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RGPD contrainte légale ou opportunité pour les entreprises ?


par Mathieu DARMET
Ecole de Management de Grenoble - Responsable Opérationnel d'Unité 2018
  

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ANNEXE 2 - Romain Ivoy - EVOS Infogérance

GUIDE D'ENTRETIEN

- Quelles sont les démarches ou réflexions qui ont été entreprises au sein de votre structure ?

o Dans votre fonctionnement interne ? Vos outils de communication, démarches marketing ? Type de données collectées, usage, conservation ? Accompagnement, experts, conseils...

o DPO, groupe de travail

o Dans les services ou l'accompagnement de vos clients ?

Ont-ils pris la mesure de leurs responsabilités ? PME, peu responsabilisés

? Gros sont largement interpellés > Démarches

? PME certains en parlent diffus

? Aucune réflexion petits clients > Occupé par leur activité

Avez-vous eu des demandes particulière (cryptage, recensement, documentation...) : Procédure d'effacement des données pour vos clients ; demandes de certification ou label CNIL ; analyses de risques/impact PIA (Privacy Impact Assesment) ou audit...

o Avez-vous révisé vos contrats clients et sous-traitant ? Clause de garantie ?

o Avez-vous souscrit une cyber assurance ?

- Quelles adaptations techniques avez-vous réalisé pour garantir la sécurité de vos données ? Quels impacts économiques ? Investissements ?

- Pensez-vous que cette réforme constitue une contrainte ou une opportunité pour l'entreprise ?

- Pensez-vous que ces dispositions soient suffisantes ? Quelle est votre analyse ?

- Vous évoquiez plusieurs idées lors de notre échange téléphonique - Pouvez-vous les développer ?

o Une forme de protectionnisme économique européen face aux GAFAM ?

o Développement d'un business opportuniste autour du sujet pas toujours justifié

o Adéquation des textes avec la réalité et disparité entre les types d'entreprises

Mathieu DARMET - Mémoire de fin d'étude - Business Manager 2018

 
 
 
 

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TRANSCRIPTION DE L'INTERVIEW Romain Ivoy

Le 26/04/2018 à Saint-Ismier Responsable Technique, associer Prestataire de service informatique

Mathieu Darmet : Romain Ivoy, quel est ta fonction chez d'Evos Infogérance ? Responsable Technique ?

Romain Ivoy : Oui on peut dire Responsable Technique.

MD : Je suis venu t'interroger sur le RGPD et les données personnelles en générale, voir sur l'identité ou la responsabilité numérique des individus. J'aimerais notamment savoir ce que vous avez fait en interne, ce que vous collectez, comment cela impacte votre démarche marketing ou votre communication.

RI : Pour ce qui est des aspects marketing et communication, nous n'avons pas d'activité. Notre métier consiste à être le service informatique de nos clients et pour lui changer son prestataire ou son service informatique, c'est cycle long. Ça ne marchera pas avec une campagne d'emailing, c'est des opportunités et des relations qui se créent. Il n'y a pas spécifiquement de démarche marketing, en tout cas dans notre société. Donc nous n'avons pas de problématique de données personnelles à ce niveau. On va utiliser des réseaux d'influence et c'est des gens chez nous qui sont dans ces réseaux qui vont ouvrir les portes, trouver les contacts et ensuite on engagera une démarche avec les prospects. Aujourd'hui, nous n'avons pas de démarche de communication massive, ce qui nous simplifie la vie.

MD : Sur le plan du RGPD c'est certain.

En terme d'organisation et vis-à-vis de vos traitements internes, est ce que vous avez mis en place des procédures, nommé un DPO ?

RI : Nous n'avons pas besoin de DPO, mais nous avons la particularité d'être service informatique pour nos clients. De ce fait, nous sommes sérieusement impactés par le RGPD, au moins du point de vue du temps que l'on passe à en discuter. Par rapport à nos propres outils, qui nous permettent de faire la maintenance et d'accéder à l'ensemble des systèmes d'information de nos clients. C'est donc une vraie question pour nos clients. Nous avons aussi les aspects légaux sur nos contrats à traiter, les clauses de non divulgation pour nos salariés, mais qui existent déjà, puisque n'importe lequel de nos techniciens qui intervient chez un client a potentiellement accès à des données, il peut les manipuler, les copier. Sur notre activité de support, nous sommes en train d'apporter quelques fonctionnalités supplémentaires, entre autres pour les prises en main à distance et qui découlent directement du RGPD. Nous avons un mode de fonctionnement où tout est centralisé par nos outils. Un technicien ne peut pas faire de prestations chez un client sans que cela passe par nos outils-métier. Beaucoup d'intervenants utilisent par exemple du Team Viewer ou des outils gratuits pour se connecter chez leurs clients. Mais l'inconvénient c'est que le client n'a aucune visibilité sur ce qu'ils font, il n'y a aucune traçabilité possible. Depuis la création de notre société, ces pratiques n'existent pas. Tous les

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outils sont internes à l'entreprise et chaque technicien qui se connecte est tracé et doit systématiquement renseigner le numéro de dossier concerné. Lorsqu'on se connecte à distance sur un serveur, on a automatiquement un pop-up qui lui demande d'identifier le dossier pour qu'il puisse réaliser l'intervention. On sait qui est la personne et pourquoi elle est là, ce qui nous permet de restituer au client l'ensemble des actions effectuées sur les machines, dans quel cadre, par qui et combien de temps nous avons passé.

MD : Et vos clients, est-ce qu'ils en ont pris la mesure ? Est-ce qu'ils vous interrogent sur le RGPD ?

RI : Ce sont des PME et il y a 3 cas de figure. Les plus gros qui sont harcelés par les différentes communications commerciales, ont commencé à engager des démarches et se sont déjà tournés vers nous pour valider les choses. Nous avons les sociétés plus petites où de temps en temps on nous en parle, mais c'est très diffus. Et pour les tout petits clients, ils n'ont eu aucune réflexion et la plupart d'entre eux ne savent même pas ce que c'est. De toute façon, ils ont déjà du mal à assurer leur charge de travail au quotidien, donc ne vont pas s'occuper de choses subalternes, pour lesquelles il n'y a pas eu de communication et personne n'a pris le temps de regarder.

MD : Oui, ils en ont au moins entendu parler et il y a des contraintes.

RI : Dans une PME de 5 ou 6 personnes, c'est en général le dirigeant qui gère ces sujets et c'est une contrainte parmi d'autres, qui sont toujours plus urgentes. Etant acteur informatique nous nous en sommes forcément occupés. Pour nous il y avait deux axes, l'un interne pour la mise en conformité juridique, ce qui nous rappelle bien que la RGPD est avant tout un problème juridique, sur lequel les gens de l'informatique ne peuvent qu'accompagner dans la traduction des moyens. Le prestataire informatique va être là pour faire la translation entre les aspects très techniques et les besoins des juristes. Nous avons donc pris rendez-vous avec notre juriste, pris l'ensemble des contrats relatifs à notre activité, et lui expliquer ce qu'on fait et notre juriste met un plan d'action en place pour notre société. Compte tenu de notre taille, nous n'avons pas le temps de nous en occuper. On ne peut ni détacher la personne et on n'a pas obligatoirement les compétences pour traduire le texte correctement. On est tous capable de lire du français, mais l'interprétation d'un texte de loi c'est un métier. Mais quand on pense ne serait-ce qu'à la définition de ce qu'est une donnée à caractère personnel, c'est déjà une aventure. Par exemple est ce qu'on est obligé de déclarer le carnet d'adresses Outlook de ses salariés ? Puisqu'une fiche de contact, c'est bien une donnée personnelle, qui identifie de manière explicite un individu par son nom, son prénom, son numéro de téléphone mobile, son adresse mail.

MD : Mais il y a aussi une question de sensibilité de ces données personnelles.

RI : Là attention, il y a les données à caractère personnel et ensuite celles qui se rapporte à des sujets spécifiques, comme la santé notamment. Mais ce dont parle le RGPD, au sens général du terme c'est bien des données à caractère personnel, avec un volet pour les données sensibles, avec des obligations spécifiques. La personne qui s'occupe de l'administratif dans une PME, qui a reçu des tonnes de documents, va me demander ce qu'elle doit déclarer : « ma base

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de gestion, mon fichier de paie, je fais comment ? » Nous allons pouvoir l'aider à recenser ses données d'un point de vue informatique, car en général dans l'entreprise une personne n'a pas une visibilité transversale, mais plutôt verticale. Elle voit ce qu'elle utilise, mais ne sait pas forcément qu'à l'atelier ils ont mis en place des plannings, avec le nom des personnes, leurs numéros de téléphone pour les astreintes, ils se sont peut-être arrangés entre eux. Comme chaque personne passe par nous à un moment, pour savoir comment traiter ses données, comment on va les sauvegarder, on a une vision des demandes en entrée et une vision du système dans son ensemble. On peut donc faire l'inventaire du système de manière exhaustive et c'est là que l'on peut accompagner le client, pour recenser les informations.

MD : Donc vous avez eu des demandes de missions particulières vis-à-vis du RGPD.

