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Le politique et l'écriture a travers La vie et demie de Sony Labou Tansi sous la supervision de prof. Josias Semujanga

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par Emmanuel NDUNGUTSE
Université Nationale du Rwanda - Licence en Langue et Litterature francaise 2001
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I.4.1.6 La trahison des guides et la déception du peuple

L'on sait très bien que le peuple qui a tant lutté pour l'indépendance nationale espérait une nouvelle vie et des conditions d'existence meilleures que celles auxquelles il est soumis. Ce peuple est déçu par l'indépendance, car les nouveaux maîtres africains qui ont accédé au pouvoir ne se soucient pas de lui et semblent prêts quand il s'agit de servir l'étranger ; ils sont « occupés à se hisser pour chier à la face de leurs frères »23(*). Devant cette situation, Sony Labou Tansi se sent responsable et décide de la dénoncer à travers La Vie et demie. Cette décision, car il la partage avec les autres romanciers noirs des années 1960.

« Les romanciers africains [...] qui ont abordé la problématique des indépendances du continent noir après 1960, ont exprimé surtout beaucoup d'amertume. En dégageant la signification de ces indépendances et en observant des réalités sur le terrain [...], rien n'a changé ou même la situation socio-politique est pire qu'avant la colonisation »24(*).

Ainsi, dans La Vie et demie, le peuple de Katalamanasie est frappé par une misère provoquée par l'équipe gouvernementale des guides et leurs proches collaborateurs qui accaparent toutes les richesses et prélèvent de lourds impôts sur un peuple qui ne dispose que d'un revenu très réduit. Le peuple est tellement déconsidéré qu'il n'a même pas accès à certains lieux.

« On ouvrit le Manguistra et ses trois succursales, dont la propreté des produits était attestée par des ordinateurs placés aux entrées. A la barrière des prix des feues quatre saisons, on avait ajouté un texte - loi barrant, et cette inscription aux entrées : « ce magasin n'est ouvert qu'aux membres du gouvernement, aux élus du peuple et aux hauts cadres de l'armée et de la police suivant l'ordonnance-loi n° 183077/MJITGP du 24 août 19.. ». L'année était souvent biffée par les gens de martial qui ne voulaient pas que l'année de la mort du prophète Mouzediba correspondît à une aussi sale entreprise » (V.D. : 66).

Devant cette situation, le peuple vit dans une misère et une passivité poussées à l'extrême parce que tout ce qu'il fait sert à engraisser le guide et les autres dirigeants. Chaque souverain qui parvient au pouvoir n'améliore pas le sort du paysan, au contraire, il l'exploite beaucoup plus que celui qu'il a remplacé. En plus de cela, les gens qui sont mis au service du peuple sont incapables et se rendent ridicules par leur inadaptation aux métiers qu'ils exercent. L'exemple le plus frappant et qui soulève le problème des commentaires est celui du cousin de Sir Amanazavou qu'on avait envoyé à l'hôpital avec le titre de docteur et qui plaçait le fémur au cou et l'omoplate au ventre. Aussi ne faut-il pas passer sous silence ces infirmières - concubines des hautes personnalités katalamanasiennes qui donnaient de la Nivaquine pour soigner les plaies. Et c'est ça la compétence des cadres chargés de s'occuper du progrès et du bonheur du peuple.

En outre, les impôts qui sont prélevés sur le peuple se payent deux fois l'année et sont de plusieurs natures. Ceux qui ne parviennent pas à payer tous les impôts sont emprisonnés. Une fois versés, les impôts ne contribuent pas au développement global du pays, mais ils servent à augmenter le budget national qui est entre les mains du guide ou d'autres élus du peuple.

« Ils venaient, ceux de Yourma, pour ramasser les impôts, deux fois par an. Ils demandaient l'impôt du corps, l'impôt de la terre, l'impôt des enfants, l'impôt de fidélité au guide, l'impôt pour l'effort de la relance économique, l'impôt des voyages, l'impôt de patriotisme, la taxe de militant, la taxe pour la lutte contre l'ignorance, la taxe de conservation des sols, la taxe de chasse... ceux qui n'avaient pas assez d'argent empruntaient chez les voisins » (V.D. : 122).

Aussi le peuple est-il gouverné selon une constitution qui se limite à deux articles seulement. Cette institution est votée par force par crainte d'être emprisonné. Ces deux articles sont ainsi formulés :

« Article premier : le pouvoir appartient au guide, le guide appartient au peuple. Le deuxième article était rédigé dans une langue que personne ne comprit jamais. On disait que c'était la langue des fous.

Article deux : brananiat a mésé boutoeété taou-taou, moro metani bamanasar barani meta yelo yeloma mikata. Le bruit disait que yelomanikata signifiait « souverain à vie ». N'empêche que le référendum constitutionnel donna les résultats plébiscitaires de 100% » (V.D. : 128).

A côté de cette constitution qui ne donne aucune parole au peuple, les dirigeants se dotent d'un respect incomparable. Le Guide Providentiel Jean-coeur-de-pierre est présenté par la presse nationale comme un dieu rédempteur du peuple, père de la paix et du progrès, fondateur de la liberté. Par contre, il se montre comme un dirigeant qui ne sait pas dominer sa colère et qui, maintes fois, prend des décisions insensées, comme celle-là qui ordonne que tous les citoyens doivent être marqués aux initiales de son nom de règne JCP sur leur front. Abréviation que les gens de Martial traduisaient « Judas connu du peuple » ou « jouet connu du pouvoir ».

Enfin, devant cette situation critique à laquelle le peuple est réduit à une résignation où il n'espère aucune transformation ou amélioration de son sort mais plutôt accablé par toutes sortes d'acrobaties des autorités pour jouer avec les richesses du pays, nous sommes d'accord avec David NDACHI TAGNE qui dit que :

« Les indépendances qui avaient été sous-tendus par promesses n'ont-elles pas simplement débouchés sur une autre ère de dictature, d'exploitation, de misère et de déception ? Les arrestations et les emprisonnements, les séances des travaux forcés et de torture [...] font partie du paysage quotidien »25(*).

Cependant, dans La Vie et demie, malgré la puissance et l'oppression totale des guides, ces derniers se heurtent à une opposition refusant totalement et carrément leur pouvoir. Cette opposition est menée par Martial qui continue à hanter l'esprit des dirigeants en place.

* 23 ARMAH, Ayi, Kweyi, cité par GATETE, A., Op. cit., p. 90.

* 24 NDACHI TAGNE, D., Roman et réalités camerounaises, l'Harmattan, Paris, 1986, p. 43.

* 25 Idem, p 241.

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