WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Croissance urbaine et enjeux fonciers dans le nord du département de rufisque: cas des communes de Tivaouane-Peulh-Niague et Bambilor


par Alassane Niang
ESEA ex ENEA - DESS 2016
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

I. L'inefficacité des outils réglementaires.

L'efficacité des outils de réglementations fonciers rencontre des contraintes qui sont de divers ordres.

A. Les contraintes politiques et financières 1. Dans la gouvernance foncière

Plusieurs contraintes expliquent l'ineffectivité des outils de réglementation foncière. Ces contraintes empêchent de prendre en compte les droits des populations locales en matière foncière, ce qui favorise des opérations d'accaparements à grandes échelles avec souvent la complicité des pouvoirs publics. Au niveau national, les projets de l'Etat pour booster le secteur de l'agriculture ont profité à une certaine catégorie sociale composée de responsables de l'administration, de dignitaires religieux et à la clientèle du parti au pouvoir IPAR (2011).

C'est le cas aussi dans notre zone d'étude où les des populations locales n'ont pas accès aux terres agricoles. Durant notre enquête, 82.58 % des personnes déclarent que les jardins du dimanche bénéficient plus des retombées économiques tirées des activités agricoles que les populations locales. Ce paradoxe s'explique par un faible taux de détenteur de vergers environ 14.39 % auprès des populations enquêtées. Ce constat peut aussi s'expliquer par un climat d'insécurité foncière qui pousse les propriétés terriennes non immatriculées à vendre leur terre

105

au risque de se faire déposséder et ne pas être indemnisé , ce que confirme Ousmane Samb un jeune promoteur habitant dans le village Keur Ndiaye Lo « les vergers appartenant à certaines personnes qui n'ont pas d'acte de propriété, sont confisqués sans être indemnisés par les promoteurs avec la complicité de la commune » . L'autre raison se situe sur l'accès aux informations quant aux procédures d'immatriculations auprès des populations locales. Ces procédures sont pour les populations difficiles et lentes et elles constitueraient même une contrainte à l'immatriculation des terres. C'est cette ignorance dans les procédures et surtout les difficultés d'accès à la bonne information qu'une certaine catégorie de la population, plus placée et informée sur la situation foncière profitent de cette avance pour s'accaparer de centaines d'hectares de terres dans la zone. En effet, la plupart de ces jardiniers du dimanche sont des fonctionnaires de l'Etat ou d'anciens dignitaires des différents régimes. Mais aussi, les contraintes politiques à l'effectivité des outils de réglementations fonciers sont à trouver dans les rapports qu'entretiennent l'Etat et les collectivités locales, conditionnées selon les appartenances politiques. Il en est ainsi des incohérences notées sur le découpage administratif, maintenus toujours pour des raisons jusqu'à là, inconnues. De même que la gouvernance foncière des communes qui fait de la terre, un moyen d'entretien de la clientèle politique. Les plus grands litiges dans notre zone d'étude trouvent leurs sources dans les actes pris par l'Etat (l'instauration de la délégation spéciale en 2011, de même que l'accaparement des domaines du titre foncier Berthin) avec des soubassements politiques, devenus à la longue, une contrainte dans la gouvernance foncière. Les équipes municipales rencontrent des difficultés pour contrôler la régularité des constructions. Pour ce qui est de la délégation spéciale, nombreuses parcelles qui font objet de litiges ont été attribués du temps de la délégation spéciale, c'est le cas de certains litiges comme Namorra et celui qui oppose aussi les populations de Darou Salam 2 à la SENICO .En effet, s'agissant du découpage administratif suivi de l'installation de la délégation, nous avons remarqué que certains villages de la commune de Bambilor comme Keur Ndiaye Lo, Kounoune rencontrent des difficultés liées à un manque d'une administration de proximité.

« Les populations ne se sentent pas impliquées dans leur commune et ne se reconnaissent pas dans ce découpage » dit El Hadji Mbaye Samb, chef du village de Kounoune. C'est pourquoi selon lui, ces villages (Kounoune, Keur Ndiaye Lo, Keur Daouda Sarr et Ngalap) ont déjà commencé à entamer une procédure afin qu'ils soient regroupés en une nouvelle commune. Mais actuellement dit-il « Kounoune et Keur Ndiaye Lo font l'objet d'une forte bataille politique entre le maire de Bambilor et son adversaire politique le maire de Sangalkam et

106

ministre des collectivités territoriales qui souhaite un nouveau découpage avec comme conséquence le rattachement de ces villages à sa commune ».

