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Le politique et l'écriture a travers La vie et demie de Sony Labou Tansi sous la supervision de prof. Josias Semujanga


par Emmanuel NDUNGUTSE
Université Nationale du Rwanda - Licence en Langue et Litterature francaise 2001
  

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I.4.1.2 L'immoralité ou avatar moral

Dans La vie et demie, la cruauté des guides et le sexe sont des éléments importants et interdépendants. Les guides, après leurs actes ignobles, se divertissent en faisant des actes sexuels avec les plus belles filles de la Katalamanasie. Ces guides participent à la trivialité et à la sexualité. Ils sont des vrais assoiffés insatiables et se livrent aux réjouissances sexuelles. De là, tout le roman est rempli de scènes de sexualité des guides comme si c'était une préoccupation de leur pouvoir. Cette virilité sexuelle des guides est commentée par le narrateur en ces termes :

« [] et quand les reins du guide avaient posé leur problème, on remplaçait les peaux collantes directes par les êtres du sexe d'en face, les gardes assistaient alors aux vertigineuses élucubrations charnelles du Guide Providentiel exécutant sans cesse leur éternel va-et-vient en fond sonore aux clapotements fougueux des chairs dilatées » (V.D. : 20).

Cette façon du Guide Obramoussando Mbi d'offrir un tel spectacle à ses gardes fait que la pratique sexuelle se propage dans tout le pays. Les gardes et d'autres militaires qui sont chargés d'assurer la sécurité à l'intérieur en profitent pour engrosser les femmes et les filles en désordre et souvent par force. Cette pratique allait se généraliser dans tout le pays et donner lieu à la naissance de beaucoup de bâtards et d'enfants de pères inconnus.

La sexualité exagérée des guides va s'étendre à toutes les couches administratives à commencer par les ministres. Ainsi chaque bureau du ministre était aménagé de telle façon que le ministre avait une chambre à part où il s'entretenait à huis clos avec les filles. Par conséquent, chaque fille qui passait au bureau de tel ou tel ministre pour demander l'une ou l'autre information, devait impérativement être reçue par le ministre et le secrétariat était au courant de tout ça. Les filles en profitent pour trouver de l'emploi car l'acte sexuel est légitimé et c'est un amusement de tous les dirigeants, une des tâches importantes qui leur sont confiées.

Cependant, dans la Vie et demie, la puissance sexuelle du Guide Providentiel se dégrade un peu plus tard en voulant se marier avec Chaïdana. Le jour du mariage il attrape une impuissance sexuelle temporelle et préfère enfoncer sa tête dans les cuisses de Chaïdana ne fut-ce que pour goûter l'odeur qui s'en dégageait, qui, d'après lui était vitale. Ceci se fait après des longs préparatifs en buvant des boissons alcoolisées et en prenant des régimes spéciaux pour impressionner Chaïdana.

« Au troisième chant du coq, le Guide Providentiel déclara que les huit jours de noces qui allaient se lever seraient chômés et payés sur toute l'étendue de son pays [...] Il fit mettre tous les serviteurs du palais dans les vérandas et demanda qu'on fermât les portes de fenêtres [...] Dans sa chambre, le guide providentiel eut une écoeurante surprise. Il avait laissé tous ses habits devant la porte verte, il voulait impressionner son épouse par son corps broussailleux comme celui d'un vieux gorille et par son énorme machine de procréation taillée à la manière de celle des gens de son clan et boutonnant sous de vastes cicatrices artistiquement disposées en grappes géométriques. Il bandait tropicalement, mais sur le lit où il s'était tropicalement jeté, ses yeux encore embués de vapeur de champagne providentiel, ses premières caresses rencontrèrent non le corps formel de sa femme, mais simplement le haut du corps de Martial saignant noir et frais sur son linge de noces [...] Chaïdana attendait, mais dès que le Guide Providentiel la touchait, le haut du corps remplissait les yeux du Guide [...] Il en devenait impuissant sur le coup » (V.D. : 54-56).

Cette scène de l'impuissance du guide est radiodiffusée et télévisée.

Par ailleurs, dans tout le roman, la sexualité n'est pas seulement l'apanage des guides, elle frappe aussi les autres habitants du royaume de Katalamanasie en commençant par des opposants du pouvoir. Chaïdana en est un bel exemple. La chambre n° 38 de l'hôtel La vie et demie est bel et bien un terrain très fertile de prostitution. Chaïdana s'y installe pour venger son père et se prostitue aux dignitaires de la Katalamanasie c'est-à-dire les ministres, les militaires et les autres hauts fonctionnaires du pays. Tous ceux-ci sont morts pour avoir couché avec Chaïdana.

Profitant de sa beauté, Chaïdana cherche d'abord à séduire les ministres et à leur rendre visite dans leurs bureaux. Elle profite de l'occasion pour présenter son invitation qui est reçue positivement.

Dans la chambre n° 38 de l'hôtel « La vie et demie », Chaïdana offre à ses visiteurs du « Champagne Chaïdana » après l'acte sexuel. Ces dignitaires meurent par après et personne ne découvre qu'il s'agit du vin empoisonné.

