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Quel avenir pour la presse quotidienne nationale française ?


par Marc LEIBA
Ecole Supérieure de commerce de Reims - Master in Management 2006
  

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3.1.4 Clivage avec la presse magazine

Historiquement, la presse magazine n'était pas concernée par les ordonnances de 1944, ce qui a eu pour effet de laisser se développer un secteur dynamique (entre 2001 et 2004, on a recensé le lancement de 400 nouveaux titres85(*) même si bon nombre disparaissent chaque année), aux perspectives de profit nettement supérieures à celles de la PQN, donc attractif pour les industriels. Le marché français est aujourd'hui dominé par quatre groupes adoptant une authentique logique industrielle et managériale, et qui rassemblent 60 % des parts de marché. Le point commun est un fort degré d'internationalisation et de « multimédiatisation »86(*).

· Prisma Presse, créé en 1978 par Axel Ganz, filiale française détenue

majoritairement par l'éditeur Bertelsmann. Le groupe allemand s'organise autour de six activités : presse écrite, audiovisuel, livres, imprimerie, musique, clubs de lecture avec engagement d'achat et e-commerce. En 2004, Prisma presse réalise un chiffre d'affaires de 567 millions d'euros.

· Emap France, filiale française du groupe britannique Emap. Ce dernier

possède des titres de presse magazine dans le monde entier, est présent dans l'audiovisuel et dans la presse spécialisée britanniques. En 2004, Emap France réalise un chiffre d'affaires de 412 millions d'euros et un résultat d'exploitation de 86 millions.

· Feu le groupe Hersant, partiellement racheté par le groupe Dassault qui

est en train de le dégraisser sérieusement. Il était composé de la Socpresse (1 500 millions d'euros de chiffres d'affaires en 2003) et de France Antilles (618 millions en 2004). Du vivant de Robert Hersant (décédé en 1996), le groupe était présent dans la presse quotidienne, la presse magazine, l'imprimerie, l'audiovisuel et la publicité.

3.1.5 Les logiques de groupe et leurs limites

Depuis les années 1980, on a assisté au recul de l'actionnariat familial (Hersant, Beytout) au profit d'un nouvel actionnariat : grands industriels comme c'est le cas de LVMH pour La Tribune, Serge Dassault pour Le Figaro, ou encore le baron Edouard de Rothschild pour Libération (trois novices dans le monde de la presse) ; mais également des acteurs étrangers tels que le britannique Pearson qui rachète le groupe Les Echos et l'espagnol Prisa entré au capital du Monde. A la faveur des difficultés financières énormes de certains titres, les logiques industrielles parviennent à s'imposer. Dans Le Monde daté du 12/09/06, JM Colombani écrit : « Créer un groupe de presse était la seule façon, si nous voulions rester indépendants, de répondre à l'enseignement de cinquante ans d'histoire, faite de retournements de cycles, ponctués par des situations économiques catastrophiques ». Aujourd'hui, le quotidien se structure autour de trois activités : presse quotidienne (journal et imprimerie), presse régionale (journaux du Midi) et presse magazine (Télérama, Le Monde diplomatique, PVC, Courrier International...). Idem pour le groupe Amaury qui officie dans le domaine de l'information générale (Le Parisien Aujourd'hui en France), de l'information sportive (L'Equipe, lequipe.fr, L'Equipe TV, Presse Sports) et dans l'organisation d'évènements sportifs (la Société du Tour de France, Athlétisme Organisation...). Il ne s'agit pas de faire l'apologie du « grand capital », les déboires en cours de Libération nous donnerait tort, mais force est de constater que pour les quotidiens, l'alternative est claire : bâtir un groupe plurimédia comme cela se fait à l'étranger ou être eux-mêmes digérés.

Le mouvement de concentration et les logiques de groupes trouvent tout de même leurs limites. Tout d'abord, l'hypersensibilité historique de la France vis-à-vis de la concentration déforme quelque peu la vision de la réalité. En comparaison de la presse quotidienne régionale où les éditeurs se retrouvent le plus souvent en situation de monopole (Dassault possède le monopole de l'information dans le nord de la France avec La voix du Nord, Nord Eclair, et La voix de l'Aisne), la PQN n'apparaît pas si concentrée. Encore moins depuis la dislocation de la Socpresse par Serge Dassault qui semble uniquement intéressé par Le Figaro. De plus, les derniers succès européens en matière de lancement d'un quotidien le furent à partir d'entités indépendantes ou des groupes de taille moyenne (The Independent, La Repubblica, El País), sauf pour USA Today du groupe Gannett, qui lui s'est appuyé sur les centres d'impressions du groupe dans tout le pays. Quoi qu'il en soit, le pluralisme n'est pas menacé du fait de la concentration des médias, mais plus généralement par l'inverse, c'est à dire l'absence de rentabilité et de taille critique.

* 85 P.Le Floch et N.Sonnac, opus cité, p.44.

* 86 Selon la formule de JM.Charon, 1991, opus cité, p.226.

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