RI : Quand on nous aborde sous cet angle, on leur explique ce qu'on connait de la RGPD, on leur demande de se retourner vers leur juriste, car il va y avoir des modifications dans les contrats de travail, une charte informatique. Est-ce qu'une charte informatique peut-être rédigée par un technicien informatique ? Je ne suis pas sûr qu'elle soit légale à l'arrivée. Ensuite on peut l'accompagner par rapport à son besoin, mais on ne va pas se lancer dans un inventaire, qui prendrait des jours. On est peut-être de mauvais commerciaux, mais tant qu'on ne connait pas l'obligation légale de ce client, on le rassure dans un premier temps, car c'est avant tout le problème qu'on va rencontrer dans une petite structure. En plus si notre interlocuteur n'est pas le dirigeant et qu'il est le seul à en avoir entendu parler, il n'est pas forcément audible. Le RGPD vise différentes choses, c'est comme toute procédure qualité, qui entraine des contraintes, mais pour moi, la vraie question, c'est comment l'utiliser à des fins pertinentes dans l'entreprise. Est-ce qu'on le fait juste pour être certifié, ou est-ce qu'on essaie d'améliorer nos process. Pour moi, cela doit être abordé sous forme de valeur ajoutée. Nous l'utilisons nous aussi au travers de nos clients, pour valoriser nos prestations.

On va leur donner les éléments qu'ils pourront eux-mêmes valoriser auprès de leurs clients, dans leurs propres prestations grâce aux mécanismes qu'on a mis en place au niveau de l'informatique.

MD : C'est-à-dire ?

RI : Sécurité, sauvegarde, tolérance de pannes, moyens mis en oeuvre, période de support, astreintes, qui permettent à nos clients de dire qu'ils ont une continuité d'activité. De dire que les entrées/sorties et les droits sont contrôlés, qu'ils sont aux normes et de le garantir à leur client : « si vous avez besoin, on peut ». Cela permet à nos clients de se positionner avec un niveau de fiabilité de leur système d'information qui est déjà plus élevé que celui de leurs concurrents. Cela leur permet d'arriver sur le marché avec un autre niveau de critères et de créer une barrière à l'entrée, car le client va demander aux autres s'ils l'ont aussi. Du coup, leur client ne sait pas vraiment pourquoi, mais si c'est moins bien en face, il en tiendra compte. Donc si nos clients interviennent dans l'aéronautique, de la chimie ou vis-à-vis de domaines qui sont réglementés, ils pourront, même en tant que PME, échanger avec le service informatique de leurs clients. C'est donc une valeur ajoutée pour eux et une différenciation par rapport aux tailles de structures, parce qu'ils accèdent à des moyens qui ne sont pas normalement mis en place. Là on aborde un autre point de la réglementation que l'on peut traduire sous forme de valeur ajoutée, à savoir : comment je transforme cette contrainte réglementaire en avantage

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concurrentiel. Dans notre cas, grâce à cette réglementation, cela permet d'éliminer un certain nombre d'acteurs ou de leur créer des difficultés dans leur business.

MD : En d'autres termes, cela vous permet de mettre en avant une valeur ajoutée qui n'était pas forcément perçue par vos clients.

RI : Il ne faut pas aller trop loin non plus, mais nous sommes toujours partis du principe que : pourquoi faire mal, alors qu'on pourrait faire bien avec les mêmes ressources ? Si on est bien préparé, on peut faire sa prestation proprement, plutôt que tout faire dans le désordre en se débrouillant pour que ça marche en partant, mais c'est de l'à peu près... On s'est toujours focalisés sur cette approche, en partant des bonnes pratiques, quitte à détourner quand on rencontre un problème ou pour certains usages, mais nous respectons nos process. On l'a vérifié ces dernières années, avec des PME qui ont été rachetées par des grands groupes. Le risque était de perdre notre client et les groupes en question ont finalement recontracté avec nous, parce que ce qu'on leur fournissait était tout à fait compatible avec leurs méthodes de travail. Donc comme le service informatique de ces groupes est relativement loin du site que nous gérons, pourquoi s'embêter à modifier des choses qui fonctionnent parfaitement. Après lorsqu'on arrive sur des clients plus petits, qui n'ont pas ces problématiques et ces contraintes, on est plus chers et plus contraignants.

Mais depuis le vote de la loi en 2016, nous avons quand même eu pas mal d'éléments qui sont venus heurter l'opinion en matière de sécurité. Le sujet de la sécurité numérique est devenu un sujet un peu plus présent pour le commun des mortels, avec Facebook, Snowden, les ransomware, qui sont des évènements très médiatisés. Mais c'est un peu comme la peur du gendarme, ça ne dure qu'un certain temps et les moyens et volontés se diluent avec le temps. Donc ce qui n'est pas fait sur le moment, ne sera pas fait, ou on attendra le prochain scandale pour réagir.

L'avantage de la législation c'est qu'elle va permettre de définir une norme. Je rappelle que dans le domaine des systèmes d'information et de l'informatique, il s'agit d'éléments critiques qui permettent de faire fonctionner l'entreprise. C'est le système nerveux de l'entreprise, mais il y a beaucoup de sociétés en France qui ne redémarrent pas si elles rencontrent un sinistre informatique, car elles ne le maîtrisent pas. L'entreprise a tendance à considérer que type d'outil, c'est comme l'électricité : on l'allume ça fonctionne et tout le monde l'utilise. Il y a un bouton, j'appuie, ça doit marcher. Mais elle oublie que contrairement à l'énergie, l'entreprise est responsable de la production de son information.

Réfléchis aux structures dans les quelles tu as travaillé, y compris avec moi. Aucunes n'étaient en mesure de garantir qu'elles pourraient retravailler après un sinistre majeur. Parce qu'on se consacrait à notre métier et que cela demandait de gros investissements. Le risque se multiplie, avant on abordait les risques liés aux sinistres naturels, aujourd'hui il est aussi numérique et il s'amplifie.

Avec le RGPD, les gouvernements envoient aussi un autre signal. On s'aperçoit que c'est comme avec un ascenseur, il faut un entretien et si on laisse les gens le faire d'eux-mêmes, ils ne le font pas. Donc on est obligé de contraindre et c'est ce qu'essaie de faire l'Europe avec le RGPD. Elle cherche d'un côté à protéger les données des citoyens européens et de l'autre à créer un levier de compétitivité pour les entreprises européennes, parce qu'on est très en retard sur le numérique. Sur le traitement des données à caractère personnel, sur le traitement de masse, tout simplement inexistant.

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On a des compétences sur des domaines pointus et techniques du traitement de la données, avec des mathématiciens et de hautes compétences universitaires, mais nous n'avons pas su mettre en place les géants permettant de traiter la masse de données nécessaire. On n'a pas les tailles critiques. L'Europe est prise entre la Chine et les Etats Unis, avec des acteurs majeurs, qui ne sont pas forcément que les GAFA qu'on connait, mais qui sont tout aussi puissants : Alibaba et autres. L'Europe a donc fait ce qu'elle sait bien faire, elle légifère...

MD : Oui mais l'Amérique du Nord, qui a plutôt une autre culture vis-à-vis des données personnelles, est en train de se poser des questions, notamment suite aux détournements de données qui ont été médiatisés et ont pu influencer leur électorat.

RI : C'est vrai que quand on est américain, imaginer qu'un ancien du KGB ait pu mettre quelqu'un à la tête de son pays, c'est assez terrible. Ce que je constate aux Etats Unis, c'est que tu fais d'abord puis tu sanctionnes à postériori. Là, nous légiférons avant de faire, ce qui est inhérent à notre fonctionnement, on le retrouve dans notre droit ou dans d'autres domaines. On a une inversion des normes par rapport à eux. Aux Etats Unis, ils attendent d'avoir franchi la ligne rouge. Zuckerberg va devoir s'expliquer devant le Congrès et là ils vont peut-être lui taper sur les doigts et peut-être changer les règles.

Nous, on légifère pour éviter que cela arrive, mais est-ce que ça va être compatible avec le développement économique ? Est-ce qu'on va être mesure de concurrencer ces acteurs américains ? Il est donc intéressant de confronter les deux méthodes.

Mais la manière dont le texte a été fait le rend extrêmement complexe à appliquer. Il est complexe à interpréter et dans l'année qui vient, on entre surtout dans une phase où on va faire des efforts.

MD : C'est d'ailleurs ce que la CNIL entend mesurer, à s avoir ce que les entreprises auront mis en place dans l'esprit du RGPD.

RI : On va faire des efforts, mais je pense qu'on ne va pas s'énerver plus que ça, parce qu'on s'aperçoit qu'il n'y a pas grand monde qui est capable de répondre avec certitude sur ces sujets. Plus globalement, il y a aussi certains domaines du texte qui sont très larges et qui vont à mon avis nécessiter quelques cas d'école et procès pour avoir des jurisprudences. Pour le moment le texte de loi est tellement ouvert, que l'interprétation que va en être faite sera très importante. Il faudra attendre ces premiers jugements pour commencer à avoir des réponses un peu plus précises.

Cela rappelle l'usage de la messagerie en entreprise il y a quelques années, qui a engendré quelques procès, avec des jugements opposés sur des cas pourtant assez similaires. L'interprétation de la loi en fonction du juge était différente. Pour les PME comme nous, on met quelques moyens et on investit du temps sur le RGPD et on pourra démontrer notre bonne foi dans la démarche. Il ne peut pas y avoir d'objectif et d'engagement de résultat aujourd'hui.

MD : Avez-vous des clients qui vous ont interpellés sur des procédures d'effacement des données ?

