WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Les droits fondamentaux des détenus au Sénégal

( Télécharger le fichier original )
par El-Hadj Badara NDIAYE
Université Gaston Berger de Saint- Louis Sénégal - Maitrise droit privé 2003
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

v CONCLUSION

Notre société idéologiquement égalitaire mais inégalitaire dans les faits propose à chacun de ses membres les mêmes idéaux, mais refuse à beaucoup la possibilité de les réaliser. La déviance, les conduites délinquantes ou criminelles deviennent ainsi une des issues possibles à une contradiction d'ordre général.

En effet, sur le plan législatif, le Sénégal a fait des avancées significatives dans la protection des droits fondamentaux des détenus si l'on compare à d'autres pays qui sont dans les mêmes conditions de développement historique. A ce niveau, il semble évident qu'on peut évoquer l'adage : « Nihil Novi - Sub Sole » car pour l'essentiel le cadre est trouvé et depuis fort longtemps.

Dans l'espace francophone qui est le nôtre, le droit pénal français a été reprise dans nos législations après l'accession à l'indépendance.

Au niveau externe, bien évidemment, d'importants instruments ont été adoptés qui sont la synthèse des différents systèmes générés par les différentes aires culturelles et dont les plus importants ont pour nom :

Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus ;

Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 ;

Principes relatifs à la présentation des exécutions extra-judiciaires arbitraires et souverains (ONU 1990) ;

Convention contre la Torture et aux peines ou traitements cruels et dégradants (résolution 39-46 de l'AG des Nations-Unies du 10 décembre 1984) ;

Ensemble des principes pour la protection de toutes les personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d'un emprisonnement (ONU, 1985, 1988).

Au niveau interne, il paraît essentiel de citer la Constitution sénégalaise, le code pénal de procédure pénale.

En effet, il demeure que la Constitution continue à s'attacher à un certain nombre de principe qu'elle tient pour imprescriptibles et que nul ne conteste, le respect de l'homme dans son intégrité corporelle, dans sa dignité et dans ses libertés vient en tête de ces principes dont la législation pénale et la jurisprudence ne cessent d'affirmer le caractère intangible.

Le code pénal et le code de procédure pénale affirment des normes essentielles qui constituent l'un des principaux fondements de la politique pénale, laquelle repose , en outre, sur une appréciation présumée de l'efficacité de le peine dans les diverses fonctions qui lui sont attribuées (principalement l'intimidation ou le dissuasion et l'amendement ou la resocialisation. Le législateur affirme à travers ces codes le respect des règles juridiques fondamentales que sont les principes de l'égalité, d'égalité et de personnalité des peines. Enfin, depuis quelques années, inspiré par le souci de différencier et d'élargir la gamme des peines existantes, le législateur sénégalais s'est lancé dans une progressive humanisation des peines de manière à permettre aux tribunaux une meilleure individualisation de la sanction, en fonction de la personnalité des délinquants et du danger social qu'ils représentent.

A cet effet, nous retenons les dernières mesures législatives instituant le juge de l'application des peines ainsi que de nouvelles sanctions alternatives à l'emprisonnement et de nouveaux mode d'aménagement des peines.

Le Sénégal a certes libéré des initiatives et réalisés des progrès législatifs, mais il faut ajouter que la protection demeure encore inachevée car la durée de la détention provisoire en matière criminelle n'est pas incluse dans le code de procédure pénale. Il y a aussi la non-intégration de la torture comme délit dans le code pénal contrairement à la ratification par le Sénégal de la convention contre la torture. Il faudra donc parachever les textes car il n'y a pas de protection sans de réelles bases juridiques.

L'étude a également révélé une discordance entre les réalités et les textes destinés à protéger le détenu. Au nombre de ces réalités figure la précarité des conditions d'existence des détenus : engorgement et promiscuité, vétusté des locaux, hygiène et alimentation de mauvaise qualité, oisiveté et violence carcérales, etc. L'absence de moyens malgré les efforts des Administrations pénitentiaires et judiciaire est sans doute la principale cause, mais elle n'explique pas tout. Une politique hardie, imaginatrice et capable de déployer des initiatives génératrices de fonds reste encore à inventer.

A cela s'ajoute une opinion publique très peu réceptive à l'idée de protection et de promotion desdits droits. En effet, pour la grande majorité de la population, le délinquant doit être non seulement châtié mais également exclu, à la limite, de la communauté. Ainsi, d'énormes efforts restent à faire pour changer les mentalités car au-delà du détenu, il y a « l'homme dont la dignité est sacrée ».

L'étude a aussi montrer que l'absence d'une politique post-pénale est à l'origine du taux assez élevé des récidivistes.

C'est pourquoi, dans une vision dynamique, nous avons formuler des recommandations qui pourraient rendre effectives les pistes d'une pénologie sénégalaise pragmatique. Ces recommandations n'ont pas l'ambition de décrire un système idéal-type.

Elles visent uniquement à encourager la prise en charge effective des exigences de la détention, par le respect des droits de l'homme. Ce dernier, sous toutes ces formes est une bataille de chaque jour contre le cycle de l'impunité et les rigueurs carcérales. Pour qu'un jour aucun détenu ne soit traîné dans les rues, menottes aux poignets, pour aller répondre devant les tribunaux - pour que plus jamais, des citoyens en difficultés avec la loi ne soient dénudée puis jetés dans des lieux insalubres, infectes et très dégradants pour un homme. Pour qu'aussi des initiatives soient prises pour assurer la qualité de la restauration des détenus.

Pour qu'enfin, ceux qui purgent des peines plus ou moins longues, puissent bénéficier d'un minimum d'attention, quant à leur prise en charge (alimentation, soins de santé, habillement, lieu de couchage).

Le volet femme, mineurs et personnes âgées, mérite une attention particulière et devrait faire l'objet d'une étude spécifique.

Le changement de régime carcéral par l'humanisation des prisons est une question d'actualité car l'on admet de plus en plus que « l'humanisme pénitentiaire est compatible avec le bon ordre et la sûreté des prisons et qu'en sauvant l'avenir de ceux qu'elle punit, la société se protége elle-même » et à moindre coup. La façon dont une société traite tous ses membres les plus vulnérables est un « reflet de sa santé et de sa conscience sociale ». Au total, ici gît un enjeu démocratique. C'est « à l'aune de ses prisons, en effet, que l'on juge une démocratie » selon Alexis De Tocqueville, écrivain politique français du 19ème siècle.

La protection des droits fondamentaux des détenus au Sénégal fait l'objet d'un attention particulière de la part des spécialistes et de certaines ONG de défense des droits de l'homme. Ce qui incline à croire que dans un avenir pas très lointain, des mesures correctives pourraient être prises. Mais l'essentiel est de ne pas se décourager. La lutte contre les violations des droits des détenus est une bataille constante contre le poids des habitudes.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon