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Des représentations à  la pratique réflexive : pour une co-construction de la professionnalisation

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par Maguy LUCOT-MEUNIER
IFCS Lille - cadre de santé 2010
  

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I - LES REPRESENTATIONS SONT INCONTOURNABLES

Pourquoi parler de représentations dans un mémoire cadre de santé ? Qui est vraiment concerné ? D. Jodelet (2003, p.47) nous éclaircit d'emblée sur le caractère prégnant de ce phénomène : « Nous avons toujours besoin de savoir à quoi nous en tenir avec le monde qui nous entoure. Il faut bien s'y ajuster, s'y conduire, le maîtriser physiquement ou intellectuellement, identifier et résoudre les problèmes qu'il pose. C'est pourquoi nous fabriquons des représentations [...]. Elles nous guident dans la façon de nommer et définir ensemble les différents aspects de notre réalité de tous les jours, dans la façon de les interpréter, statuer sur eux et, le cas échéant, prendre une position à leur égard et la défendre ». Autrement dit, tout le monde est concerné, chaque jour, dans nos rapports avec les autres, tous ce que nous faisons, disons, aussi bien dans la vie professionnelle que dans la vie privée, nous sommes sujets ou objets de représentations. Nous ne pouvons en faire abstraction. S. Moscovici (1976, cité par G.R. Semin in D. Jodelet, 2003, p. 261), fondateur de la psychologie sociale européenne, nous ouvre la conscience : « Les représentations sociales sont des entités presque tangibles. Elles circulent, se croisent et se cristallisent sans cesse à travers une parole, un geste, une rencontre, dans notre univers quotidien. La plupart des rapports sociaux noués, des objets produits ou consommés, des communications échangées, en sont imprégnés».

Prendre en compte les représentations dans les échanges professionnels quels qu'ils soient, c'est rechercher ce qui conditionnent les rencontres. Si des gens s'unissent dans des projets ou des actions, c'est qu'ils ont une vision partagée de ce dans quoi ils s'engagent. Dans le but de participer à la formation des futurs paramédicaux, formateurs et tuteurs s'engagent dans la construction de leurs compétences. Si les trois acteurs n'ont pas les mêmes représentations de leurs rôles distincts, la construction des compétences sera freinée et nullement efficiente. W. Doise (1996, p. 13) montre combien les représentations peuvent permettre de comprendre la nature de l'échange voire sa finalité : « toutes les interactions humaines, qu'elles se vérifient entre deux individus ou deux groupes, présupposent de telles représentations9(*). C'est ce qui les rend spécifiques. Toujours et partout, lorsqu'on se rencontre, qu'on entre en contact avec des personnes, des choses, on véhicule certaines attentes, un certain contenu mental correspondant à des jugements et à une connaissance des groupes, des personnes et des choses en présence. Si l'on néglige cette réalité, on n'étudie que des échanges, des actions et des réactions élémentaires et pauvres. »

En écrivant le constat, je me doutais d'aborder cette notion importante qui concerne chaque acteur de la formation. Etudiants, cadres de santé, soignants, patients, ... élaborent des représentations avec lesquelles ils agissent, parlent, évoluent, pensent. Il m'appartenait alors de délimiter le champ de mon étude. Que les représentations soient prégnantes est un fait mais le but de mon travail est de comprendre le réel impact qu'elles ont sur les relations qui participent à la professionnalisation des étudiants. Je tenterai ici de rapprocher les éléments d'analyse de la partie empirique à la théorie en espérant faire partager mon point de vue. Approfondir la connaissance de ce concept de représentation pourra enrichir une recherche d'intérêt commun. Avant cela, je me propose d'exposer les définitions de la représentation.

1.1/ Définitions

· Définitions générales

« Action de rendre sensible quelque chose au moyen d'une figure, d'un symbole, d'un signe ; image, figure, symbole, signe qui représente un phénomène, une idée ; en psychologie, perception, image mentale, etc. dont le contenu se rapporte à un objet, à une situation, à une scène, etc. du monde dans lequel vit le sujet. » Telles sont quelques définitions proposées par le Petit Larousse, (2009). Cette première approche nous permet de comprendre qu'il existe différentes notions mises en jeu dans les représentations et qui peuvent se rapporter à notre travail.

Tout d'abord, le concept fait intervenir « quelque chose », un « objet » qui correspond au formateur ou plus précisément de la fonction de formateur, comme nous l'avons posé au début de cet écrit.

Le « sujet » est pour notre cas le soignant ou l'équipe soignante, qui par une « perception, une image mentale, une figure, un symbole, un signe » s'approprie (« action ») l' « objet » formateur.

