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L'utilité chez Hegel et Heidegger

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par Christophe Premat
Université Paris I - Mémoire de philosophie 1998
  

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elle est surtout un rapport à la société

Cette dialectique de l'homme et de la nature évoquée ci-dessus, implique nécessairement la structuration d'un rapport social et d'un rapport à "l'élément éthique" c'est-à-dire l'État, en tant que totalité rationnelle en soi et pour soi. C'est dans son ouvrage écrit et publié en 1821, Les Principes de la philosophie du droit (Die Grundlinien der Philosophie des Rechts) qu'Hegel examine la tension problématique entre l'homme comme être social et l'homme comme citoyen. Les problèmes posés par l'utilité ne se limitent pas à un rapport au monde ou à la chose mais à une relation concrète entre les différents hommes, c'est-à-dire les différents acteurs économiques et sociaux.

utilité, usage et utilisation

Le droit est l'existence de la volonté libre et ce que Hegel conceptualise dans cet ouvrage, c'est l'effectuation de cette volonté libre car il a fallu qu'elle passe par plusieurs étapes pour se réaliser. Au paragraphe 29, Hegel écrit que "le Droit est donc la liberté en général comme Idée". 75(*) Le Droit est l'effectivité de cette liberté c'est-à-dire que c'est une volonté qui s'effectue librement et qui pose ses médiations ; il est l'Idée de la liberté en tant qu'elle s'effectue. Or, la volonté s'est d'abord saisie de manière abstraite (d'où le titre de la première partie le Droit abstrait) avant de se saisir subjectivement (c'est la moralité subjective) et objectivement (c'est la moralité objective). Avant d'étudier les principes de la société civile, il m'a paru nécessaire d'examiner les relations entre l'utilité, la chose comme catégorie, l'usage et la propriété en tant que fixation de la possession. L'utilité n'a pas le même statut dans le droit formel que dans la moralité subjective et dans la moralité objective. Au paragraphe 37, Hegel écrit : "Aussi dans le droit formel, on ne considère pas l'intérêt particulier (mon utilité ou mon agrément), pas plus que le motif particulier de la détermination de mon vouloir, ou mon intention ou ma connaissance de cause". 76(*) L'utilité semble être considérée du côté de la particularité empirique. L'intérêt particulier constitue mon bien empirique, c'est ce que je revendique et défends au sein d'une universalité. L'Universel, dans le droit formel, ignore tout ce qui relève de l'utilité. On ne prend en compte uniquement le fait que je suis un homme libre, un sujet de droit privé, et que j'ai droit aux choses comme tout homme libre a le droit d'exiger et de posséder. Ce droit demeure formel en ce qu'il n'intervient pas activement dans la vie quotidienne ; il reste une "possibilité" et il n'agit que si on le "saisit". Or, dans cette première partie concernant le droit abstrait, Hegel définit l'usage de la chose que la personne humaine peut effectuer. Tout passe par la "chose" qui est un concept discriminant : il existe la "chose", c'est-à-dire l'objet du droit formel et la non-chose. Par rapport à la "chose", l'homme a un droit d'appropriation, c'est-à-dire qu'il a le droit de placer sa volonté sur cette chose : c'est ce qui constitue la réalité de la propriété ; grâce à cet acte de ma volonté, la chose sort de son état d'indifférence à l'égard de son possesseur, elle ne sera plus l'objet possible de n'importe quelle personne humaine, elle devient désormais propriété privée d'un seul. Ceci dit, il faut une régulation de cette propriété, un ensemble de règles qui fixent son statut, et ces règles "ne peuvent être fondées dans le hasard, dans la fantaisie individuelle ou l'utilité privée, mais dans l'organisme rationnel de l'État". 77(*) L'utilité privée n'est pas un critère de régulation de cette propriété, parce qu'elle manque d'objectivité rationnelle, elle ne peut donc être que source de désordre et de "hasard".

Les critères de cette propriété doivent comporter une objectivité universelle, non contrariée par l'individualité. La propriété s'effectue d'abord par une prise de possession et Hegel écrit au paragraphe 59 que "l'usage est cette réalisation de mon besoin par la modification, l'anéantissement, la consommation de la chose dont la nature dépendante se manifeste par là et qui ainsi remplit sa destination". 78(*) L'usage de la chose (Der Gebrauch) est ainsi un acte "négatif" car, par lui, l'homme détruit le caractère propre de l'objet en question et l'approprie aux exigences de la nature humaine. L'usage d'une chose satisfait donc un besoin : l'usage est l'accomplissement réel de la prise de possession qui est l'accomplissement réel de la propriété. L'homme possède une propriété dont il peut faire usage à tout moment. Mais au début du paragraphe 60, Hegel ne manque pas de distinguer usage et utilisation (Die Benutzung) : "L'utilisation d'une chose dans l'acte de la saisir n'est pour soi, qu'une prise de possession d'un objet individuel". 79(*) Cette phrase montre que la notion d'usage est plus large que celle d'utilisation immédiate : l'homme peut posséder plus de choses qu'il n'en a besoin immédiatement car le besoin est un processus continu qui ne s'arrête pas à une satisfaction immédiate. On ne se situe pas encore dans un système des besoins mais le concept de besoin émerge dans toute sa problématicité. La propriété devient alors la codification du rapport entre le besoin et la satisfaction. Il faut également opérer une distinction entre la propriété et l'usufruit car dans ce dernier cas, je peux jouir d'un bien d'autrui sans le posséder ce qui prouve que la satisfaction toute seule n'est pas une condition suffisante pour la fondation d'un droit de propriété. La propriété en tant que codification du rapport entre le besoin et la satisfaction, me permet de jouir à n'importe quel moment de ce bien, sans avoir de comptes à rendre. On prend conscience maintenant de la relation entre l'utilité, l'usage et la propriété. L'utilité désigne la substance de la propriété même si Hegel n'emploie pas ce terme car pour lui l'utilité se situe du côté de l'agrément. Elle est une conjugaison de l'usage réel d'une chose et de son usage possible : en clair, la chose est à ma disposition à tout moment. Je peux l'utiliser et cet acte d'utilisation sera perçue comme une manifestation de ma volonté en acte : l'usage possible deviendra un usage réalisé par celle-ci. On obtient en fait une structure d'emboîtement : l'utilisation en tant qu'acte ponctuel est contenu dans l'usage de la chose qui lui a pour but la réalisation et non pas seulement la satisfaction du besoin alors que l'utilité est la constitution de cet usage pour moi. Cette dernière désigne ce qui me motive dans l'acte d'appropriation.

* 75 G.W.F HEGEL, Principes de la philosophie du droit, Trad. Franç. André KAAN, éditions Gallimard, Paris, 1940, p.53.

* 76 Ibid., p.59.

* 77 Ibid., p.64.

* 78 Ibid., p.72.

* 79 G.W.F HEGEL, Principes de la philosophie du droit, Trad. Franç. André KAAN, éditions Gallimard, Paris, 1940, p.72.

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