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Essai sur les élites traditionnelles au Maroc

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par El Mostafa AAOURDOU
Université Moulay IsmaàŻl Meknes - Maroc - Master en science politique 2012
  

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Paragraphe III : les autres moyens de promotion sociale

Par son assiduité et sa fidélité à son arriéré traditionnel, l'élite politique a conservé les pratiques d'ascension s'appuyant sur l'échange des cadeaux et des avantages avec les détendeurs du pouvoir décisionnel au sein du makhzen. De même les partis politiques conservent encore les mêmes rapports d'antan entretenus entre le maitre et le disciple.

A- l'ascension et régime de l'Inâam

Le champ politique connaît une compétition acharnée pour s'emparer des appareils de l'Etat. Le régime des cadeaux peut constituer un mécanisme parmi d'autres permettant la reproduction des élites dans le système sociopolitique marocain. Il traduit une expression d'allégeance et de soumission au makhzen. Celui-ci de part son statut de principal acteur politique, tient à transpercer les armatures de la société, se hâte pour domestiquer les élites, il accorde avec générosité, les postes et les intérêts au profit de l'élite partisane, pour anticiper son désenchantement et son opposition. La monarchie se servait beaucoup de la tactique de «  diviser pour régner », ainsi la cupidité devenait la force motrice des nouvelles élites, si soigneusement mise en place par le roi. La corruption existe dans tous les appareils politico-administratifs de l'Etat90(*). Le roi se servait du dahir Al Inâam, pour créer une clientèle fidèle composée d'individus personnellement dépendants du souverain, dans un système de faveurs et d'obligations. Le roi tenait à ce que tous les biens brigués, ne soient mérités, ils ne sont liés qu'à la générosité royale. La compétence et le mérite objectif n'entrent pas en ligne de compte et la procédure administrative régulière est escamotée au profit du favoritisme. Ce que vous êtes, ce que vous possédez, vous a été donné, vous ne l'avez pas gagné. Et puisqu'on vous l'a donné, on peut vous le reprendre91(*). Le roi ne cesse de rappeler aux différents favoris, qu'ils jouissaient d'une situation qu'ils ne méritaient pas. Par conséquent, ils doivent soutenir leur dispensateur, s'ils veulent préserver leurs situations. S'ils refusent, ils seront dépossédés, sans pouvoir réclamer. La portée de cette situation a permis au pouvoir de contrôler, pour une longue durée, la vie politique. Tous les acteurs se concurrencent pour avoir leur part ou une place au sein du système. Ainsi les membres du parti politique, mènent une lutte intestine pour occuper des positions avancées au sein de leur parti, ces postes permettent de se faire remarquer par le makhzen. Les membres de l'élite de leur part n'hésitent pas à présenter des cadeaux aux différents décideurs, c'est un signe d'allégeance et une manifestation de volonté de mobilité sociale. Elle est aussi, une pratique séculaire qui trace les relations entre le pouvoir central et les tribus, les notables et les caïds présentent des cadeaux précieux pour briguer des privilèges92(*).

L'enracinement historique du régime du favoritisme, au sein de la société marocaine, en conçoit un style légitime d'ascension sociale. La légitimité religieuse de cette démarche en fait un moyen légal, agrée par la société, pour intégrer la sphère des privilégiés. L'élite marocaine ne cesse de diversifier les mécanismes permettant son ascension, dans une lutte sans merci pour pérenniser son hégémonie sociale.

* 90 - John Waterbury, op. cit, p. 366.

* 91 - Ibid. p. 367.

* 92 -Jean Paul Chagnalland, le Système politique marocain, op. cit, p .128.

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