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Apéritif et sociabilité. Etude de la consommation ritualisée et traditionnelle de l'alcool

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par Anaàs Gayot
Université d'Aix-en-Provence - Master 1 d'anthropologie sociale et culturelle 2007
  

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B - L'apéritif, un révélateur d'identité culturelle et socioprofessionnelle

Comme n'importe quelle pratique favorisant le regroupement, l'apéritif encourage les réunions entre pairs et les revendications culturelles souvent exprimées par une boisson emblématique.

a- La confrontation de deux cultures du boire

Un petit détour dans l'histoire s'impose, pour rendre compte des premiers jugements moraux portés sur les pratiques culturelles hétérogènes. Les manières de boire et les particularités contextuelles du boire en constituent un excellent exemple. Deux manières de boire complètement différentes se sont côtoyées en Europe. Celles des civilisations Gréco-romaines et celles des Celtes. Également, sont nées deux formes de vénérations symbolisées par le fruit de la fermentation : le raisin et le vin pour les Romains, la pomme et le cidre pour les Celtes. Chacun, nous informe Stewart Lee Allen, en vouant un culte à sa boisson totem, renforçait l'identité du groupe au travers cette boisson149(*). La boisson est un marqueur d'identité, fonctionnant sur les représentations symboliques communautaires. Dans le but de diaboliser les païens, explique Robert Tinlot, l'Église catholique romaine aurait fait de la pomme le fruit défendu alors qu'il s'agissait "sans doute du raisin"150(*).

Il est évident que devant le choc culturel des civilisations, la normalité chez certains, n'était que bizarrerie pour d'autres. Face à des modes d'absorption qui diffèrent, la pratique commune (ici celle de consommer une boisson fermentée) est reconsidérée. Elle apparaît étrange pour les observateurs détenant leurs propres codes, leurs propres modes de représentation, imprégnés de valeur. Il est naturel d'étiqueter d'emblée la coutume nouvelle rencontrée, explique l'anthropologue Maryon Mac Donald151(*). Quand les Romains ou les Grecs observent les habitudes ritualisées du boire des Gaulois, enrichit Gilbert Garrier, ils dénoncent leur comportement de "soiffard". Les Gaulois buvaient de manière épisodique, rapidement et en grande quantité. Ils s'enivraient volontairement et surtout buvaient du vin pur. Ces manières de boire sont condamnées par les Romains qui les considéraient, de ce fait, comme des "barbares". "Boire en barbare, ce n'est pas boire beaucoup ni souvent, c'est boire le vin pur, en solitaire ou dans une convivialité orgiaque bien éloignée du strict rituel des symposia et des banquets"152(*). Estimés comme des buveurs "civilisés", les Romains et les Grecs buvaient modérément et surtout coupaient leur vin avec de l'eau, ce qui, pour eux, était un critère de civilisation.

Cette culture de la consommation sophistiquée de l'alcool se retrouve plus tard au XVIIIe siècle comme je l'ai décrit précédemment. Pareillement, le constat de la rencontre de deux cultures de la boisson suscitait de vives critiques d'ordre moral. Celle de la Bretagne rurale ("un monde de consommation d'alcool épisodique, célébratoire, et quantitatif"), et celle des voyageurs "instruits" côtoyant le " monde de convivialité de salon"153(*). Cette confrontation continue finalement aujourd'hui encore, quand Guy Caro en 1990 organise le colloque à Rennes, et multiplie les études concernant le boire excessif en Bretagne.

* 149 _ LEE ALLEN, Stewart. 2004. Jardins et cuisines du Diable : Le plaisir des nourritures sacrilèges. Paris : Autrement.

* 150 _ TINLOT, Robert. 1990. Op. Cit., p.42.

* 151 _ MAC DONALD, Maryon. 1990. « Pour comprendre la culture du boire en Bretagne ». In G. Caro (dir.) : De l'alcoolisme au Bien Boire, tome 1. Paris : l'Harmattan.

* 152 _ GARRIER, Gilbert. 1998. Op. Cit., p. 17.

* 153 _ MAC DONALD, Maryon. 1990. Op. Cit., p. 218.

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