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Le politique et l'écriture a travers La vie et demie de Sony Labou Tansi sous la supervision de prof. Josias Semujanga


par Emmanuel NDUNGUTSE
Université Nationale du Rwanda - Licence en Langue et Litterature francaise 2001
  

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I.4.2.2 Chaïdana

Dans La Vie et demie, Chaïdana paraît comme une envoyée céleste pour continuer la lutte de son père, car elle est la seule à avoir résisté aux tortures du guide et échappé ainsi à la mort. Elle utilise tous les artifices de son corps et de son intelligence pour poursuivre la lutte. Elle finit par acheter les consciences des dignitaires du régime, les tuant même les uns après les autres. « Chaïdana se montre courageuse [...] et survit aux persécutions du « Guide Providentiel », elle assassine alors l'un après l'autre presque tous les membres du gouvernement »27(*).

En effet, Chaïdana doit donc donner la mort à plusieurs autorités tant civiles que militaires de la Katalamanasie qui avaient un faible pour le sexe féminin. Elle a une tactique qui est propre à elle seule, celle de travailler seule sans s'allier à personne d'autre. Par sa beauté de fée, Chaïdana séduit les dignitaires du régime et invite tour à tour ministres et généraux dans son logement situé dans la chambre n° 38 de l'hôtel « La Vie et demie ». Grâce à son sexe, elle parvient à priver la Katalamanasie de ses plus grands ministres et de ses illustres généraux de façon qu'on crût à une épidémie qui frappait le pays.

« A ce moment, Monsieur le ministre arriva. Chaïdana le reçut. Ils firent l'amour au champagne. Mais c'était du champagne Chaïdana car, quelques semaines plus tard, monsieur le ministre des affaires intérieures, chargé de la sécurité, était frappé de paralysie générale et devait mourir trois ans après son dernier acte d'amour au champagne [...] Chaïdana avait terminé sa distribution de mort au champagne à la grande majorité des membres les plus influents de la dictature Katalamanasienne, si bien qu'à l'époque de la mort du Ministre de l'intérieur, chargé de la sécurité, il y eut des obsèques nationales pour trente-six des cinquante ministres et secrétaires à la République que comptait la Katalamanasienne » (V.D. : 49).

C'est donc à un véritable holocauste des membres de la dictature Katalamanasienne que nous assistons à travers tout le roman ; mais son objectif n'était pas encore atteint tant qu'elle n'avait pas encore tué le Guide lui-même. De ce fait, les pays étrangers commençaient alors à parler d'une épidémie étrange qui ne frappait que les membres du gouvernement, mais avaient vite conclu que c'était une des méthodes « tropicales » du guide de remanier ses gouvernements.

Ainsi, ce qu'il faut dire si l'on considère l'envergure du combat que mène Chaïdana et le danger auquel elle s'expose, c'est que l'on doit admirer la détermination avec laquelle Chaïdana assume ses responsabilités : venger sa famille. C'est pour cela qu'elle ne résiste pas à l'appel du sang.

Symbole des gens courageux, Chaïdana représente l'axe de résistance contre les forces d'oppression. Pour se protéger contre la répression des régimes sanguinaires, elle exploite, nous l'avons dit, son sexe comme une arme principale avec laquelle elle prend son pays assiégé par les dictateurs.

Ce moyen de lutte qu'est la prostitution se justifie par le fait qu'elle lui permet de se débarrasser des ennemis du peuple sans courir un grand danger. Mais parce qu'elle va à l'encontre de la dignité humaine, cette stratégie de combat perd son côté honorifique. Homme d'une grande dignité, Martial ne cesse de demander à Chaïdana d'arrêter de « déconner ». Devant son entêtement, il lui donne « la gifle intérieure », c'est-à-dire qu'il la viole.

Cet inceste provoque un sentiment de grande désolation chez Chaïdana qui tente de se donner la mort. Abandonnée à son désespoir, elle devient la proie de nombreux miliciens qui la violent à leur tour. Plus tard, Chaïdana deviendra une mère et mourra sans avoir atteint complètement son objectif.

Dès la mort de Chaïdana, sa fille Chaïdana aux-gros-cheveux, reprend le bâton et continue l'oeuvre de sa mère jusqu'à jurer de prendre la ville avec son sexe. Chaïdana, dans cette lutte contre le pouvoir injuste et inégalitaire, bénéficie non seulement d'une aide de sa fille, mais aussi d'une importante aide de la part des jeunes pistoletographes.

* 27 VIBERT, Marie-Noëlle, « Sony Labou Tansi : Entre morts et vivants », in Notre Librairie, n° 125, p. 110.

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