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Apéritif et sociabilité. Etude de la consommation ritualisée et traditionnelle de l'alcool

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par Anaàs Gayot
Université d'Aix-en-Provence - Master 1 d'anthropologie sociale et culturelle 2007
  

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b- Appartenir à un groupe

Cette dissonance dans les manières de boire ne s'explique pas seulement par des conflits culturels. Elle se perçoit également dans les différences sociales. L'alcool favorisant l'état sectaire d'un groupe. D'après l'enquête menée dans le cafés par Annie-Hélène Dufour, l'heure de l'apéritif, du midi comme du soir, correspond au retour du travail. La fréquentation des bars, à ce moment de la journée devient alors un véritable lieu de passage et par conséquent un moment de pause mêlé de sociabilité. Patrick Le Guirriec nous en fait une description lors de son étude à Scrignac. La fréquentation des cafés, dans ce bourg communiste breton, a une valeur de sociabilité et d'intégration à la vie sociale et politique. Ce lieu, débiteur d'alcool, devient donc "obligatoire" si l'on veut participer à la vie publique et faire parti intégralement de la communauté. Il semblerait que des codes spécifiques de l'alcoolisation sociable soient régulés par les classes socioprofessionnelles. Dans ce cas particulier, ce sont les petits cultivateurs qui fréquentent quotidiennement les cafés. À l'île de Balz (Nord du Finistère), Patrick Le Guirriec note que les cultivateurs ne les côtoient que le dimanche, contrairement aux pêcheurs et aux retraités de l'île. Il apparaît ici que "les manières de boire sont propre à chaque communauté et sont susceptibles de varier lorsqu'on change de culture"154(*). Il en est de même quant à la nature des boissons. Le groupe social des "petits cultivateurs", ouvriers et paysans, boit plutôt du "gros rouge" tandis que le groupe social des "notables locaux" s'en abstiennent.

L'appartenance à un groupe social se détermine, dans ce contexte, à travers ce que l'on boit. Elle donne l'opportunité au groupe d'affirmer son identité. L'ethnologue Agnès Jeanjean enquête à Montpellier auprès des "employés au Service d'Égouts de Montpellier"155(*). Les employés s'autorisent des pauses café pendant leur journée de travail. Bien que les travailleurs n'ont pas installé de "hiérarchie officielle" entre eux, la nature des consommations diverge quelque peu selon les groupes. Sans évoquer le café du matin, l'ethnologue constate que les égoutiers consomment plutôt de la bière et parfois du vin et du pastis. Les cadres en revanche, optent souvent pour de la bière, du pastis ou du whisky quand il s'agit de boissons alcoolisées. Sinon ils s'accommodent au groupe en buvant sirop, limonade ou café. Contrairement aux égoutiers, les rencontres entres cadres ne sont pas uniformes. Selon l'entente partagée, ils pourront parfois s'attarder à l'heure de l'apéritif. Chose impossible pour les égoutiers. Ceux-ci ne pouvant pas se permettre de se faire trop remarquer par l'arrêt de leur camion trop voyant. La variante des alcools consommés n'est pas vraiment significative, excepté peut-être la différence de coût entre le vin et le whisky, permettant pour les plus aisés le choix d'une boisson socialement et symboliquement valorisée. Dans tous les cas, boire l'apéritif présente un bon prétexte pour les deux groupes de s'arrêter. Mais il n'est pas seulement un prétexte pour boire, il est un moment où l'on continue d'échanger sur son activité et où les employés "expriment et défendent des conceptions du travail et d'eux-mêmes". C'est par ce moyen qu'ils revalorisent leur identité professionnelle.

Comme les ethnologues Maryon Mac Donald ou Patrick Le Guierriec, le psychiatre Guy Caro synthétise cette réalité liant de manière quantitative ou qualitative, chacun à une boisson156(*). Effectivement l'âge, le sexe, le milieu professionnel, social et culturel, "influencent sensiblement" les rapports entretenus avec ces liquides tant prisés et éveillant tant de polémiques.

* 154 _ LE GUIRRIEC, Patrick. 1990. Op. Cit., p. 154-155.

* 155 _ JEANJEAN, Agnès. 2006. « Ce qui du travail se noue au café », Socio-Anthropologie, n°15, (Boire).

* 156 _ CARO, Guy. 1990. « La complexité des manières de boire et des problèmes d'alcool ». In G. Caro (dir.) : De l'alcoolisme au Bien Boire, tome 1. Paris : L'Harmattan, p. 62-63.

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