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Le politique et l'écriture a travers La vie et demie de Sony Labou Tansi sous la supervision de prof. Josias Semujanga


par Emmanuel NDUNGUTSE
Université Nationale du Rwanda - Licence en Langue et Litterature francaise 2001
  

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III.1.2.3 L'animalisation humaine

Il faut d'abord signaler que nous empruntons ce terme d'« animalisation humaine » à Cécile LEBON dans son article que nous avons déjà cité. Selon cet auteur, dans La Vie et demie de Sony Labou Tansi :

« La dénonciation de la corruption et de la tyrannie passe paradoxalement par une déformation de la réalité. Niant toute forme mimétique, [Sony Labou Tansi] préfère la démesure, l'accentuation des ruptures et l'aggravation des contrastes. Sa représentation des figures étatiques déforme les personnalités, réelles, joue sur les lubies et les défauts de certains modèles. Elle casse [...] le personnage pour le descendre de son piédestal, le détrôner et en faire un bouffon. Ce bouffon peut adopter les caractéristiques d'un animal »77(*).

Dans tout le roman, l'homme est décrit comme un animal. Les exemples viennent aisément. Le Guide providentiel subit ce processus d'animalisation avec « son corps broussailleux comme celui d'un vieux gorille » (V.D. : 54). Il est décrit comme une bête primaire, instinctive, essentiellement dominée par ses pulsions : il mange, s'accouple, se soulage comme une bête. Il est cannibale, carnivore, monstrueux comme un animal :

« Le guide rugissait comme deux lions. La fourchette brillait dans la main gauche, elle passerait bientôt dans la main droite, quand la sentence serait prononcée. Bien que déjà hors de vie, le docteur reconnaissait la fourchette excellentielle pour avoir maintes fois assisté aux exécutions entre deux bouchées de viande vendus aux quatre saisons » (V.D. : 41).

Rappelons alors, comme nous l'avons déjà dit, que ce processus d'animalisation humaine, ce procédé selon lequel une personne est prise comme un animal, n'est pas arbitraire. Ceci revient pour montrer les caractères inhumains des figures du pouvoir, ou tout simplement les ridiculiser ou les rabaisser. Cette stratégie littéraire dont Sony Labou Tansi use avec aisance, est renforcée souvent par les figures de styles qui sont parsemées ici et là dans La Vie et demie.

* 77 LEBON, C., Op. cit., p. 103.

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