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Typologie des systèmes d'élevage laitier au Maroc en vue d'une analyse de leurs performances

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par Mohamed Taher Sraà¯ri
Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux, Belgique - Doctorat en Sciences agronomiques et Ingénierie biologique 2004
  

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COMMUNAUTE FRANÇAISE DE BELGIQUE

Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux

Unité de Zootechnie

TYPOLOGIE DES SYSTÈMES D'ÉLEVAGE BOVIN LAITIER AU MAROC EN VUE D'UNE ANALYSE DE LEURS PERFORMANCES

Mohamed Taher SRAÏRI

Dissertation Originale présentée en vue de l'obtention du grade de Docteur en sciences agronomiques et ingénierie biologique

PROMOTEUR :

Professeur André THÉWIS

- 2004 -

COMMUNAUTE FRANÇAISE DE BELGIQUE

Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux

Unité de Zootechnie

TYPOLOGIE DES SYSTÈMES D'ÉLEVAGE BOVIN LAITIER AU MAROC EN VUE D'UNE ANALYSE DE LEURS PERFORMANCES

Mohamed Taher SRAÏRI

Dissertation Originale présentée en vue de l'obtention du grade de Docteur en sciences agronomiques et ingénierie biologique

PROMOTEUR :

Professeur André THÉWIS

- 2004 -

Copyright. Aux termes de la loi belge du 22 mars 1886 sur le droit d'auteur, seul l'auteur a le droit de reproduire cet ouvrage ou d'en autoriser la reproduction de quelque manière et sous quelque forme que ce soit. Toute photocopie ou reproduction sous autre forme est donc faite en violation avec la loi.

SRAÏRI Mohamed Taher (2004). Typologie des systèmes d'élevage bovin laitier au Maroc en vue d'une analyse de leurs performances (thèse de Doctorat). Gembloux, Faculté universitaire des Sciences agronomiques. 200 pages, 45 tableaux, 29 figures.

Résumé :

Une grande diversité des types d'élevage bovin laitier existe au Maroc. Afin d'en clarifier les performances zootechniques et d'en saisir les performances économiques, une série de suivis d'élevage a été mise en oeuvre, dans le cadre de l'application d'une démarche de type systémique dans différentes zones agro -écologiques du pays : la zone suburbaine de Rabat - Salé et le périmètre irrigué du Gharb. L'élaboration d'une typologie de fonctionnement des étables a ainsi montré la grande similarité des classes d'élevage par région : la présence de fermes de type allaitant, suivie de nombreuses fermes déficitaires en raison de gaspillages des ressources alimentaires, des concentrés notamment, de fermes produisant du lait avec peu de concentrés se regroupant sous l'appellation « élevage extensif » et de très rares étables qui peuvent être considérées comme spécialisées en lait. Paradoxalement, il a même été démontré que l'élevage laitier semblait plus intensif en zone suburbaine qu'en irrigué, dû aux facilités financières des éleveurs citadins pour l'achat d'aliments concentrés. Le détail des pratiques d'élevage et de leurs incidences a révélé le caractère singulier de la production laitière dans des étables étatiques où le pic d'intensification atteint est entièrement tributaire d'un milieu d'élevage entièrement artificiel : concentrés et traitements vétérinaires. Dans la région d'agriculture totalement pluviale de Ben Slimane, cette logique d'intensification bute sur l'aléa climatique et rend les résultats économiques très vulnérables, car pour maintenir un niveau de rendement laitier élevé, il ne peut y avoir d'autre voie que le recours aux concentrés. Enfin, en région suburbaine, les données structurelles des étables font qu'elles pratiquent dans leur majorité un élevage « hors - sol », lui aussi très dépendant des apports en concentrés. Les conséquences sur la qualité du lait sont néfastes, puisque le taux butyreux est inférieur à la norme minimale acceptable par les usines laitières au Maroc, de 35 g/kg dans 2 des 5 fermes étudiées. La qualité hygiénique du lait est mauvaise pour tous les échantillons considérés, sans aucune exception. L'ensemble de ces considérations imposent de penser à des stratégies d'appui technique prenant en compte cette diversité d'étables et de logiques d'élevage, même en proposant des rations riches en concentrés, pour améliorer la productivité laitière et la rentabilité du cheptel bovin.

SRAÏRI Mohamed Taher (2004). Typology of dairy cattle systems in Morocco for the analysis of their performances (Ph. D. thesis). Gembloux, Faculté universitaire des Sciences agronomiques. 200 pages, 45 tables, 29 figures.

Abstract :

A great diversity of cattle rearing practices prevails in Morocco. In order to clarify their consequences on dairy farms technical performances (milk yield and reproduction traits) and economic profitability, a series of follow-up were achieved. This consisted in an application of a systemic approach to dairy farms located in two different regions of the country: Rabat - Salé as a suburban area and the Gharb plain as an irrigated perimeter. The design of a typology of farms has revealed important similarities between regions. There were farms with a beef orientation, and numerous farms which could be qualified as concentrates wasters and who had consequently negative profitability, and also farms who adopted extensive milk production, mainly based on roughages. The last category gathered very few farms which could be considered as dairy specialised units. Paradoxically, it was shown that milk yield per cow was better in suburban zone than in the irrigated plain because of farmers' abilities to purchase additional concentrates. Whenever detailing rearing practices and their consequences, it appears that state farms illustrate a singular way of dairying in Morocco, as the peak of intensification they represent was totally linked to artificial conditions: huge amounts of concentrates per cow and heavy veterinary treatments. In the Ben Slimane rainfed agricultural plateau, this logics of intensive dairy farming had a severe constraint: drought which affects profitability per cow and induces purchases of concentrates as the only way to maintain high milk yields (> 5 000 kg) per cow. Finally, in the suburban area, it has been shown that milk production relies mainly on concentrates purchases, as farms are generally suffering from limited forage area. Consequences on milk quality are dramatic, as fat content does not respect normal value of 35 g/kg in two out of five farms. On another hand, milk hygienic quality can be described as very poor in all the studied farms. All together, these conclusions dictate adapted development measures for each of the identified groups, with a particular accent on equilibrated rations even with high levels of concentrates. This would be compulsory to improve the average milk yield per cow and to maintain profitable farms.

Le passé nourrit partout notre science. Dans la grande vallée méditerranéenne, le rythme des sécheresses est aussi ancien que l'araire et la chèvre et, les années où l'herbe meurt jusqu'aux racines, le berger sait qu'il doit sacrifier une partie de son troupeau - donc de son capital, de son outil de survie ; les femmes salent alors la viande (très peu de viande et beaucoup d'os) en prévision des mauvais jours qui viennent, car le beurre manquera dans la soupe, car les enfants n'auront plus de lait, et les maladies bénignes deviendront mortelles... Mais l'année suivante, les chevrettes épargnées par le désastre se rassasient, se gavent, se goinfrent dans les pâquis verts quasi vides, et elles donnent tant de lait qu'il en reste même une écuelle pour le petit chien qui vient de naître.

Germaine Tillion (2000)

Il était une fois l'ethnographie

Editions du Seuil

Paris, p. 118.