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RI : Non en aucun cas. Nos clients ne produisent pas de la donnée brute, ils utilisent des logiciels. Donc il serait bon que les logiciels intègrent ces paramètres et on s'aperçoit que ce n'est pas le cas. On a d'ailleurs certains acteurs qui fournissent leur logiciel en mode locatif, comme un accès au service. Donc leur responsabilité va un peu se transformer, car le client accède à un service qu'ils gèrent.

Pour l'instant, ils mettent en avant le fait de respecter les données de leurs clients, mais ils n'ont pas encore mis en place tous ces mécanismes de gestion de la donnée dans le temps et n'ont pas fourni les outils pour que l'utilisateur puisse le faire. Le RGPD arrive aussi à un moment où notre monde est en mutation complète, dans son fonctionnement et dans la manière de faire du business.

L'informatique évolue aussi, ne serait-ce que dans les termes utilisés, on parle d'ESN, de responsables numériques, on cherche des data scientistes, on parle de big data... La transformation est très forte et la RGPD arrive en même temps. Ce que je perçois c'est que pour le PME historiques, leur numérisation est encore très abstraite et compliquée. Avec le RGPD qui s'applique par-dessus, cela devient difficile à digérer. C'est plutôt les acteurs du marché, qui en se mettant aux normes vont automatiquement entrainer leurs clients dans la norme et c'est comme ça que le marché va se structurer. On arrive dans un marché où on n'est plus forcément propriétaire de son système d'information, on consomme des services qui vont interagir les uns avec les autres. Donc si tous les services sont aux normes, la question ne se pose pas.

MD : Il restera la manière dont sera utilisé le système d'information et ceux qui ne joueront pas le jeu.

RI : Dans ce cas c'est une violation de la loi. Le débat est récurent, notamment avec Facebook dont les conditions d'utilisation et ce qui est fait des données n'a jamais été très claire. Le sujet reviens régulièrement sur la table depuis 10 ans, même si cela prend des proportions plus importantes aujourd'hui. Des études démontrent que les jeunes utilisateurs sont devenus très sensibles à l'utilisation de leurs données personnelles et qu'ils en ont pleinement conscience. Par contre, ils n'ont pas tellement modifié leurs usages pour autant.

MD : Cela nous amène au niveau de sensibilisation et d'éducation de ce public, qui est assez peu cadré.

RI : En tant que parent, il me semble que c'est à toi de le faire. Pour moi, ce n'est pas forcément le rôle de l'école et c'est aux parents de s'occuper au sens large de l'éducation de leurs enfants. On apprend à son enfant par exemple qu'il faut faire attention au passage piéton. L'école fait des journées de sensibilisation sur la sécurité routière, mais c'est plus un rappel des bonnes pratiques et cela peut traduire une insuffisance de la part des parents sur ce sujet. Pour le numérique, l'usage est surtout fait sous le contrôle des parents. Donner une tablette à un enfant de 3 ans, revient à ne pas assumer son rôle de parent, ne pas prendre du temps pour son enfant, ne pas échanger avec lui... C'est l'occuper pour pouvoir faire autre chose.

MD : De ce point de vu, je suis d'accord. Mais partant du principe que les parents utilisent eux-mêmes le numérique sans être suffisamment éduqués, il me semble illusoire d'espérer les voir accompagner correctement leurs enfants dans l'usage qu'ils en font...

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RI : Nous abordons là un sujet beaucoup plus large, car en France le numérique apporte très peu de productivité. On a investi dans le numérique depuis de nombreuses années, il y a de l'informatique et des systèmes d'information partout et on n'y trouve pas obligatoirement de gain de productivité.

On s'aperçoit tous les jours que les gens en entreprises ne savent pas l'utiliser, avec des utilisateurs qui impriment leurs tableaux Excel et font des contrôles de sommes à la calculatrice, avec ceux qui font du copier/coller pendant des heures et qui passent aussi des heures à ressaisir les mêmes informations par ailleurs.

Cela revient à faire une activité manuelle avec un outil numérique. Ils se demandent rarement comment ils peuvent automatiser leurs tâches, ce qui est déjà un problème fondamental, car par définition, l'informatique consiste à automatiser des traitements.

L'utilisateur devrait donc face à ces situations se rendre compte qu'il n'est pas en train d'utiliser l'outil de la bonne manière. Sauf que ce n'est pas le cas, parce que lorsqu'on fait des tâches répétitives, au bout d'un certain temps on a l'impression d'être productif et ça nous rassure. Mais nous nous éloignons du sujet.

MD : Pas forcément, car on est en train de protéger les données des gens, mais on ne les protège pas d'eux-mêmes...

RI : Il y a tout d'abord la culture française et latine, pour laquelle le numérique et la donnée sont encore des choses relativement abstraites. C'est devenu d'un usage courant, pour les jeunes générations, comme pouvait l'être à une époque le Rubik's Cube ou les baskets. C'est des usages générationnels qui se sont ensuite généralisés. Le smartphone, les réseaux sociaux, c'est pareil, on ne reviendra pas en arrière.

Nous n'avons pas du tout la même approche du numérique que les anglosaxons. Eux, vont protéger les données, mettre en place des solutions et justement créer des services qu'on ne créée pas. Ils ont une conscience du monde numérique, il est palpable, il est tangible et a une valeur monétisable. C'est très peu le cas chez nous les gens ont très peu ce souci-là. A partir du moment où ça n'a pas de valeur, pourquoi le protéger ?

On réagit aux effets de bord, mais nous se sommes pas encore parvenus à rentrer dans ce monde numérique. Cela se vérifie dans notre entreprise, car il est beaucoup plus simple de suivre une prestation où l'on a du matériel à livrer, qu'une prestation purement intellectuelle. Au niveau comptable et administratif, on va réagir en disant, « ça s'était un gros truc »... Non c'était juste un bien atomique, matérialisé, une fois qu'on l'a livré, on ne l'a plus. Alors que nos prestations numériques sont impalpables.

J'ai eu le cas récemment d'une société de 300 personnes, qui a besoin de faire de la simulation pour leurs production et ils ont un outil qui leur fournit des éléments pertinents et exploitables. Le seul problème, c'est que pour faire les calculs cela prend plusieurs jours et on a déjà terminé la production. C'est normal, vous avez investi 2000 € dans le simulateur et le serveur qui le fait fonctionner, alors qu'une machine adaptée aurait plutôt coûté 30 000 €. Et là ils sont tombés des nues. Je les ai ramenés au prix d'un véhicule pour un de leur commercial, pour laquelle ils sont volontiers prêts à mettre cette somme, en leur demandant pourquoi ils sont choqués de devoir mettre cette même somme dans un matériel pourtant crucial pour leur activité. Pourquoi ? C'est une question de poids ?

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Ils vont encore une fois valoriser le côté palpable de leur investissement. Et quand on creuse, on s'aperçoit que si leur simulateur fonctionnait plus rapidement, ils pourraient gagner 20 à 30 jours de production sur leur usine. L'investissement me semble donc rapide à amortir, surtout par rapport à la voiture du commercial... Je leur ai donc demandé quel est le bon choix si vous n'aviez que 30 000 € ? Mon interlocuteur, m'a alors répondu qu'étant l'utilisateur de cette voiture, il comprend bien.

On n'est donc toujours pas dans quelque chose de rationnel, quand il s'agit du numérique. C'est des mécanismes qui sont humains, mais c'est toute l'entreprise qui s'appuie sur le système d'information et c'est un des rares postes sur lequel on ne prévoit pas de budget et on ne sait même pas ce qu'il coûte comptablement. Si on confronte le cas d'une chaine de production industrielle et celui d'une chaîne numérique, avec des gens qui font entrer de l'information dans le système, est-ce qu'il y a vraiment une différence ? Prenons le cas d'un avocat, qui finalement produit du document Word à la chaîne et de la prestation intellectuelle. Leur chaîne de production est donc leur compétence et le système informatique. Mais même pour eux, l'investissement informatique reste compliqué, c'est juste un centre de coûts...

MD : C'est assez révélateur. Il y a un vrai problème de perception.

RI : Avec ce problème de perception, le fait d'arriver en bout de chaîne en parlant de protection des données génère une certaine incompréhension. Alors qu'aujourd'hui, ce public devrait réfléchir à comment optimiser ses moyens de production, avec des chat bot pour les avocats, qui vont rédiger leurs contrats automatiquement ou prendre en charge leurs utilisateurs, augmenter en volume et faire des investissements dans les outils de compétition de demain. En dehors de quelques visionnaires ou personnes sensibilisées, la majorité est incapable de mettre le prix qu'il faut dans ce genre de choses.

Quand nous avons à faire à des gens qui sont réceptifs, on peut les interpeler sur les changements qui s'opèrent. Nous assistons à la mise en place de villes numériques, ce qui veut dire de la délinquance numérique, des accidents numériques et il faut donc des pompiers et de la police numérique. Pour schématiser, on est en train de transposer notre monde dans le numérique, on peut pas se limiter à faire les choses à moitié. Ou alors on continue à le faire au fil de l'eau et on fait notre apprentissage dans la dureté. Mais nous sommes face à des gens culturellement adaptés et formés, qui vont tout de suite mettre en place des centres de production numériques « sizés », sans les incidents de parcours.

MD : Donc de ce point de vu, le RGPD est une aubaine.

