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Apéritif et sociabilité. Etude de la consommation ritualisée et traditionnelle de l'alcool


par Anaàs Gayot
Université d'Aix-en-Provence - Master 1 d'anthropologie sociale et culturelle 2007
  

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1ère partie - L'alcool à travers l'histoire

L'habitude de prendre un apéritif n'est pas une coutume récente. Elle est liée à un passé fort attaché aux multiples effets procurés par l'alcool. Avant d'aborder en profondeur le thème précis de l'apéritif, je commencerai donc par traiter le sujet de l'alcool en général. Je propose d'analyser les consommations culturelles et conviviales des boissons alcoolisées et ce qu'elles ont impliqué. Nous verrons que les moindres occasions festives nécessitent la présence d'alcool. Il est d'ailleurs peu probable de concevoir un repas de fête sans son apport. On peut se demander pour quelles raisons les festivités requièrent tant sa présence. Je m'intéresserai à la notion historique des boissons. La place des boissons alcoolisées dans l'alimentation et la manière dont les hommes les ont consommées donnent, dans un premier temps, une vision globale à la recherche. Je pourrai ainsi évaluer les changements d'attitude et d'opinion vis-à-vis des boissons alcoolisées. Le second point, concernant la position de l'Église, nous y aidera.

Parcourir l'histoire, pour suggérer des hypothèses sur les fondements de l'apéritif, relève de l'approche religieuse et de l'histoire sociale et médicale de l'alimentation.

I - Les boissons fermentées dans l'histoire des civilisations

Les conduites alimentaires sont certainement antérieures à la maîtrise du feu, il y a 500 000 ans. Selon les préhistoriens, la maîtrise du feu permit, en premier lieu, à l'homme de faire cuire les aliments. Jean-Louis Flandrin, auteur d'une véritable encyclopédie de l'alimentation, expose le premier rôle de tous procédés culinaires. Cuire, assaisonner, mariner, broyer, trancher, filtrer mais aussi le séchage et le fumage des viandes, le salage et toutes sortes de fermentations, permettaient de "rendre les aliments digestes et non nocifs, autant ou plus que d'en améliorer le goût"6(*). Déjà, la maîtrise du procédé de fermentation permit d'améliorer l'hygiène de vie des hommes. La découverte de la fermentation métamorphose la vie des hommes. Ils créent des potions aux vertus "magiques", leur permettant d'accéder à un rang supérieur, proche des divinités. La boisson enivrante prend alors une dimension religieuse mais aura tendance à se répandre en un usage quotidien et récréatif.

Ce bref regard sur la préhistoire montre que les boissons fermentées et leurs effets sur le psychisme ont suscité un intérêt à toutes époques. C'est pourquoi l'histoire des boissons alcoolisées peut se révéler intéressante pour notre recherche.

A - Le lien entre les dieux et la consommation d'alcool

S'il est impossible de dater les premiers contacts avec les boissons fermentées, on sait que l'homme a utilisé l'alcool comme objet indispensable à l'élaboration de rites spécifiques. L'ivresse permettait d'entrer en contact avec les divinités. Les exemples les plus connus l'attestent. Lorsque les Grecs honoraient Dionysos, relayé par le Bacchus des Romains, ou encore lors de la célèbre eucharistie dans le christianisme au cours de la Cène. Toutes sortes de cérémonies spirituelles faisaient appel à une force surnaturelle et sacrée. Comme de nombreux chercheurs, Paul Balta, évoque ce passé lié au boire en Méditerranée7(*). Je tenterai, à mon tour, de retracer un bref historique des anciens modes de consommations, pour rendre compte de ce lien énigmatique.

a- Les premières traces d'alcoolisation

Quelque soit la discipline, les recherches autour du boire peuvent proposer un détour spatio-temporel. Je m'appuierai essentiellement sur les analyses du sociologue Robert Chapuis8(*). La compréhension du rapport aux aliments solides ou liquides trouve parfois une explication dans l'histoire. On remarque qu'un peu partout dans le monde, on a donné aux boissons fermentées un statut important au mode alimentaire. 300 avant Jésus-Christ, les Péruviens fabriquaient de la bière de maïs. En Inde, environ 1500 ans avant notre ère, les fidèles absorbaient un mélange de vin, de lait, d'eau et de miel, pour s'associer à l'ivresse divine. Dans l'Égypte pharaonique la bière était la boisson nationale, le repas s'appelait alors "pain-bière". Les Égyptiens produisaient des vins réputés, moins populaires toutefois que la bière, et réservés aux classes élevées de la société ainsi qu'au culte divin. Le sociologue indique que la fabrication du vin, dans cette région daterait de 3000 ans avant Jésus-Christ. La bière est également appréciée chez les Sumériens, en effet, à Babylone "Nidaba" était la déesse de la bière, 4000 ans avant notre ère. Dans l'Ancienne Mésopotamie, nous indique l'historien Michel Faucheux, le "banquet des dieux fonde le monde et le souverain humain, à l'imitation de la tablée divine, réunit ses sujets autour d'un festin pour mieux asseoir son pouvoir"9(*). La table est ici la source de la cohésion religieuse, politique et familiale.

On pourrait multiplier les références des représentations du sacré entre l'alcool et l'accès au divin. Toutefois si l'alcool est présent dans toutes les régions du globe, il n'a pas eu le même succès qu'en Occident jusqu'à aujourd'hui.

* 6 _ FLANDRIN, Jean-Louis et MONTANARI, Massimo (dir.). 1996. Histoire de l'alimentation. Paris : Fayard, p. 24.

* 7 _ BALTA, Paul. 2004. Boire et manger en Méditerranée. Arles : Actes Sud., p. 24-26.

* 8 _ CHAPUIS, Robert. 1989. L'alcool, un mode d'adaptation social ? Paris : L'Harmattan, p. 44.

* 9 _ FAUCHEUX, Michel. 1997. Fêtes de table. Paris : Félin.

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