Table des matières

Introduction générale

p. 1

 
 

Partie I. Problématique et cadre théorique des analyses systémiques

p. 9

 
 

I. 1 Problématique générale

p. 10

 
 

I. 2 Recherches systémiques et élevage bovin laitier

p. 13

I. 2. 1 Introduction

p. 13

I. 2. 2 Terminologie et concepts des recherches sur les systèmes agricoles

p. 15

I. 2. 3 Déterminisme et évolution des recherches sur les systèmes agricoles

p. 19

I. 2. 4 Applications des recherches sur les systèmes agricoles aux activités d'élevage

p. 20

I. 2. 5 Outils et méthodes des recherches sur les systèmes d'élevage : cas des bovins laitiers

p. 24

I. 2. 6 Atouts et limites des recherches sur les systèmes d'élevage laitier

p. 29

I. 2. 7 Conclusion

p. 32

 
 

Partie II. Evolutions des filières laitières au Maghreb

p. 35

 
 

II. 1 Étude des filières laitières maghrébines : introduction

p. 36

 
 

II. 2 Cadre naturel de l'agriculture et de l'élevage au Maghreb

p. 38

 
 

II. 3 Politiques laitières dans les pays du Maghreb

p. 42

 
 

II. 4 Performances des filières laitières au Maghreb

p. 46

 
 

II. 5 Développement des filières laitières au Maghreb

p. 55

 
 

II. 6 Conclusions : perspectives des filières au Maghreb

p. 57

 
 

Partie III. Etablissement de typologies d'élevages de bovins au Maroc

p. 59

 
 

III. 1 Etablissement de typologies d'étables au Maroc : hypothèses et modalités de travail

p. 60

 
 

III. 2 Typologies d'élevages bovins dans la zone suburbaine de Rabat - Salé

p. 63

III.2.1 Introduction

p. 63

III.2.2 Présentation de la zone d'étude et méthodologie

p. 63

III.2.2.a Zone d'étude

p. 63

III.2.2.b Méthodologie

p. 65

III.2.3 Résultats et discussion

p. 67

III.2.3.a Caractéristiques générales des exploitations suburbaines

p. 67

III.2.3.b Analyses statistiques multidimensionnelles

p. 68

III.2.3.c Discussion

p. 73

III.2.4 Conclusion

p. 76

 
 

III. 3 Typologie d'élevages bovins dans le périmètre irrigué du Gharb

p. 78

III.3.1 Introduction

p. 78

III.3.2 Présentation de la zone du Gharb et méthodologie

p. 78

III.3.2.a La zone du Gharb

p. 78

III.3.2.b Méthodologie

p. 80

III.3.3 Résultats et discussion

p. 82

III.3.3.a Caractéristiques générales des exploitations pratiquant l'élevage bovin dans le périmètre du Gharb

p. 82

III.3.3.b Analyse de la diversité des exploitations d'élevage bovin : la typologie

p. 83

III.3.3.c Les stratégies des éleveurs : l'analyse des cas types

p. 88

III.3.3.d Lait et/ou viande ? Les perspectives d'avenir

p. 92

 
 

III.4 Analyse comparative des systèmes d'élevage bovin en zones irriguée et suburbaine

p. 95

III.4.1 Introduction

p. 95

III.4.2 Méthodes de travail

p. 95

III.4.2.a Echantillon d'étude

p. 95

III.4.2.b Comparaison intra et inter région

p. 96

III.4.3 Résultats et discussion

p. 97

III.4.3.a Aperçu général sur les caractéristiques des exploitations et des performances laitières

p. 97

III.4.3.b Evaluation des différences entre régions de l'activité laitière des exploitations agricoles

p. 99

III.4.3.c Résultats des analyses statistiques multidimensionnelles

p. 100

IV.4.3.d Discussion des résultats de la typologie comparative des étables laitières à Rabat - Salé et dans le Gharb

p. 106

III.4.4 Conclusion

p. 108

 
 

III. 5 Synthèse générale des typologies d'élevage bovin et implications pour des études de cas

p. 110

 
 

Partie IV. Etudes de cas d'élevages de bovins laitiers au Maroc

p. 113

 
 

IV.1 Performances et modalités de l'élevage laitier en étables étatiques : cas de six fermes de la SODEA

p. 114

IV.1.1 Introduction

p. 114

IV.1.2 Méthodologie de l'étude

p. 114

IV.1.2.a Bilan de diagnostic de gestion

p. 114

IV.1.2.b Analyse des performances par les paramètres de conduite

p. 116

IV.1.2.c Analyses statistiques

p. 117

IV.1.3 Résultats des étables laitières étatiques

p. 117

IV.1.3.a Pratiques d'élevage et performances des vaches sur les Unités de Production étudiées

p. 117

IV.1.3.b Performances de production et alimentation des vaches laitières

p. 119

IV.1.3.c Performances de reproduction

p. 120

IV.1.3.d Performances économiques du cheptel bovin

p. 121

IV.1.3.e Facteurs explicatifs des performances des vaches par unité de production

p. 122

IV.1.3.f Classement des unités de production

p. 125

IV.1.4 Conclusion

p. 127

 
 

IV.2 Résultats économiques et techniques d'une unité de production laitière dans la région d'agriculture pluviale de Ben Slimane

p. 128

IV.2.1 Introduction

p. 128

IV.2.2 Présentation générale de la région de Ben Slimane et de l'exploitation étudiée

p. 128

IV.2.3 Analyse des paramètres de production et de rentabilité de l'étable de la zone pluviale

p. 130

IV.2.4 Le troupeau bovin et les variations de ses performances de production et de rentabilité

p. 131

IV.2.5 Conclusion

p. 136

 
 

IV.3 Suivi continu d'élevages laitiers suburbains : résultats de sept étables

p. 137

IV.3.1 Introduction

p. 137

IV.3.2 Méthodologie de l'étude

p. 137

IV.3.3 Situation générale des exploitations et de leurs moyens de production

p. 138

IV.3.4 Alimentation, production laitière et reproduction du cheptel bovin des fermes suburbaines

p. 139

IV.3.5 Evaluation des résultats économiques des fermes laitières suburbaines

p. 142

IV.3.6 Modélisation du rendement laitier moyen par vache

p. 142

IV.3.7 Conclusion

p. 144

 
 

IV.4 Incidences des pratiques d'élevage sur la qualité du lait dans cinq étables suburbaines de Rabat - Salé

p. 145

IV.4.1 Introduction

p. 145

IV.4.2 Méthodologie de l'étude

p. 145

IV.4.3 Résultats et discussion

p. 147

IV.4.3.a Performances de production des fermes étudiées et évaluation de la qualité du lait

p. 147

IV.4.3.b Pratiques d'élevage et qualité du lait : établissement d'une typologie de laits au Maroc

p. 155

IV.4.4 Conclusion

p. 159

 
 

Partie V. Conclusion générale et recommandations

p. 161

 
 

V.1 Conclusion générale

p. 162

 
 

V.2 Recommandations

p. 167

 
 

Publications en relation avec la thèse et références bibliographiques

p. 177

 
 

VI.1 Publications en relation avec la thèse

p. 178

 
 

VI.2 Références bibliographiques consultées

p. 181

Liste des tableaux

Tableau 1.

Quelques exemples de liens linguistiques entre les mots « cheptel » et « richesse »

p. 15

 
 

Tableau 2.

Classification des interactions au sein d'un système de production agricole

p. 16

Tableau 3.

Matrice pour la représentation des systèmes d'élevage

p. 22

 
 

Tableau 4.

Caractéristiques schématiques de deux démarches différentes pour la recherche et l'action

p. 27

 
 
 

Tableau 5.

Les composantes, éléments et paramètres des systèmes d'élevage

p. 30

 
 

Tableau 6.

Implications des caractéristiques des élevages sur les essais en milieu paysan

p. 32

 
 

Tableau 7.

Variations des précipitations au Maroc : cas des stations de Rabat - Salé et de Béni Mellal

p. 40

 
 

Tableau 8.

Niveau d'importation des produits laitiers dans les pays du Maghreb

p. 43

 
 

Tableau 9.

Evolution de l'importation de génisses laitières au Maroc

p. 47

 
 

Tableau 10.