RI : C'est une aubaine, parce que cela oblige à y réfléchir, mais ça ne suffira pas à opérer la transformation numérique que nous devons faire en France et en Europe. Et ce n'est pas parce que nous avons quelques start up de pointe, la fameuse « French Tech », que nous pourrons transformer l'état d'esprit. D'autant que le tissu économique de base de la France reste les PME et que ce tissu a énormément de mal à s'adapter. Après, avec le changement de génération dans les entreprises, nous allons commencer à avoir des ruptures.

MD : Dans ce cas, il faut peut-être s'interroger sur sa typologie de clients. Ai-je envie de travailler avec des gens qui ne sont pas prêts à mettre les moyens nécessaires ?

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Le RGPD - Contrainte légale ou opportunité pour les entreprises ?

RI : Oui, mais peut-on se permettre le luxe de choisir nos clients ?

MD : Non, évidemment...

RI : Ce serait tellement plus simple ! C'est quand même ce qu'on essaie de faire, mais on a des clients qui travaillent avec nous par choix et d'autres par hasard. Les seconds, ne comprennent pas toujours tous les enjeux, c'est cher, mais finalement comme tout se passe bien... On a eu des cas où nos clients ont interrogé la concurrence et qui nous ont dit que finalement, ils aimeraient que ce soit un peu moins cher, mais qu'ils veulent continuer avec nous car ces concurrents n'ont rien trouvés à redire sur notre travail. On sait très bien qu'on ne gardera pas certains clients, car ils n'arriveront pas à percevoir ce qu'on leur amène et donc nous ne sommes est pas le bon prestataire pour eux.

MD : Même si ce n'est pas obligatoirement le rôle de l'école, c'est bien là où je voulais en venir quand je parle d'un manque d'éducation et de maturité sur ces sujets.

RI : En plus c'est un marché qui évolue très vite, donc même si on investit dans l'éducation, cela reste difficile. Une Mairie nous avait demandé il y a plusieurs années de former son personnel au numérique et à l'internet. C'était des précurseurs et nous avons pu expliquer les bases aux utilisateurs.

Je suis sûr que ces gens sont encore aujourd'hui beaucoup mieux à même d'utiliser leurs ordinateurs que ceux qui arrivent aujourd'hui sur le marché du travail, car ils comprennent les mécanismes.

On peut comparer ça au monde de l'automobile, tout le monde conduit, mais ne sait pas pour autant comment fonctionne un moteur à explosion. On a souvent vendu l'idée que ceux qui étaient nés avec, maîtrisent mieux les choses. Donc dans cette logique, tout le monde étant né après l'automobile, tout le monde devrait maîtriser comment fonctionne la mécanique !

MD : Oui, mais on leur fait au moins passer un permis de conduire.

RI : Est-ce qui faudrait que ce soit le cas pour un ordinateur ? Il faut regarder quels sont les risques. Oui c'est un peu anxiogène, mais pour ma part je n'existe pas sur internet et donc je n'ai pas vraiment de problèmes. Pas de compte Facebook ou quoi que ce soit. Quand je rentre chez moi, j'éteins mon téléphone, car c'est un outil de travail. Quand je vois mes amis, que je fais un barbecue, je le prends pas en photo, je mange ! Je n'ai pas besoin que quelqu'un « like » ce que je fais pour me dire que c'est bien. Je le sais si c'est bon ! Cela nous amène vers autre chose.

MD : Oui dans le fait d'exister socialement.

RI : Etant un « geek » depuis toujours, je n'ai pas ce besoin. Je n'ai jamais fait un site sur mon poisson rouge ou sur mon chat. Mais si on se moquait de mon site, que je considère être

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l'oeuvre de ma vie, je comprends que ça puisse faire du mal. Il faut donc un peu relativiser, on peut parfaitement vivre sans être connecté et soumis au numérique.

Aujourd'hui, j'ai beau aimer les voitures ou le rugby, je ne supporte plus d'aller sur les forums, tout le monde s'insulte...

Si on prend Twitter, cela ressemble à un mécanisme visant à automatiser le bashing. Donc le système d'information joue bien son rôle, il automatise le traitement. Au même titre qu'on peut insulter quelqu'un dans la rue ou dans un stade, aujourd'hui on peut le faire à des milliards d'exemplaires.

MD : Cela soulève un problème d'impunité relative sur internet. Certains se permettent des choses qu'ils ne feraient justement pas dans la vie.

RI : Mais aujourd'hui c'est sanctionné. Il y a de nombreux cas ces derniers temps. Mais le RGPD n'y changera rien, car les gens ont toute autonomie dans la bêtise. Est-ce qu'on peut incriminer le numérique quand une végane se félicite sur internet de la mort d'un boucher ? Que les convictions des gens les amènent à penser ça ou à faire des blagues entre amis sur certains sujets sensibles pourquoi pas, mais qu'ils le mettent sur les réseaux sociaux...

MD : Ils sont sensés agir en pleine conscience et assumer.

RI : La législation existe et a toujours existé, c'est le code civil. On a tergiversé sur la loi HADOPI parce qu'il faut s'adapter au numérique, mais si je te vole une oeuvre, qu'elle soit numérique ou atomique, c'est du vol. On veut réinventer des lois, mais elles sont déjà là.

MD : C'est vrai que si les gens n'ont pas le sentiment de voler quand c'est quelque chose d'immatériel, ils n'ont pas spontanément conscience de se faire voler leurs données non plus.

RI : Si l'on prend la tenue de propos racistes ou l'incitation à la haine, il n'y a pas matière à faire des textes de loi, ils existent.

MD : Il y a quand même une forme d'impunité, puisqu'internet permet de masquer son identité plus facilement que dans le monde réel.

RI : Oui, mais on peut envoyer des lettres anonymes ! Avec la protection des données, pour moi le danger est ailleurs, c'est même très simple : Si le 3èmeReich avait disposé d'outils numérique, il leur aurait fallu combien de temps pour faire un génocide ? En quelques heures ils auraient fait leur liste et aller plus rapidement au bout de leur démarche, ce qu'ils n'ont pas pu faire bien heureusement !

Il y a aussi des dérives modernes plus pernicieuses, puisqu'on voit très régulièrement apparaitre des histoires qui font du buzz sur les réseaux sociaux, sur des sujets qu'on pouvait avant qualifier de rumeurs, qui se trouvent aujourd'hui démultipliés. Ce qui induit finalement des fake news, qui te permettent ensuite d'influencer l'opinion. Il y a donc un danger pour la démocratie, qui n'est pas prête à ce phénomène, entre la liberté d'expression et la diffamation.

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Le principe de la fake news est d'insérer des faits qui sont faux et d'influencer une pensée. Lorsque c'est fait correctement, cela crée un état de fait qui n'existe pas. La démocratie doit donc se doter des moyens permettant de lutter contre ces phénomènes et c'est un peu le cas avec le RGPD.

Donc le RGPD va essayer de traiter à la source la collecte de données de masse, ce qui permettra d'endiguer ces phénomène, avec d'avantage de contrôle et de traçabilité. On a aussi des problématiques de criminalité, mais aussi de discrimination. Quand on va vouloir souscrire une assurance, on va s'apercevoir que l'on aura pas forcément les mêmes conditions que son voisin, parce qu'on aura pris en compte nos données de santé, bancaires et autres. On se retrouve donc « benchmarké », parce que l'ensemble de nos données auront déjà été vendues. Mais est-ce que ce n'est pas finalement une volonté de notre société ?

MD : Dans une démarche de profitabilité permanente, j'en ai bien peur...

On est pourtant sensé pouvoir revendiquer un droit à l'oubli, mais quand les données ont été revendues, on en a pas la garantie.

RI : Normalement elles sont détruites et la RGPD devrait pouvoir le réguler d'avantage.

Pour moi c'est vraiment une loi polymorphe, dans le sens où au-delà des contraintes pour l'entreprise, cela permet aux gens de prendre conscience du numérique et de réguler notre marché.

Pour moi, c'est une bonne chose que le sujet soit sérieusement pris en compte, c'est une loi qui est dans l'air du temps. Donc sur le fond c'est plutôt positif, mais sur la forme la loi est très peu applicable. J'aborderai aussi rapidement les aspects économiques, car depuis quelques mois, tout tourne autour du RGPD, même les souris sont « compatibles RGPD »... On voit bien l'opportunisme commercial...

On ressent aussi la volonté de l'Europe de lutter contre la concurrence déloyale des géants du numérique.

Finalement, je trouve que le bruit fait autour se révèle plus productif que la loi en elle-

même.

En dehors des geeks et des earlyadopters, je dirais que 80% des jeunes utilisateurs, donc la génération qui n'a connu que le numérique, ne sont pas plus éclairés sur le sujet que leurs parents.

Ils ne savent ni comment ça fonctionne, ni comment se dépanner eux-mêmes, ni si leurs données sont exposées, par contre ils sont usagers et dépendants. Un peu comme pour l'automobile que nous évoquions, les gens les utilisent mais ne savent pas les entretenir. S'il n'y avait pas un carnet ou leur voiture qui leur dit de faire la vidange, la plupart ne la ferait pas. Si on prend le permis de conduire, il y a aujourd'hui beaucoup plus de rubriques sur la mécanique.

En plus le numérique est un domaine beaucoup plus large.

Je dirais aussi que, comme dans Xfiles, le problème « est ailleurs ». Le fait que Google soit aujourd'hui le plus gros investisseur au monde sur les neurosciences est préoccupant. Parce qu'en encore une fois, les américains font, puis on verra après si ça dérape... Et sur certains sujets, ils seront allés déjà très loin.

