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La remise en cause des frontières africaines. Cas de la RDC

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par Olivier DIEMBY MALENGA
Université technologique Bel Campus à  Kinshasa en RDC - Licence en relations internationales option politique internationale 2012
  

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5. LES FRONTIERES A L'ERE DE LA MONDIALISATION

Depuis les années 1970, les flux transfrontaliers de personnes, de biens et de l'information ont atteint des niveaux tels que la capacité des États à contrôler et réguler leurs frontières et les activités exercées sur leur territoire est remise en cause. Le milieu des années 1980 marqua un tournant, des changements dramatiques s'opérèrent, mettant en évidence de nouvelles perspectives sur la frontière et la police des frontières. Le démantèlement des contrôles frontaliers dans la CEE, contenus en germe dans les quatre libertés définies par le traité de Rome de 1957 (liberté de circulation des biens, des services, des capitaux et du travail) progressa lentement jusqu'à l'Acte unique européen de 1986.

Après l'euphorie collective qui suivit la chute du Mur de Berlin, des craintes apparurent, en partie véhiculées par les gouvernements et les appareils d'État. L'accent fut mis sur la menace de possibles mouvements migratoires massifs de populations, sur la compétition économique , sur le contrôle de la criminalité transfrontalière et de nouvelles routes pour le trafic de stupéfiants, sur le risque d' extension à l'Ouest du désordre politique avec l'afflux de réfugiés ou de groupes terroristes étrangers dans l'Union européenne. Même si Charles Kindelberger, dès 1969, exprimait un point de vue courant en affirmant que : " en tant que simple unité économique, l'État-Nation est bout de souffle ", des travaux récents tendent à infirmer l'hypothèse qu'il y aurait désormais, à un niveau mondial, une plus grande intégration économique que dans la décennie précédent la Première Guerre mondiale. Admettons, néanmoins, que les communications aériennes, les systèmes de communication instantanés, les émissions de télévision par satellite et les nouvelles technologies militaires ont créé de nouvelles formes d'interdépendance, qui ont réduit l'autonomie culturelle, économique, militaire et politique des États.10(*)

La globalisation semble impliquer l'effacement de toutes les frontières, et non pas seulement de celles de l'Europe. L'Europe ne peut différer la globalisation de l'économie, mais les frontières, en tant que lignes de défense culturelle, ont repris de l'importance et sont considérées, notamment en France, comme des instruments derrière lesquels une forme de protection contre des forces externes pourrait s'organiser. Il y a bien sûr un élément de construction mythique dans cette mise en avant des angoisses sur les nouvelles menaces et la globalisation. Parfois, c'est un phénomène conscient et délibéré en raison de politiques particulières ou une stratégie visant à défendre un groupe ou des intérêts sectoriels. Mais ce phénomène résulte aussi, et surtout, d'une dynamique politique liée à un problème particulier qui se traduit par des effets pervers sociétaux et par une perte d'influence internationale, comme c'est le cas avec le problème de l'immigration en France et l'euroscepticisme en Grande-Bretagne.

Dans ces deux exemples, il y a une interaction dialectique entre l'émergence de nouveaux facteurs environnementaux et une action politique volontariste, dont les résultats sont imprévisibles. La modification des frontières à l'intérieur de l'Union européenne et le renforcement des frontières extérieures posent ainsi de sérieux problèmes d'analyse. Bien que les frontières puissent être analysées de la même manière que les autres institutions, il a été démontré que le rôle général des frontières dans la vie politique contemporaine avait rarement été analysé explicitement par les politistes. Ceci est en partie dû au fait que les effets de la frontière sur le comportement social et les valeurs des populations qu'elle délimite sont difficiles à apprécier et à quantifier ; les tentatives passées apparaissent limitées et donnent des résultats évidents qui dérivent directement des postulats sur lesquels elles sont basées. Plus significatives, sont les divergences conceptuelles sur les frontières, rarement explicitées, dans les études historiques et politiques. Certains historiens et analystes politiques estiment que les caractéristiques et les fonctions des frontières sont dépendantes de l'organisation interne des sociétés et de la manière dont le pouvoir politique s'exerce au coeur d'un pays.11(*)

Les débats entre néoréalistes, pluralistes, libéraux, marxistes et théoriciens de l'interdépendance en relations internationales proviennent de visions différentes sur la nature de l'État ; les frontières y sont généralement traitées comme un épiphénomène dont le rôle et la fonction dépendent des caractéristiques du centre de l'État. Pour d'autres, les caractéristiques de la frontière exercent des influences fondamentales sur la manière dont se développe une société et sur les options politiques qui s'ouvrent à elle. À leur manière, ils ont mis en évidence la difficulté d'établir des hypothèses vérifiables à partir d'observations générales, en raison du degré des choix offerts aux décideurs d'une politique des frontières. Lucien Febvre l'a exprimé en attaquant l'école géopolitique allemande : " Il n'y a pas de nécessités mais partout il y a des possibilités. " dans lesquelles l'intelligence humaine et l'imagination jouent un rôle crucial en décidant des fins assignées à un territoire12(*).

L'ouverture des frontières au sein de l'Union et la relative fermeture au monde extérieur de la frontière externe produira vraisemblablement le sens d'un espace commun en Europe, qui conduira à une plus grande interpénétration sociale et politique des pays du coeur de l'Union. Certains de ces effets peuvent apparaître comme pervers en apparence le renforcement de la surveillance et du contrôle des populations, l'adoption de standards répressifs par les pays membres.

A la lumière de cette théorie, il faut constater que la frontière est une création humaine : elle ne peut donc pas être immuable. Elle est sujette à des fluctuations et peut changer, en fonction de l'évolution de la société.

* 10 DELORT, L., " Frontières d'Etat, rêve des Nations", Défense Nationale, n°8-9, pp.117-124.

* 11 LEJEUNE, R., "Problématique du contrôle des frontières", Cahiers de la sécurité intérieure, n°19,pp.34-45.

* 12 FEBVRE,L.,La terre et l'évolution humaine, Paris, AColin,1922,p.14.

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