Evolution des importations de poudre de lait industriel au Maroc

p. 48

 
 

Tableau 11.

Evolution de la consommation des produits laitiers au Maroc

p. 49

 
 

Tableau 12.

Ecarts entre les prix à la production et à la consommation au Maroc

p. 50

 
 

Tableau 13.

Prix à la production et coûts de production de denrées agricoles de base en Tunisie en dinars par tonne (année 1975)

p. 53

 
 

Tableau 14.

Variables décrivant les fermes laitières suburbaines et leurs symboles

p. 66

 
 

Tableau 15.

Caractéristiques générales des étables de la région de Rabat - Salé

p. 67

 
 

Tableau 16.

Résultats de l'ACP - Définition des axes : Région de Rabat - Salé

p. 69

 
 

Tableau 17.

Eléments d'élaboration de la typologie des étables laitières de la région de Rabat - Salé

p. 73

 
 

Tableau 18.

Contribution des variables aux axes de l'ACP : région du Gharb

p. 83

 
 

Tableau 19.

Les différents types d'éleveurs de bovins dans l'arrondissement de Sidi Allal Tazi (périmètre du Gharb)

p. 85

 
 

Tableau 20.

Caractéristiques des cas - types d'élevages bovins du périmètre irrigué du Gharb

p. 92

 
 

Tableau 21.

Variables décrivant les fermes laitières des zones suburbaine de Rabat - Salé et irriguée du Gharb et leurs symboles

p. 97

 
 

Tableau 22.

Paramètres moyens de structure et de fonctionnement décrivant les 118 fermes laitières étudiées dans les zones suburbaine et irriguée

p. 98

 
 

Tableau 23.

Comparaison générale des fermes laitières au périmètre irrigué du Gharb et dans la ceinture suburbaine de Rabat - Salé

p. 99

 
 

Tableau 24.

Résultats de l'ACP intra région : définition des axes

p. 103

 
 

Tableau 25.

Caractéristiques moyennes des types d'élevage bovin identifiés par la classification ascendante hiérarchique

p. 105

 
 

Tableau 26.

Valeurs énergétiques des aliments utilisés et quantités moyennes ingérées par les vaches

p. 116

 
 

Tableau 27.

Superficie et occupation du sol dans les six étables étatiques étudiées

p. 118

 
 

Tableau 28.

Races et effectifs des vaches dans les six étables étatiques étudiées

p. 118

 
 

Tableau 29.

Caractérisation de l'alimentation des vaches laitières dans chaque unité de production (moyennes et écarts types)

p. 119

 
 

Tableau 30.

Performances moyennes de reproduction du cheptel bovin dans les six étables étatiques (écarts types)

p. 121

 
 

Tableau 31.

Performances économiques moyennes de la production laitière dans les six étables étatiques (écart type)

p. 122

 
 

Tableau 32.

Comparaison des étables étatiques par rapport à leur productivité laitière et aux résultats de reproduction des vaches

p. 126

 
 

Tableau 33.

Variations de l'assolement et de l'alimentation des vaches de 1994/95 à 1996/97 dans une exploitation laitière de Ben Slimane

p. 132

 
 

Tableau 34.

Test d'indépendance statistique (÷²) de la monte naturelle par rapport à l'insémination artificielle

p. 133

 
 

Tableau 35.

Rentabilité de la production laitière au cours des trois années d'étude de l'élevage de Ben Slimane

p. 135

 
 

Tableau 36.

Paramètres structurels des fermes suburbaines étudiées

p. 139

 
 

Tableau 37.

Paramètres d'alimentation des vaches dans les fermes suburbaines étudiées

p. 139

 
 

Tableau 38.

Caractéristiques de la reproduction et rendement laitier par vache des fermes suburbaines

p. 141

 
 

Tableau 39.

Performances économiques des vaches laitières dans les fermes suburbaines

p. 142

 
 

Tableau 40.

Caractéristiques structurelles des élevages suburbains étudiés pour leurs paramètres de qualité du lait

p. 148

 
 

Tableau 41.

Caractérisation de l'alimentation et des performances laitières des vaches en étables suburbaines

p. 151

 
 

Tableau 42.

Paramètres économiques de la production laitière dans les étables suburbaines

p. 152

 
 

Tableau 43.

Caractéristiques des différentes classes de qualité du lait en élevages suburbains

p. 154

 
 

Tableau 44.

Répartition des échantillons de lait collectés par classe selon leur qualité physico-chimique

p. 157

 
 

Tableau 45.

Caractéristiques des différentes classes de qualité du lait en étables suburbaines

p. 159

 
 
 

Liste des figures

Figure 1.

Représentation simplifiée des différences entre les systèmes agricoles des pays développés et les systèmes agricoles plus extensifs et multifonctionnels des pays en développement

p. 24

 
 

Figure 2.

Evolution de la production laitière bovine dans les pays du Maghreb

p. 46

 
 

Figure 3.

Evolution de la taille du cheptel bovin dans les pays du Maghreb

p. 47

 
 

Figure 4.

Evolution des indices des prix unitaires du lait à la production et de la poudre de lait importée en Algérie

p. 51

 
 

Figure 5.

Evolution des indices des prix de l'aliment pour vache laitière et du lait à la production en Algérie

p. 51

 
 

Figure 6.

Evolution des indices de la production du lait de vache et du prix du lait perçu par les éleveurs en Algérie

p. 52

 
 

Figure 7.

Localisation des zones d'établissement de typologies d'élevages bovins au Maroc

p. 61

 
 

Figure 8.

Carte administrative de la région de Rabat - Salé

p. 64

 
 

Figure 9.

Projection des variables techniques et économiques des fermes laitières suburbaines sur les axes factoriels 1 et 2 définis par l'ACP

p. 69

 
 

Figure 10.

Projection des groupes de fermes laitières sur le plan principal défini par l'ACP

p. 71

 
 

Figure 11.

Représentation synthétique de la typologie des élevages laitiers suburbains

p. 72

 
 

Figure 12.

Carte administrative du périmètre irrigué du Gharb

p. 80

 
 

Figure 13.

Cercle des corrélations des variables de l'ACP : étables dans la zone irriguée du Gharb

p. 84

 
 

Figure 14.

Représentation schématique de la typologie des élevages bovins dans le Gharb

p. 85

 
 

Figure 15.

Gradients de production de lait et de viande dans les différents systèmes d'élevage bovin au Gharb

p. 88

 
 

Figure 16.

Projection des variables sur l'axe factoriel issu de l'ACP inter régions

p. 101

 
 

Figure 17.

Projection des exploitations des régions suburbaine de Rabat - Salé (R) et irriguée du Gharb (G) sur l'axe factoriel issu de l'ACP intra régions

p. 102

 
 

Figure 18.

Projection des variables techniques et économiques caractérisant les fermes laitières sur le plan principal défini par l'ACP intra régions

p. 104

 
 
 

Figure 19.

Localisation des UP laitières de la SODEA étudiées

p. 115

 
 

Figure 20.

Effets des quantités de concentrés par kg de lait sur la moyenne économique dans les étables étatiques

p. 122

 
 

Figure 21.

Relation entre la moyenne économique et la consommation moyenne annuelle de concentrés par vache dans les étables étatiques

p. 123

 
 

Figure 22.

Incidence de la consommation de concentrés par kg de lait sur le bénéfice moyen par vache dans les étables étatiques

p. 124

 
 

Figure 23.

Effet de la durée du travail (en jours) par Unité Gros Bétail bovine sur le bénéfice par vache dans les étables étatiques

p. 125

 
 

Figure 24.

Situation de l'exploitation laitière étudiée en zone d'agriculture pluviale

p. 129

 
 

Figure 25.

