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Libéralisation financière et intermédiation bancaire: le cas de la Côte d'Ivoire

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par Fidelia Beugre DAGO
Université de Cocody-Abidjan, UFR Sciences économiques et de Gestion, Programme PTCI - DEA-PTCI 2005
  

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PREMIERE PARTIE

Cette partie consistera essentiellement à analyser les différentes approches de la théorie de la libéralisation financière et de l'intermédiation bancaire, d'une part, et la mise en évidence des caractéristiques propres au système bancaire ivoirien, d'autre part.

CHAPITRE I : FONDEMENT DE LA THEORIE DE LA LIBERALISATION FINANCIERE ET DE L'INTERMEDIATION BANCAIRE

Ce chapitre présente essentiellement une approche de la théorie de la libéralisation financière d'une part, et d'autre part celle de l'intermédiation bancaire.

I-1- Une approche de la théorie de la libéralisation financière

Cette section nous conduit à analyser la théorie de la libéralisation financière d'une part et d'autre, part expliquer la construction de l'indicateur de politique financière.

I-1-1- Une analyse de la théorie de la libéralisation financière

I-1-1-1- L'approche de Mc Kinnon et E. Shaw, et quelques travaux de leurs

Successeurs

I-1-1-1-1- L'approche de Mc Kinnon et E. Shaw

Du point de vue théorique, le concept de libéralisation financière apparaît au début des années 70 dans les écrits de R.I Mc Kinnon (1973) et E .Shaw (1973). Ces deux auteurs présentent la libéralisation du secteur financier comme un moyen efficace et simple pour accélérer la croissance économique des pays en voie de développement. Cette théorie trouve rapidement un écho favorable, tant auprès des grands organismes internationaux (FMI, Banque Mondiale) qu'auprès de certains pays en voie de développement. Elle séduit par la simplicité de sa mise en oeuvre. Pour ces deux auteurs, les pays en voie de développement souffrent moins d'un manque de ressources financière que d'une intermédiation, essentiellement bancaire, devenue inefficace du fait des distorsions liées à l'administration des taux d'intérêts. Le développement de leurs travaux a donné lieu au paradigme de la répression financière (Galbis, 1977, Mathieson, 1980, Fry, 1995). La principale proposition de politique économique est la libéralisation des conditions financières des banques, le taux d'intérêt étant la principale variable de contrôle. En l'occurrence, il devrait s'en suivre une hausse des taux d'intérêt qui permettent aux banques d'être plus performantes dans la mobilisation de l'épargne et le financement de l'économie.

Situant l'économie des PVD dans un cadre d'économie fragmentée, où compte tenu du manque de marchés financiers organisés, Mc Kinnon affirme que toutes les unités économiques sont réduites à l'autofinancement, sans qu'il y'ait besoin de faire une distinction entre les épargnants (ménages) et les investisseurs (entreprises). Ces entreprises-menages ne prêtent pas ou ne s'empruntent pas les unes aux autres. Dès lors, l'investissement supposé indivisible, est donc autofinancé et nécessite une accumulation préalable. Celle-ci peut prendre deux formes distinctes : une épargne sous forme d'actifs réels improductifs ou une épargne sous forme d'encaisses monétaires réelles (dépôt bancaire). Cette épargne financière, sous forme de dépôt bancaire, est supposée être une fonction croissante de sa rémunération réelle (taux d'intérêt créditeur). Plus cette rémunération est élevée plus le désir ou l'incitation à épargner est grande. Cela montre bien que, les encaisses réelles jouent un rôle très important dans la conduite de la formation du capital. Ici la monnaie et le capital ne seraient pas substituables mais seraient plutôt complémentaires. L'apport fondamental de Mc Kinnon se situe donc dans la reformulation de la demande de monnaie. Il existerait donc une corrélation positive entre la quantité de monnaie demandée et le taux d'intérêt. En fait, il décrit la situation d'une économie peu monétarisée. Accroître le taux d'intérêt réel permet d'enclencher un processus de monétarisation de l'économie via la création d'un marché de l'épargne.