Jean Claude Abric (1988) définit la représentation comme « le produit et le processus d'une activité mentale par rapport à laquelle un individu ou un groupe reconstitue le réel auquel il est confronté et lui attribue une signification spécifique ». « La représentation est donc un ensemble organisé d'opinions, d'attitudes, de croyances et d'informations se référant à un objet ou une situation». (J.-C. Abric, 2003, p. 206.) L'individu, ici le soignant, opère un processus mental qui va lui permettre de reconstituer le réel de sa relation avec le formateur pour lui donner une signification qui lui est propre. Ce nouveau réel sera formé d'opinions et de croyances particulières sur l'objet formateur.

D. Jodelet (2003, p. 53) préfère employer la notion de représentations sociales dans la mesure où « c'est une forme de connaissance, socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d'une réalité commune à un ensemble social ».

· Les différents types de représentations

Si D. Jodelet parle de représentations sociales, d'autres auteurs ont considéré les représentations sous d'autres angles. A la fin du XIXème siècle, E. Durkheim (1967) les étudie essentiellement sous l'angle sociologique et plus précisément en termes de représentations collectives. Il les distingue des représentations individuelles comme englobant ces dernières et comme étant homogènes, partagées par tous les membres d'un groupe de la même façon qu'ils partagent une langue. Elles seraient le lien entre eux et même ce qui les pousse à penser et agir de manière uniforme. Elles sont le vecteur du langage qui permet lui-même leurs expressions. Ainsi, elles sont beaucoup moins changeantes que les représentations individuelles et sont beaucoup plus ancrées dans le groupe.

« Les représentations collectives sont plus stables que les représentations individuelles car tandis que l'individu est sensible même à de faibles changements qui se produisent dans son milieu interne ou externe, seuls des événements d'une suffisante gravité réussissent à affecter l'assiette mentale de la société » (E. Durkheim, 1967).

En prémisses, si on en croit cet auteur, nous pouvons supposer qu'il sera beaucoup plus difficile de trouver un levier d'action sur les représentations collectives que sur les représentations individuelles.

Dans les années 60, S. Moscovici (1961) préfère attribuer les représentations aux individus. Il prétend alors que l'individu construit ses propres perceptions dans son environnement. Elles lui servent de référence à partir desquelles il va interpréter les situations auxquelles il est confronté.

Je ferai référence plus longuement à D. Sperber, qui dans l'ouvrage collectif de D. Jodelet, propose d'autres analyses. Il reprend pour cela les termes mis en relation dans toute représentation, dont nous avons parlé plus haut mais qu'il n'est pas inutile de rappeler ici. La représentation met en relation la représentation elle-même (l'objet), le contenu (l'image, la figure, ...) et un utilisateur (le sujet). Il ajoute à cela la notion qui m'intéresse plus particulièrement qui est celle de « producteur de la représentation lorsque celui-ci est distinct de l'utilisateur » (D. Sperber, 2003, p. 133). Il explique qu'une représentation peut exister à l'intérieur même de l'utilisateur et dans ce cas il s'agira d'une représentation mentale (exemple : souvenir, intention, hypothèse). Lorsqu'une représentation est mise à disposition de l'environnement de l'utilisateur, elle devient alors représentation publique. L'utilisateur premier devient alors producteur et les personnes de l'environnement deviennent utilisateur. La différence, précise-t-il, est que « une représentation mentale n'a bien sûr qu'un utilisateur. Une représentation publique peut en avoir plusieurs... » (D. Sperber, 2003, p. 133). Les représentations mentales, on l'aura compris, peuvent être très nombreuses à l'intérieur de l'individu. Une très petite partie deviendra représentation publique. Lorsqu'un autre individu se l'appropriera, il en fera à son tour une représentation mentale qui risque d'être différente de la toute première. D'une représentation mentale devenue publique, nous pouvons donc obtenir autant de représentations mentales qu'il y a d'individu qui se l'approprie.

A partir du moment où les représentations « sont largement distribuées dans un groupe social et l'habitent de façon durable », elles sont représentations culturelles. « Les représentations culturelles sont ainsi un sous ensemble aux contours flous de l'ensemble des représentations mentales et publiques qui habitent un groupe social. ». Or, « les représentations sont plus ou moins largement et durablement distribuées, et donc plus ou moins culturelles. » (D. Sperber, 2003, p. 145).

Ces définitions m'amènent à affirmer que les représentations de mon groupe d'étude (les professionnels de proximité) sont par conséquent, des représentations avant tout sociales, dans la mesure où elles sont, d'après les sept entretiens, communes à un groupe « infirmier » ; puis mentales (individuelles), car elles sont obligatoirement produites par chaque soignant qui aura affaire avec le formateur, culturelles, enfin, dans la mesure où elles sont distribuées dans le groupe (ou alors collectives au sens de E. Durkheim).

* 9 W. DOISE parle ici de représentations sociales.

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