« En deux ans, Chaïdana avait servi du champagne à trente hauts personnages de la tragédie Katalamanasienne. On commença à parler d'une épidémie, mais puisque l'épidémie, si épidémie il y avait ne frappait que les membres de la dictature katalamanasienne, on conclut à l'étranger que cela ne pouvait être qu'une des méthodes tropicales par lesquelles les Guides Providentiels avait remplacé les élections souvent trop coûteuses en république communautariste de Katalamanasie, méthodes moins tempérées, mais finalement plus rapide pour changer les membres de son gouvernement » (V.D. : 61-62).

Ainsi, l'acte sexuel accompli par Chaïdana n'est point un fruit semé dans le désert, car sa fille Chaïdana-aux-gros-cheveux va perpétuer le métier de sa mère. Dans son existence, elle se fixe pour ambition de conquérir Yourma. Ses armes sont son sexe et sa beauté extraordinaire. Le premier bénéficiaire de son entreprise est le chef de l'Etat de Katalamanasie qui devient son époux. Un peu plus tard, elle mettra au monde un fils qui deviendra président de la république.

Dans La vie et demie de Sony Labou Tansi, la sexualité ou tout simplement l'immoralité gagne un terrain vaste et devient une affaire de tout le monde, même des prêtres. Ces derniers, eux aussi, s'accouplent avec les femmes et savent souvent leur plaire ; Chaïdana-aux-gros-cheveux en est un exemple typique.

« Cette nuit-là, elle rentrait d'une longue promenade et la fatigue roulait ses muscles. Elle avait ouvert la fenêtre après le bruit et fut surprise de voir Monsieur l'Abbé [...] Merveilleuse nuit, elle reçut d'adorables décharges de chaleurs dans les reins - six fois, elle avait crié le ho-hi-hi-ho final avant de commencer une véritable rafale de ho-hou-la-hé-, Monsieur l'abbé était un mal incomparable [...] Sir Amanazavon était un zéro sexuel tout rond. Elle l'avait gardé au lit tout le lendemain et ne l'avait lâché que le soir vers l'heure de dîner » (V.D. : 117-118).

En lisant attentivement le roman, nous remarquons que l'immoralité sexuelle est poussée à l'extrême jusqu'à ce qu'on puisse penser à une bestialité notoire. Les hommes s'accouplent avec les femmes avec une puissance rare chez les humains. Dans La vie et demie, Jean-coeur-de-pierre a une capacité comparable à celle des animaux. Celui-ci est capable de féconder toutes les femmes du pays. La preuve en est qu'il réussit à satisfaire cinquante jeunes vierges recrutées dans tout le pays. La scène est télévisée et radiodiffusée pour montrer sa capacité sexuelle :

« L'amusement et le plaisir étaient le propre même de l'être de Jean - coeur - de - pierre [...] Pour s'amuser Jean - coeur - de pierre instaura la nuit de l'opinion, celle 24 décembre où les tracts pouvait se jeter à volonté [...]. A cette époque, Jean - coeur - de - pierre prétendit que son père lui était apparu et lui avait donné des instructions sur sa progéniture. On avait préparé cinquante lits dans l'une des trois milles chambres du palais de Miroirs [...] C'était dans la chambre rouge, la seule du palais des Miroirs qui ne fut pas bleue [...] On fit entrer cinquante vierges choisies parmi les plus belles du pays. Fraîchement baignées, massées, parfumées [...] On déshabilla les vierges, on les coucha sur le lit dont le numéro 1 correspondait à celui écrit sur le ventre juste au-dessus du nombril. Le guide portait numéro 1, les vierges étaient numérotées de 2 à 51. Jean - coeur - de - pierre [...] accomplit son premier tour de lit en trois heures vingt-six minutes et douze secondes » (V.D. : 146-148).

Le côté bestial se trouvant dans La vie et demie se manifeste aussi par le viol, consommé par trois cent soixante-trois jeunes miliciens, avec Chaïdana. Ces miliciens la laissent évanouie :

« Après le pont du chemin de fer, Chaïdana s'était dirigée vers le fleuve, avec la ferme résolution de gagner sa deuxième manche contre le sang-cataracte de son ignoble père [...] Le soir, comme elle n'avait pas bougé de là, un groupe de quinze miliciens était venu se soulager sur elle. Elle en tomba évanouie. Au premier chant du coq un autre groupe de miliciens arriva qui la laissa pour morte et au petit matin vint une dernière équipe plus fougueuse parce que le temps pressait. Elle resta inanimée pendant trois nuits et pendant trois nuits elle encaissa treize cascades de miliciens, soit un équivalent en hommes de trois cent-soixante-trois » (V.D. : 71-72).

Disons en guise de conclusion que l'immoralité se trouvant dans la Vie et demie nous renseigne sur les comportements des dirigeants de nouveaux Etats africains après l'indépendance. Sony Labou Tansi décrit un homme qui perd son caractère humain et qui se lance dans la bassesse pour satisfaire ses instincts. Il nous met devant une société où le sexe est une première occupation et cela occasionne plusieurs méfaits. Dans cette société, les dirigeants ou les dictateurs, pour mieux dire, usent de la violence pour exterminer leurs opposants et par après se lancent dans la sexualité dans un but récréatif. De ce fait, l'organe administratif est paralysé et la corruption s'y installe de toutes ses forces.

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