Pour E. Shaw, la hausse du taux servi sur les dépôts, en encourageant la demande de dépôts des agents, accroît la capacité de crédit du secteur bancaire. Cela stimule l'investissement qui est financé de façon externe.

I-1-1-1-2- Quelques travaux des successeurs de Mc Kinnon et Shaw

Kapur (1976), en intégrant un modèle dynamique, affirme que la réduction du rythme de croissance de la masse monétaire (politique monétaire restrictive) n'est pas la solution appropriée. Il conclut qu'il est préférable d'accroître le taux nominal servi sur les dépôts car cela permettra d'atteindre simultanément deux objectifs : La réduction de l'inflation et la stimulation directe de l'épargne.

Quant à Galbis (1977), il construit un modèle à deux secteurs : un secteur traditionnel dans lequel le rendement du capital est faible et constant, et un secteur moderne dans lequel le rendement du capital est aussi constant mais élevé.

Dans son modèle, la libéralisation financière par la hausse des taux servis sur les dépôts bancaires, conduit à un accroissement de la productivité moyenne de l'investissement dans la mesure où elle permet un déplacement de l'épargne du secteur traditionnel vers le secteur moderne.

Mathieson (1979) prend en compte l'extérieur. Dans son modèle de libéralisation financière en économie ouverte, il analyse principalement les variations possibles du taux de change. En effet, l'augmentation des taux d'intérêt réels consécutive à la levée de la répression financière peut susciter de très importantes entrées de capitaux. Ce qui provoquera une pression sur le taux de change. Mathieson propose donc une dévaluation progressive pour réajuster le taux de change.

I-1-1-2- Remise en cause de la politique de libéralisation financière et

quelques évaluations empiriques des politiques de libéralisation

financière

I-1- 1-2- 1 - Remise en cause de la politique de libéralisation financière

Toutes fois, les arguments de ce paradigme dominant ont été largement remis en cause et les résultats obtenus décevants. Pour les néo-structuralistes (Van Wijnbergen, 1983), cela tient au fait que le paradigme de la répression financière ne prend pas en compte la segmentation des systèmes financiers dans les pays en développement et en particulier les interactions entre les différents secteurs financiers (Eboué, 1990). Par ailleurs, de nombreux auteurs s'appuyant sur l'existence des asymétries d'informations et le coût de l'information financière (en particulier dans les PVD), montrent que les déséquilibres du marché peuvent être indépendants de la rémunération des services bancaires (Owoundi, 1992 ; Stiglizt, 1994). Le point commun de ces thèses alternatives est la nécessité de prendre en compte les caractéristiques de chaque économie et en particulier la structure des systèmes financiers dans la formulation des politiques de financement. Hellman et al (1997) montrent que l'administration des taux pouvant se justifier sous certaines conditions, il convient de mettre en oeuvre des mesures de politique financière contrainte. En l'occurrence, il s'agit des mesures de politique financière administrées qui permettent de créer une rente d'intermédiation dont les institutions bancaires seraient les bénéficiaires contrairement à la théorie de la répression financière pour laquelle la rente est récupérée par les Etats.

Il est extrêmement important de souligner que pour Fry (1988), les modèles structuralistes reposent sur cinq assertions radicalement différentes de celles de Mc Kinnon :

§ Les salaires sont déterminés de manière exogène (ou institutionnelle) au travers de conflits entre les classes ;

§ L'inflation est déterminée par le poids relatif des capitalistes et des travailleurs (qui sont eux-mêmes influencés par l'état de l'économie) ;

§ L'épargne se détermine comme une fraction des profits et non des salaires ;

§ Le niveau général des prix est déterminé par des marges fixes sur les coûts du travail, les importations et le financement du capital productif (taux d'intérêt) ;

§ Les pays en voie de développement dépendent de façon critique de leurs importations de matières premières, de biens d'équipement et de biens intermédiaires.