Structure du produit brut (A) et des charges d'élevage bovin (B) dans une exploitation laitière de la zone pluviale de Ben Slimane

p. 134

 
 

Figure 26.

Corrélation entre le rendement laitier et la consommation de concentrés par vache en étables suburbaines

p. 143

 
 

Figure 27.

Calendrier fourrager des fermes laitières suburbaines étudiées pour leurs paramètres de qualité du lait

p. 149

 
 

Figure 28.

Variations des taux butyreux et protéiques annuels moyens en fonction des exploitations étudiées

p. 153

 
 
 

Figure 29.

Projection des variables de qualité du lait sur le plan principal de l'ACP

p. 156

 
 
 

Liste des abréviations

ACP : Analyse en Composantes Principales

APV : Age au Premier Vêlage

BV : Bénéfice par Vache

CAH : Classification Ascendante Hiérarchique

CAT : Charges Alimentaires par rapport aux charges Totales (%)

CIHEAM : Centre International des Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes

CV : Coefficient de Variation

DH : Dirham marocain (au 1er novembre 2004, 1Euro = 11,22 Dirhams)

DPA : Direction Provinciale de l'Agriculture

FCC : Ratio Fourrages/Concentrés dans le bilan énergétique global des vaches

FEZ : Fédération Européenne de Zootechnie

FMAT : Flore Mésophile Aérobie Totale

IA : Insémination Artificielle

IVV : Intervalle vêlage - vêlage

j : jour

MADR : Ministère de l'Agriculture et du Développement Rural

MADREF : Ministère de l'Agriculture, du Développement Rural, des Eaux et Forêts

MAMVA : Ministère de l'Agriculture et de la Mise en Valeur Agricole

MARA : Ministère de l'Agriculture et de la Réforme Agraire

ME : Moyenne Economique

ORMVA : Offices Régionaux de Mise en Valeur Agricole

PCC : Pourcentage des apports énergétiques dus aux concentrés dans les rations de vaches laitières

PRK : Prix de Revient du kg de lait

PSB : Pulpe Sèche de Betterave

RSA : Recherches sur les Systèmes Agraires

RSE : Recherches sur les Systèmes d'Elevage

SAU : Superficie Agricole Utile

SFP : Surface Fourragère Principale

SODEA : Société du Développement Agricole

UFC : Unités Formant Colonie

UFL cc/kg lait : Nombre d'UFL des concentrés par kg de lait produit

UFL cc/v/an : Nombre d'UFL des concentrés par vache et par an

UFL : Unités Fourragères Lait

UGB : Unité Gros Bétail

UP : Unité de Production

UTH : Unités de Travail Humain

VAL : Valeur des ventes d'Animaux (Bovins) par rapport aux ventes de Lait (%)

VIR : Variation d'Inventaire Relative

VP : Vaches Présentes

VT : Vaches Traites

Dédicaces

A mes très chers parents, pour tous les efforts que vous avez consentis pour mon éducation et ma formation.

A mon frère Ikbal et à ma soeur Selwa et aux membres de leur petite famille respective. En témoignage de votre constante attention à mon égard, moi l'aîné, éternel égaré.

A ma grand-mère Aïcha, qui m'a inculqué à un âge très sensible la recherche de la perfection et dont la sagesse n'a d'égale que la gentillesse. Puisse Allah exaucer toutes tes prières et t'accorder santé et longue vie.

A tous les membres de ma grande famille, pour vos encouragements et votre présence aux moments les plus durs.

A tous mes amis et à ceux qui m'ont permis de parachever ce travail sans jamais me décourager. Les citer exhaustivement serait trop long. Ils se reconnaîtront.

Remerciements

Placée sous le sceau de ma responsabilité personnelle, cette thèse doctorale n'en est pas moins le fruit d'intenses collaborations. En premier lieu, je me dois d'exprimer ma profonde gratitude à Monsieur le Professeur André Théwis, responsable de l'Unité de Zootechnie de la Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux (FuSaGx), promoteur de cette thèse, pour m'avoir accepté dans son laboratoire et pour la confiance qu'il m'a accordée. Son soutien, tant moral que matériel, continuel, même aux moments de doutes, ses lectures critiques des travaux réalisés et ses qualités humaines ont largement contribué à l'aboutissement de ce type de projet de thèse.

Par ses conseils éclairés et le temps qu'il leur a consacrées, Monsieur Rudy Palm a largement facilité les interprétations statistiques des matrices de résultats d'enquêtes. Je tiens à lui témoigner toute ma reconnaissance pour l'initiation approfondie aux méthodes d'analyses multidimensionnelles, et à leur exploitation dans mes travaux.

Ce travail est entièrement tributaire de la patience et de la qualité de l'accueil que m'ont réservées les éleveurs de bovins laitiers dans différentes régions du Maroc (Ben Slimane, Gharb, Rabat - Salé). J'ai beaucoup appris en leur compagnie, car ils ont su m'inculquer leurs considérations pour les vaches et leurs productions. En outre, je suis particulièrement redevable à Messieurs Mohammed Abidi et Mohammed Boukraj de la Société du Développement Agricole, à Monsieur Khalid Mékouar, éleveur privé à Ben Slimane, à Messieurs Mohammed El Qsibate et Anass Elayachi et Madame Btissam Kessab de la Société Centrale Laitière et aux gestionnaires de différentes associations d'élevage (Rabat - Salé, Gharb), pour l'aide qu'ils m'ont prodiguée.

Les enquêtes et les contrôles de performances rapportés dans cette thèse et qui en constituent le fondement, ont été accomplis en compagnie d'étudiants que j'ai encadrés lors de leurs travaux de fin d'étude à l'Institut Agronomique et Vétérinaire (IAV) Hassan II. Les remercier est pour moi un immense plaisir, car j'ai le plus souvent éprouvé une réelle satisfaction à leur faire partager les joies du dialogue avec les éleveurs. Que Messieurs Issam Hasni Alaoui, Mounir El Khattabi, Aziz Lahyani et Rachid Lyoubi, et Mesdames Najat Kiade et Jeanne Marie Leblond trouvent ici une vraie reconnaissance pour leur labeur.

A cette occasion, je voudrais rendre hommage aux personnes à l'IAV Hassan II, qui m'ont permis de mener à bien les nombreux et nécessaires déplacements sur le terrain ainsi que les analyses d'échantillons de lait et d'aliments de bovins. Que les chauffeurs qui m'ont accompagné avec les étudiants, le staff administratif du Département des Productions Animales et Madame Malika Bennani, et Messieurs Mohammed Chichi et Ahmed Mourtaki, pour leur aide précieuse au laboratoire, soient assurés de ma considération sincère.

Je voudrais aussi exprimer mes sentiments les plus chaleureux à tous les membres (enseignants, assistants de recherche, étudiants et employés) de l'Unité de Zootechnie de la FuSaGx pour l'accueil et pour les moments qu'ils ont bien voulu partager en ma compagnie. Une pensée particulière à Mademoiselle Geneviève Jean, pour les multiples coups de main (le masque sur Powerpoint ! le Bricolage !), ô combien salutaires, relatifs à mon installation, à mes petits ennuis, notamment informatiques, et au suivi de l'acheminement du courrier.

Un grand merci à Mesdames Michelle Moreau Van Marsenille et Françoise Strouven qui m'ont toujours gentiment accueilli à Gembloux. De même, je ne pourrais oublier Madame Anne Willocq qui m'a maintes fois, avec un sérieux et une gentillesse inégalés, rendu service, des premiers pas menant à l'inscription à Gembloux jusqu'aux démarches finales pour la défense de ce travail.

