WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le politique et l'écriture a travers La vie et demie de Sony Labou Tansi sous la supervision de prof. Josias Semujanga

( Télécharger le fichier original )
par Emmanuel NDUNGUTSE
Université Nationale du Rwanda - Licence en Langue et Litterature francaise 2001
   Télécharger le fichier original

précédent sommaire suivant

I.4.1.5 La fantaisie

Dans La Vie et demie de Sony Labou Tansi, la fantaisie est un point très remarquable pour un lecteur clairvoyant. A travers tout le roman, le lecteur est mis devant les faits qui sont des soi-disant chefs-d'oeuvre des guides mais qui ne font que rendre impossible la gestion des finances publiques. L'exemple très éloquent qui s'offre à nos yeux est quand le guide transforme le palais excellentiel pour lui donner l'aspect du dehors.

« Chaïdana ne sortait plus selon les recommandations du cartomancien Kassar Pueblo. Elle mangeait et faisait ses besoins dans le lit excellentiel qui avait reçu des amendements appropriés. Pour ne pas couper Chaïdana de l'extérieur et de la nature, la chambre elle-même avait été transformée en mini-dehors, avec trois jardins, deux ruisseaux, de papillons, de boas, de salamandres, de mouches, avec deux marigots artificiels, un pas très loin du lit et un entre deux ruisseaux où des crabes de toutes les dimensions nageaient ; les gendarmes jacassaient aux douze palmiers mais Chaïdana aimait surtout la mare aux crocodiles, ainsi que le petit parc aux tortures, là où les pierres avaient des allures humaines » (V.D. : 21).

Par fantaisie, les guides gaspillent à coeur-joie les fonds publics. Ils créent des portefeuilles inutiles et élèvent des monuments en or pour ceux qui, d'après eux, sont tombés sur le champ d'honneur. Ils construisent dans leur village des capitales inconcevables comme la capitale minière, la capitale du ballon rond, la capitale de la bière. Aux fêtes inscrites au calendrier du pays, ils ajoutent d'autres, de leur propre invention, pour augmenter les jours de réjouissance et par là de repos. C'est ainsi qu'ils instaurent la fête du dernier mariage du guide, la fête du spermatozoïde, la fête du boeuf, la journée des cheveux de Chaïdana, celle des lèvres, celle des ventres et bien d'autres. Il y a donc autant d'occasions bien fantaisistes pour les guides afin d'organiser des cérémonies aux frais de l'Etat.

Dans La Vie et demie, autant d'amusements qui s'y trouvent témoignent du caractère fantaisiste des guides. Le guide Jean-coeur-de-pierre change le nom du pays : Katalamanasie devient Kawangatara, qui à son tour deviendra Bampotsuara. La capitale de la Katalamanasie Yourma devient, elle aussi, Félix-ville. Ce même guide déclare que le bleu est la couleur nationale. Tout objet est peint en bleu : les vêtements, les voitures, les machines. On arrive même à planter des fleurs bleues.

Cette façon de faire est fantaisiste de même que la nuit de l'opinion qu'avait instauré Jean - coeur - de pierre, c'est-à-dire le 24 décembre. Pendant cette nuit, le peuple s'amuse uniquement en jetant les tracts dans la rue et en disant tout ce qu'il pense sans crainte d'être arrêté. Pour le guide, cette nuit d'opinion est un jeu qui lui procure une certaine satisfaction. La radio nationale couvre de louanges les guides, qui, en réalité, n'ont aucune qualité.

Cependant, la fantaisie des guides de Katalamanasie va même pousser ceux-ci à une exagération incontrôlée, comparée à une certaine idiotie. A titre d'exemple le guide Félix-le Tropical veut fonctionner avec le coeur et les reins d'une autre personne : « Vous ne comprendrez pas le sang d'autrui. Mais toi, si tu continue, je prendrai ta viande pour fonctionner avec. On me mettra ton coeur, on me mettra tes poumons et tes reins, on me mettra ton sang » (V.D. : 163).

Le Guide veut que son ordre soit exécuté le plus vite possible et cette façon de faire a un caractère fantaisiste pure et simple. Dans cette optique, le guide Jean-Oscar-Coeur-de-père, le mari de Chaïdana et père du Guide Jean-coeur-de-pierre, fait voter une constitution comprenant uniquement deux articles. Le deuxième est rédigé dans une langue incompréhensible : « Bronaniniata mésé batouété taou-taou ».

A cause de cette vantardise des guides, de leur cynisme notoire, de la mauvaise gestion des biens publics, de la trahison des guides et de leur fantaisie, le peuple souffre lourdement. Il ne profite pas du tout des richesses dont dispose le pays. Contrairement aux attentes, le peuple est déçu.

précédent sommaire suivant