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Les jeunes mahorais et comoriens à  la Réunion : Stratégies d'adaptation et moyens de communication

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par Jean Kraemer
Université de la Réunion - Master Sciences et techniques de l'Information et la Communication 2012
  

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CONCLUSIONS

Les jeunes mahorais et comoriens immigrants à la Réunion ne sont pas des enfants de l'exil. Leur présence sur le sol réunionnais est le résultat d'un choix de leurs parents, à la recherche pour eux d'une meilleure vie, de plus grandes possibilités d'études et de promotion sociale.

Migrants plutôt qu'immigrants, les Mahorais établissent des plans de retour sur leur île d'origine. Quand les enfants n'adhèrent pas à ce projet parental, c'est plutôt dans l'intention d'effectuer une migration secondaire vers la Métropole où ils espèrent trouver davantage d'opportunités.

Si le mythe du retour est fort chez les Mahorais, ce n'est pas le cas pour les Comoriens. Les jeunes d'origine comorienne sont attirés par la Métropole. Ni eux ni leurs parents ne caressent de projets de retour vers l'Union des Comores.

Le maintien du lien avec le pays d'origine est une composante importante de la vie pour les membres des deux groupes. Elle se traduit comme pour les autres migrants par des communications, des attentes d'assistance d'une part, de conservation de la place au sein de la famille, de l'autre.

Les jeunes mahorais et comoriens se considèrent dans une logique migratoire plus que d'immigration. La Réunion n'est pas leur premier choix de destination, ils n'y resteraient que par défaut, et notamment par crainte de s'éloigner de leurs proches.

Ils ressentent une hostilité et des attitudes discriminatoires de la part de la population majoritaire créole, qui les regroupe dans une même vision péjorative en les qualifiant de « ban'Comor' » pour en faire le bouc émissaire des difficultés sociales réunionnaises. Mahorais et Comoriens se sentent distincts et voudraient que cette différence soit reconnue, que leur culture identitaire soit mieux acceptée par les Créoles.

Les différences que les Créoles perçoivent chez eux constituent pourtant le support des discriminations, notamment professionnelles, qu'ils subissent.

Leurs stratégies adaptatives sont combinatoires, parvenir à une insertion satisfaisante pendant la durée de leur séjour réunionnais tout en entretenant leur culture originelle, et leur pratique religieuse islamique en premier lieu. Les Créoles préféreraient certainement les voir se couler dans le moule de la créolisation avec la même discrétion que les groupes précédemment arrivés

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et intégrés. La stigmatisation portant ici comme ailleurs sur les différences ostensibles (c'est notamment le cas des z'arabes et des zoreils).

C'est pourtant l'ensemble de ces caractéristiques et allégeances qui fonde et structure l'identité des jeunes mahorais et comoriens. Si certains migrants souffrent d'un double rejet de la part de leur pays d'origine et d'accueil, les Mahoro-Comoriens réunionnais, particulièrement les natifs de l'île parviennent souvent à intégrer une double identité dans une dynamique de créolisation, qui semble néanmoins inachevée.

Ce dernier point mériterait certainement une recherche plus approfondie, qui permettrait d'en déceler les évolutions dans les prochaines années, et plus encore avec l'avènement de la troisième génération.

Les Mahorais et Comoriens ne semblent pas subir à la Réunion de ségrégation géographique, c'est précisément la cohabitation au sein des quartiers et des écoles qui est le premier vecteur d'intégration par l'apprentissage de la langue créole, incontournable dans les relations de proximité avec la population réunionnaise. A cette dualité linguistique familière des Créoles s'ajoute la pratique d'une ou plusieurs langues identitaires. Ce plurilinguisme ne paraît pas constituer une véritable cause d'échec scolaire, mais ne semble pas plus être un avantage.

Les jeunes mahorais et comoriens n'ont pas le sentiment que leur présence ou celle de leurs parents ait été jugée nécessaire ou souhaitée par les Réunionnais, ce qui peut expliquer qu'on ne trouve pas d'esprit de revanche ni d'animosité particulière de leur part, contrairement aux jeunes immigrés métropolitains.

Ils ne ressentent pas de discrimination institutionnelle, et gardent un grand espoir dans les possibilités de réussite offertes par l'école, ce qui est beaucoup moins vrai pour les jeunes créoles et migrants de Métropole. Leurs origines sociales généralement modestes limitent néanmoins leurs possibilités d'études et donc de réussite.

Leurs projets professionnels sont dirigés vers le secteur privé et l'emploi dans l'administration centrale plutôt que dans la fonction territoriale, contrairement aux jeunes créoles, avantagés par une préférence régionale.