L'aide octroyée par le Gouvernement belge (Coopération Technique Belge, C.T.B.) sous forme d'une bourse d'étude a été déterminante pour la réalisation de ce travail. A cet égard, je voudrais remercier plus particulièrement Madame Christine Leroy, Mademoiselle Amal Hadaj et Monsieur Célestin Misigaro qui se sont occupés de mon installation et des détails relatifs à mes séjours en Belgique. Je voudrais aussi mentionner l'aide matérielle que m'a prodiguée la Coopération Universitaire au Développement (C.U.D.), sous forme d'un programme « micro-réalisation » et qui a permis d'effectuer les analyses relatives à la qualité du lait in situ.

Je dois aussi mentionner que ce travail n'aurait pu être effectué sans les fréquentes autorisations de longs séjours en Belgique que m'a délivrées le Directeur de l'IAV Hassan II, le Professeur Fouad Guessous. Je lui suis aussi reconnaissant pour ses encouragements.

Que Messieurs Yves Beckers, André Buldgen, Nicolas Gengler, Jean Pierre Lambotte, Philippe Lebailly, Rudy Palm, Mohamed Raki et André Théwis, membres de la Commission du suivi de cette thèse, trouvent ici l'expression de mon profond respect pour leurs remarques constructives et leurs critiques judicieuses de mes travaux. Je vous suis redevable de l'amendement et de la bonification de cette thèse. Un grand merci aussi à Messieurs Bernard Faye et Lebailly Philippe d'avoir accepté d'être les rapporteurs de cette thèse.

Une pensée amicale pour mes collègues du Département des Productions Animales, qui m'ont adopté dans leur structure. De même, je voudrais ici témoigner de mon estime pour mon collègue Abed Hamama, professeur à l'IAV Hassan II, pour m'avoir aimablement permis d'utiliser l'infrastructure de son laboratoire de recherche pour la caractérisation de la qualité hygiénique du lait.

Finalement, je ne pourrais clore cette page sans remercier mes collègues chercheurs Alain Bourbouze et Bernard Faye, en France, pour le suivi et l'intérêt qu'ils ont accordé à mes travaux et pour les collaborations fructueuses que nous avons développées, afin de mieux comprendre les logiques et les incidences des pratiques adoptées par les éleveurs de bovins laitiers au Maroc.

Introduction générale

Il ne s'agit pas d'aller enseigner les paysans mais de se rendre compte qu'on a tellement à apprendre auprès d'eux.

René Dumont (1974)

Agronome de la faim.

Coll. Un homme et son métier. Editions Robert Laffont

Paris, p. 394.

Le développement de l'espace rural et agricole au Maroc a toujours été un défi pressant pour les pouvoirs publics, constituant un pivot des politiques suivies par le pays, car il est le principal garant de la cohésion et de la stabilité [LEVEAU, 1972]. A cet égard, dès l'Indépendance du pays en 1956, différents plans régionaux et sectoriels de promotion des productions agricoles ont été conçus : projet DERRO (Développement Economique et Rural du Rif Occidental), projet Sebou, opération labour, plan sucrier, plan laitier... Outre la création de richesses et de travail dans le monde rural, ces opérations intensivement encadrées et subventionnées par l'Etat marocain visaient aussi l'approvisionnement en denrées de première nécessité d'une population jeune et en croissance démographique accélérée, aspirant à davantage de produits alimentaires de qualité et de haute valeur nutritionnelle (protéines animales notamment).

L'agriculture marocaine a souvent été décrite comme étant caractérisée par une dualité flagrante opposant d'une part, une grande majorité de petites exploitations de type vivrier avec des moyens de production sommaires (plus de 80 % des agriculteurs, selon le dernier recensement général de l'agriculture, RGA), à d'autre part, des exploitations à caractères structurels (superficie, capitaux, savoir-faire) nettement plus évolués [MADRPM, 1999]. C'est dans ce genre de réalité que plusieurs auteurs [AKESBI, 1996 ; EL KHYARI, 1985] trouvent une explication à son manque de compétitivité, avec des bilans bien plus que mitigés depuis l'Indépendance. S'il est clair que pour la majorité des produits vitaux pour l'alimentation de la population et la balance des paiements (céréales, viandes et lait, produits d'exportation tels qu'agrumes et primeurs), des progrès en matière de couverture des besoins ont été réalisés, il n'en demeure pas moins que le pays reste très tributaire des importations de céréales et de produits animaux, notamment après des années de sécheresse. Pour les produits d'élevage, les niveaux de consommation actuellement enregistrés sont de l'ordre de 12 kg de viande blanche per capita par an, 15 kg de viandes rouges (8 kg de viandes ovines et caprines, 7 kg de viandes bovines) et 44 équivalents litres de lait. Ces chiffres ont connu des évolutions divergentes, avec une augmentation marquée de la contribution des viandes blanches, suite à un essor considérable du secteur de l'aviculture industrielle (de 15 % de la production totale des viandes blanches en 1968 à près de 82 % de cette production en 2003). En parallèle à cette croissance soutenue du secteur de la production avicole intensive, surtout liée à une volonté individuelle d'investisseurs privés, l'Etat marocain a concentré ses efforts sur la satisfaction des besoins de la population en protéines animales d'origine laitière. En effet, juste après la décennie 1960, les autorités agricoles se sont penchées sur l'élaboration d'un plan laitier, outil de base pour la promotion de la production bovine au Maroc. A la clef, se profilait un projet d'envergure puisque concernant la quasi totalité des exploitations agricoles du pays, étant donné qu'elles possèdent dans leur immense majorité quelques vaches. L'objectif principal visé était d'assurer pour chaque Marocain un apport quotidien de 1/3 de litre de lait à l'horizon 2000, à partir d'une situation initiale de 100 ml, soit une augmentation de la production totale annuelle de 400 à plus de 2 000 millions de litres de lait [MADRPM, 1998b]. Il s'agissait, en fait, de réaliser des objectifs directs d'accroissement de la production laitière à un rythme de 6 % par an, et indirectement de contribuer à l'amélioration des performances viandeuses du cheptel, en favorisant les croisements avec les races à lait plus efficaces en terme de croissance que les races locales. Pour la concrétisation de ces objectifs, le plan laitier, dont le lancement officiel a eu lieu en 1975, était intensément soutenu par plusieurs mesures d'accompagnement, toutes fortement financées par les bailleurs de fonds internationaux, à l'instar de nombreux autres projets laitiers à travers le monde (opération Flood en Inde, opération Milk Collecting Centres, MCC, en Malaisie...) [NESTEL, 1984]. Ainsi, en aval de la filière, l'Etat marocain, dans un souci de fournir un débouché fiable au lait produit, a encouragé la constitution d'un réseau de collecte très dense, et a accompagné la construction d'usines laitières, tout comme il a fortement taxé les importations de poudre de lait [BOURBOUZE, 2002]. Il a aussi instauré le contrôle du prix du lait à la production et à la consommation, en s'assurant d'éviter toute distorsion des termes de l'échange qui serait fatale aux éleveurs. Par ailleurs, en amont, tout un ensemble de décrets pour l'aide aux producteurs a été adopté. L'importation de génisses laitières gravides, la vulgarisation de l'Insémination Artificielle (IA), la mise en place d'unités d'élevage pépinières et l'ébauche du contrôle laitier ont été autant d'opérations destinées à créer rapidement un matériel génétique bovin amélioré pour ses caractères laitiers (du moins, en comparaison avec les populations bovines de type local), adapté aux conditions d'élevage prévalant dans le pays. De plus, de nombreuses interventions des services agricoles de l'Etat ont été planifiées au niveau des étables, pour garantir la diffusion dans le monde rural des techniques d'élevage laitier intensif. Ainsi, l'ensilage de maïs, la vulgarisation de nouvelles cultures fourragères (le sorgho, le ray-grass, la betterave...) et des techniques culturales nécessaires à leur réussite, l'initiation à la traite mécanique, la propagation de sous-produits agro - industriels non conventionnels (pulpes d'agrumes, pulpes de caroube, tourteaux de tournesol, urée...) ont été testés.

