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La microfinance rurale au Sénégal

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par Babacar LO
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Maitrise es Sciences Economiques option Analyse et Politique Economiques 2007
  

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Section2 : Un bilan peu satisfaisant

Les contraintes de la microfinance en milieu rural sont nombreuses et diverses. La pesanteur de ces contraintes gène la bonne fonctionnalité et l'opérationnalité des institutions de microfinance, ce qui ne manque pas de se répercuter sur la rentabilité des services financiers. Ainsi, bien que des acquis soient notés sur la microfinance rurale, nombreux sont ceux qui s'inquiètent par contre de ce qu'un souci excessif de la recherche du profit pousse les IMF à changer leur segment cible de client et à servir une clientèle plus aisée capable d'absorber des montants de prêt plus importants.

2-1) Une microfinance détournée de ses objectifs premiers.

La microfinance est désormais confrontée à de nouveaux enjeux dont dépendent sa pérennité mais aussi l'ampleur de ses effets économiques et socioéconomiques.

L'apparente contradiction de ces dernières années qui instituait comme priorité la construction viable et professionnelle d'IMF alors même qu'il leur était demandé de se mettre au service de la lutte contre la pauvreté dans ses dimensions les plus diverses, doit être levée.

Pour des raisons de rentabilité, la microfinance est peu impliquée dans le financement du monde rural.

Une descente dans certains villages a permis de constater que l'absence de services financiers y est encore manifeste et constitue un frein pour leur développement.

Le marché financier rural reste encore largement dominé par le secteur informel, les préteurs traditionnels, les avances sur les récoltes consenties par des commerçants (appelés « Djoulo ») qui s'assurent ainsi de leur approvisionnement.

Makhtar Dieng, un jeune paysan d'environ trente deux ans, le témoigne en ces termes : « Il n'y a pas de mutuelle d'épargne et de crédit ici à Ndiarème. Ce sont, les « Djoulo » qui nous prêtent souvent de l'argent pour l'approvisionnement en eau, en intrants. Mais les conditions sont difficiles puisque ce sont eux qui, au moment des récoltes, doivent acheter nos produits, avec des prix très bas. Certains arrivent parfois à s'échapper pour vendre une partie de leurs récoltes (principalement le gombo) à Dagana ou à Richard Toll à des prix intéressants. Mais c'est difficile car on nous surveille et nous devons respecter les engagements pris avec le « Djoulo ».

Cependant, il y'a deux mutuelles à Gaé (village voisin) : celles de la communauté rurale et celle qui vient de Saint Louis. Certaines personnes parviennent à trouver leur financement auprès de ces mutuelles et il y'a même d'autres qui vont dans les institutions financières qui sont à Dagana ou à Richard Toll ».

La plupart des IMF sont situées dans les villes éloignées des villages marginalisés et ont du mal à prendre en compte toutes leurs difficultés : les conditions d'emprunts restent compliquées et exigeantes en terme de pré requis, le remboursement n'est pas modulé en fonction des conditions de revenus des populations rurales et les sanctions sont fortes et constituent souvent un facteur discriminant pour les plus craintifs.

Il faut noter que la recherche de la viabilité financière tout en restant fidèle à la « mission » sociale demeure un casse-tête pour la plupart des IMF.

Ces institutions travaillent à un double objectif : la pérennité et l'impact social. Mais la pérennité passe par la rentabilité et la sécurisation des crédits, ce qui conduit à pratiquer des taux d'intérêts élevés et à préférer une clientèle moins vulnérable que celle qui domine dans les zones rurales.

De plus, les liens sociaux qui sont très importants en milieu rural (ils conduisent certains ruraux à emprunter pour un évènement social, religieux ou communautaire) ne sont pas pris en compte par les IMF qui ne considèrent que le facteur financier au lieu d'appréhender la pauvreté rurale dans sa globalité.

2-2) Des succès de la microfinance sur le économique

Les IMF ont apparu comme un vrai moyen d'impulser les activités génératrices de revenus et de créer des richesses.