Les rôles au sein de la famille connaissent une remise en cause, par la logique des générations, par la fréquentation du mode de vie réunionnais, mais aussi et peut-être surtout par la médiation

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linguistique et technologique que doivent assurer les jeunes Mahorais et Comoriens auprès de leurs parents à la Réunion. Le concept de rétro-socialisation est intéressant à cet égard dans ce sens qu'il évoque clairement la dimension d'insertion et d'évolution sociale qu'il comporte. Si ces jeunes sont souvent plus matures que leurs camarades créoles ou métropolitains, ce rôle de médiateur en constitue certainement l'explication.

La place des femmes mahoro-comoriennes évolue avec l'immigration à la Réunion, encore souvent gardiennes des valeurs et garantes de l'éducation, elles sont de plus la personne support des aides sociales, et dans le cas des jeunes poursuivent des buts de réussite professionnelle au même titre que leurs frères.

Les jeunes mahoro-comoriens sont de grands utilisateurs de TIC, qui leur permettent la double présence chère à D. Diminescu. Présence au pays d'origine par les communications numériques satellitaires, présence dans la société réunionnaise par les réseaux sociaux numériques et le téléphone mobile, présence encore dans l'accès à la culture moderne par les connexions Internet, notamment par les ordiphones. Indiscutablement ces jeunes sont des migrants multiconnectés. Leur capacité à interagir « ici et là-bas », la double intégration revendiquée, ne sont possibles que grâce à la disposition et la maîtrise des outils de communication modernes.

Aux craintes de Z. Baumann sur le risque de déstructuration liée au remplacement des structures par les réseaux, les jeunes mahoro-comoriens de la Réunion répondent en conciliant une forte mise en oeuvre des réseaux affinitaires par voie téléphonique et par les réseaux sociaux, autant sur le plan intégratif que communautaire, avec une participation physique aux structures familiales et sociales existantes, dont ils ne remettent nullement en cause le fonctionnement ou le bien-fondé, et auxquelles ils tiennent.

A la Réunion comme ailleurs, les jeunes qui effectuent le plus grand nombre d'interactions numériques sont aussi ceux qui communiquent le plus en direct. Ce moyen est d'ailleurs le premier cité par les participants dans leurs modes de contact avec leurs amis. Grands utilisateurs de nouvelles technologies, ils en sont parfois peut-être dépendants mais ne les subissent jamais.

Les TIC, qui pourraient également jouer un rôle informatif ou d'apprentissage, ont pour eux une fonction presque exclusivement sociale. Mais il peut sembler logique que pour des adolescents, et particulièrement des jeunes migrants, le rôle structurant de leurs relations sociales soit prépondérant. Dans ce sens les technologies de l'information et la communication sont capitales et irremplaçables.

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Les jeunes mahorais et comoriens de la Réunion ne manifestent pas de volonté d'action positive à distance dans leur pays d'origine, pas de projet d'action sociale, économique ou politique concertée, pas d'intérêt pour une démarche diasporique, mais simplement des projets personnels et familiaux. Peut-être est-ce simplement trop tôt, et dans ce cas, une étude ultérieure pourrait encore nous apporter la lumière sur les évolutions de ces jeunes, devenus adultes

Les jeunes mahoro-comoriens sont tiraillés entre une conformité aux traditions impulsée par les parents et nécessaire à leur culture identitaire, et une conformation aux modèles plus modernes imposés par l'école et la culture jeune mondialisée. Cette situation n'est pas spécifique aux jeunes étudiés, mais leurs réponses peuvent l'être. Alors que les jeunes immigrés maghrébins ont généralement rejeté le « bled » considéré comme inférieur à l'occident, que les Africains refusent de vivre « comme fon kondré » ("comme au village" en pidjin), les Mahoro-Comoriens tiennent à concilier les deux composantes.

Les jeunes mahoro-comoriens assument leur identité noire, au même titre que les jeunes créoles "cafres" qui ont vécu en Métropole. A mesure de leur intégration dans la société créole, peut-être constitueront-ils le médiateur qui permettra aux réunionnais de renouer avec leurs racines africaines sans hontes ni complexes hérités du passé, mais dans une perspective dynamique de revendication d'une composante identitaire « black » mondialisée. Cette double hypothèse optimiste (intégration des Mahoro-Comoriens et valorisation identitaire), qui permettrait de passer d'une « négritude » (au sens d'A. Césaire) subie et mal assumée à une « blackitude » valorisante, même si elle n'est qu'une perspective lointaine, mériterait certainement aussi une recherche ultérieure.

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