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Des représentations à  la pratique réflexive : pour une co-construction de la professionnalisation

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par Maguy LUCOT-MEUNIER
IFCS Lille - cadre de santé 2010
  

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II - CARACTERISTIQUES ET FONCTIONS DES REPRESENTATIONS SOCIALES

2.1/ Caractères fondamentaux d'une représentation sociale (d'après D. Jodelet et J.-C. Abric)

· Sans objet, pas de représentations

La représentation est toujours en rapport avec un objet. Suite à mon constat, il m'a paru opportun de mettre le formateur en position d'objet dans l'approche de la compréhension des représentations des soignants, ici sujets. Il a bien fallu délimiter le champ de ce travail.

L'objet et le sujet s'influencent l'un l'autre constamment. Cette recherche empirique nous aura amené à nous intéresser au processus qui intervient dans la mise en place de l'interaction et mieux discerner les comportements et attitudes engendrées.

· Le caractère imageant

L'image créée dans la représentation renvoie à l'imaginaire social et individuel. Elle facilite la compréhension et permet de mettre des mots sur des notions abstraites ou des choses que nous avons des difficultés à percevoir. « Elle le rend présent quand il est lointain ou absent. » (D. Jodelet, 1994, pp. 36-57).

· Le caractère symbolique et signifiant

Ce caractère renvoie aux processus idéologiques qui traversent les individus. La représentation confère à son objet une signification qui résulte de la construction mentale du sujet. Cette symbolisation lui permet de donner un sens à l'objet. La représentation « est donc le représentant mental de l'objet qu'elle restitue symboliquement ».

· Le caractère constructif

Cela renvoie à la notion d'action de la première définition. Par un processus cognitif, le sujet s'approprie la réalité en la construisant pour l'intégrer dans son système de valeurs.

· Le caractère autonome et créatif

Cette caractéristique renvoie à la notion d'impact que j'ai développée plus haut. La représentation induit les comportements et attitudes que nous avons lors de nos interactions avec l'objet. C'est la « part de re-construction, d'interprétation de l'objet et d'expression du sujet » (D. Jodelet, 1994, pp. 36-57) dans la représentation.

2.2/ Fonctions des représentations sociales (d'après J.-C. ABRIC)

2.2.1/ Des fonctions cognitives ou de « domestication de l'étrange » (S. Moscovici, 1984, cité par W. Doise, 1996, p.21)

Les représentations permettent à l'individu d'intégrer des connaissances dans un cadre de pensée compréhensible pour lui. Elles lui permettent de classer des choses inconnues dans son univers cognitif et ainsi rendent moins abstraites ces choses. Les représentations procurent à l'individu sa manière de penser et d'interpréter la vie quotidienne en fonction de ses valeurs. De plus, « elles définissent un cadre de référence commun qui permet l'échange social. » (J.-C. Abric, 1996, p.16). C'est donc grâce aux représentations que l'individu peut communiquer socialement.

2.2.2/ Des fonctions d'orientation des comportements

La représentation sert à agir sur le monde et autrui. C'est grâce à elle que l'individu oriente ses comportements, opinions, attitudes car elle donne un sens à l'objet. Elle « oriente et organise les conduites et communications sociales » (D. Jodelet, 2003, p.53).

Elle a pour fonction d'anticiper les rapports sociaux, ce qui me semble important dans l'approche d'une collaboration. « L'existence d'une représentation de la situation préalable à l'interaction elle-même fait que dans la plupart des cas « les jeux sont faits à l'avance », les conclusions sont posées avant même que l'action ne débute ». Autant du côté du formateur que du soignant ou de l'étudiant, c'est sur ce point je pense qu'il faut porter son attention. Les relations se construisent, si les individus se rencontrent, c'est pour produire et non pour stagner. De cette fonction se crée également un système d'attentes dont j'ai extrait les composantes dans l'analyse des entretiens : « elle est un système de prédécodage de la réalité car elle détermine en ensemble d'anticipations et d'attentes. » (J.-C. Abric, 1994, p.13).

C'est sur cette fonction que j'ai dès le départ voulu orienter mes entretiens et ma recherche. Lorsque les membres d'un groupe construisent une vision de la réalité « consensuelle », « cette vision, qui peut entrer en conflit avec celle d'autres groupes, est un guide pour les actions et échanges quotidiens » (D. Jodelet, 2003, p. 52). Outre le fait de confirmer que les représentations conditionnent les échanges, la théorie affirme plus particulièrement que cette vision peut faire entrer en conflit les individus en interaction à partir du moment où elle n'est pas partagée. Si les formateurs ne partagent pas la vision des soignants sur la formation, alors il va y avoir conflit dans les discours portés aux étudiants. D'où l'importance de bien définir l'objet de la représentation, ce que nous aborderons en deuxième chapitre.

Construire une vision commune entre les trois acteurs qu'ils ne soient pas en interaction non constructive me semble être une clef d'action pour l'efficience de l'ingénierie de formation. Mes conclusions de la partie empirique sont ici corroborées et enrichies : comme les représentations ont un rôle dans la qualité de la formation, il ne faut pas aller contre mais les comprendre pour les utiliser. Créer une relation triangulaire bénéfique à chacun revient à construire ensemble une vision commune de la réalité de la formation pour faciliter la professionnalisation de l'étudiant.

2.2.3/ Des fonctions identitaires

Les représentations ont une part d'élaboration individuelle ou collective. Communes, elles contribuent au partage d'un même langage, d'une même idée soit d' « une vision consensuelle de la réalité pour ce groupe » (D. Jodelet, 2003, p. 52). Ainsi, lorsque le groupe adhère aux mêmes représentations, il renforce son lien social et affirme une identité sociale avec cet objectif de garder une image gratifiante.

Ainsi, si formateurs, soignants et étudiants devaient renforcer leur lien social, ils créeraient une identité commune de constructeurs de la formation.

2.2.4/ Des fonctions justificatives

Le groupe va se comporter face à un autre groupe en légitimant ses actes et prises de positions par les représentations qu'il partage. Il renforce ainsi son affiliation sociale au groupe. « La représentation faite de l'autre sert à justifier l'action qu'on entreprend à son égard » (W. Doise, 1996, p. 24). Alors la représentation sera la justification d'un comportement face à un autre groupe, notamment, dit Abric, pour se « donner bonne conscience ». « Ainsi, dans la situation de rapports compétitifs vont être progressivement élaborées des représentations du groupe adverse, visant à lui attribuer des caractéristiques justifiant un comportement hostile à son égard » (J.-C. Abric, 1994, p. 18).

Or nous avons vu lors des entretiens que les représentations des soignants avaient tendance à comparer la fonction du formateur à un unique rôle de transmetteur de savoirs et d'évaluateur (présent que pour les MSP). Donc le formateur devra s'attendre à avoir des comportements ou des discours sur les lieux de stage qui le cantonnent à ces fonctions.

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