§ Les mécanismes d'ajustement des modèles néo-structuralistes sont keynésiens : le taux d'intérêt de marché du secteur informel s'ajuste de telle manière que l'offre et la demande de monnaie, et de crédit s'égalisent. Sur le marché des biens, l'ajustement entre l'offre et la demande se fait par les quantités et non par les prix.

Par ailleurs, l'inflation y est déterminée par les coûts. Ainsi, appliquer la logique des modèles « Mc Kinnoniens » ne pourrait que détériorer la situation économique du pays. En effet, augmenter les taux d'intérêt nominaux (suite à une politique monétaire restrictive) ne peut qu'accroître l'inflation. De même, pratiquer une dévaluation (comme le prône Mathieson) ne ferait que renchérir le coût des importations et donc ralentir la croissance. Pour les neo-structuralistes, la libéralisation financière ne conduirait donc qu'à la stagflation.

I.-1-1-2-2- Quelques évaluations empiriques de la politique de

libéralisation financière

Il faut tout d'abord rappeler brièvement que sur le plan théorique, l'effet de la libéralisation financière sur l'épargne reste plus ou moins ambigu à cause de l'aspect multidimensionnel du processus de reforme. Certains aspects comme la libéralisation du taux d'intérêt et l'offre de nouveaux produits financiers agissent positivement sur l'épargne. D'autres dimensions comme l'allégement des contraintes de liquidité et la levée de l'encadrement des crédits sont susceptibles de réduire l'incitation à épargner. L'impact sur l'épargne dépend donc de l'effet de ces différentes dimensions de la libéralisation financière.

Les évaluations empiriques des impacts de la libéralisation financière sur le développement financier sont pour le moins diverses. Dans une étude portant sur sept pays asiatiques, Fry (1978) établit une corrélation positive et significative entre l'épargne nationale et le taux d'intérêt réel. Cependant, en reformulant les estimations de Fry (1978), Giovannini (1983) aboutit à des résultats différents. La conformité de la relation entre les différentes mesures de l'épargne et le taux d'intérêt créditeur réel (i.e. positive pour l'épargne financière et négative pour l'épargne physique) n'a été établie que dans moins de la moitié des douze pays asiatiques é étudiés par Gupta (1984). Diery et Yasim (1993) trouvent que le taux d'intérêt créditeur réel agit positivement et de façon significative dans la constitution de l'épargne dans neuf pays d'afrique. Dans une étude, Bandiera et al (2000) analysent la fonction d'épargne privée dans un échantillon de huit pays en développement. Dans six pays, les régressions entre l'épargne privée et le taux d'intérêt créditeur réel conduisent à une corrélation négative.

En outre pour Bandiera et al (2000), l'effet à long terme de la libéralisation financière sur l'épargne peut être observé lorsque les réformes viennent d'être mises en place (effet à court terme). Une évaluation de l'impact des différentes réformes financières sur l'épargne nécessite une analyse des différents canaux de transmission de la libéralisation financière et la séparation entre les effets de court terme et de long terme véhiculés par le processus de transmission.

La littérature tant théorique qu'empirique distingue plusieurs canaux de transmission de la politique de la libéralisation financière : le taux d'intérêt, les crédits, les produits financiers, les institutions de collecte de l'épargne. Ils auront à court terme un effet négatif sur l'épargne et un effet positif à long terme. L'effet à court terme provient essentiellement d'une variation des taux d'intérêt et des quantités de crédits disponibles.

En effet si les consommateurs déterminent leur niveau de consommation selon leur cycle de vie, un accroissement de l'offre de crédit par les banques les amène à réviser leur niveau d'épargne de précaution. Plus précisément, les ménages qui ne sont plus contraints financièrement vont consommer plus par rapport à la période de leur vie ou ils étaient rationnés de crédit. Dans ce cas l'épargne pourra chuter pendant les premières années de la libéralisation financière laissant la place à un boom de la consommation (effet direct de la libéralisation) (Muellbauer, 1994).

