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Quel avenir pour la presse quotidienne nationale française ?


par Marc LEIBA
Ecole Supérieure de commerce de Reims - Master in Management 2006
  

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2.2.2 L'ISF ou l'Internet Sans Frontières

Internet a aboli toutes les barrières qui cloisonnaient les médias avant son apparition. Auparavant, les monopoles étaient bien gardés : à la presse l'écrit, à la radio le son, et à la télévision l'image. Internet est un multimédia qui combine tous ces éléments et désanctuarise ses vénérables prédécesseurs, privés chacun de leur exception sensorielle. Non seulement les dépouille-t-ils de leurs spécificités, mais en plus fait voler en éclats la synchronisation des flux d'informations audiovisuelles, et par conséquent abroge le concept d'audience. Télévision et radio sont des médias de masse car ils convoquent l'audience en émettant un message dont ils sont les maîtres absolus. A l'inverse, Internet propose certes des flux en directs, mais surtout des flux en différés et à volonté. Nicholas Negroponté51(*), le fondateur du laboratoire des Médias au MIT, prédisait voilà plus de dix ans « La technologie suggère qu'à la possible exception du sport et des soirées d'élections, la télévision et la radio du futur seront acheminés de façon asynchrone. » Internet, média massif donc, plutôt que média de masse.

2.2.3 Une nouvelle façon de lire

La presse sur Internet ne serait-elle n'est qu'un prolongement pixellisé de la presse papier ? Il n'en est rien. Les sites d'informations se sont progressivement émancipés de la mise en forme traditionnelle des quotidiens, pour inventer leur propre voie, allant jusqu'à influencer le papier en termes d'agencement des pages (recours à de petits encadrés) ou de police de caractères (le verdana par exemple). Ainsi, les nouvelles générations d'internautes se sont appropriés le média et ont contracté des habitudes de lecture authentiques. Jakob Nielsen52(*), ingénieur américain ayant travaillé pour Sun Microsystems, a écrit en 1997 que 79 % des internautes « scannaient » les textes plutôt qu'ils ne les lisaient et que 16  % seulement appréhendaient réellement tous les mots. Et selon un rapport de l'Association mondiale des journaux53(*), la lecture en ligne est perçue comme un exercice purement visuel, identique à celui de regarder la télévision ou un écran de téléphone portable. L'anglais a même forgé le terme de Viewpaper en opposition à celui de Newspaper.

2.2.4 La tare originelle

Jean Miot, dans son rapport54(*) de 1999 au Conseil économique et social écrit ceci : « Il faut être lucide, la "tare" originelle d'Internet est la gratuité. » Il voulait ainsi souligner le handicap congénital d'un média qui s'est développé hors des tutelles gouvernementales, bien qu'issu d'un programme de l'armée américaine. Internet, c'est la liberté d'expression à portée de tous ceux qui vivent dans un pays démocratique, c'est un lieu privilégié pour la contre-culture, et c'est « autant de ruptures par rapport aux gros machins obligatoires, uniformes, massifiés, contrôlés55(*) ». Difficile de prime abord pour une entreprise éditrice de presse de faire payer l'accès à l'information, alors que celle-ci est omniprésente sur la toile, diffuse certes, mais à portée de clics. Les modèles économiques, en quête de valeurs ajoutés à facturer, sont encore tâtonnants ; certains ont déjà prouvé leurs limites. D'ailleurs, l'économiste américain Rob Runnet56(*) prétend que NEWS deviendra sous peu en anglais l'acronyme de Not Ever Willing To Spend, « qui ne voudra jamais payer », tant le net tend à dévaluer la valeur marchande de l'information.

De plus, une récente étude Ipsos Média57(*) révèle que les internautes âgés de 16 à 34 ans sont 77 % à utiliser Internet comme source d'information en complément d'autres médias, et ils sont 21 % à considérer que l'information en ligne est moins censurée qu'ailleurs. Les sites d'informations sont, qui plus est, fortement concurrencés par les grands portails qui proposent une agrégation algorithmique d'informations tels que Yahoo, Google, MSN ou autres. Des programmes tels que Topix, Gixo ou Findory réalisent automatiquement un sommaire d'articles en étudiant les habitudes et les goûts médiatiques des internautes, et en allant piocher des articles pertinents sur les sites d'informations. Au final, les internautes de l'étude plébiscitent à 65 % les portails, à égalité avec les sites d'information et devant les forums (57 %). Enfin, ils sont 38 % à considérer qu'à l'avenir, Internet sera leur média privilégié pour se tenir informé de l'actualité, contre 37 % pour la télévision. La toile est sans équivoque un des médias favoris, si ce n'est le média favori, des générations qui ont grandi avec elle. Symbole de l'échange sans entrave de flux d'information, elle force la presse à se réinventer, sous peine de perdre en visibilité et tomber dans l'oubli vis-à-vis des annonceurs.

* 51 Cité par J-F.Fogel et B.Patino, opus cité, p.27.

* 52 Cité par J-F.Fogel et B.Patino, opus cité, p.107.

* 53 Cité par J-F.Fogel et B.Patino, opus cité, p.26.

* 54 J.Miot, Les effets des nouvelles technologies sur l'industrie de la presse, Conseil économique et social 1999, p.131.

* 55 Chronique d'E.Le Boucher, paru dans l'édition du Monde du 11/09/06.

* 56 Cité par J-F.Fogel et B.Patino, opus cité, p.179.

* 57 Reprise dans l'édition du 20/02/06 du Journal du Net

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