Travailler sur la lecture et l'écriture dans le cerveau, c'est un sujet intéressant je trouve, mais que ce soit Google, ça m'interpelle et ce n'est pas une entreprise caritative.

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On est dans un monde qui va être de plus en plus connecté, on parle de réalité augmentée. Nous avons eu la culture « cyber punk > il y a quelques années, avec des auteurs comme Azimov, Gibson ou des films comme Matrix, Blade Runner pour les plus connus. Cette culture a quasiment disparu, parce que finalement on y arrive et ce n'est plus de la science-fiction. Si on extrapole, petit à petit on se connecte à la machine.

Comme l'interface clavier, souris, écran est peu adaptée, donc le plus simple c'est de se connecter directement pour interagir avec le système. Quand on commence à parler de réalité augmentée, de prothèse intelligente, d'équipements comme le pilotage de pacemakers, de régulation d'insuline, on arrive au corps humain connecté. Donc on peut parler de manipulation de la pensée ou d'autres choses, mais l'impact d'un ransomware sur un pacemaker, cela devient un vrai problème.

Pour l'instant le risque est encore bénin, on a des adolescents qu'il faudrait peut-être envoyer en désintoxe d'internet ou de smartphone. Par contre en passant le cap des objets connectés, on va avoir de plus en plus de fonctions qui vont être des extensions de notre propre corps, tout ce qu'on n'aura pas cadré avant va occasionner des effets de bord sérieux. Pour le moment c'est des effets indirects, quelqu'un pirate les hôpitaux comme le NHS avec un ransomware et il faut repousser toute les opérations non urgentes, à la télévision on voit des gens en chaises roulantes déambuler dans la rue devant les hôpitaux anglais... C'est le bazar général, il y a de la tension, médiatiquement c'est terrible, on a perdu 2 jours, mais personne n'est mort !

Le jour où quelqu'un annoncera : Tous ceux qui ont un pacemaker de telle marque, si vous ne payez pas la rançon, je les arrête. Là l'impact est nettement plus direct.

Avec la manipulation du cerveau, je te laisse imaginer le genre de moudjahidine qu'on va pouvoir fabriquer, là c'est un drone humain.

Donc c'est au-delà du RGPD.

Il y a des moyens de se protéger, en ayant un comportement « soft > et diminuer l'impact. Personnellement, je n'ai pas beaucoup de données, donc je n'y fait pas spécialement attention, car l'usage de mes données n'a pas beaucoup d'impact sur mon quotidien. Je n'ai quasiment pas d'exposition numérique et d'ailleurs ça devient tellement rare que, ceux qui n'ont pas de compte Facebook ou Viadeo vont finir par interpeller les gens.

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ANNEXE 3 - Entretien Guillaume Pourquié, Grenoble Ecole de Management

GUIDE D'ENTRETIEN

- Présentez-vous - quel est votre cursus et vos attributions ? ORGANISATION INTERNE

- Depuis quand avez-vous initié votre démarche de conformité RGPD ?

o Comment vous êtes-vous préparé ?

Avez -vous suivi une formation spécifique ? Une certification DPO ?

o Avez-vous été accompagné : Juristes, experts, services spécifique de l'administration ?

o Echange avec une communauté, d'autres DPO ?

o Pensez-vous être en conformité au 25/05/18 ?

o Où en êtes-vous dans votre processus ?

- Qu'avez-vous mis en oeuvre :

o J'ai pu voir que vous étiez le CIL auparavant, qu'est ce qui change réellement dans vos attributions et vos missions ?

o Comment vous êtes-vous organisé ?

o Avez-vous mis en place des référents, des responsables de traitement ?

o Avez-vous cartographié vos données ? Combien de temps avez-vous mis ?

o Comment avez-vous priorisées les actions à mener ?

o Avez-vous réalisé une analyse de risque ? Quels outils avez-vous utilisé ? Analyse d'impact de la CNIL : PIA (Privacy Impact Assesment) ? Outils internes ?

o Vous prestataire ou éditeurs de logiciels ont-ils communiqué sur le sujet ? Avez-vous eu des exigences particulières (label, cyberassurance) ? Leurs engagements contractuels ont-ils évolués ?

o Avez-vous souscrit une cyberassurance ? Mis en oeuvre une démarche de certification ou conformité CNIL ?

o Qu'avez-vous modifié en terme de sécurité ?

o Qu'avez-vous documenté ? registre des activités de traitement (obligation >250 sal)

o Quels ont été les impacts financiers ?

- Quels type de données personnelles manipulez-vous ?

o Quel est leur niveau de sensibilité ?

o Comment les collectez-vous (privacy by design et by default) et quel impact sur la manière dont vous les collectez (conditions, mentions, site web...) ?

o Comment sont-elles utilisées ?

o Etes-vous amené à les partager avec des tiers ?

o Avez-vous crypté, anonymisé ou pseudonymisé ces données ?

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o Etes-vous en mesure d'informer les individus qui font l'objet du traitement ? De prouver le consentement des individus ?

o Quels mécanisme vous permet de supprimer les données ? A la demande des individu ? Pendant combien de temps pouvez-vous les conserver ?

o Avez-vous évaluer le coût de ces suppressions, mis en place des ressources supplémentaires ? Une participation « raisonnable » à leur suppression est elles demandée ?

- Sur quels aspects vous sentez vous plus particulièrement concerné ou impacté ? Qu'est-ce qui vous semble le plus compliqué ?

VOTRE ANALYSE : Quel votre avis personnel si vous souhaitez m'en faire part ?

o Pensez-vous que ce dispositif soit suffisants ? Quelles peuvent être les limites ?

o Pensez-vous que cette réforme constitue une contrainte ou une opportunité pour l'entreprise ?

o Pensez-vous que c'est l'opportunité pour l'Europe de reprendre la main sur le numérique ?

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TRANSCRIPTION INTERVIEW Guillaume Pourquié

Le 07/05/2018 à Grenoble

Délégué à la protection des données (Data Protection Officer) à Grenoble Ecole de Management.

Mathieu Darmet : J'ai été amené à échanger sur la notion de labelisation CNIL, que ce soit pour les entreprises auditées que pour les auditeurs. A part Optimex Data, il semble qu'il y en ait peu sur la région.

Guillaume Pourquié : Non, il y en a d'autres, notamment à Lyon. J'ai recroisé une ancienne Correspondante Informatique et Liberté de la CCI qui s'est mise à son compte dans ce domaine et il y aussi des Délégués à la Protection des Données militants qui ont créés des structures. Comme la société DPMS dans le sud de la France, qui a été créée par un des fondateurs de l'association des CIL.

Depuis il travaille avec le bureau Veritas pour mettre en place une certification.

MD : Oui j'ai vu sur leur site qu'ils proposent une formation pour les DPO, mais à priori ce sera une certification de Veritas et non CNIL. D'ailleurs la CNIL indique que ce n'est plus dans ses prérogatives et que l'attribution des certifications est désormais déléguée à la COFRAC. Mais je n'ai pas trouvé d'information sur le site de la COFRAC.

GP : Oui absolument, vu les nouveaux rôles de la CNIL, ils ne pourront plus. Car ils seraient juge et partie.

C'est le même problème pour la formation des DPO, qui doivent être formés tout au long de leur carrière et la CNIL réfléchit comment s'en assurer. Il y a donc un business pour les écoles de management et j'en parle d'ailleurs en interne.

MD : Travaillant dans l'informatique, j'ai décidé d'opter pour la thématique du RGPD, plus dans l'optique de m'intéresser au fait que les utilisateurs ne sont pas assez formés dans ce domaine et qu'il y a un manque de normalisation. Je trouve qu'il est impératif de mettre en oeuvre des moyens adaptés aux enjeux du numérique, une formation pour qu'ils acquièrent de bonnes pratiques, en prenant conscience des risques et de ce qui est collecté.

GP : Ce thème peut être abordé sous différents angles, on n'a pas la même lecture du texte selon que l'on est juriste, informaticien ou dans la relation client. Je le vois avec les avocats, car quand ils interprètent le règlement, on est sur quelque chose de très particulier. En lisant le texte, je me suis aperçu qu'on pouvait interpréter tout et son contraire. Par exemple, les gens du marketing ont compris qu'il fallait redemander le consentement des gens. Hors la CNIL l'a dit dès le début, à partir du moment où vous avez une base de données avec des clients et que vous respectez la loi Informatique et Liberté, vous n'avez pas besoin de leur redemander leur consentement. Ce n'est valable qu'à partir du moment où la personne ne vous connait pas.

MD : Ce consentement a une durée de vie ?

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GP : Il en a toujours une. Vous pouvez quand même la redemander, mais ce n'est plus une obligation, dans la mesure où vous avez déjà un relationnel établi. C'est d'ailleurs ce que j'ai répondu au directeur de l'école, qui s'inquiétait de ce qu'il fallait mettre en oeuvre. Le jour où vous décidez d'arrêter votre relation avec un interlocuteur, vous lui écrivez en indiquant que conformément au RGPD vous ne souhaitez plus faire du business avec lui. Il vous rayera automatiquement de ses bases de données. On essaie de faire une action marketing autour de ça, mais qui n'est pas adaptée selon moi.

MD : J'ai le cas dans mon entreprise, où nous avons une base de clients contenant les informations dont nous avons légitimement besoin. Mais qu'en est-il pour les prospects ?