A long terme, la libéralisation financière aura permis un développement financier qui influencera positivement la croissance de la production et du revenu, et donc de l'épargne (S) (effet indirect de la libéralisation).

Effet à court terme : allégement de la condition de liquidité, baisse de S

Libéralisation financière

Effet à long terme : développement financier croissance éco hausse de S

Un autre point important qui mérite d'être pris en considération concerne l'omission d'autres actifs d'épargne. Le taux d'intérêt concerne ici l'épargne financière et notamment les dépôts bancaires. Or l'épargne des ménages peut être détenue sous formes d'actifs corporels ou physiques (logement, terrains), actifs boursiers comme les actions et les obligations, libellées en monnaie locale ou en devises. Honohan (1999) insiste sur le fait qu'il faut tenir compte non pas uniquement du taux d'intérêt sur les actifs financiers mais aussi du taux de rentabilité de l'achat de logement ou d'un terrain, du taux de rentabilité des obligations et des actions et du taux de change. Le choix du seul taux d'intérêt ne donne pas une vision claire des effets de la libéralisation financière sur l'épargne. Il est valable uniquement dans le cas d'une seule forme d'épargne à savoir les dépôts bancaires.

La libéralisation financière est censée favoriser, à travers la hausse du taux d'intérêt créditeur réel, l'accroissement des investissements et l'augmentation des ressources investies en capital productif. Dans la plupart des analyses économétriques traitant de ce sujet, il s'agit d'identifier, la relation entre taux d'intérêt créditeur réel et le volume du crédit intérieur disponible et/ou de déterminer s'il y'a une corrélation positive entre les crédits disponibles et le niveau d'investissement (relation de complémentarité de Mc Kinnon).

Fry (1981) trouve des résultats significatifs et conformes à la relation positive entre le taux d'intérêt réel et le volume de crédits intérieurs sur un échantillon de douze pays asiatiques. Par contre, Green et Villanueva (1991) trouvent que la hausse des taux d'intérêt réduit les investissements dans 33 pays en développement. Demetriades et Devereux (1992) aboutissent à une conclusion similaire sur un échantillon de 64 pays en développement. La Banque Mondiale (1989), après avoir classé en quatre groupes un échantillon de 34 pays en développement en fonction de leur taux de croissance, montre dans une analyse comparative que plus le taux d'intérêt réel créditeur moyen est élevé, plus l'efficacité des investissements (la variation de l'inverse du taux d'investissement) est importante.

I-1-2- Analyse de l'indicateur de politique financière

Mesurer le développement du secteur financier ou le processus de la libéralisation financière est une procédure très compliquée parce qu'il n'y a pas une définition précise et concrète de ces notions. Comme il a été mentionné par Bandiera et al (2000), un meilleur indicateur de la libéralisation financière est celui qui intègre les aspects réglementaires et institutionnels du processus, ce qui leur parait une tâche difficile à mettre en place.

Cependant des références à l'impact direct de la politique financière sur le développement financier des PVD sont présentées à travers la littérature empirique depuis quelques années. En effet, défini comme un indice qui permet de quantifier le niveau de répression financière ou de libéralisation financière, l'indicateur de politique financière est utilisé dans de nombreuses études.

Afin de capturer l'impact direct de la libéralisation financière, Demetriades et Luintel (1997) construisent, à l'aide des composantes principales, un indice synthétique de politique financière (IPF) dans le cas de l'Inde. Lorsqu'ils régressent cet indice sur le ratio dépôts bancaires sur PIB, le coefficient est négatif et significatif. Par contre, appliquant la même méthode à la Corée du Sud, Arestis et Demetriades (1997) établissent une relation positive et significative entre les deux variables. Dans le même esprit, Chai et Laurenceson (1998) trouvent que le coefficient d'un indice similaire n'est pas statistiquement significatif dans le cas de la Chine.