Il est vrai que l'ensemble de ces aides et interventions étatiques a rapidement créé un engouement pour l'élevage laitier. Celui-ci s'est fait ressentir non seulement dans les zones irriguées où les autorités agricoles, au travers de coûteux investissements en équipements hydrauliques (barrages, adductions d'eau, stations de pompage), ont largement milité pour l'implantation d'étables performantes, mais aussi dans les zones d'agriculture pluviale favorables (plus de 400 mm de pluviosité par an, ce qui est suffisant pour une production fourragère) et dans les abords des grandes agglomérations urbaines. Ceci a engendré un accroissement notable de la production laitière marocaine, dans des proportions nettement supérieures aux résultats obtenus dans des pays limitrophes [BOURBOUZE et al., 1988]. Toutefois, cet élan vers la spéculation bovine a commencé à régresser de manière notable à partir des années 1990, pour diverses raisons, dont le désengagement de l'Etat et la diminution de la protection de la filière laitière ne sont pas des moindres [AKESBI, 1997]. En effet, plusieurs subventions à la production (notamment pour l'importation de génisses, l'acquisition de matériel de traite) ont été progressivement supprimées. Par ailleurs, les termes mêmes de la commercialisation du lait se sont détériorés, avec une augmentation de la plus-value dégagée par les usines de transformation, au détriment des éleveurs. De plus, l'avènement de nombreux épisodes de sécheresse à partir des années 1980 [BARAKAT et HANDOUFE, 1998], a fortement pesé sur les capacités de production fourragère. Un décalage perceptible des performances du cheptel bovin par rapport aux prévisions du plan laitier a lors commencé à se faire sentir. En effet, en l'an 1998, les réalisations ne représentaient même pas 50 % du volume projeté par les initiateurs de ce projet [MADRPM, 1998b].

Néanmoins, en raison des nombreux rôles, autres que productifs (restitution de fertilité aux sols, emplois de main-d'oeuvre, affirmation de statut social...), assumés par le cheptel bovin, l'activité de production laitière avec des vaches de type pie-noir, autrefois cantonnées aux seuls domaines de la colonisation et chez les notables locaux, s'est définitivement ancrée dans le paysage rural du Maroc. Ce constat de diffusion de bovins de races Frisonne et Holstein directement issues de l'importation, auxquelles se mêlent les populations locales et leurs nombreux croisements, contribue à créer une réelle diversité génétique, dans les nombreux agro - écosystèmes du pays. C'est ce qui nous a interpellé, dans un contexte général de la filière laitière mouvementé et en pleine évolution.

Aussi, pour étudier l'insertion des troupeaux de vaches dans différents types de situations d'élevage au Maroc (zones irriguées, zones d'agriculture pluviale, ceintures périurbaines), et en vue d'analyser les performances tant techniques (valorisation des aliments concentrés, intervalles entre vêlages, productivité en lait par vache par an...) qu'économiques (rentabilité par vache et coût de revient du litre de lait) du cheptel bovin, avons-nous songé à appliquer des diagnostics zootechniques. Ceci serait une première évaluation de la durabilité de ce genre de systèmes de production, encore plus menacés par l'option d'ouverture totale du marché marocain prévue par les accords de libre-échange ratifiés par le pays.

Une autre perspective dégagée par ce travail serait de construire des références sur les modes de fonctionnement et les performances techniques et économiques auxquelles aboutissent les étables laitières, en conditions réelles, dans un contexte dominé par le désengagement de l'Etat, et la rareté pour ne pas dire l'inexistence de données fiables sur les résultats des élevages. Il nous faut mentionner ici que moins de 5 % des vaches laitières de race Frisonne pie-noire et Holstein sont soumis au contrôle laitier, et que de nombreux vices de forme entachent cette opération. Par ailleurs, ce relevé des performances reste cantonné aux seules « grandes » étables, qui pour une affaire de prestige social et d'influence locale, continuent de bénéficier des apports des services techniques de l'Etat. Il va sans dire que l'écrasante majorité des éleveurs n'en ont pas vent du tout, et dans pareilles circonstances, cette opération ne saurait avoir un impact, même infime, sur l'organisation de l'amélioration génétique bovine au Maroc [SRAÏRI, 2002].

De plus, comme l'agriculture marocaine est officiellement exonérée d'impôts sur la plus-value qu'elle dégage depuis 1984, par une décision royale visant à se rapprocher des masses paysannes, les agriculteurs, en grande partie illettrés, ne sont pas contraints de tenir à jour des documents comptables dûment certifiés. Aussi, les évaluations de rentabilité de leurs activités demeurent-elles fort sommaires, souvent basées sur des approximations.

Toutes ces carences structurelles de l'organisation de la production laitière au sein des exploitations agricoles au Maroc, dans les plus nanties comme dans les plus humbles, ô combien plus nombreuses, plaident pour la constitution de références qui puissent éclairer la recherche zootechnique et même les décideurs sur la situation du secteur de l'élevage laitier au Maroc, sur les niveaux de performances réalisées et sur la rentabilité des étables. Un autre objectif majeur est de comprendre la diversité des étables pour entreprendre sur le long terme des actions de développement ciblées.

Comme de nombreux chercheurs [FAYE et ALARY, 2001 ; ØRSKOV, 1999 ; BRADFORD, 1989] ont récemment mis en exergue les limites de la zootechnie dans ses approches classiques (i.e. essais monofactoriels de comparaison de rations alimentaires ou de races animales) pour relever les défis du développement des élevages des petites exploitations dans les pays du Tiers-Monde, nous avons opté pour les méthodes de recherche systémique en tant qu'outil directeur de ce travail. A cet égard, il faut mentionner que ces approches qui consistent à travailler en concertation avec les éleveurs pour identifier les contraintes de production inhérentes à leurs exploitations agricoles et même influer sur les pratiques qu'ils adoptent, sont devenues fort courantes [STüR et al., 2001 ; ARRIAGA-JORDÁN et al., 2002]. Elles sont toutes du ressort de la participation des chercheurs à l'amélioration des résultats des élevages, dans une inédite tentative de la recherche agronomique à s'impliquer concrètement dans le vif du sujet qu'elle prétend dominer : les exploitations agricoles. Ceci est en relation avec sa nature même de recherche de type systémique, qu'ALRØE et KRISTENSEN [2002] définissent comme une recherche dont la finalité est d'aboutir à l'amélioration de l'état du sujet qu'elle étudie.

Par conséquent, ce travail de Doctorat se propose de construire des typologies d'élevages de bovins laitiers au Maroc, selon une conception qui voudrait trouver des solutions à chaque situation de production ou même carrément à chaque exploitation agricole, en application des préceptes de l'approche systémique [KÖBRICH et al., 2003]. Ces outils synthétiques pourraient servir de base pour la conception d'interventions ultérieures à des fins de développement. En second lieu, il s'agit de décrire et d'analyser plus en détail les pratiques adoptées par les éleveurs de vaches laitières en matière d'affouragement et d'exploitation de leurs troupeaux, d'évaluer les résultats économiques que dégage le cheptel bovin et de procéder à une analyse préliminaire des déterminants de la qualité du lait et de ses variations mensuelles.

