WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Réfugiés Hmong à  Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) - rapports aux lieux et diaspora

( Télécharger le fichier original )
par Pilippe MICHEL-COURTY
Université de POITIERS - Migrinter - Master 2 2007
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

b. Les pratiques de l'espace urbain

Avant d'analyser les pratiques de l'espace urbain, il nous paraît important de rappeler que nous sommes dans un contexte de très petite ville ce qui, a priori, devrait faciliter l'accès aux différents lieux et services. En réalité, en dépit de sa modicité de taille, Montreuil-Bellay est une ville bipolaire (carte n°9). A l'Ouest, les quartiers anciens se sont développés à partir du château et de sa collégiale qui dominent la vallée du Thouet. De nombreuses demeures historiques bordent les rues étroites. A l'origine, l'ensemble était ceinturé d'imposants remparts datant des XIIIe et XVIe siècles et percés de 6 portes dont 4 sont encore en place. Au XIXe siècle, avec l'ouverture de la ligne de chemin de fer Paris-Bordeaux dans les années 1870-1880, la ville se dote d'une gare, construite à l'Est sur des terres agricoles. La ville franchit la voie ferrée après la Seconde Guerre Mondiale, avec les premiers lotissements pavillonnaires et plus tard la construction du quartier de la Herse. Parallèlement, se développent, dans le prolongement à l'Est, la Zone d'Activité de la Petite Champagne puis celle de Méron, spécialisées dans l'industrie agro-alimentaire, l'industrie métallurgique et le conditionnement.

Carte n°9 : Extension urbaine de Montreuil-Bellay

En réalité la voie de chemin de fer sépare désormais l'agglomération en deux entités socialement contrastées : à l'Ouest, les quartiers résidentiels historiques, à l'Est les quartiers récents avec l'enclave de la Herse (carte n°9). Quelles sont les pratiques de l'espace urbain dans un tel contexte ? Quel est le rapport de l'individu aux lieux fréquentés et la nature des activités qu'il déploie sur ces lieux ?

Afin de répondre à cette question, nous avons recueilli auprès des membres de 3 familles l'ensemble des déplacements quotidiens effectués au sein de l'espace urbain, ainsi que les motifs et les modes de ces déplacements. Nous avons choisi deux journées non consécutives : la première en milieu de semaine, la seconde pendant le week-end afin de pouvoir comparer les formes de mobilités. Ne prétendant pas à un relevé d'informations exhaustif auprès de l'ensemble de tous les membres des familles, nous avons préféré sélectionner un échantillon en retenant pour critères l'âge et le sexe, et constitué à parts égales d'hommes et de femmes (tableau n°5).

La constitution de l'échantillon est la suivante :

 

- 15 ans

16 - 20 ans

20- 30 ans

+ 30 ans

hommes

2

3

4

4

femmes

2

3

4

4

Tableau n°5 : Etude des mobilités quotidiennes (échantillon)

v Analyse des données de l'enquête

Au vu des résultats de cette enquête réalisée en période de vacances scolaires (juillet 2007), on peut effectuer un certain nombre de constats portant sur la différence importante des formes de mobilité selon le jour de la semaine et selon le sexe. On peut ainsi remarquer que, en milieu de semaine, le quartier est le lieu de base de la vie sociale des membres de la communauté. Les épouses (classe + 30 ans), depuis qu'elles n'exercent plus d'activité professionnelle dans les champignonnières, circulent quotidiennement à pied d'une maison ou d'un appartement à un autre, ou se rendent en voiture (elles ont toutes leur permis de conduire) dans les jardins qu'elles exploitent. Les hommes, quant à eux, sont une grande partie de la journée sur leur lieu de travail : au domicile (1) ou dans l'entreprise Euramax (9), située sur la zone d'activité de Méron (carte n°9) où ils se rendent en voiture, seuls ou en covoiturage selon leurs horaires. Les plus jeunes restent la plus grande partie de la journée au domicile des parents. Les garçons consacrent leur temps à la télévision, aux jeux vidéos... S'ils sortent, c'est le plus souvent sans but précis, pour « voir les autres ». Les filles quittent peu le domicile. Il est important de rappeler que ces données ont été recueillies en période de congés scolaires. Si l'enquête avait été faite à une autre période de l'année, nous aurions obtenu des informations différentes, pour les 2 classes les plus jeunes, avec en particulier les « navettes » domicile-établissement scolaire, ce dernier n'étant pas toujours à proximité du domicile. En effet les plus âgés scolarisés en lycée doivent aller à Thouars ou à Saumur, ce qui implique un morcellement du territoire, contrairement à celui qu'ils « habitent » pendant les congés et qui est beaucoup plus compact.