En effet, pour le cas de la Côte d'Ivoire, il s'agit ici pour nous de codifier les différentes mesures considérées comme étant représentatives d'une politique financière, puis de présenter la méthode de calcul de l'indicateur de politique financière.

II-1-2-1-La codification des mesures de politiques financières (voir annexe 2)

La codification des mesures de politiques financières consiste d'une part à identifier les mesures qualitatives et d'autre part, à les quantifier.

Il faut rappeler que la Côte d'Ivoire, en tant que membre de l'UEMOA, applique les différentes mesures de politiques financières mise en place par les autorités de l'union. Dès lors onze mesures ont été considérées comme étant des mesures de répression financières (Ary tanimoune, 2001) selon la terminologie de Fry (1995). Elles sont donc susceptibles d'agir à travers l'indice de politique financière. Il s'agit donc du taux d'usure, de la rémunération maximale et minimale des crédits bancaires, de la rémunération fixe et minimale des dépôts bancaires à terme supérieur à un an, du plafond sur le refinancement des crédits de campagne, du programme de crédit, du taux d'escompte préférentiel, de l'encadrement du crédit, des réserves obligatoires, de l'organisation du marché monétaire. Compte tenu de la politique financière commune des pays de l'UEMOA, il serait donc intéressant de rendre particulier l'indicateur de politique financière de la Côte d'Ivoire en intégrant dans la matrice des variables initiales (voir annexe2) deux variables macroéconomiques : le ratio de liquidité et le ratio des avoirs extérieurs nets.

Le ratio de liquidité permet de rendre compte de l'efficacité relative du système de paiement (King et Levine, 1993). Quant au ratio des avoirs extérieurs nets, il a été inclut pour tenir compte de la couverture appropriée de l'émission monétaire par les réserves de change dans le cadre du compte d'opération. On a donc au total 13 variables (11 mesures de politiques financières et 2 variables macroéconomiques).

Selon la méthode de codification binaire, les onze mesures qualitatives ont été transformées en variables quantitatives. Dès lors, pour chaque mesure de politique financière, on affecte la valeur 1 lorsque l'administration par les autorités monétaires de la variable est effective, et 0 lorsque la mesure est libéralisée (voir annexe 2). Par exemple, concernant les taux d'intérêt créditeur, on attribue la valeur 1 à la période durant laquelle il y'a eu des taux planchers et 0 lorsque la rémunération de l'épargne n'est plus soumise à la mesure.

I-I-2-2-La méthode de construction de l'indicateur d'orientation de politique financière.

Calculée à l'aide de l'analyse en composante principale (ACP), l'indice de politique financière (IPF) se déduit à partir des valeurs propres et du pourcentage de variation de chaque composante principale. Cette méthode permet de synthétiser les informations contenues dans plusieurs variables, en transformant les p variables quantitatives brutes corrélées entre elles (les différentes mesures de politique financières), en au plus m nouvelles variables quantitatives (avec m = p) non corrélées. Les nouvelles variables sont appelées composantes principales. Il y'a lieu de noter que lorsque les variables initiales sont de nature différente ou caractérisées par des unités de mesures différente, la transformation se fait à partir de la matrice des corrélations (division par leur écart type respectif), de façon à leur affecter le même poids.