GP : Les données relatives à un prospect ont une durée de conservation de 5 ans et devront être purgées au-delà. Pour les conserver, il faudra trouver un levier marketing et trouver un argument qui ne se limite pas à simplement demander ce consentement. Ce consentement doit venir parce qu'on veut lui proposer du business. Demander le consentement pour le consentement me semble un peu bizarre. Nous allons justement nous occuper de notre population de diplômés et je vais expliquer au responsable des Alumnis qu'il faut mettre en place pour peut-être désactiver ou réactiver des profils. Il faut proposer de nouveaux services, amener les gens à s'interroger sur la formulation, proposer aux individus de consulter les informations dont on dispose pour les mettre à jour... C'est le cercle vertueux de la relation client. Le règlement dit bien qu'on ne doit pas avoir de fausses informations sur les personnes, ni inutiles. C'est une excellente occasion de les rafraichir et demander si la personne souhaite poursuivre sa relation avec nous ou pas.

MD : C'est la question qui se pose pour les services marketing, qui peuvent aussi avoir peur de voir leur base de contacts se réduire, alors que c'est finalement l'opportunité d'épurer les cibles qui ne sont pas appétentes.

GP : C'est typiquement le côté sympathique du RGPD, car on va arrêter de s'embarrasser l'esprit avec des gens avec lesquels on n'a pas lieu d'être en contact. S'ils n'ont pas vocation à faire quelque chose avec nous, ce n'est pas la peine de les garder. Il faut donc travailler sur ces aspects et c'est ce que j'ai commencé à faire avec les gens du marketing. Les gens ont tendance à utiliser le RGPD pour tout et son contraire et c'est là qu'il faut être très vigilant.

MD : C'est vrai que le règlement est assez compliqué à interpréter.

GP : C'est pour ça qu'en nommant un délégué suffisamment tôt, cela permet déjà de savoir en interne par quel bout prendre cette problématique.

MD : Mais je crois que l'obligation de nommer un DPO dépend de la taille de la structure, de la nature des traitements et de la criticité des données.

GP : C'est vrai, sauf que si la structure est un sous-traitant, elle n'aura pas le choix. Si c'est une start up de 15 personnes et qu'elle travaille par exemple avec GEM, elle sera obligée

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de déclarer un traitement vis-à-vis des données qui lui sont confiées. Même si elle n'a pas de DPO elle sera de fait obligée de tenir un registre. Dans le cas où GEM serait contrôlée, la société prestataire sera aussi contrôlée.

C'est là qu'est la différence avec la Loi Informatique et Liberté, le registre doit être tenu par le responsable de traitement et non plus par le Correspondant Informatique et Liberté. Cela devient donc un outil mutualisé et c'est très bien. Car pour les gens dans ma situation, qui avait tendance à faire les documents à la place des gens, on va maintenant entrer dans un processus collaboratif. C'est un peu mon challenge, car en plus d'expliquer aux services ce qu'est le RGPD, je présente les outils que je vais mettre en place et en même temps je leur explique que c'est un outil de partage. Ni le mien, ni le leur, mais le nôtre, que nous devons documenter, sécuriser, mettre à jour...

MD : C'est quel type d'outil ?

GP : A ce stade comme je suis lié à des problématiques de process et de construction, c'est un fichier Excel partagé sur un SharePoint, par projet, avec des données accessibles selon les autorisations accordées aux personnes. De ce fait on construit service par service. Je pense que je me ferai assister, car je n'ai pas une bonne idée des logiciels disponibles.

MD : Est-ce qu'il en existe ?

BP : Bien sûr, les éditeurs se sont mis en veille sur le sujet. Il y en a au moins 4 ou 5 qui se détachent, comme DPO Consulting, Ricil, celui de DPMS, Captain DPO... Grosso modo, c'est des produits de gestion de projet qui sont adaptés, avec de la documentation et une interface.

Mais j'attends de voir comment on va travailler avant de choisir mon logiciel. Pour l'instant j'ai utilisé la trame de la CNIL sur Excel et j'ai réadapté les outils en place, dans lesquels j'ai copié la documentation pour pouvoir interroger les services et travailler avec eux sur tous les aspects. On est plutôt pas mal sur ce point, mais il reste à travailler ce qui concerne la relation client. C'est-à-dire bien réinformer les gens de leurs droits, car on doit mieux le faire, être lisibles sur qui traite les données et pour quoi faire, car nous avons différents publics . Le RGPD nous permet de redevenir professionnels, de ne plus collecter pour collecter, ni de trop collecter, mais de collecter pour rendre un service. C'est l'occasion de montrer qu'on est le plus transparent possible.

MD : En terme d'image c'est une bonne chose. Lorsque j'ai rencontré Optimex Data, j'ai demandé au dirigeant s'il avait l'intention ou le droit de décerner un label. Il espère bien pouvoir le faire et justement qu'il puisse le revendiquer dans leur communication.

GP : Je pense que dans l'histoire du RGPD, il arrivera un temps où l'on identifiera les entreprises véritablement labelisées, avec des traitements qui le justifient, qui se détacheront des autres car elles les auront intégrés dans leur démarche.

MD : Je travaille en ce moment sur la génèse du RGPD et après de grandes avancées, il aura fallu un certain temps avant que les choses bougent vraiment. Il aura fallu des scandales

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pour qu'il y ait une prise de conscience et qu'on apporte des modifications fondamentales au règlement.

GP : Il aura fallu 40 ans. Lors de la présentation de la CNIL, ils ont évoqué le documentaire « Démocratie » sur la génèse du RGPD. Et la CNIL soulignait que le texte européen est une sorte de record, car il aura fallu 4 ans pour mettre tout le monde d'accord. Compte tenu de l'ampleur du sujet, de ses aspects politiques et économiques, c'est l'un des plus gros dossier que l'Union Européenne ait été amenée à traiter. D'autant que l'Europe n'a aucun GAFA et qu'elle doit mettre en place un règlement permettant de réguler un peu ce qu'ils font. Peut-être qu'à terme cela permettra à un GAFA européen de voir le jour...

MD : J'ai l'impression qu'il y a une forme de revanche à prendre pour l'Europe.

GP : Nous n'avons jamais eu la notion du business que cela représenterait. On n'a pas voulu soutenir les entreprises qui à un moment pouvaient le faire, les américains nous rachètent très facilement. Dailymotion était une chaine française à la base. Je suis sûr qu'en Europe nous avons des entreprises qui ont plein de choses à proposer. Pour qu'un acteur européen puisse ressortir, il fallait déjà une réglementation qui le permette.

MD : De plus l'actualité nous est des plus favorables ! Il y a aussi des différences culturelles avec les Etats Unis, notamment sur la notion de propriété des données.

GP : Aux Etats Unis tout est une question de business, puis ils assument ce qu'ils sont en tant qu'individu. Nous n'avons pas la même histoire, chez nous le fait de ficher des gens ramène à l'Occupation et jusqu'où peut amener le fichage de personnes.

Quand on a voulu interconnecter les systèmes dans les années 70, les gens se sont insurgés et cela a pris des proportions politiques. Avec le RGPD, on parle du droit fondamental des gens de disposer de leurs données, basé sur le juridique, l'informatique, la pratique. Il s'agit de structurer et organiser un droit fondamental, tout en permettant la libre circulation des informations.

MD : C'est justement cette dimension sociétale qui m'intéresse.

RG : Quand je parle aux gens de la mise en place du RGPD, ils réagissent en disant que c'est une contrainte. Certes il faudra mener une conduite du changement, mais il s'agit d'un droit fondamental, car on parle de société et de gens. Il faut sortir de l'informatique liberté, il faut le prendre en compte dans les métiers et les processus. Il ne faut plus s'en préoccuper après coup, car il préférable de savoir comment purger une base de données avant qu'elle représente 6 millions de personnes.

C'est un retour au bon sens et à une maitrise que l'on avait perdue. Dans mon métier je ne suis pas là pour interdire quoi que ce soit, mais pour poser des questions, comprendre ce qu'on veut faire et imposer des limites. On va pouvoir rationnaliser les choses. Je vois des gens qui conservent des données juste au cas où. Il faut devenir capable d'accepter de ne plus avoir une information, parce qu'on l'a supprimée et qu'on n'en a pas besoin. Je me suis forcé à le

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faire, c'est dur, mais ça fait un bien fou ! On est beaucoup moins chargé. Aujourd'hui les capacité de stockage sont telles qu'on ne se pose plus la question. Alors que c'était beaucoup plus compliqué avant, on allait jusqu'à optimiser le nombre de caractères. Passer sur 4 chiffres à l'an 2000, n'était pas anodin. Désormais on ne se préoccupe plus du tout de la capacité de stockage.

MD : Mais ce n'est pas sans conséquence, notamment sur notre consommation d'énergie.

GP : Il y a au moins deux risques : La consommation des serveurs et le coût de stockage. On ne sait pas trop combien, mais ça coûte en énergie et il y a un impact non négligeable sur l'environnement.

Il y a aussi le piratage, car les hackers sont capables d'aspirer n'importe quelles données mal protégées et de les revendre très facilement.

MD : Il y a effectivement un marché et des courtiers en profils personnels.

GP : Il y a de vraies filières. Aujourd'hui un numéro de téléphone se revend quasiment plus cher que celui d'une carte de crédit. C'est étonnant, mais plus utile en terme d'usurpation d'identité. Les données personnelles deviennent donc plus chères que les données bancaires ! Ce n'est par hasard que lors de la vente d'une société, le fichier clients fasse partie des actifs.