La présente étude se compose de cinq parties distinctes. La première présente la problématique globale dans laquelle s'insère la conception de ce projet de recherche et son originalité par rapport aux études antérieures qui se sont focalisées sur l'élevage bovin au Maroc. Elle est complétée par un tableau exhaustif du cadre théorique supportant ce travail, à savoir l'utilisation des méthodes dites systémiques comme outil d'analyse des étables laitières. Ainsi, dans un premier chapitre nous présentons les objectifs, les intérêts et l'originalité de ce travail. Nous traitons ensuite en détail dans le deuxième chapitre les aspects sous-jacents à la problématique de la recherche et à ses fondements théoriques et pratiques, à savoir l'application des méthodes systémiques aux activités d'élevage, principalement à la production bovine laitière.

La deuxième partie est consacrée au contexte global de la filière laitière au Maroc, et à ses évolutions comparées par rapport à celle des autres pays maghrébins (Algérie et Tunisie). Dans cette partie, sont ainsi détaillées toutes les péripéties qu'a connues la filière lait, de l'amont (l'environnement des ateliers laitiers) à l'aval (transformation et commercialisation des produits laitiers) au Maroc, avec pour objet principal le plan laitier de 1975, ses conséquences et ses remaniements.

Dans la troisième partie, nous entamons la présentation des protocoles de recherche et des résultats obtenus lors de l'élaboration de typologies d'élevages en tant qu'outil synthétique décrivant la diversité des exploitations agricoles à cheptel bovin laitier.

Un premier chapitre est consacré aux hypothèses générales qui ont été prises en considération pour l'élaboration de ces typologies d'élevages, notamment en rapport avec la localisation géographique des zones retenues et à leur analyse comparative. Le deuxième chapitre présente les résultats relatifs à la typologie d'élevages suburbains de la région de Rabat - Salé, capitale du Royaume du Maroc. Les performances techniques de 48 étables et leur rentabilité durant la campagne agricole 2000/2001 sont analysées en fonction des autres variables sur lesquelles reposent ces exploitations agricoles.

Le troisième chapitre traite des modalités d'élevage bovin dans le périmètre irrigué du Gharb (Nord Ouest du Maroc), en se focalisant sur 111 élevages de bovins situés dans l'aire géographique de l'arrondissement de Sidi Allal Tazi. La méthodologie d'enquête utilisée est beaucoup plus ciblée sur les rôles assumés par les troupeaux de vaches, et permet de définir différents « cas types » révélateurs de la réalité de l'élevage de bovins dans ce périmètre irrigué.

Le quatrième chapitre consiste en une analyse comparative des modes d'élevage laitier dans les deux zones citées précédemment (Rabat - Salé et Gharb). Les exploitations retenues sont les 48 élevages suburbains étudiés au chapitre 2 de cette troisième partie et 70 fermes d'élevage bovin dans la zone du Gharb, réparties à travers l'ensemble de ce périmètre. Moyennant des analyses statistiques multidimensionnelles poussées, nos investigations visent à mettre en relief un éventuel effet de la localisation régionale sur la dynamique de production laitière.

Dans le cinquième chapitre, une synthèse des enseignements à tirer des typologies réalisées est élaborée. Les implications de ces typologies pour la délimitation de genres de fermes à étudier plus en détail sont ensuite présentées.

La quatrième partie est donc dédiée à des analyses plus poussées d'études de cas des situations d'élevage identifiées lors de l'élaboration des typologies. Tout en revenant sur les justificatifs des choix des situations étudiées, nous présentons aussi la méthodologie adoptée lors de chacun des cas analysés. Il s'agit ainsi de détailler davantage les pratiques d'élevage en vigueur dans une application directe des méthodes systémiques à l'étude des étables laitières.

Sont ainsi analysées les pratiques d'élevage en vigueur dans les étables laitières gérées par une société étatique, la Société de Développement Agricole (SODEA). Pour ce faire, les performances de six étables de la SODEA spécialisées dans la production de lait et réparties à travers différentes régions du Maroc, ont été étudiées au cours de cinq campagnes agricoles (de septembre 1991 à août 1996).

Par la suite, nous traitons des effets des aléas climatiques sur la rentabilité et la productivité d'une étable laitière privée, située dans la région de Ben Slimane (zone d'agriculture pluviale), à laquelle a été décerné le titre d'étable pépinière par le Ministère de l'Agriculture (c'est-à-dire qu'elle devrait être un pôle de fourniture de matériel génétique laitier de qualité supérieure aux éleveurs qui lui sont limitrophes). Dans le cadre de l'approche de type systémique qui oriente ce travail, nous avons analysé les pratiques en vigueur sur cette exploitation et les performances du cheptel laitier de 1994 à 1997.

Nous exploitons les données d'un suivi rapproché de sept étables suburbaines pendant deux campagnes agricoles (de septembre 2000 à août 2002) afin d'élaborer des monographies d'exploitations laitières. Ce suivi a donné lieu à un essai de modélisation des performances de ces étables, présenté au troisième chapitre de cette quatrième partie.

Les facteurs affectant la qualité du lait ont ensuite été précisés dans cinq étables suburbaines. La qualité du lait a été appréhendée à travers des critères physiques et chimiques (pH, densité, taux butyreux, taux protéique) et hygiéniques (Flore Mésophile Aérobie Totale, FMAT) durant l'année agricole 2002/2003.

Nous clôturons ce travail par une conclusion générale (cinquième partie) où nous faisons ressortir, dans leur globalité, les principaux résultats liés au fonctionnement des étables dans différents environnements physiques et sociaux au Maroc, et les synthèses à en déduire. Suite à quoi, une série de recommandations est formulée pour que puisse se perpétuer au Maroc, une filière laitière bovine durable, rentable et bénéfique aux milliers d'éleveurs, petits et grands qui se sont totalement investis dans cette activité.

I - Problématique et cadre théorique des analyses systemiques

I.1 Problématique générale

I.2 Recherches systémiques et élevage bovin laitier

A system is a big black box

Of which you can't unlock the locks

And all we can find out

Is what goes in and what comes out

Perceiving input-output pairs

Related by parameters

Permits us sometimes to relate

An input, output and a state

If this relation's good and stable

Then to predict we may be able

But if this fails us - heaven forbid!

We'll be compelled to force to lid!

Kenneth E. Boulding (1978)

Ecodynamics. A new theory of societal evolution

Sage. London. 193 p.

I - 1 Problématique générale

Les crises récentes de l'agriculture (encéphalopathie spongiforme bovine, dioxine, organismes génétiquement modifiés...) ont été à l'origine d'un regain d'intérêt sociétal accru pour les pratiques des agriculteurs. Par conséquent, les opinions publiques en arrivent aujourd'hui à exiger d'avoir un droit de regard sur les processus de production adoptés par les agriculteurs, générant les concepts récents de traçabilité des produits ou encore d'agriculture biologique.