La première composante principale explique la plus grande proportion de la variable totale de la variable initiale. Si l'information qu'elle fournie n'est pas satisfaisante, on construit la deuxième composante principale. Ce calcul se fait sous deux conditions : La deuxième composante principale présente une corrélation nulle avec la première et explique la seconde grande proportion de la variation totale des variables initiales. On procède de la sorte jusqu'à l'obtention de la composante principale. On parvient à déduire le poids des individus (ou des années) dans la composition des nouvelles variables à l'aide de la matrice diagonale des vecteurs propres des éléments de la diagonale représentant les parts relatives de chaque composante dans l'explication de toutes les variables initiales. En définitive, les composantes principales et leur pourcentage d'inertie respectif permettent de calculer pour chaque individu (ou par chaque année) un indice qui synthétise l'information totale contenue dans toutes les variables initiales. En l'occurrence, l'IPF, est calculée à partir de la somme pondérée des facteurs liée au six premières composantes principales par les pourcentages d'inertie correspondante sur la période allant de 1970 à 2003. Avec les mêmes notations, pour : i, l'année donnée et la composante principale. Nous avons donc :

Enfin, l'IPF s'interprète de la façon suivante : lorsque le système financier est soumis à des mesures de répression, l'IPF a une évolution ascendante. Par contre, lorsque les autorités monétaires mettent en place une politique de libéralisation financière, la tendance de l'IPF sera à la baisse.

II-2- Une approche de la théorie de l'intermédiation bancaire

Dans cette sous-section nous présenterons les activités de la firme bancaire d'une part et d'autre part la nécessité de l'intermédiation bancaire.

II-2-1- Les activités de la firme bancaire

Elle peut être résumée par son activité de transformation et son rôle dans la création monétaire et la gestion du système de paiement.

II-2-1-1- La firme bancaire et l'activité de transformation

Cette section a pour objectif de pénétrer au coeur de la firme bancaire pour analyser et comprendre la logique de fonctionnement de celle-ci et la manière dont le résultat bancaire se forme.

Schématiquement, voici comment est structuré le bilan de la firme bancaire :

« Produits » : Emplois illiquides

(crédits)

Titres acquis

« Matière première » : Ressources liquides

Titres émis

Fonds Propres

 
 
 
 
 
 

De manière simple, on peut présenter la banque comme gestionnaire de l'épargne d'une part et comme financeur de projets d'autre part.

La particularité (et la complexité) de la firme bancaire est :

- de fabriquer une dette  (moyens de paiement scripturaux en circulation dans l'économie);

- de produire du financement en achetant des projets (monétisation de créances).

La firme bancaire est particulièrement complexe à analyser puisqu'il est difficile d'identifier clairement les inputs, les outputs ainsi que le processus de production : la monnaie est bien produite par les banques mais ce produit est aussi une « matière première » ; les produits de financement sont « vendus » (crédits) mais aussi« achetés » (en finançant un projet, la banque « achète » un titre de créance sur ce projet futur). De plus, le résultat de la banque est particulièrement sensible à une donnée en partie non maîtrisable : les taux d'intérêt.

On ne peut expliquer et comprendre le fonctionnement de la banque si on sépare les deux activités de gestion de l'épargne d'une part et de financement de projets d'autre part.

Dans les deux cas en effet, c'est parce qu'elle parvient à mobiliser une épargne publique que la firme bancaire peut vivre en parallèle des systèmes d'intermédiation de marché (marchés financiers). La banque attire des épargnants pour financer les agents à besoin de financement (ménages, entreprises, administrations) parce que sa gestion du risque de non remboursement est conduite de manière plus efficace que la surveillance par les marchés. Elle peut de ce fait apporter des fonds là où les marchés financiers n'en auraient pas fournis ou en auraient fournis à un coût supérieur pour l'emprunteur.

Son activité d'intermédiation est donc fondée sur le fait qu'elle propose aux détenteurs de capitaux de transformer à leur profit un placement spécifique (le crédit) en un placement ayant d'autres spécificités (le dépôt bancaire).

C'est cette transformation qui fait de la banque un intermédiaire financier à part dans l'économie.

Si on considère l'intermédiation, respectivement du côté des ressources et des emplois, la banque :

- collecte l'épargne de sa clientèle et/ou émet des titres sur les marchés de capitaux 

- assure le financement de projets par le biais de l'octroi de crédits ou par l'achat de titres négociables (actions, obligations...).

