Ce procédé narratif consiste à poser dans cette oeuvre deux univers opposés sinon inconciliables.

Ainsi, comme le remarque Josias SEMUJANGA, dans son oeuvre Dynamique des genres dans le roman africain. Elément de poétique transculturelle, tous les personnages du roman s'inscrivent dans les programmes narratifs manichéens dont la confrontation débouche sur l'apocalypse de la République de Katalamanasie, République des dictateurs et de la République de Darmellia, fondé par les trente Jean de la série C. Ce dualisme narratif est caractérisé donc par les visions antagonistes telles qu'elles apparaissent dans les termes comme :

- dictature vs démocratie

- oppresseurs vs opprimés

- élite vs peuple

- peuple vs roi

- vie vs mort

Cependant, bien qu'il soit des programmes opposés ayant un même objet de quête qu'est le pouvoir politique, nous observons toujours différents personnages qui changent constamment de position dans le roman. Il est d'ailleurs difficile de savoir qui est le héros et qui est l'anti-héros dans cette fiction. Cet univers où les valeurs sont renversées donne un sentiment de l'absurde ; ceci revient à dire que cette stratégie narrative finit par faire croire à une absence de morale, c'est-à-dire que les valeurs deviennent ambivalentes, car le résultat total est une guerre infinie.

En effet, pour illustrer ce que nous venons de dire, ce schéma manichéen fonctionne parallèlement avec un autre qui fait des héros du roman, des héros ambivalents comme nous l'avons souligné, c'est-à-dire que les valeurs qu'ils défendent sont ambiguës. A titre d'exemple, Chaïdana qui est victime de la dictature du guide providentiel devient par ailleurs une débauchée qui se prostitue avec ses bourreaux, en plus d'avoir commis l'inceste avec son père Martial. Il est clair que Chaïdana est une héroïne démoniaque, car elle incarne les valeurs positives et négatives.

Cette technique narrative mettant en évidence la suspension de jugement moral que nous trouvons dans La Vie et demie de Sony Labou Tansi, Josias SEMUJANGA la partage avec ses contemporains car :

« Une telle ambivalence narrative qui disqualifie le héros et l'anti-héros fait réfléchir le lecteur sur le processus d'écriture romanesque, car, fragmenté, un tel schéma narratif se rencontre dans un grand nombre de romans modernes comme si cette suspension de jugement moral était la morale même du roman »47(*).

Ajoutons aussi que ce procédé de suspension de jugement moral dans le roman n'est pas un fait de hasard, car comme le souligne Milan Kundera :

« Suspendre le jugement moral n'est pas l'immoralité du roman, c'est sa morale. La morale qui s'oppose à l'indéracinable pratique humaine de juger tout de suite, sans cesse, et tout le monde, de juger avant de comprendre [...]. Non que le romancier conteste, dans l'absolu, la légitimité du jugement moral, mais il le renvoie au-delà du roman »48(*).

* 47 SEMUJANGA, J., Op. cit., p. 135.

* 48 KUNDERA, M., cité par SEMUJANGA, J., Op. cit., p. 135.

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