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Essai sur les élites traditionnelles au Maroc

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par El Mostafa AAOURDOU
Université Moulay IsmaàŻl Meknes - Maroc - Master en science politique 2012
  

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B - Partis politiques : les nouvelles zaouïas.

Au Maroc, l'apparition du parti au sens moderne du terme est liée à la période coloniale, leur apparition a été imposée par les exigences de la lutte contre le protectorat Français. Le premier parti a fait jour en 1937 intitulé « le parti national » avant de se transformer au « parti de l'Istiqlal »(1943). Bien que la naissance du phénomène partisan soit liée à l'occident, le parti politique marocain est resté prisonnier de l'héritage traditionnel caractérisant la société. L'anatomie des partis politiques au Maroc, révèle des étendues de la tribu et de la zaouïa. En effet, toute formation politique, reste insusceptible de se former en dehors des valeurs inculquées par les zaouïas durant des siècles, aucune institution n'est capable de se libérer de l'influence de ces formes, qui ont transpercé la société marocaine. Cette hypothèse est justifiée par les termes et de pratiques adoptés par les partis, importés des zaouïas et confréries. Le parti bien qu'il se prétend politiquement moderne, reste soumis aux relations de parenté, le choix du leader du parti obéit aux mêmes conditions de réunions de la tribu confirmant la suprématie du chef39(*). La procédure du vote est sacrifiée au profit de l'unanimité et l'applaudissement. Le lexique des formations politiques trouve ses fondements dans celui de zaouïas.

a- du religieux et du politique :

Les partis politiques nationalistes étaient contraints de recourir à la discrétion sous le protectorat. Naturellement, les mosquées étaient des lieux de rencontre et de mobilisation des citoyens. Leur situation privilégiée ainsi que, les conditions de l'action politique ont consolidé l'idée les considérant, un prolongement de l'organisation confrérique. Cette instance politique occupait les mêmes lieux, et adoptait une organisation hiérarchique, ainsi le leader du parti jouit d'un rang social similaire à celui du cheikh de la zaouïa. Les partis politiques au Maroc ont emprunté beaucoup de symboles relevant du champ religieux, il s'agit principalement de :

La terminologie utilisée par l'élite, confirme son identité musulmane comme elle réincarne des attitudes révélées dans l'histoire. Bref, vivre le passé dans le présent. C'est une détermination à renouer les liens entre un passé lointain et le présent, pour rappeler l'âge d'or de l'islam. Ainsi, les leaders politiques désignaient pour eux des surnoms islamiques, leur dessein est de légitimer leur présence au sein des structures de la société marocaine et annoncer leur retour à la profondeur culturelle du Maroc. Le réveil du religieux a conféré à ces personnalités, une vogue symbolique et une renommée religieuse plus que politique.

L'espace religieux était le milieu d'action des partis du mouvement national. La ville de Fès, avec sa profondeur spirituelle, était un espace principal de l'action des nationalistes. Elle était une capitale religieuse (Al Quaruiyine), politique et économique (existence de commerçants, artisans et intellectuels). Tous ces éléments intensifiaient, son influence sur tout le territoire marocain. La mosquée à Fès jouait un rôle unificateur comme elle encadrait les pieux qui la fréquentaient. Toutes les manifestations dénonçant le protectorat sont sorties de la mosquée. Elle était l'endroit principal de la protestation. L'espace détermine la nature de l'élite nationale, les réunions au sein de la mosquée, renferment le discours politique dans une locution dévote, qui s'assimile elle aussi le sacré déterminant le religieux. Les édifices de culte ont conféré à ces activités, un aspect sacré, décliné du caractère religieux des lieux de leur exercice. Si les écoles ont remplacé les zaouïas, l'espace est resté intact, seules les personnes ont changé. « Au lieu du cheikh, on trouve l'homme de politique et le disciple est remplacé par l'élève. Par conséquent l'espace impose des types de relations spéciales, le changement des personnes ne modifie point la relation agencée par les lieux »40(*). La limitation de la conduite politique de l'élite marocaine dans des espaces religieux, l'a vénérée de sacralité. Ce qui impose à cette élite de renouer avec un profond social, duquel elle tentait de se soustraire, c'est le profond politico-religieux de la société marocaine41(*).

Sur le plan de la lutte politique, la religion a marqué une présence via les moyens de pression utilisés par l'élite nationale. Ainsi en sus des mémorandums, requêtes et rencontres, l'élite nationale a mené une campagne pour le boycott des vins, cigarettes et vêtements modernes. Il s'agit d'un moyen de pression économique et politique utilisé contre les autorités du protectorat. De plus l'élite a été amenée à raviver l'ascétisme qui trouve son fondement dans les discours des zaouïas et celui du çoufisme. Cet acte avait un effet positif, il avait apaisé la tension entre l'élite et les zaouïas, du même qu'il a transformé les hommes politiques à des symboles religieux.

La politique de rétrécissement appliquée par le protectorat, a renforcé les réseaux de communication orale des renseignements, comme moyen d'acheminement de l'information. Excepte le journal, on trouve la zaouïa, la mosquée, les funérailles et les prêches religieuses. L'élite marocaine a rempli un échec quant a sa libération du discours religieux, et ses pratiques enracinés dans la culture traditionnelle des marocains. Facteur qui a entravé son processus de modernisation42(*).

En effet l'approche assimilant, le parti à la zaouïa a rencontré un triomphe flagrant. La confrérie a été qualifiée, par Michaux Bellaire de véritable organisme vivant du pays43(*).Elle a participé à l'émiettement de l'autonomie locale au niveau verticale, alors qu'elle a procédé à des tentatives d'unification horizontale, elles ouvraient des sections au niveau des différentes régions du pays. L'originalité de cette approche trouve ses fondements dans l'infiltration du religieux au sein de l'action politique d'une part, et le rôle prépondérant du chef du parti, est similaire à celui du cheikh de la zaouïa d'autre part. Au Maroc, si la règle de la fonction crée l'organe, est vérifiée à l'instar de l'occident ; un phénomène fait son apparition : la personne du chef domine le parti. Mais certains auteurs estiment que l'hégémonie du leader est sentie au sein de beaucoup de formations politiques. Max Weber considère que la présence des leaders au sein de toute organisation politique ou sociale, est une réalité sociologique considérable. Toute formation forte, exige un leader puissant, bien que certains partis prétendent une gestion collective de leur formation politique. Leurs homologues marocains se démarquent-ils de ceux de l'occident, et obéissent- ils aux mêmes classifications ?

* 39 -Mohamed Othman Benjelloun, Projet national et identité au Maroc-un essai anthropologique politique, L'Harmattan, 2003, p .206.

* 40 -Aziz El Moula El Iraki, des notables du makhzen à l'épreuve de la gouvernance - L'Harmattan, 2003, p. 16.

* 41 -??? C?I?? C??C??- C??C??E ?C???E?C????C? ?C???C?E ?? C???E?? C?U?E????????C C?O???2001?? 205. -

* 42 - ??? C??????? 209.

* 43 - Faouzi. M. Houroro, Sociologie politique coloniale au Maroc, Afrique Orient, 1988, p.56.

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