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Entre convention alpine, directive territoriale d'aménagement des Alpes du nord et initiatives locales, quelles perspectives pour les politiques foncières volontaristes dans les Alpes ?


par Nathalie MOYON
Université Joseph Fourier (Grenoble1), Institut de Géographie Alpine - Master 2 Recherche Villes, Territoires et Durabilité 2009
  

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3.3. Des montagnards, coupables désignés

« Nous, élus parfois rudes de ces territoires rudes, ne sommes ni des accros du bulldozer, ni les tenants de la sanctuarisation de nos régions, mais les garants d'une démarche de développement que nous souhaitons harmonieux »163(*). Si ces propos paraissent peut-être exagérés ou hors de propos, ils ne sont toutefois dénués de raison. L'image de certains montagnards (surtout proches du milieu du ski), coupables et irresponsables, perdure depuis longtemps dans les esprits et risque de perdurer avec la montée des préoccupations environnementales dans les massifs alpins comme ailleurs. Aujourd'hui, les associations de protection de l'environnement se rangent d'ailleurs souvent derrière cette vision « initiée » par l'Etat il y a bien longtemps.

Dans Les Faiseurs de montagne164(*), Bernard Debarbieux et Gilles Rudaz illustrent au XIXe siècle avec les politiques de reboisement cette image stéréotypée du montagnard rebelle qui s'est construite depuis le siècle des Lumières. Ils indiquent ainsi que « si l'habitant des hauteurs est parfois idéalisé sous cette image du "gardien de la montagne", les auteurs et les forestiers les décrivent le plus souvent sous les traits, moins avantageux, du coupable et de l'irresponsable ». Les ingénieurs de l'Etat dénoncent ainsi les droits communaux, les prélèvements de bois de consommation courante, le pacage des moutons et des chèvres en sous-bois, la transhumance aux densités excessives... et « Bernard Lorents, le premier directeur de l'Ecole nationale des Eaux et Forêts de Nancy, s'insurge lors d'une tournée en montagne en 1840 : est-il tolérable que des propriétaires de la montagne y introduisent une culture et un mode de jouissance qui portent la désolation dans les vallées ? ». Des accusations comparables sont proférés en Suisse ; en 1849, le responsable des forêts du canton de Berne s'exclame : « si le malheur qui frappe les montagnes déboisées se limitait à ces régions, on aurait pu dire qu'il sanctionnait l'imprudence coupable de leurs habitants [...]. Mais ce malheur touche jusqu'aux vallées et aux plaines fertiles ».

Les lois de la seconde moitié du XIXe siècle priveront alors ces montagnards irresponsables de droits séculaires et les évinceront de la gestion de leurs ressources naturelles. On ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec la démarche d'une DTA alpine entreprise en 1996, même si, à bien des égards, les proportions des injonctions du XIXe sont sans commune mesure avec celles de la DTA des Alpes du Nord. La force symbolique d'une politique interventionniste est toutefois bien présente.

Ainsi, cette image des montagnards n'est pas récente, et si à cette époque on évoquait la résistance de quelques « foyers d'agitation dans certaines petites républiques de pasteurs cachées dans les replis des Alpes »165(*), aujourd'hui, on pointe du doigt des vallées et des élus savoyards et hauts-savoyards, à tort ou à raison166(*).

* 163 NAYROU Henri, Le Grenelle des idées, oui, des leçons, non ! (Edito), Pour la montagne, juillet-août 2010, n°207. Henri Nayrou est le président de l'ANEM, l'association nationale des élus de la montagne, et député de l'Ariège. Le magazine Pour la Montagne est le mensuel d'information de l'ANEM.

* 164 DEBARBIEUX Bernard, RUDAZ Gilles, Les Faiseurs de montagne, CNRS Editions, Paris, 2010, 373p. « Les montagnards, coupables désignés », pp.107-108

* 165 DEBARBIEUX Bernard, RUDAZ Gilles, loc. cit.

* 166 Une visite au « SAM 2010 », « le rendez-vous international de référence pour l'aménagement en montagne », le 23/04/10 à Grenoble, offre un aperçu assez exhaustif de ce qu'est l'aménagement de la montagne dans sa version durable.

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