Cette activité d'intermédiation produit une marge financière (différence entre coût de revient et prix de vente en quelque sorte). La marge financière provient de la différence entre les produits perçus et le coût des ressources collectées.

Marge financière = produits perçus sur les emplois - coût des ressources collectées.

NB : D'autres activités prises en charge par les banques (prestation de service, intermédiation sur les marchés...) génèrent des commissions (et ne sont pas fondées sur la notion de marge).

En tant qu'usine traitant des matières premières, les usinant pour en faire un produit fini, les contraintes d'exercice de la firme bancaire sont les suivantes :

1. Du côté des « achats » :

- réduction du coût d'accès aux ressources ;

- diversification des sources d'approvisionnement (dépôts collectés, ressources mobilisées sur le marché monétaire, obligataire, ressources propres).

2. du côté des « produits » :

- développer le portefeuille des crédits ;

- développer le portefeuille titres.

3. du côté de la combinaison des deux :

- maintien des marges d'intermédiation sur crédits ;

- hausse des marges d'intermédiation sur titres ;

- hausse des commissions d'intermédiation de marché et des commissions liées à une prestation de services (paiements par exemple)

II-2-1-2- La firme bancaire dans son activité de création de monnaie et de

gestion des mécanismes de paiement

II-2-1-2-1- La création de monnaie

Les intermédiaires bancaires créent de la monnaie soit par la vente d'actifs réels, la conversion de devises ou par offre de crédit ex-nihilo. Cette monnaie est dite monnaie scripturale.

II-2-1-2-2- La gestion des mécanismes de paiement

Du fait des coûts et des risques liés au transport d'espèces, les intermédiaires bancaires ont mis en place des systèmes de paiement efficaces et qui garantissent la sécurité. On appelle systèmes de paiement, les réseaux qui facilitent le transfert de fonds entre les comptes bancaires des agents économiques.

II-2-2- La nécessité de l'intermédiation bancaire

Cette nécessité des intermédiaires bancaires est manifeste dans la mesure où ils permettent la minimisation des coûts de transaction et l'assurance de liquidité d'une part et d'autre part l'activité de production et de gestion de l'information.

I-2-2-1- La minimisation des coûts de transaction et l'assurance de liquidité

I-2-2-1-1- La minimisation des coûts de transaction

Cette minimisation peut être observée tant au niveau des économies d'échelle dont bénéficient les intermédiaires financiers bancaires qu'au niveau de l'activité de diversification des actifs.

I-2-2-1-1-1-Les économies d'échelle

Les intermédiaires financiers bancaires bénéficient de rendements croissants dans la technologie de transaction. En effet, si par exemple à chaque transaction financière est associée un frais fixe, les déposants (ou emprunteurs) préféreront en vue de diviser les coûts de transaction, déléguer leurs opérations à un intermédiaire financier bancaire. Egalement, un intermédiaire financier bancaire est beaucoup plus capable d'investir dans des actifs certes illiquides mais plus profitables que ne le feraient les investisseurs individuels. Un autre type d'économie d'échelle c'est que pour des raisons d'indivisibilité, un intermédiaire financier bancaire a plus d'avantage à gérer un portefeuille plus diversifié (et par conséquent moins risqué) que les investisseurs individuels.

II-2-2-1-1-2-La diversification d'actifs

Le risque de détention d'un actif unique amène parfois les agents économiques à diversifier leur portefeuille, cependant la raison majeure de la diversification du portefeuille par les intermédiaires financiers bancaires, résulte de la prise en compte des asymétries d'information. En effet, les prêteurs qui ont des doutes sur la crédibilité des emprunteurs, pour ce faire ils confieront cette tâche à l'intermédiaire financier bancaire qui se chargera de gérer les portefeuilles d'actifs.