2. Des contraintes qui mettent en échec toutes velléités de reformes foncières

La commission nationale de la réforme foncière a été créée par décret en décembre 2012, pour apporter des solutions aux limites de la loi sur le domaine national. Ainsi, il s'agissait de « faire face aux défis d'un accès équitable à la terre pour tous, de la dégradation et raréfaction des ressources, des besoins croissants de l'urbanisation et de la demande alimentaire, il est nécessaire de créer les conditions d'une bonne gouvernance du foncier ».

Mais au-delà de ces objectifs, l'idée était surtout de s'accorder sur une politique foncière matérialisée par une loi foncière élaborée de manière inclusive pour permettre à tous les citoyens sénégalais d'avoir accès à la terre. Selon les déclarations du président de la commission : « 95 % des terres de ce pays ne sont ni dans le commerce juridique, ni dans le commerce des Sénégalais, les Sénégalais ne sont pas propriétaires au sens juridique du terme de leur propre terroir du Sénégal. Sur 14 millions d'habitants, nous n'avons que 150.000 titres fonciers ».

Durant les travaux, la commission a regroupé tous les acteurs afin de trouver une politique foncière consensuelle avec plus 118 réunions qui ont été organisées avec les acteurs sur le territoire national. La commission a produit un rapport de Document de Politique Foncière qui a été remis officiellement au président de la République le 07 avril 2017. Ce rapport devait être la première étape vers l'élaboration du projet de la loi foncière. Mais quelques mois plus tard, la commission fut dissoute par le président de la République. Cette dissolution fut contestée par les acteurs de la société civile qui voyait dans la création de cette commission et des recommandations proposées, une bonne occasion de résoudre les problèmes fonciers qui englobent des enjeux d'ordre politique, économique, socioculturel et environnemental. Il faut dire que même les membres de cette commission ne comprennent toujours pas les raisons qui ont motivé le président à rejeter les propositions de la commission, alors qu'il avait déjà magnifié leur travail. Le président avait fustigé l'une des recommandations de cette commission qui était de transférer le droit de bail aux collectivités en ces termes : « Si, je le fais, dans le mois qui suit, il n'y aura plus une seule terre au Sénégal ». Mais certains membres de la commission disent ne pas faire une telle proposition au Président.

107

Cependant, ce rejet pouvait s'expliquer dans un contexte d'approche des élections présidentielles. Toute reformes pouvaient avoir un impact sur l'issue de ces élections, car la terre n'a cessé d'être, un instrument d'entretien de la clientèle politique. Cette même conclusion pourrait aussi s'appliquer à la loi sur le littoral qui tarde encore à être adopté à l'Assemblée nationale. Cette loi sur le littoral souffre plus d'une question de rétroactivité qui pourrait menacer de destruction toutes les constructions sur le littoral appartenant à des politiciens et hommes d'affaires.

Mais les contraintes politiques seules ne suffisent pas à mettre en échec ces projets de réformes. Les contraintes d'ordre financier sont très souvent liées aux contraintes politiques. La terre est une source de financement d'activité politique et des acteurs comme les promoteurs et ceux qui étaient censés contrôler son utilité, en font une réserve financière pour les activités politiques de leurs camps. Il existe aujourd'hui de nombreux promoteurs politiciens dans les communes de Bambilor et de Tivaouane-Peulh-Niague qui soutiennent et font partie des équipes municipales actuelles, ce que fustige certains promoteurs dont Madiara Siby, jeune promoteur, «les promoteurs qui sont dans le même bord politique que le maire bénéficient le plus de marché et de projets de terrassement ». Ce qui constitue un obstacle à une bonne gouvernance foncière durable. Les contraintes politiques et financières ont accentué l'important déséquilibre qui existe sur l'accès, et même l'occupation des terres entre la majorité des populations et quelques minorités privilégiées. Ce déséquilibre entretenu par la spéculation foncière, place la terre dans une position inaccessible pour les classes pauvres, et même moyennes.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années"   Corneille