En fin de journée, les hommes circulent d'une maison à l'autre, soit pour régler les « problèmes » du jour (l'organisation d'un mariage à venir, préparation d'un déplacement...), soit tout simplement pour discuter. Ils ont ensuite coutume de se retrouver sur une aire publique en terre battue où ils jouent jusqu'à la tombée de la nuit à un jeu de toupie, équivalent de la pétanque mais avec des règles beaucoup plus complexes.

 

Ce jeu hmong se pratique par équipes de 4 ou 5 participants. Les membres de l'équipe 1 lancent successivement leurs toupies sur une plaque de métal qui devient la cible, puis les adversaires (équipe 2), placés à 6 mètres, doivent lancer à leur tour avec force et percuter les toupies. Le jeu comporte 6 phases successives de difficultés croissantes.

La toupie, qui était à l'origine une arme, est utilisée désormais à des fins ludiques.

Photo n°7 : Séance de jeu de toupie - joueur 1

Photo n°8 : Joueurs 2 et 3

 

Photo n°9 : Le joueur adverse

Le retour au domicile varie selon les individus : il semble, en effet, qu'il n'y ait pas de contraintes imposées par des horaires de repas.

Comme on peut le constater, on est essentiellement dans une mobilité de sociabilité induite par la prégnance du clan et, compte tenu de la géographie résidentielle de la communauté, dans une « mobilité de proximité » (MEDAM, 1992 cité par REMY, 1996 : 136)42(*) qui permet à chaque individu de se construire « une territorialité du quotidien » (DI MEO, 2001 : 83) dans un quartier qui possède dès lors le statut de centre, ce qui bouleverse l'ordre des centralités locales. En fait, la centralité repose sur une approche cognitive plus que morphologique. Elle est « définie selon les significations, les représentations et les pratiques spatiales des individus » (RAMADIER, 2002 : 118). Faut-il voir alors dans le quartier de la Herse un nouveau ghetto dans lequel l'individu vivrait « dans un monde étroit mais qui offre la chaleur de la vie familiale, une grande richesse de sentiments et la possibilité se d'exprimer au sein du groupe » (WIRTH, 1980 : 273) ? De plus, les formes de mobilité renforcent le clivage hommes/femmes et traduisent encore des modes d'habiter différents « avec l'opposition entre le lieu d'assemblée, réservé aux hommes, et la maison réservée aux femmes » (BOURDIEU, 1998 : 23).

Par ailleurs, la ville n'est que partiellement investie : les quartiers anciens ne sont qu'exceptionnellement fréquentés, pour des démarches administratives à la Mairie, par exemple. Dans ces cas-là, on se déplace rarement seul et on préfère être accompagné d'un enfant qui assure la traduction si nécessaire. Quelquefois, s'il fait beau, la prairie des Nobis, au pied du château au bord du Thouet, est un but de promenade familiale. On peut enfin noter la tentative de Mme CHIENG qui a tenu pendant 2 ans un restaurant asiatique sur la place du château, mais la concurrence d'une crêperie voisine l'a contrainte à fermer cet établissement estimé peu rentable. Le contexte de très petite ville en est également responsable.

En ce qui concerne les mobilités de fin de semaine, elles sont là encore marquées par la sociabilité mais à une échelle différente. L'espace n'est plus seulement celui du quartier ou de sa périphérie, mais des villes plus éloignées : Saumur, Cholet, Tours... Ces mobilités sont liées aux relations diasporiques qui demeurent fortes et que nous approfondirons dans la partie VI.

Dès lors, comment cette communauté est-elle perçue par les habitants de Montreuil-Bellay ?

* 42 REMY, J. Mobilités et ancrages : vers une autre définition de la ville (135-153) in HIRSCHHORN, M. et BERTHELOT, J.M. 1996 Mobilités et ancrages. Paris : L'Harmattan. 157 p.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent"   Victor Hugo