II-2-2-1-2-L'assurance de liquidité

Nous allons présenter succinctement le modèle de Diamond et Dybvig (1983) avant de déterminer l'allocation optimale.

II-2-2-1-2-1-Le modèle de Diamond et Dybvig (1983)

Considérons une économie à trois périodes, un bien dans laquelle il y a un continuum d'agents, chacun d'eux doté d'une unité de bien à la date t=0, veut consommer aux dates t=1 et t=2. Ces agents sont identiques ex ante, mais sont victimes de chocs de liquidité distribués indépendamment et identiquement avec une certaine probabilité : , ils expriment le besoin de consommer à la date t=i.

L'utilité des agents de type i=1(consommateurs impatients) est , alors que celle des agents de type i=2 (consommateurs patients) <1 est un facteur d'actualisation. Ex ante tous les agents on la même utilité :

Supposons que U est croissante et concave. Il y a une technologie qui permet le transfert d'un bien sans coût d'une date à une autre. Plus important, il y a également une technologie illiquide de long terme (avec des rendements d'échelle constants) : une unité investie à t=0 donne un rendement R>1 en t=2. Le terme « illiquide » reflète le fait que les investissements dans cette technologie de long terme donne un faible rendement L<1 s'ils sont liquidés prématurément en t=1.

II-2-2-1-2-1 -L'allocation symétrique optimale

En absence de coopération entre agents, le résultat de leurs investissements ex post est inefficient, ce qui nécessite la présence d'un marché financier pour assurer cette efficience. Cependant, à cause du risque de liquidité qui prévaut sur ce marché, l'allocation est en général non paréto-optimale. C'est ce qui va justifier l'apparition des intermédiaires financiers pour assurer la liquidité aux déposants. Cette assurance de liquidité se manifestera par le fait que les intermédiaires financiers vont proposer aux déposants des dépôts à vue rémunérés d'une part et en plus la possibilité de retirer leurs dépôts à tout moment.

II-2-2-2-L'activité de production et de gestion de l'information

Le premier économiste qui mit en évidence les effets des asymétries d'information sur les marchés fut Akerlof (1970). Il a pris l'exemple du marché des voitures d'occasion ou l'asymétrie d'information entre vendeurs et acheteurs est très forte .La conséquence de cette asymétrie sera l'existence de sélection adverse et du hasard moral.

Le modèle d'Akerlof (1970) a donc permis de développer toute une littérature autour du marché des fonds prêtables .L'existence des asymétries d'information sur ce marché va conduire à l'apparition des intermédiaires financiers.

Pour Leland et Pyle (1977) c'est l'asymétrie ex ante qui justifie la création des intermédiaires financiers bancaires. Leur modèle est une simple évaluation de la firme, dans lequel l'implication de l'entrepreneur dans son propre projet signale la qualité de la firme ou de son projet. Les entrepreneurs sont mieux informés sur la qualité, la rentabilité anticipée de leurs projets, lesquelles sont ignorées du prêteur. L'idée est que l'implication de l'entrepreneur dans son propre projet s'apparente à une diversification sous optimale de son propre portefeuille, traduit sa confiance et ,dans la mesure ou cette stratégie peut être observée, elle véhicule une information positive sur la valeur de la firme ou de son projet.

Pour Diamond (1984), c'est l'asymétrie ex post qui justifie la création des intermédiaires financiers bancaires. En effet, dès lors qu'un contrat est signé entre un prêteur et un emprunteur et qu'une asymétrie d'information existe postérieurement à la signature du contrat, un problème de risque moral survient, lié au comportement opportuniste du détenteur de l'information, susceptible d'altérer les relations entre le principal (prêteur) et l'agent (l'emprunteur). Afin d'éviter d'être trompé par l'emprunteur notamment par le biais de mauvais rendement fictif les prêteurs se doivent de surveiller la gestion et le résultat du projet.

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"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984