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Le politique et l'écriture a travers La vie et demie de Sony Labou Tansi sous la supervision de prof. Josias Semujanga

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par Emmanuel NDUNGUTSE
Université Nationale du Rwanda - Licence en Langue et Litterature francaise 2001
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III.2 La dynamique des genres dans La vie et demie

L'on sait jusque là que La Vie et demie de Sony Labou Tansi est un roman. Et le roman, comme l'affirme le critique, « n'est pas un genre fixe ni une essence, mais un genre caractérisé par le mélange d'autres genres artistiques et littéraires. C'est un genre impur dès sa naissance »99(*). Ceci veut dire que le roman n'a pas de règles. A ce sujet, donnons le feu vert à Françoise-Van Rossum Guyou qui déclare que : « le roman n'a pas de règles. Tout lui est permis. Aucun art poétique ne le mentionne, ni ne dicte des lois »100(*).

En plus de ces considérations intéressantes et enrichissantes des critiques, l'on se souvient que La Vie et demie est un roman negro-africain. Et les romanciers negro-africains s'inspirent beaucoup de la tradition orale. C'est ainsi qu'ils intègrent dans leurs romans, les matériaux caractéristiques de la littérature orale. Cette littérature, l'on sait bien, ne sépare pas les genres. Ce mélange de genres se trouvant actuellement dans la littérature écrite semble être très abondant dans la littérature negro-africaine, car selon les affirmations de Jean Mayer : « la séparation des genres est le dogme d'une certaine littérature. Epopée, réalisme, confessions lyriques, satires se mêlent souvent dans le roman negro-africain, car les tendances correspondantes existent ensemble dans l'âme africaine »101(*).

Sony Labou Tansi, dans La Vie et demie ne manque pas alors à ce rendez-vous et use de ce mélange de genres, entre autres le fantastique, le conte et les chroniques.

III.2.1 Le fantastique

Selon Todorov, le fantastique se définit comme « un genre romanesque caractérisé par une manière de raconter centrée sur une hésitation [...] entre une explication des faits et une convocation du surnaturel »102(*).

Ainsi, tout au long de La Vie et demie, beaucoup de personnages apparaissent comme des êtres surnaturels. A titre d'exemple, Martial, Layisho apparaissent comme des êtres surnaturels voire immortels qui changent continuellement d'identité. La grossesse de Chaïdana a duré dix-huit mois et seize jours et durant sa vie, elle a eu deux cents quatre noms dont le dernier fut Chanka. Quant à Layisho, il fut incarcéré pendant quatre-vingt-huit ans par les guides providentiels avant de mourir à l'age de cent trente trois ans et neuf jours. Après sa mort, il fit décider de ne l'enterrer que lorsque commencerait la putréfaction de son corps. Celle-ci ne « vint qu'un an et douze jours » et son corps « resta frais comme celui d'un homme qui sort de bain » (V.D. : 81).

Aussi faut-il dire que le retour des morts qui prennent la parole dans le roman, fait partie de ce fantastique. Ainsi, Martial revient pour régler ses comptes avec sa fille Chaïdana et avec le guide providentiel qui l'a exécuté. Le feu Dashimo « revenait chercher sa femme et ses poulets » (V.D. : 113), tandis que le feu Dalanzo « criait et tout le village entendait qu'il avait soif et qu'il faisait horriblement noir de l'autre côté » (V.D. : 113). Aussi beaucoup d'autres personnages victimes des guides entrent dans la mort de Martial pour conjurer leur mort physique. Ainsi,

« le jour où l'Université de Yourma protesta contre les « politisations inconditionnelles des diplômes », le guide Henri-au-coeur-tendre donna l'ordre de tirer, les trois milles quatre-vingt-douze morts entrèrent tous dans la mort de Martial, puisque le soir du 20 décembre, on les vit marcher dans les rues brandissant les drapeaux de sang, avec leurs blessures qui saignaient toujours » (V.D. : 86).

A cela, le narrateur ajoute que « nombreux étaient maintenant ceux qui voulaient mourir de la mort de Martial pour avoir l'occasion de repasser dans la vie après la mort. Beaucoup enviaient les étudiants » (V.D. : 86-87).

* 99 SEMUJANGA, Op. cit., p. 9.

* 100 VAN ROSSUM-GUYOU, F., Critique du roman, Paris, Gallimard, 1970, p. 11.

* 101 MAYER, J., cité par KABEJA, T., Op. cit., p. 35.

* 102 TODOROV, T., cité par SEMUJANGA, J., Op. cit., p. 136.

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