Le gouvernement du Sénégal a fait des investissements de tailles dans ce domaine. En 2002, le ministère de la microfinance et de la PME/PMI a vu le jour avec comme mission principale de promouvoir le secteur de la microfinance. Dans la même lancé, le Fonds National de Promotion de la Jeunesse (FNPJ) a été créée en avril 2005 mais aussi le Fonds de l'Entreprenariat féminin en Décembre 2003 et bien d'autres structures.

Il s'en est suivi une prolifération des IMF sur la majeure partie du territoire national. Bien que la demande de services financiers en milieu rural n'est pas totalement couverte, la microfinance a réussi à financer des activités rurales telles que le commerce, la transformation agroalimentaire qui génèrent des revenus réguliers et des taux de rentabilité élevés.

Le FNPJ a injecté 150 millions de francs sous forme de petits crédits dans 14 départements du pays, a déclaré Vendredi 06 Avril 2007 à Tambacounda, Cheikh Cissé, le président du conseil d'administration du réseau des mutuelles d'épargne et de crédit de l'UNACOIS (Remecu) de Tambacounda. « Ces tous petits crédits concernent 331 promoteurs au niveau national répartis dans 14 départements », a déclaré Cheikh Cissé. « Cette politique vise à prendre en charge la jeunesse, en lui permettant de mener des activités génératrices de revenus et surtout de toucher les secteurs qui n'ont jamais eu de soutien souple, efficace et promoteur », a -t-il expliqué. Dans cette mouvance, la région de Tambacounda n'est pas en reste, car ce sont 91 promoteurs des différents corps de métiers de l'artisanat, du commerce, de la coiffure, menuiseries... entre autres qui bénéficient des crédits. Cheikh Cissé a toutefois rappelé qu'un « bon remboursement est synonyme de continuité, car ces crédits sont revolving ».

Les opportunités ne manquent pas dans les zones rurales. A Ndiarème par exemple, des personnes ont développé leurs activités grâce aux prêts octroyés par les mutuelles du village voisin et des institutions financières de Dagana et Richard Toll. Ce qui traduit une plus grande utilisation des ressources et dans une certaine mesure meilleure utilisation des fonds ainsi disponibles. Si le processus se poursuit, les investissements seront certainement de plus en plus efficaces par l'amélioration de leur taux de rendement et alors créeront les conditions et les bases d'un réel développement soutenu.

Sur le plan agricole, la microfinance a permis à des ruraux d'augmenter les surfaces cultivables mais aussi de se doter des moyens de production plus efficaces. Ce sont des ménages qui s'appliquent à gérer, à planifier leurs activités, leurs dépenses et leurs investissements. Ils comparent les rentabilités des différentes catégories d'activités, ils font des choix raisonnés d'investissement dans des activités nouvelles en fonction de l'état du marché.

Leur degré d'information est plus important que la moyenne : par une bonne insertion dans l'environnement économique et institutionnel, ils disposent d'informations sur les marchés, les projets, les opportunités... .

Leur sensibilité à l'innovation est grande : les innovations adoptées peuvent être des techniques culturales agricoles (intensification rizicole, adoption de nouvelles techniques comme le semis sous couvert végétal...) ou d'élevage mais aussi le développement de nouveaux créneaux de marché.

De plus en plus, naissent dans les villages, des groupements de femmes et de jeunes qui identifient ensemble leur projet et se font financer par les IMF. L'augmentation des revenus qui découle de ces microprojets fait que des ruraux disposent d'un pouvoir d'achat plus élevé leur facilitant l'acquisition des biens de consommation et d'investissement. Ce qui se traduit par une augmentation de la consommation privée des ménages. Cela implique que l'absorption de la production nationale sera importante, élevant ainsi le revenu national. Ce dernier étant lié positivement à l'épargne, il en résulte une augmentation de l'épargne nationale.

2-3) Des succès sur le plan socioculturel

Comme sur le plan économique, la microfinance a montré ses mérites sur le plan socioculturel.