L'élevage a certainement été l'activité agricole la plus concernée par ces crises, à tel point que l'évocation même du nom de ce secteur a acquis aujourd'hui aux yeux du grand public une connotation négative, étant donné la récurrence des scandales liés aux productions animales : pollution des nappes phréatiques par les effluents, encéphalopathie spongiforme bovine ou « vache folle », fromages contaminés par la Listeria, boeuf aux hormones, ou encore fièvre aphteuse ou grippe du poulet [VISSAC, 2002 ; KOHN et al., 1997 ; TAMMINGA, 1992]. Toutes ces considérations constituent un défi certain pour l'avenir des sciences animales et influencent même leurs perspectives de recherche. ALRØE et KRISTENSEN [2002], dans un écrit consacré aux rôles des recherches agricoles face à l'émergence de ces crises, énoncent qu'il y a urgence à repenser la méthodologie de ces investigations. Ces deux auteurs partent du constat que ces sciences ont pour fondement d'influencer les objets qu'elles étudient, en l'occurrence les modes d'exploitation des animaux par les humains, et elles s'inscrivent donc dans la famille globale des disciplines dites systémiques. En ce sens, ces sciences dépendent d'un ensemble de valeurs sociales. Il s'agit donc d'étudier en premier lieu à quel niveau et comment ces valeurs doivent être intégrées dans la construction des objets d'étude ultérieurs (valeurs dites de contexte). En deuxième lieu, il faudrait s'intéresser aux types de relations entre cette nature systémique des recherches agricoles et les critères conventionnels scientifiques de qualité (valeurs dites constitutives). Tout ceci leur ferait perdre leur caractère d'objectivité, selon la définition traditionnelle de ce critère. En contrepartie, ALRØE et KRISTENSEN [2002], s'inspirant des travaux de LUHMANN [1995], proposent que les sciences agricoles adoptent une objectivité réflexive comme principe pour accomplir des recherches adaptées. Ceci suppose que les recherches agricoles, de par leur nature systémique, adoptent comme méthodologie de base un cycle auto réflexif qui incorpore simultanément une posture de chercheur acteur et une position de chercheur « observateur détaché ».

Par essence, la philosophie des recherches systémiques a pour vocation d'influer sur l'objet qu'elles étudient. Aussi, les recherches systémiques zootechniques auraient-elles pour objectif de contribuer au développement des exploitations agricoles investies dans la production animale. Cette attitude de recherche fait irrémédiablement évoluer la zootechnie de son cadre de discipline basée sur des sciences « exactes », avec pour fondement des expérimentations en milieu contrôlé, vers une discipline en évolution perpétuelle, apte à être influée par le milieu social et l'évolution historique. Ceci a amené certains chercheurs comme LANDAIS et BONNEMAIRE [1996] à écrire « quoi qu'en pensent certains chercheurs, la science n'est ni hors du temps, ni hors de la société. L'histoire de la zootechnie montre qu'elle n'échappe pas à cette règle. C'est pourquoi il a été jugé nécessaire, pour développer cette analyse, de ne pas s'en tenir à un point de vue épistémologique uniquement centré sur les caractéristiques des connaissances produites, mais de considérer aussi les acteurs concernés, leur insertion institutionnelle et leurs stratégies d'utilisation de la connaissance ». Ce genre de réflexion a donné lieu, par analogie au Maroc, à la confrontation des motivations de ces corpus distincts que sont les acteurs des recherches en sciences animales et les éleveurs, qui se rejoignent dans ce qu'il convient d'appeler « l'interface zootechnique » [SRAÏRI, 2002]. Le constat qui en a découlé est bien celui d'un décalage évident entre les recherches actuellement entreprises sur les productions animales et les attentes des éleveurs, qui continuent pour la plupart à ignorer même les attributions des zootechniciens et leurs statuts et fonctions, à la différence du corps des vétérinaires. Dans le même ordre d'idées, mais en Europe, HODGES et BOYAZOGLU [2002] énoncent que l'enjeu réel pour les zootechniciens d'aujourd'hui est de se pencher sur le sens de leurs travaux, de s'interroger sur leurs objectifs professionnels, sur leur éthique et sur leur rôle dans la société. Ils écrivent ainsi que « cette démarche est sans nul doute difficile ; il est bien plus aisé de ne pas regarder en face les problèmes posés par la société et de s'établir dans un réductionnisme douillet ». Et d'ajouter que « nous (les zootechniciens) partons du principe que la zootechnie telle que nous la pratiquons et l'enseignons est automatiquement bénéfique à la société ; est-ce vrai ? » Finalement, ils concluent que ces considérations sur le rôle du zootechnicien, de la portée de ses travaux par rapport aux exigences de la société, à un moment de crises répétées, « place la crédibilité de la profession au sein du débat » et met « ce monde de spécialistes au pied du mur ».

C'est par rapport à ces considérations épistémologiques, liées à la « philosophie des sciences », ou en d'autres termes à la méthodologie à aborder pour formuler et entamer un projet de recherches zootechniques, que s'insère la problématique générale de l'approche systémique en élevage. Comme le faisait remarquer BOURDIEU [1997], il s'agit de « faire savoir ce que l'univers du savoir ne veut pas savoir, notamment sur lui-même ». Ce genre de recherche vise à dépasser le réductionnisme imposé par des disciplines plus fondamentales en relation avec les productions animales (nutrition, génétique, éthologie...) pour proposer ultérieurement l'amélioration et le développement des objets étudiés. Il a dès lors comme fondement scientifique la multicompétence, en guise d'autre forme de pluridisciplinarité [FAYE et BARNOUIN, 1996]. A cet égard, PLUVINAGE [2002], dans un hommage à l'agronome français René Dumont et à ses approches méthodologiques pour le développement rural, énonce que la richesse des disciplines scientifiques mobilisées (appliquer la science économique à l'agriculture tout en utilisant d'autres enseignements telles les sciences agronomiques, la géographie et l'histoire), « un peu tout le contraire que l'on conseillerait à un jeune scientifique aujourd'hui, est extrêmement efficace ; elle ne prétend pas poser de développements théoriques nouveaux, mais servir à résoudre des problèmes de développement agricole, sur la base d'un examen de pratiques observées et d'enquêtes auprès des agriculteurs ». Pareillement, en analysant les fondements scientifiques des doctrines des vétérinaires français en Afrique subsaharienne et leurs évolutions historiques, LANDAIS [1990] énonce que leurs travaux n'ont pu réaliser les ambitieux desseins qu'ils projetaient. En effet, ils n'ont pas suffisamment intégré d'approches pluridisciplinaires et ont dédaigné les sciences humaines pour traiter la complexité des affaires liées au monde de l'élevage. Ce même auteur rajoute que l'irruption des sciences humaines (sociologie et économie) dans les domaines du technique est plus que nécessaire pour l'étude des élevages et qu'elle demeure, même aujourd'hui, fort timide.

Sur un registre similaire, COLEOU [1994], dans une tentative de définir les champs de compétence de l'ingénieur en productions animales au 21ème siècle, s'arrête sur la notion d'ingénieur zootechnicien « grand généraliste », comme « acteur d'interfaces, capable de dépasser la compréhension de la conduite des productions et des mécanismes biologiques » pour « appréhender la complexité de tout système et être préparé à une vision stratégique dans l'espace et dans le temps ». Selon ce même auteur, les zootechniciens devraient pouvoir « organiser, de préférence de manière pluridisciplinaire, les activités centrées sur l'observation, la compréhension du fonctionnement de systèmes complexes que sont les exploitations d'élevage, les systèmes d'élevage ».

Aussi, en réaction à ces constats généraux qui visent à donner à la science zootechnique et à ses dépositaires et autres détenteurs, dans l'acceptation la plus large qui peut lui être imaginée, un rôle actif au sein des sociétés humaines où elle évolue, ce travail de doctorat se propose-t-il d'élaborer des références sur la diversité des élevages laitiers au Maroc. Par la mobilisation d'outils relevant de disciplines diverses (zootechnie classique, économie rurale et statistique), il vise la description et l'analyse de la multitude des pratiques mises en jeu, dans un contexte d'absence de données fiables. Il s'apparente de fait à la démarche de « recherche citoyenne » qu'a développée VISSAC [2002], dans ses objectifs de créer de la connaissance zootechnique qui puisse être directement accessible aux éleveurs à partir de leurs pratiques quotidiennes et de leurs incidences : contribuer à connaître la diversité des élevages, dans leur larges déclinaisons, pour proposer, sur des bases réalistes, des voies de leur amélioration.

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