MD : J'ai noté que vous étiez déjà le CIL de GEM.

GP : Je suis devenu CIL il y a deux ans. Avant j'étais Relai Informatique et Libertés, car nous étions un établissement secondaire de la CCI, qui en avait un. J'étais son relais pour GEM et j'ai apporté un premier niveau de réponse, pour déclarer les traitements ou alerter. Etant moteur sur le sujet, je me suis proposé de devenir le DPO, d'autant que pour une école jeune c'est opportun de suivre les formations proposées. J'ai travaillé avec l'équipe juridique qui a aussi géré les aspects stratégiques et concurrentiels, puis cela a débouché sur ma nomination en avril dernier.

MD : Je crois que vous êtes assez peu nombreux.

GP : C'est assez récent, bien que dans certaines grosses structures il y en avait déjà, notamment dans les groupes internationaux qui ont voulu prendre le pas au niveau de la directive européenne. Compte tenu des sanctions et des enjeux internationaux ils avaient besoin de profils véritablement compétents.

MD : Ce qui est difficile, c'est effectivement d'en déceler tous les enjeux.

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GP : Je vous conseille d'aller voir le site de l'AFCDP, l'Association Française des Correspondants à la Protection des Données, qui pourra vous donner des éléments supplémentaires.

MD : Je ne peux malheureusement pas être exhaustif dans mes recherches, mais je regarderai ce qu'ils publient. Pouvez-vous m'en dire plus sur votre parcours ?

GP : Je suis un atypique, car j'ai une formation de documentaliste. Donc je suis très sensible à tout ce qui est documentation, partage et savoir-faire. Je me suis très rapidement orienté vers les bases de données, c'était l'époque dans les années 90. J'étais dans l'informatique documentaire et tout est parti de ma spécialisation dans les bases de données, dont je suis un très bon manipulateur et utilisateur.

J'ai ensuite travaillé dans l'humanitaire, comme responsable de la base de données des donateurs, avec une bonne sensibilité de la relation client et du stockage de données. En terme d'informatique et libertés, nous étions déjà respectueux du droit au donateur, mais il n'y avait pas de CIL à l'époque, nous nous contentions de faire une déclaration simple à la CNIL, mais pour le reste nous nous autorégulions. Nous savions déjà stopper toutes les sollicitations quand un donateur nous le demandait, épurer et archiver les bases données le concernant.

MD : D'ailleurs, il y avait déjà à l'époque des notions de déclaration simplifiée, en fonction de la sensibilité des données traitées. Je pense donc à vos donateurs pour lesquels vous manipuliez des coordonnées bancaires qui me semblent être des informations critiques, si ce n'est sensibles.

GP : Les informations bancaires ne sont pas à proprement parler considérées comme des données sensibles, même si elles nécessitent une protection particulière, car on ne laisse pas un numéro de carte bancaire accessible à tous. En terme de litige, si un donateur vous attaque parce que vous avez laissé son numéro de carte bleue, je vous garantis que ça peut faire très mal et les associations étaient très vigilantes. Mais s'agissant de process financiers, ils étaient contrôlés tous les ans par la Cour des Comptes et ils étaient donc particulièrement suivis, du moins là où j'étais.

Mais comme cela peut porter atteinte à l'intégrité, je les considère comme sensibles en terme d'impact et nous devons être en maitrise de ces données. C'est l'un des avantages de mon rôle, je peux mettre le curseur où bon me semble, car je suis responsable. En tant que délégué, je peux opposer une forme de véto à un traitement, car j'estime qu'il présente beaucoup trop de risques. Le responsable du traitement pourra quand même le lancer, mais il devra le justifier et agir en connaissance de cause. De fait en cas de contrôle, il y aura les deux points de vue. Sachant que quand je donne un avis, j'ai en général impliqué le juridique et l'informatique. Mais dans le cadre de GEM, nous sommes rarement sur des traitements pouvant porter préjudice.

Pour en revenir à mon parcours, ensuite je suis arrivé chez GEM pour m'occuper du projet CRM, puis maintenant je m'intéresse aux données personnelles parce que cela répond à mes aspirations et que j'ai la maturité nécessaire. Par rapport à quelqu'un de plus jeune j'ai la légitimité de pouvoir interpeller les services, à moins qu'il ait travaillé à la CNIL avant. On retrouve souvent des juniors qui ont commencé à instruire des dossiers à la CNIL et qu'on retrouve ensuite comme référent dans différentes structures. Dans une entreprise normale, il

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me parait difficile d'arriver et de se proclamer DPO, car il faut aussi comprendre l'entreprise et son organisation, ce qui nécessite un certain bagage.

Mais quand je discute avec d'autres CIL, je vois quand même le chemin qu'il reste à parcourir, compte tenu de la jeunesse de l'école, mais c'est aussi ce qui est stimulant. C'est aussi l'avantage de travailler avec un réseau de CIL dans un même métier, pour ne pas rester seul et échanger sur nos interrogations.

MD : D'autant que la CNIL doit être très sollicitée en ce moment !

Pour revenir sur mes questions, est-ce que vous pensez être opérationnel ou en conformité au 25/05/2018 ?

GP : Opérationnel oui, mais c'est juste un point de départ, il est impossible d'être en conformité au 25/05. Avez mes homologues, il s'agit plutôt de se demander si nous avons enclanché tous les bons processus. Etre en conformité ne veut malheureusement pas dire grand-chose, car le RGDP est un processus d'amélioration continu. Ceux qui n'auront pas fait de cartographie, envisagé comment ils vont mettre en place la politique de traitement des données à caractère personnel, identifier les interlocuteurs et les personnes impactées en interne, auront plus de mal que les autres qui sont déjà bien avancés sur le sujet. J'ai déjà ma cartographie, j'ai commencé à solliciter les services, je vais trouver des relais, je suis accompagné par la DSI et le juridique, ainsi que par la qualité. Je pense donc que j'aurai tous les ingrédients pour être prêt le 25 mai.

MD : Donc si la CNIL passait vous voir, vous auriez tous les éléments pour justifier de votre bonne volonté. Et c'est essentiellement ce qu'elle compte mesurer dans un premier temps.

GP : Elle pourra effectivement voir que nous avons mis des choses en place, avec un niveau de risque déjà associé à l'ensemble des traitements.

MD : Vous avez donc fait une analyse d'impacts, comme le conseille la CNIL. Vous avez utilisé le PAI qu'ils proposent sur leur site ?

GP : On travaille sur ce sujet avec les informaticiens, pour identifier tout ce qu'on a à faire sur chacun des projets. On part du principe que tout ce qu'on lance doit être d'ors et déjà conforme au RGPD. J'applique déjà la notion de responsabilité conjointe et j'interpelle les sous-traitants lorsqu'ils passent dans mon périmètre, pour qu'ils me documentent en fonction de mes grilles de lecture. Nous avons donc bien enclanché la notion de Privacy by Design. Nous ne sommes pas parfaits parce qu'on débute et qu'on apprend à travailler avec le nouveau règlement. Il y a une conduite du changement, mais nous sommes déjà très vigilants. La jeunesse de l'école et son organisation permettent d'être très réactifs. J'ai l'avantage de ne pas être dans un cadre trop rigide. De plus l'école est entrain de se transformer, donc j'ai aussi matière à interpeller des gens qui se montrent réceptifs. J'ai par exemple rencontré à GEMIC la directrice du service Innovation et Expérimentation de l'école. Ils n'avaient aucun traitement déclaré dans mon registre, car c'est une nouvelle direction. Je lui ai dit qu'il faudrait faire rapidement un état des lieux de tout ce qui présenter un caractère personnel, pour que j'ai au moins une liste

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d'actions ou de dossiers en cours le 25. Elle m'a immédiatement trouvé un relai dans son équipe, alors que je n'en ai pas encore dans les autres services. Nous allons donc nous voir la semaine prochaine et commencer à lister tous les sujet rapidement et nous verrons où cela nous mène. Après nous documenterons les sujets en fonction de leur importance, avec dans certains cas une étude d'impact, pour laquelle j'utilise les outils de la CNIL. J'ai suivi un atelier en janvier sur la manière de les utiliser, c'est très bien fait et je reconnais le côté pédagogique de la CNIL française. Ils le sont même dans leur démarche, car eux-mêmes ne seront pas prêts pour le 25 et ils ne s'en cachent pas. Ils ferons surtout la différence entre les entreprises qui ont enclanché le processus et qui s'en donnent les moyens et celles qui n'ont rien fait.C'est là-dessus qu'il faut être vigilant et il faut déjà maîtriser ce qui existe depuis 40 ans. Ce qui n'est pas forcément le cas. Il est donc très compliqué de répondre à la question d'être ou pas en conformité. Le 26 mai, nous serons déjà en mesure de répondre à un certain nombre de choses.

MD : Mais il n'y a de toute façon pas de raison que vous soyez plus contrôlé qu'auparavant.

GP : Même si quelqu'un me demande maintenant un droit d'accès à ses données, je sais déjà lui répondre et j'ai une procédure qui est conforme. Ce droit d'accès existait depuis 40 ans et nous avions mis en place des procédures avec la CIL. Ce qui va être nouveau, c'est la portabilité, la suppression des données, qui sont des chantiers un peu plus compliqués. Nous avons des bases de données existantes et supprimer des données n'est pas un processus anodin. Je travaille à identifier ce qui est de l'ordre de l'archivage ou de la donnée de conservation.