La microfinance s'est fait, un outil d'émancipation pour les femmes. La mise en place progressive et souvent accentuée de mutuelles « genre » ou de structures financières spécialisées pour les femmes, la multiplication des microprojets qui, débouchent sur l'entreprenariat féminin, ont fait que l'impact socioculturel s'est fait sentir surtout chez les femmes.

Les effets positifs sont nombreux et peuvent être résumés comme suit :

· Le renforcement de la capacité des parents à faire face aux dépenses liées à la scolarisation des femmes ;

·La stabilité des familles, car les femmes, grâce aux activités génératrices de revenus, sont de plus en plus considérées par leurs conjoints qui les associent activement aux décisions concernant le foyer.

·Le brassage entre ethnie, induit par les groupements et les échanges de services.

·Le renforcement de l'accès aux soins de santé pour les membres de la famille (les mutuelles de santé deviennent de plus en plus nombreuses dans les zones rurales).

·L'appropriation par les clients, des bonnes méthodes de gestion notamment la tenue de comptabilité, le respect de leurs engagements vis-à-vis des tiers et une bonne pratique du marketing. En effet, avec le bas niveau de scolarisation et le faible taux d'alphabétisation qui caractérisaient la plus part des bénéficiaires de services de microfinance, les agents du secteur ont pris l'initiative d'offrir à ces derniers un encadrement dans les meilleurs conditions, dans le but de limiter au mieux les risques liés à l'ignorance qui implique la mauvaise gestion puis l'insolvabilité qui freine ou rend même aléatoire la capacité de remboursement des prêts consentis par les bénéficiaires.

L'encadrement se fait généralement en deux volets.

Un volet alphabétisation qui consiste à instruire les populations ciblées (notamment les femmes), en langue nationale principalement.

Un volet information et formation qui offre aux femmes, ainsi qu'aux autres ruraux concernés, un accès à la formation technique et technologique leur permettant de produire en quantité et en qualité acceptable et leur garantissant une place sur le marché local, régional et international. Ces femmes reçoivent parallèlement une formation en gestion qui leur permet de bien gérer et de rentabiliser leurs activités.

La mise en place de microprojets, tels que la transformation des céréales locales, des fruits et légumes grâce au microfinancement, est une illustration de l'intervention des SFD dans l'amélioration des revenus des femmes.

Cette intervention au niveau de la sécurité alimentaire a permis aux femmes des zones rurales de ne plus se contenter uniquement des taches de « femme aux foyer » mais d'être plus productives. Un grand apport financier leur est offert dans la stratégie de sécurisation alimentaire sachant qu'elles assument non seulement la plus grande partie de la production vivrière mais elles sont aussi responsables de toute la chaîne alimentaire depuis la production jusqu'à la consommation en passant par la distribution.

Le soutien apporté aux femmes par des IMF dans cette sécurisation apparaît aussi dans la création de banques de semences de cultures traditionnelles, le traitement des produits agricoles comme halieutiques, l'octroi d'équipements d'allègement des travaux tels que moulin, batteuses, décortiqueuses, etc... (cf. « Répertoire des Groupements de Promotion Féminine au Sénégal », publié en 1993 par l'ex Ministre de la femme, de l'enfant et de la famille.

Les services des IMF ont aussi permis aux femmes et plus globalement aux populations rurales de se départir d'une certaine habitude de thésaurisation et d'épargne. En effet, ils avaient l'habitude de constituer une épargne en nature (bétail, stock de semences et de céréales) avec tous les risques qui s'y rapportent (vol de bétail, mortalité du bétail, destruction des stocks principalement par les rongeurs et les pluies).

Toutefois, il faut noter que les succès de la microfinance sont loin d'être négligeables. Il est difficile, voir impossible de les quantifier ; la présente étude n'a fait qu'énumérer les points qui semblent être les plus importants.

Conclusion

Au total, nous notons que la microfinance n'a pas encore suffisamment répondu à la demande des populations rurales.

La diversité des contraintes, spécifiques aux zones rurales, combinée à l'objectif de rentabilité des IMF contribue largement à la marginalisation du monde rural.

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