MD : Et pour le cryptage ?

GP : C'est ce sur quoi je travaille avec le RSSI, mais c'est un sujet qui relève plutôt de de son périmètre. Je sais qu'il faut que ce soit sécurisé, mais à mon niveau cela doit seulement être documenté. Nous avons déjà sécurisé notre site en https pour être conformes, mais je m'assure juste que nous répondions bien aux obligations du RGPD. Du moment que j'ai du répondant de leur part, c'est l'essentiel.

MD : C'est justement ce qui fait peur aux PME, car ils l'ont pas forcément quelqu'un pour s'en occuper, ce n'est pas leur métier.

GP : Il y aura effectivement des structures qui auront beaucoup plus de mal à intégrer le règlement. La spécificité des grandes écoles, c'est que nous sommes dans un foisonnement de sujets, la recherche, la gestion d'étudiants, la relation entreprise, avec partout des données à caractère personnel. En plus nous avons une forme d'engagement sociétal, mais l'avantage c'est que nous sommes plutôt bienveillants et que l'on essaie de faire au mieux. Je ne suis pas freiné par des mauvaises volontés, personne ne me cache des choses. Les gens essaient de comprendre, s'impliquent et on essaie plutôt de s'enrichir mutuellement.

MD : Vous avez donc pris les devants avec vos prestataires et sous-traitants, mais l'ont-ils fait également ?

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GP : Absolument, ça va dans les deux sens. D'ailleurs dans nos dossiers de formation continue, je me positionne comme un sous-traitant, car l'école n'est pas qu'un responsable de traitement. Lorsqu'on signe un contrat avec une entreprise pour former une partie de son personnel, on agit en tant que sous-traitant et j'applique le RGPD. On a fait une documentation et on prévoit des clauses spécifiques.

MD : Avez-vous souscrit une cyber assurance ? Il semble que cela se développe fortement.

GP : C'est plutôt le côté informatique et juridique. Mais il est logique qu'un nouveau règlement génère de nouveaux contrats pour couvrir les risques et nous seront amenés à étudier la question.

MD : J'espère avoir un échange avec une entreprise du e-commerce, secteur qui me parait l'un des plus directement impacté et qui auront peut-être déjà pris des dispositions sur ce point.

Nous avons abordé le cryptage, mais il y a aussi la pseudonymisation et l'anonymisation.

GP : Comme dans beaucoup de traitement, il y a des choses qui relèvent de la statistique. Les gens s'inquiètent de ne plus pouvoir faire de statistiques, mais je leur réponds que ce sera toujours possible, mais qu'il faudra anonymiser. Je ne dois donc plus être en capacité d'identifier un individu.

MD : Vous avez mis en place des mécanismes pour le faire ?

GP : C'est au chef de projet informatique de les trouver. C'est l'avantage de mon rôle, qui consiste à dire ce qu'il faut faire, mais pas comment le faire. J'interviendrai ensuite pour auditer et vérifier qu'on ne peut pas remonter aux personnes. Je ne l'ai pas encore fait et cela illustre bien le fait que la conformité au 25 mai est compliquée. Cela sous voudrait dire que dès le 26 mai je serais en capacité de faire un audit sur un traitement et nous n'en sommes pas à ce stade. Pour le 25 mai, je vais surtout trouver des indicateurs qui nous permettront de dire que GEM est vraiment impliqué pour maîtriser ce sujet et se doter des moyens qui permettront de le piloter, en plus de tout ce que nous avons à faire au quotidien. Le RGPD doit être une préoccupation quasi permanente pour tout le monde, mais ce n'est pas le fond du métier, qui consiste à dispenser des cours et de former des étudiants. Il faut donc un certain talent pour conjuguer les deux.

MD : Avez-vous une idée de l'impact de cette réorganisation sur l'école, que ce soit que le temps ou les budgets qui y sont consacrés ?

GP : Je n'ai pas encore fait d'enveloppe budgétaire, mais j'ai une lettre de mission indiquant que mon employeur est tenu de mettre à ma disposition les moyens dont j'aurai vraiment besoin. Comme je dois par exemple me faire accompagner sur certains aspects, notamment pour trouver le bon outil de pilotage, j'en ai discuté avec le secrétaire général qui a

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été d'accord pour mettre à ma disposition les moyens nécessaires. Je lance des consultations, étudie les offres et je budgétise.

Je pense que je vais aussi maintenir l'équivalent du bilan du CIL, qui a disparu du RGPD, mais que tous les praticiens du métier souhaitent maintenir pour donner de la visibilité et de la légitimité à leur travail. Il sera plus facile de vous répondre dans un an, mais en terme de temps passé, j'ai constaté que lorsque je suis en amont des projets, cela ne me prend que deux heures, avec les différents métiers, pour évaluer les impacts, faire des recherches et documenter. Quand c'est à postériori, cela représente facilement une journée de travail, car il y a l'impact sur l'existant à prendre en compte. D'où l'intérêt de faire de la Privacy bu design, car on s'interroge dès le début. Si par exemple une base ne prévoit pas de mécanisme de suppression, le travail est beaucoup plus lourd et nécessite des process, avec des tests...

MD : Qu'est-ce qui vous semble le plus compliqué dans la mise en place du RGPD ?

GP : Je pense plutôt à ce qui est le plus challengeant et qui n'est pas forcément le plus compliqué. Le plus intéressant est de mettre les gens en marche, de les sensibiliser. On ne peut pas leur demander de lire le règlement et de l'appréhender. C'est à moi qu'il revient de faire avancer les dossiers, tout en leur délivrant un minimum de bagage pour qu'ils puissent faire leur métier en conscience et en connaissance de cause. Ils n'ont pas besoin de connaitre tout le RGPD, mais de savoir ce qu'ils ont le droit de faire et comment trouver un moyen de régler le problème quand le règlement les contraint. C'est une approche assez subtile, car il ne faut pas qu'ils perçoivent cela uniquement comme une contrainte et qu'ils ne soient pas entravés pour faire leur métier.

Cela peut paraitre compliqué, mais quand les choses auront avancé, ce sera très gratifiant.

Il y a aussi des jours où je suis interpelé sur un sujet urgent auquel je dois répondre en une heure de temps, ce qui demande beaucoup d'agilité. Il faut s'organiser pour répondre à quelqu'un et en même temps en profiter pour le sensibiliser.

MD : Pensez-vous que le règlement aille suffisamment loin ?

GP : Pour l'instant ce texte me semble plein de bon sens, il est très opportun et nous ramène vers de bonnes pratiques. C'est autant du réglementaire que de l'amélioration continue, de la créativité et de l'innovation. Ce qui sera délicat s'est de s'assurer que ce qui est entrepris dans l'ensemble de la communauté européenne soit en adéquation.

MD : C'est ce que j'ai justement beaucoup de difficulté à mesurer. J'ai du mal à savoir comment chaque pays avance sur le sujet.

GP : C'est très compliqué. Mais ce qui est intéressant, c'est que dès qu'on interpelle la CNIL sur un sujet, ils le renvoient systématiquement vers le G29 qui est capable de donner des directives précises, car ils se sont déjà interrogés sur la plupart des sujets. J'ai le cas d'un prestataire qui me répond que la CNIL allemande lui a donné telle réponse, mais je lui réponds qu'à partir du 25 mai, ce n'est plus la CNIL allemande mais le G29 qui arbitre. Il y a aussi l'histoire

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du cloud américain qui essaie de faire un enfumage du RGPD et j'espère que la CNIL va réagir. Ils évoquent un règlement cloud, mais ça n'a rien à voir avec le RGPD.

Ce qui m'embarrasse, c'est que je n'entends plus parler de la loi qui devait passer par ordonnance au mois d'avril et que nous sommes début mai. Je ne sais donc pas où en est notre nouvelle loi Informatique et Libertés. Tant qu'elle n'est pas promulguée, le règlement européen va s'appliquer, mais pour les dispositifs spécifiques des états membres il y a des zones d'ombre. Nous allons donc jouer les équilibristes.

MD : Pour terminer, ne pensez-vous pas qu'il faudrait aussi former et responsabiliser d'avantage les utilisateurs eux-mêmes ?

GP : Il est clair que dans les années qui viennent, toute personne diplômée ne pourra pas ignorer la portée du numérique. Il faudra envisager des modules plus spécifiques, d'autant qu'à GEM nous avons l'avantage d'avoir une enseignante, Nathalie Devillier, qui est spécialisée sur les données personnelles. Elle anime des modules sur le big data et a des compétences juridiques en la matière. Du coup on en discute beaucoup, car elle m'inspire énormément et on se challenge aussi l'un l'autre. Elle me permet d'intervenir dans ses cours pour illustrer en présentant mes outils.

MD : J'ai quand même l'impression qu'avec la croissance exponentielle du numérique, notamment avec les objets connectés, nous sommes encore loin du compte.

GP : Beaucoup de données sont effectivement collectés et c'est là que la notion de responsable de traitement prend tout son sens. Tout est dans le titre, il sait ce qui se passe et ce qu'on en fait des données collectées. Dans le cas de Facebook, ils ne se sont pas inquiétés de ce qui était fait des informations recueillies par le biais de leur plateforme. Mais désormais, ils sont directement impliqués dans le processus et ne peuvent plus le contester.

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"Il y a des temps ou l'on doit dispenser son mépris qu'avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux"   Chateaubriand